Une misère qui donne de la misère

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Question: J’ai une misère dont les feuilles de la base, dans le pot, sont presque toutes séchées. Pourtant, les tiges continuent de pousser et semblent bien vigoureuses. Pourquoi celles de la base de la plante sont-elles fanées?

Diane

Réponse: On appelle cette plante d’intérieur (en fait, plusieurs plantes apparentées, la plupart du genre Tradescantia) «misère», car elle tolère «la misère», soit la négligence (arrosages irréguliers, faible luminosité, absence de toute fertilisation, etc.). Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne nécessite aucun entretien.

Une autre espèce de misère: Tradescantia fluminensis‘Tricolor’. Photo: plantsam.com

En effet, c’est la nature de la plante de perdre ses vieilles feuilles assez rapidement, après seulement quelques mois. D’ailleurs, chez presque toute plante, les feuilles sont temporaires et finissent par mourir, puis de nouvelles feuilles les remplacent. La misère est tout simplement plus rapide à perdre les vieilles et en produire de nouvelles que la plupart des végétaux. 

Les feuilles à la base de la tige sont les plus anciennes et donc meurent de vieillesse alors que, à l’extrémité de la tige, les feuilles sont très jeunes et resteront un certain temps. D’ailleurs, la misère est réputée pour la vitesse à laquelle ses vieilles feuilles meurent. Ainsi, il y a un certain ménage à faire sur la plante toutes les semaines. 

Supprimer les vieilles feuilles redonnera une belle apparence à la plante. Photo: spokaneplantfarm.com

Si vous donnez d’excellentes conditions de culture à la plante, soit un éclairage assez intense, une forte humidité ambiante, des arrosages profonds dès que le terreau s’assèche le moindrement et une fertilisation modérée, sa croissance sera plus compacte et dense et l’assèchement des vieilles feuilles sera moins évident… au début. Éventuellement, cependant, son défaut finit par la rattraper. Une misère sera toujours une misère, après tout! 

Si, après avoir enlevé les feuilles mortes, vous trouvez que la plante a perdu son charme, vous pouvez redémarrer une nouvelle potée avec des boutures de tige. Ou encore, rabattez la plante presque jusqu’à la base… et bientôt, elle repoussera, fraîche comme une rose. 

Philodendron grimpant (Philodendron hederaceum). Source: www.amazon.com

Enfin, le ménage constant vous ennuie trop, pourquoi ne pas cultiver un philodendron grimpant (Philodendron hederaceum, anc. P. scandens, P. cordatum et P. oxycardium) à la place? Il pousse sous les mêmes conditions que la misère et convient, lui aussi, à la suspension, mais ses feuilles restent en bon état plusieurs années avant de mourir plutôt que seulement quelques mois comme pour la misère! Voilà une vraie plante de jardinier paresseux!

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Les plantes grimpantes aiment grimper

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Quand un philodendron retombe, ses feuilles deviennent de plus en plus petites.

Que les plantes grimpantes aiment grimper peut sembler une évidence, mais croyez-moi, cela n’est pas toujours bien compris.

Voyez-vous, les jardiniers aiment cultiver des plantes grimpantes (plantes qui escaladent les arbres, les treillis, les murs et autres supports dressés) dans des paniers suspendus, avec leurs tiges qui pendent vers le bas. C’est surtout le cas pour les plantes d’intérieur et de patio… et c’est vrai qu’elles ont certainement l’air assez jolies cultivées de cette façon… mais elles n’apprécient pas ce traitement.

Beaucoup de grimpantes commencent à produire des feuilles de plus en plus petites quand elles retombent. Et plus elles retombent, plus des feuilles sont petites. C’est notamment le cas de la plupart des aracées, y compris les philodendrons, les monsteras, les syngoniums et les pothos, et de nombreux Cissus aussi. Parfois, quand elles retombent sur une très grande longueur, elles cessent complètement de produire des feuilles et tout ce qui reste est une tige verte qui s’allonge.

Chez d’autres espèces, les feuilles ne rapetissent pas, mais les tiges pendantes atteignent une certaine longueur, puis cessent de pousser. Et chez d’autres encore, les tiges retombantes ne produisent plus de fleurs. C’est le cas des gloires du matin (Ipomoea spp.), par exemple: elles ne fleurissent que sur des tiges dressées.

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Les tiges de gloire de matin (Ipomoea sp.) qu’on fait retomber s’enrouleront autour de leurs propres tiges dans un effort pour se redresser.

Il y a des grimpantes qui se battent férocement contre tout effort pour les faire retomber. Les gloires du matin susmentionnées, par exemple, et aussi les thunbergies, commenceront rapidement à s’entortiller autour de leurs propres tiges dans un effort pour se redresser. Si vous démêlez leurs tiges afin qu’elles pendent encore plus bas, elles cesseront de croître et peuvent même mourir.

Tous ces effets sont le résultat d’hormones appelées auxines présentes dans l’extrémité des tiges volubiles. C’est ce qu’on appelle la dominance apicale. Tant que la tige grimpe, certaines de ces auxines se trouvent concentrées dans sa partie supérieure et stimulent sa croissance. Lorsque la tige commence à pendre de façon à ce qu’elle pousse essentiellement la tête en bas, la concentration d’auxines diminue et sa croissance ralentit ou cesse.

Trouver un nouveau support

Dans la nature, lorsque la tige d’une plante grimpante se détache de son support (et cela peut arriver pour de nombreuses raisons), elle continue souvent de descendre jusqu’au sol, produisant des feuilles de plus en plus petites, puis pousse latéralement sur sol jusqu’à ce qu’elle trouve un nouveau support qu’elle puisse monter.

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La tige poussera vers l’ombre jusqu’à ce qu’elle trouve un nouvel support.

À ce stade, la tige poussera dans le sens contraire de la lumière, une action appelée phototropisme négatif, ce qui est normalement une chose très inhabituelle pour une tige. Mais en fait, c’est très logique pour une grimpante à la recherche d’un support. L’ombre profonde est souvent causée par un tronc d’arbre ou un autre objet dressé sur laquelle la tige pourrait éventuellement grimper. Et elle veut absolument grimper!

Ainsi la tige se dirige vers l’objet le plus sombre des alentours. Une fois qu’elle l’a atteint, elle reprend sa croissance dressée, s’appuyant sur son nouvel hôte. Et elle recommence à faire du phototropisme positif comme n’importe quelle plante normale, dirigeant sa croissance vers la source de lumière. Aussi, les feuilles qui se forment commencent reprendre une plus grande taille. Enfin le bonheur!

Quand les plantes grimpantes grimpent

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Un philodendron grimpant (Philodendron hederaceum) qui file le parfait bonheur, car on le laisse grimper. Notez ses belles feuilles de grande taille.

Si vous changez de tactique et laissez vos plantes grimpantes grimper, peut-être sur un treillis, un poteau de mousse ou un mur, plutôt que de retomber d’un pot, attendez-vous à des changements de comportement. Beaucoup d’aracées (philodendrons, pothos, monsteras, etc.) commenceront graduellement à produire des feuilles plus grandes — nettement plus grandes — quand elles peuvent grimper. Et leurs tiges s’épaississent aussi.

Saviez-vous votre philodendron grimpant (Philodendron hederaceum, syn P. oxycardium, P. scandens et P. cordatum), dont les feuilles sur les tiges pendantes mesurent souvent à peine 5 cm de diamètre, peuvent atteindre jusqu’à 30 cm quand vous laissez la plante monter?

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Pothos (Epipremnum aureum) aux feuilles géantes découpées. N’eut été pour le feuillage marbré vert et jaune, on ne l’aurait jamais pris pour le petit pothos de nos appartements.

Et votre vieux pothos (Epipremnum aureum, syn. Scindapsus aureus) fait encore mieux que le philodendron: à maturité, non seulement ses feuilles atteignent-elles une taille énorme, jusqu’à 1 m de long et 45 cm de largeur, mais elles deviennent profondément coupées aussi, comme celles d’un monstera.

De plus, cette augmentation de la taille des feuilles est reliée à la maturité sexuelle de la plante: une fois qu’elles atteignent leur pleine taille, ces aracées commenceront à fleurir et à produire des graines. Vous pensiez que le philodendron grimpant ne fleurissait pas? C’est peut-être vrai dans une maison, car les murs ne sont pas assez hauts pour qu’il puisse vraiment atteindre sa taille maximale, soit environ 12 m de hauteur, mais laissez-le monter sur un arbre sous un climat tropical et il fleurira.

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Le figuier rampant (Ficus pumila) change complètement d’apparence, avec des feuilles plus grosses et plus coriaces, quand il atteint la maturité. Et il fructifie aussi!

D’autres grimpantes continuent de produire de petites feuilles quand elles grimpent, souvent pendant des années. Puis, quand elles arrivent à une hauteur suffisante, elles passent soudainement de cette forme juvénile à leur forme adulte, avec des feuilles beaucoup plus grandes souvent de forme très différente. De plus, elles commencent aussi à fleurir et à produire des graines. C’est le cas des lierres (Hedera spp.) et aussi du figuier rampant (Ficus pumila).

Des grimpantes qui ne réagissent pas

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Hoya carnosa: il fleurit même quand il pousse à l’envers!

Ce ne sont pas toutes les grimpantes qui réagissent mal quand on les permet de retomber. Je n’ai jamais vu un hoya (Hoya spp.), par exemple, qui semblait le moindrement dérangé par sa position, qu’il pousse vers le haut, vers le bas ou latéralement.

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La misère (Tradescantia zebrina, syn. Zebrina pendula) n’est pas une véritable grimpante et n’est pas dérangée quand ses tiges retombent.

Et puis il y a le cas des plantes rampantes que nous utilisons dans les paniers suspendus, comme la misère (Tradescantia spp.) et le lierre suédois (Plectranthus australis). Bien que nous pourrions les prendre pour des grimpantes, en fait, elles ne le sont pas: il s’agit de plantes couvre-sol. Dans la nature, les plantes rampantes s’étendent latéralement, s’enracinant au contact avec le sol et forment ainsi un de tapis de verdure. Même si vous les forcez à croître vers le haut en les fixant à un support, cela ne changera rien à la taille de leurs feuilles ou à l’abondance de leur floraison.

Il en va de même pour les plantes épiphytes (celles qui poussent sur les branches d’arbres dans la nature), comme la plante de rouge à lèvres (Aeschynanthus spp.) et la plante poisson rouge (Nematanthus spp.). Elles sont sont magnifiques en panier suspendu, car leurs tiges s’arquent tout naturellement vers l’extérieur et le bas et elles fleurissent sans problème de cette manière. Mais ce ne sont pas de véritables plantes grimpantes.

La plupart de véritables plantes grimpantes réagiront positivement si vous leur permettez de grandir comme dame Nature le veut: vers le haut.

Essayez-le et vous verrez!201701311a