Le stévia: les jardiniers aiment le vrai

Par défaut

Le stévia: si facile à cultiver. http://www.Splenda.com

J’ai récemment vu une publicité très amusante au sujet du stévia à la télévision américaine. L’annonce se moquait gentiment des jardiniers amateurs et de leur enthousiasme naïf à tout vouloir cultiver eux-mêmes. N’est-il pas plus facile, suggèrait l’annonce, d’ouvrir un sachet d’édulcorant sans calories Splenda Stevia et d’avoir des résultats instantanément plutôt que de devoir cultiver la plante vous-même? 

Vidéo: http://www.splenda.com

Je vous suggère de la regarder, en espérant que vous comprenez l’anglais.

Je me suis vu tout le long dans cette annonce. Mon zèle pour la moindre chose qui pousse, ma conviction que tous mes projets horticoles vont réussir, mes rêves de produire ceci et cela et d’impressionner tout le monde, c’est tellement moi! Il y a seulement la section sur l’ado attardé — le Tanguy — qui dit «Je vais en cultiver dans ma garde-robe et il n’y a rien que vous — ni même ma maman! — pouvez faire pour m’en empêcher!» qui ne me colle pas à la peau. Cela ne me ressemble pas du tout, mais plutôt à mon fils!

La prémisse de l’annonce est que vous pourriez bien sûr cultiver du stévia vous-même, de façon illicite, comme une culture de marijuana, mais pourquoi le faire, puisque le stévia concentré de leur marque, en poudre, est déjà disponible et si facile à utiliser. Mais c’est mal connaître les jardiniers. Nous sommes probablement les gens les moins intéressés au monde par les produits tout prêts. Nous aimons le défi de cultiver des plantes nous-mêmes. Des tomates maison qui goûtent vraiment la tomate plutôt que les tomates de supermarché au goût de carton, etc. Donc, plutôt que de me donner envie d’acheter du Splenda Stevia, cette annonce a plutôt renouvelé mon d’intérêt pour la plante… d’où cet article!

Et de toute façon, je cultive déjà du stévia depuis une décennie, et ce, à l’année. Alors, aller chercher quelques feuilles pour agrémenter une boisson ou un repas me paraît moins compliqué que de devoir me déplacer au supermarché à la recherche de sachets de stévia en poudre.

Qu’est-ce que le stévia?

Le stévia (Stevia rebaudiana). Photo: goodwitcheshomestead.com

Le stévia est peut-être désormais un édulcorant commercial, mais c’était à l’origine une plante: Stevia rebaudiana, de la famille des Astéracées. Son nom honore Pedro Jaime Esteve (1500–1556), un médecin et botaniste espagnol, tandis que l’épithète rebaudiana honore Dr Ovid Rebaudi, le chimiste paraguayen du XIXe siècle qui fut le premier à extraire des composants au goût sucré de la plante.

Le stévia est originaire d’Amérique du Sud où il est utilisé depuis environ 1500 ans par les Guarani du Brésil et du Paraguay qui l’appellent «ka’a he’ẽ» («herbe douce»). Ils l’utilisent pour édulcorer les aliments et les médicaments amers et aussi comme collation. Son goût sucré vient des glycosides que ses feuilles contiennent, comme le stévioside et le rébaudioside. Curieusement, ces composés chimiques servaient à l’origine à repousser les insectes qui, eux, n’apprécient pas leur goût. Mais, pour l’humain, le stévia frais goûte 10 fois plus sucré que le sucre. (Le concentré commercial peut être jusqu’à 300 fois plus sucré que le sucre!) Or, si nous apprécions la douceur de la plante, nous ne pouvons pas digérer ces glycosides. C’est pourquoi le stévia est un produit souvent jugé intéressant par les personnes désirant réduire leur consommation de calories. 

La plante forme un sous-arbrisseau d’environ 30 à 80 cm de hauteur portant des feuilles opposées oblongues, vert moyen, légèrement duveteuses avec des nervures proéminentes, une marge dentée et un pétiole très court, parfois absent. Les jeunes tiges sont vertes, mais elles se lignifient et deviennent brunes avec le temps. Les tiges sont dressées au début, mais tendent à plier si on ne les taille pas à l’occasion. 

Fleurs de stévia. Photo: Forest and Kim Starr, Wikimedia Commons

De petits bouquets de minuscules fleurs blanches sont produits à la fin de l’automne, car c’est une plante de jours courts. Les fleurs ne sont pas particulièrement attrayantes et il est probablement préférable de les supprimer.

La culture du stévia

En dépit de son origine subtropicale, le stévia se cultive facilement en plein air dans les climats tempérés, du moins comme plante annuelle. Ou à l’intérieur comme plante d’intérieur comestible. Et il n’est pas plus compliqué à cultiver que toute autre plante courante.

En plein air

Le stévia se cultive facilement au potager. Photo: http://www.westcoastseeds.com

On le repique au jardin au même moment où l’on plante les tomates et les poivrons: quand à la fois le sol et l’air se sont bien réchauffés (évitez les températures inférieures à 10 °C).

Plantez le stévia en plein soleil dans presque dans toute bonne terre de jardin: bien drainée, uniformément humide, avec un pH allant d’acide à alcalin (5 à 8), bien qu’une plage de 6,7 à 7,2 lui convienne mieux. Autrement dit, vous n’avez pas à vous plier à ses caprices: il sera probablement très heureux dans le potager ou la plate-bande que vous avez déjà.

Espacez les plantes d’environ 20 à 25 cm et gardez-les uniformément humides. Un bon paillis peut être utile pour assurer une humidité constante. Vous aurez probablement besoin de les arroser pendant les périodes de sécheresse. Les plantes en pot sèchent plus rapidement que les plantes de jardin, alors il faut les garder à l’œil.

Quel que soit le fertilisant ou le compost que vous appliquez à vos autres plantes de jardin, le stévia s’en accommodera très bien. Il n’est d’ailleurs pas utile de le fertiliser trop abondamment: comme pour la plupart des herbes condimentaires, son goût est plus concentré lorsque la plante est un peu sous-fertilisée.

Le stévia ne tolère pas le gel et il faut alors penser rentrer les plantes ou des boutures à l’automne. Dans les régions au climat modéré, il arrive parfois à survivre: le feuillage sera tué par le moindre gel, mais il peut alors repousser à partir de ses racines. Un gel prolongé, cependant, le tuera.

Dans la maison

Le stévia s’étiole souvent l’hiver, mais est autrement assez facile à cultiver à l’intérieur. Photo: countrylivinginacariboovalley.com

Le stévia pousse bien à l’intérieur à condition de lui offrir un éclairage assez intense. Un rebord de fenêtre ensoleillé ou un emplacement sous des lampes de culture fluorescentes ou DEL lui conviendront à merveille. Comme l’annonce l’infère, il aime les mêmes conditions que la marijuana!

À la lumière naturelle, il s’étiolera probablement un peu pendant les journées courtes et grises de l’hiver, mais vous pourrez alors le rabattre et il repoussera assez prestement. Sa croissance sera plus dense et robuste pendant le printemps et l’été.

Arrosez-le comme presque n’importe quelle plante d’intérieur: lorsque son terreau est sec au toucher, inondez sa motte de racines d’eau tiède. La fréquence d’arrosage dépendra de ses conditions de culture ainsi que de la taille du pot (les plantes dans de petits pots auront besoin d’un arrosage plus fréquent).

Le stévia ne tolère pas les sols secs et flétrit rapidement quand l’eau manque. Heureusement, il récupérera rapidement si vous l’arrosez sans trop tarder. Mais le laisser sécher n’est pas une bonne idée et si vous répétez l’expérience trop souvent, vous finirez par le perdre. 

La température ambiante de nos demeures lui convient parfaitement et il tolère, mais n’apprécie pas, l’air sec, souvent un problème l’hiver. Si vous pouvez augmenter l’humidité au moyen d’un plateau humidifiant ou d’un humidificateur, il l’appréciera. 

Quant à la fertilisation, n’importe quel engrais fera l’affaire. Appliquez-le au printemps et en été.

Rempotez votre stévia annuellement, car la plante produit des rejets et remplira éventuellement son pot. Lorsque vous remarquez qu’il a besoin d’arrosage plus d’une fois par semaine, vous pouvez être sûr que votre plante manque sérieusement d’espace pour ses racines et qu’un rempotage est dû.

Enfin, il semble très résistant aux insectes et aux maladies. Ses «principaux ennemis» quand on le cultive dans la maison sont un éclairage trop faible et un arrosage insuffisant.

La multiplication

Le stévia est une plante de relativement courte vie. Après deux ou trois ans, il sera donc temps d’en démarrer d’autres.

On peut facilement multiplier le stévia par bouturage. Photo: Stephen Nellas

Il est facile à bouturer. Vous pouvez le bouturer à n’importe quelle saison, mais la plupart des jardiniers le feront probablement au début de l’automne dans le but de rentrer un plant ou deux pour l’hiver. Appliquez un peu d’hormone d’enracinement sur la tige coupée et insérez-la dans un pot de terreau légèrement humide. Ensuite, cultivez-la à l’étouffée. Vous pouvez également la faire enraciner dans l’eau, mais le taux de succès est beaucoup plus faible. 

Une autre façon pour multiplier le stévia est de diviser la plante, car la plante mère est toujours entourée de bébés faciles à repiquer.

Quant à sa multiplication par semences, c’est plus compliqué. 

D’abord, sachez que vous ne pourrez probablement pas obtenir des semences viables à partir de votre propre plante de stévia. Elle est autostérile: il faut une pollinisation croisée pour que les fleurs produisent des graines. Or, dans une région donnée, presque toutes les plantes vendues en pépinière sont des clones et, sans deux plants différents, la fécondation n’est pas possible. De plus, dans la plupart des climats, vos plantes seront à l’intérieur au moment de la floraison (elle a généralement lieu en octobre et novembre), de sorte que les insectes pollinisateurs ne pourront pas les atteindre. Donc, il faut chercher des semences viables ailleurs.

Des semences de stévia sont offertes dans certains catalogues, mais le taux de germination est faible. Photo: http://www.exportersindia.com

Quant aux semences produites commercialement, elles sont parfois offertes, mais très compliquées à faire germer. D’ailleurs, le stévia est probablement l’une des herbes les plus difficiles à cultiver à partir de semences. Essayez de semer les graines à la surface d’un terreau à semis stérile légèrement humide, sans les recouvrir de terreau. Couvrez le plateau avec un dôme en plastique transparent pour assurer une culture à l’étouffée. Le terreau doit nécessairement être assez chaud, ainsi un tapis chauffant, offert en jardinerie ou sur Internet, est presque obligatoire. De plus, les semis ont besoin de lumière pour germer.

Même dans les meilleures conditions, le taux de germination dépasse rarement 25%.

Récolte

On peut récolter le stévia en toute saison. Photo: http://www.healthyfoodhouse.com

Vous pouvez récolter et utiliser des feuilles fraîches à tout moment de l’année, mais sachez que le goût est plus concentré à la fin de l’automne, juste avant la floraison. Alors, si vous cultivez du stévia avec l’intention de le faire sécher (ce qui concentre le goût tout en assurant une bonne durée de conservation), l’automne serait la saison la plus logique pour le faire.

La façon la plus simple pour récolter le stévia est de couper quelques tiges à environ 10 cm du sol (pour qu’elles puissent se régénérer), puis d’arracher les feuilles des tiges ainsi cueillies. Sachez que l’extrémité supérieure de la tige, où les tissus sont encore tendres, est aussi parfaitement comestible.

Utilisation du stévia

Le stévia s’emploie de multiples façons en cuisine. Photo: Lilgrandma likes, pinterest.ca

Je suis plus jardinier que cuisinier, ne faisant alors qu’un usage assez limité des feuilles de stévia, et un seul plant me suffit donc. Le plus souvent, je mange les feuilles fraîches comme collation, en passant à côté de la plante. Quand mes petits-enfants me visitent, ils font toujours une razzia des «feuilles sucrées», comme ils l’appellent.

Bien sûr, le stévia a beaucoup d’autres utilisations. Sans doute, on le connaît surtout comme édulcorant pour les boissons: thé, café, limonade, etc. Une feuille de stévia frais équivaut à environ 5 ml de sucre. On peut aussi le saupoudrer sur des céréales chaudes ou froides ou l’ajouter à des smoothies et des yaourts. Il est également utilisé dans la cuisson de toutes sortes: gâteaux, biscuits, etc., mais il faut alors modifier la recette, car s’il ajoute un goût sucré intense, il n’a pas la masse du sucre. Par exemple, 5 ml de feuilles de stévia séchées et broyées ont environ le même pouvoir édulcorant que 250 ml de sucre.

Notez que les feuilles de stévia ont aussi un léger arrière-goût de réglisse, ce qui plaît à certaines personnes et moins à d’autres. Cette saveur a été retirée des concentrés commerciaux, mais est présente dans les feuilles fraîches et séchées. Si ce goût vous dérange, sachez que certains cultivars, comme ‘Sweetie Star’, ont un arrière-goût nettement réduit.


Je remercie Splenda pour son annonce qui m’a bien fait rire, mais je préfère toujours la plante au produit commercial et je recommande à mes lecteurs aussi d’essayer sa culture!

Plantes d’intérieur comestibles

Par défaut

 

20170127AA.jpg

Le caféier (Coffea arabica) est parmi les plantes comestibles qu’on peut cultiver comme plantes d’appartement.

Question: Existe-t-il des plantes d’intérieur qui sont comestibles et jolies en même temps?

Clecio Turgeon

Réponse: Bien sûr. Il existe de nombreuses plantes tropicales qu’on peut cultiver comme plantes d’intérieur pour égayer nos appartements et qui nous fournissent aussi de quoi nous mettre sous la dent. Mais relativement peu des plantes d’intérieur les plus courantes sont dans cette catégorie. La plupart des «plantes d’intérieur de tous les jours» ne sont pas considérés comestibles ou certaines (philodendrons, dieffenbachias, la plupart des euphorbes, etc.) sont même toxiques.

Ce qui suit donnera une petite idée des plantes d’intérieur comestibles.

Plantes absentes de la liste

Je me permets d’être sélectif dans mon choix de «plantes d’intérieur comestibles». Ainsi, je balaie de la liste la plupart des fines herbes qu’on rentre pour l’hiver, car ce ne sont pas véritablement des plantes d’intérieur. Sans un long séjour à l’extérieur l’été, elles ne font pas long feu dans nos maisons.

20170126B.jpg

Les micro-pousses ne sont pas de véritables plantes d’intérieur

Je n’inclus pas non plus les fines herbes et légumes qu’on peut semer dans la maison pour une récolte rapide: germes, pousses, jeunes plants à feuillage comestible, têtes de carotte ou pieds de céleri qu’on fait enraciner, etc. Ce sont des plantes éphémères, généralement avec comme seul attrait un feuillage comestible. Ce ne sont pas non plus, de mon avis, de véritables plantes d’intérieur.

Enfin, sont aussi rayées de la liste les plantes toxiques qui ne deviennent comestibles qu’après des traitements très spéciaux, comme le taro (Calocasia esculenta) et le manioc ornemental (Manihot esculenta ‘Variegata’), qu’il faut cuire dans plusieurs eaux pour enlever les toxines. Parfois les gens lisent mes textes rapidement et je ne veux pas les induire en erreur, surtout avec un sujet aussi sensible que ce qui est une plante comestible.


Plantes d’intérieur classiques

Voici quelques «plantes d’intérieur de tous les jours» qui sont comestibles. Vous les trouverez dans presque n’importe quelle jardinerie:

20170126C.jpg

Ananas ornemental

Ananas (Ananas comosus)
Il existe plusieurs variétés d’ananas ornementaux, à feuillage rougeâtre, panaché, etc. et tous produisent des fruits qui sont peut-être petits, mais qui demeurent parfaitement comestibles. On peut aussi cultiver un plant d’ananas à partir d’un fruit acheté et il fructifiera dans quelques années.

Caféier (Coffea arabica)
On trouve facilement de jeunes caféiers sur le marché, généralement à peine plus que des semis. Après 2 ou 3 ans, ils donneront des fleurs blanches parfumées suivis de fruits rouges dont on peut manger la chair sucrée et rôtir et moudre les graines pour faire une boisson délicieuse.

20170126D.jpg

Géranium à senteur de rose (Pelargonium graveolens ‘Grey Lady Plymouth’)

Géranium à senteur (Pelargonium graveolens et autres)
Il existe une foule de variétés aux arômes des plus variables: citron, rose, noix de coco, pomme, pêche, fraise, clou de girofle, etc. En plus de sentir leur feuillage en les frôlant, on peut utiliser les feuilles en cuisine pour aromatiser les mets. La firme Richters (Canada) en offre plus de 70 variétés!

Hibiscus rose de Chine (Hibiscus rosa-sinensis)
Les fleurs sont comestibles et souvent utilisées en tisane. Voici un article au sujet de cette plante: Cultiver un hibiscus à l’intérieur.

20170126E.jpg

Monstera (Monstera deliciosa)
Aussi appelé philodendron (nom qui appartient en fait à un proche parent), le monstera, avec ses grandes feuilles découpées, fait une plante d’appartement impressionnante. Quand il arrive à maturité, il fleurit, produisant une fleur blanche rappelant une calla et par la suite, un fruit comestible, d’où son épithète botanique deliciosa. Il faut laisser mûrir le fruit pendant 11 à 12 mois. Quand les écailles commencent à tomber, il est prêt à manger. Notez que tout le reste de la plante, dont les feuilles, les tiges et les fruits immatures, est toxique.

Oranger calamondin ou oranger d’appartement (X Citrofortunella microcarpa, anc. X C. mitis)
C’est le seul agrume couramment offert comme plante d’intérieur et il fleurit et fructifie abondamment à l’intérieur. Les fruits sont très acides, mais on peut les utiliser en cuisine, notamment dans la préparation de marmelades. Pour quelques autres suggestions d’agrumes d’intérieur, lisez plus loin.

Piment décoratif (Capiscum annuum et autres)
Tous les piments sont comestibles, mêmes les variétés vendues comme plantes ornementales. Ce sont des piments forts, même très forts. Pourtant, parfois la plante porte à l’achat l’étiquette «impropre à la consommation humaine». Pourquoi? C’est que ces plantes ont été traités avec des insecticides potentiellement toxiques pour les humains. Vous pourriez toutefois récolter et semer leurs graines et obtenir des fruits comestibles à la 2e génération.

Théier (Camellia sinensis)
On le trouve maintenant en pépinière, même s’il n’est pas aussi courant que les plantes précédentes. Voici un article à son sujet: Le théier comme plante d’intérieur.

20170126F.jpg

Peu de gens savent que les feuilles du trèfle d’appartement sont comestibles.

Trèfle d’appartement (Oxalis triangularis, syn. O. regnellii)
Les feuilles de cette plante populaire, qui peuvent être pourpres ou vertes, avec ou sans une macule argentée ou rose, ont un goût acidulé. Il ne faut pas en consommer en trop grosse quantité, à moins de les faire cuire, car l’acide oxalique qu’elles contiennent est toxique si consommée en quantité importante. Pour vous rassurer, sachez que les épinards, que nous mangeons couramment, contiennent aussi de l’acide oxalique et aussi sont toxiques si consommés en trop grosses quantités. Comme on dit, c’est la dose que fait le poison. Mangez-en modestement et il n’y aura pas de problème.


Fruitiers

La plupart des fruitiers tropicaux doivent atteindre une trop grande taille avant de fleurir ou sont à de nombreuses années de toute fructification, ce qui n’en fait pas de bonnes plantes comestibles pour la maison. On peut bien les cultiver comme plantes d’intérieur ornementales, mais il est peu probable qu’ils produisent des fruits chez vous. Dans ce groupe se trouvent les nombreuses plantes tropicales qu’on peut cultiver à partir d’une graine, d’un pépin ou d’une noix, comme l’avocatier (Persea americana), le manguier (Mangifera indica), le papayer (Papaya carica), etc. Il est plaisant de les semer et de les regarder pousser… mais il ne faut pas compter des fruits, même après de nombreuses années. Sachez toutefois qu’il existe souvent des variétés naines de ces fruitiers qui peuvent produire des fruits à l’intérieur… si vous pouvez les trouver!

Les fruitiers qui suivent sont plus adaptés à la culture dans nos maisons et font alors de bonnes plantes d’intérieur comestibles.

20170126G.jpg

Acérole: belles fleurs, beaux et délicieux fruits!

Acérole ou cérisier des Barbades (Malpighia glabra)
Un petit fruitier arbustif qui produit des fleurs roses et des fruits rouges rappelant une cerise, au moins par leur apparence. De culture assez facile.

20170126H.jpg

Le limettier des Antilles est une variante naine de la lime et fleurit et fructifie très bien à l’intérieur.

Agrumes (Citrus spp., Microcitrus australasica et Fortunella spp.)
Tel que mentionné dans l’article Un citronnier ou oranger dans votre salon?, les véritables citronniers, orangers, pamplemoussiers, etc. sont trop gros pour être de bonnes plantes d’intérieur et prennent généralement 10 ans et plus avant de produire des fruits. D’autres agrumes moins connus, à croissance plus rapide et de taille plus restreinte, font de bien meilleures plantes d’intérieur. C’est notamment le cas du citronnier Meyer (Citrus x meyeri) qui, malgré son nom, n’est pas un véritable citron, du limettier des Antilles ou Key lime (C. x aurantiifolia) et du citron caviar ou Australian finger lime (Microcitrus australasica). On peut les semer et avoir des fruits 2 ans plus tard!

Les kumquats (Fortunella spp.) aussi font d’excellentes plantes d’intérieur.

20170126I.jpg

Bananier nain

Bananier nain (Musa spp.)
Même un bananier nain prend beaucoup d’espace dans maison (parmi les cultivars les plus petits, il y a ‘Super Dwarf Cavendish’ et ‘Truly Tiny’) et il lui faut beaucoup d’humidité, de chaleur et de soleil pour arriver à faire des fruits. Malgré tout, il n’est pas impossible que votre bananier nain produise un régime de bananes après quelques années de culture.

Le bananier d’ornement (Musa velutina), aux fleurs et aux fruits roses, est comestible aussi, même si le fruit contient de grosses graines, et suffisamment petit pour cultiver à l’intérieur.

Cacaotier (Theobroma cacao)
Difficile à trouver et difficile à cultiver, le cacaotier peut quand même produire des cabosses de cacao chez vous… si vous convertissez votre maison en jungle ultra-humide et chaude à l’année longue.

Figuier comestible (Ficus carica)
Il préfère passer sont été à l’extérieur… et a la mauvaise habitude de laisser tomber ses feuilles pendant l’hiver, mais le figuier produit quand même assez facilement des fruits dans la maison. De plus, son feuillage est comestible.

20170126J.JPG

Grenadier nain

Grenadier nain (Punica granatum ‘Nana’)
Version miniature du grenadier qui donne les grosses pommes de Grenade, le grenadier nain forme un petit arbuste aux fleurs orange qui donnent des pommes de petite taille, mais néanmoins comestibles.

20170126K.jpg

Grenadille (Passiflora edulis)

Grenadille ou passiflore comestible (Passiflora edulis)
Cette grimpante vigoureuse aura besoin d’un bon treillis, mais peut produire ses fleurs blanches à auréole pourpre et ses fruits pourpres ou jaunes, selon le cultivar, dans un emplacement bien ensoleillé.

Pitahaya ou fruit du dragon (Hylocereus undatus, H. polyrhizus, H. megalanthus et autres)
Ces cactus grimpants prennent beaucoup d’espace, mais fleurissent assez facilement quand ils atteignent leur maturité (après 5 ou 6 ans), produisant d’énormes fleurs blanches nocturnes très parfumées suivies de gros fruits rouges ou jaune à la chair blanche ponctué de graines noires. On peut produire des plants à partir de graines prelevées dans un fruit acheté au supermarché.

20170126L.jpg

Cactus arête de poisson (Epiphyllum anguliger)

Je cultive chez moi un cactu plus petit, le cactus arête de poisson (Epiphyllum anguliger), aux tiges aplaties curieusement échancrées (d’où son nom commun) et de nature retombantes. Ses fleurs blanches nocturnes très parfumées donnent des petits fruits verts comestibles… mais il est difficile de juger quand ils sont mûrs. Comme ses parents, il prend plusieurs années avant de commencer à fleurir.

Prunier du Natal (Carissa macrocarpa)

Petit arbuste épineux à feuilles lisses qui produit des fleurs blanches et des fruits rouges comestibles. On l’utilise parfois en bonsaï. Toute la plante est toxique; il n’y a que les fruits mûrs qui sont comestibles.

20170126M.jpg

Fruits de roselle

Roselle (Hibiscus sabadariffa)
Cet arbuste à petits fleurs jaune pâle ou blanches fleurit assez rapidement par semences et peut donner donc des fruits rouges, souvent utilisées dans les boissons et les gelées, dès la première année.

Vigne Pixie (Vitis x Pixie® Pinot Meunier)
Mutation naine de la vigne à raisin Pinot Meunier qui produit des fruits toute l’année sur une plante de petite taille. Ses feuilles aussi sont comestibles. On peut la cultiver comme plante d’intérieur.


Épices et herbes fines

Ces plantes servent à aromatiser nos repas et aussi parfois comme plantes médicinales. Je me suis limité aux variétés qui font réellement de bonnes plantes d’intérieur.

20170126N.jpg

Tiges et rhizomes de gingembre

Gingembre (Zingiber officinale)
On peut cultivar des plants de gingembre à partir de rhizomes achetés au marché. Attention, toutefois: souvent les rhizomes ainsi offerts ont été traités chimiquement ou irradiés pour ne pas germer. Il vous faut des rhizomes vivants, avec des bourgeons indiquant qu’ils sont prêts à pousser. Un supermarché asiatique devrait en avoir.

Il s’agit tout simplement d’enfoncer une section de rhizome dans un pot de terreau et d’arroser: un plante verte avec une petite allure de bambou poussera. Avec le temps, le rhizome se divisera et vous pourrez alors récolter les surplus. Il est rare que le gingembre commun fleurisse à l’intérieur, par contre.

D’autres épices de la famille du gingembre produisent aussi des rhizomes comestibles et font, elles aussi, d’excellentes plantes d’intérieur: le galanga (Alpinia galanga), le cucurma (Cucurma longa) et la cardamome (Elettaria cardamomum) ne sont que quelques exemples.

Laurier-sauce (Laurus nobilis)
Une des rares fines herbes classiques qui pousse assez bien dans la maison pour être une bonne plante d’intérieur.

20170126O.jpeg

L’origan cubain panaché (Plectranthus amboinicus ‘Variegatus’) est la variété la plus populaire.

Origan cubain ou gros thym (Plectranthus amboinicus)
Cette plante n’est ni un origan (Origanum spp.) ni un thym (Thymus spp.), mais un proche parent du coléus (Plectranthus scutellaroides, syn. Solenostemon scutellarioides et Coleus blumei). Les feuilles épaisses sont ajoutées aux mets dans les pays chauds pour remplacer l’origan. Très facile à cultiver.

Poivre noir (Piper nigrum)

Grimpante aux feuilles lisses et à longues épis pendants de fruits verts devenant rouges, le poivre noir n’est pas difficile à cultiver à l’intérieur si vous pouvez lui offrir une bonne humidité. Les graines donnent du poivre noir, blanc ou rouge, selon le traitement qu’on leur donne.

Stevia (Stevia rebaudiana)
De plus en plus populaire pour ses feuilles édulcorantes qui donne un goût sucré aux mets sans ajouter des calories.

20170126P.jpg

Tulbaghie violacée

Tulbaghie violacée (Tulbaghia violacea)
Plante bulbeuse à feuilles en lanière et à petites fleurs en trompette roses: toute la plante dégage une odeur d’ail. Si vous utilisez les feuilles ou fleurs comestibles en cuisine, sachez elles ne donnent pas mauvaise haleine, d’où le nom anglais «society garlic» (ail de société). Ainsi on peut sortir “en société” après les avoir consommées.


Légumes

Il n’y a pas beaucoup de plantes qu’on pourrait qualifier de légumes qui font de bonnes plantes d’intérieur. Je n’en ai pu trouver que les deux suivantes:

20170126Q.JPG

Épinard de Malabar (Basella alba)

Épinard de Malabar (Basella alba, syn. B. rubra)
Grimpante assez ornementale à feuilles mucilagineuses qui remplace l’épinard dans les pays chauds où l’épinard pousse difficilement. L’espèce produit des tiges vertes et des fleurs blanches, mais B. alba ‘Rubra’, probablement plus cultivé que l’espèce, a des tiges rougeâtres et des fleurs roses. Très facile à cultiver.

20170126R.jpg

Figuier de Barbarie sans épine (Opuntia ficus-indica ‘Burbank Spineless’

Figuier de Barbarie ou nopal (Opuntia ficus-indica et autres)
Ce cactus aux raquettes aplaties produit des fruits comestibles lorsqu’on le cultive en plein air sous un climat chaud et sec, mais à l’intérieur il fructifie rarement. On utilise plutôt ses raquettes comme légume sous son nom mexicain: nopal. Préférez un cultivar qui n’a pas d’épines (ou presque pas d’épines) comme ‘Burbank Spineless’. Il faut le plein soleil pour bien le réussir. Et oui, on peut bouturer les raquettes en vente à l’épicerie.

Où les trouver?

Je viens de vous préparer toute une liste d’épicerie, n’est-ce pas! Tristement, la plupart de ces plantes ne sont pas disponibles dans les jardineries locales. Une bonne source au Canada pour les épices et les fines herbes mentionnées est Richters. Pour les fruitiers inhabituels, essayez Flora Exotica et Brugmansia-Québec. Pour les jardiniers européens, Denise Roby recommande AlsaGarden comme source pour les plantes et semences comestibles inhabituelles.

Bon appétit!20170126k

Comment cultiver le stevia, la célèbre «plante sucrée»

Par défaut

20161122A.jpg

Stevia (Stevia rebaudiana).

Les médias font du stevia, cette plante au feuillage si sucré, la solution idéale à l’obésité et au contrôle du poids. Des produits à base de stevia (poudres, comprimés, liquides, etc.) sont partout sur le marché. On dit qu’il est 200 à 300 fois plus sucré que le sucre, tout en ne contenant aucune calorie. Et bien sûr, il est entièrement naturel.

Mais avant d’être converti en poudre ou en comprimé, le stevia était une plante (Stevia rebaudiana)… et c’est seulement sous cette forme qu’il est vraiment «naturel». De plus, c’est une plante assez facile à cultiver, même sur le rebord d’une fenêtre.

D’ailleurs, même si les médias le traite comme une nouveauté, le stevia n’est pas si nouveau. Les Amérindiens paraguayens utilisent cette plante depuis des millénaires et elle est connue des botanistes depuis plus de 300 ans. Personnellement, elle fait partie de ma palette de plantes depuis environ 20 ans. Comme nous pouvons tous cultiver le stévia chez nous sans le moindre problème, le stevia est en fait un édulcorant non seulement efficace, mais très bon marché.

Culture

20161122B.jpg

Le stevia peut se cultiver en pot ou en pleine terre.

Le stevia n’est pas du tout difficile à cultiver. On peut le cultiver en pot ou en pleine terre. Commencez avec une plante (les semences sont disponibles, mais la germination est peu fiable) que vous pouvez trouver dans presque n’importe quelle jardinierie, même souvent au supermarché.

Il faut un sol assez riche et uniformément humide. Placez-la en plein soleil ou à la mi-ombre, attendant qu’il n’y ait plus de risque de gel avant d’acclimater la plante aux conditions de plein air. Fertilisez avec un engrais biologique à dissolution lente, évitant toutefois les engrais riches en azote qui peuvent en altérer le goût. Pincez l’extrémité aux trois ou quatre semaines pour stimuler une meilleure ramification.

Le stevia est rustique en zone 9, parfois en zone 8, mais ne peut pas passer l’hiver en pleine terre dans les régions froides. Par contre, on peut rentrer la plante ou des boutures à l’automne et les cultiver sur le rebord d’une fenêtre ensoleillée ou sous des lampes fluorescentes, et les ressortir l’été suivant (elle aime bien son «été dehors»). C’est d’ailleurs l’une des rares fines herbes qui réussit assez bien à l’intérieur pendant l’hiver.

Pendant que le stevia est à l’intérieur, par contre, il est fort possible que la plante s’étiole, c’est-à-dire, qu’elle produise de longues tiges faibles et vert pâle. Cela vient du fait qu’il est très difficile de donner un éclairage adéquat à une plante qui préfère le plein soleil pendant les journées courtes et grises de l’hiver. Ne vous gênez pas alors pour la rabattre à 10 cm du sol, ce qui stimulera une croissance plus saine.

20161122C.JPG

Fleurs de stevia.

Si vous ne pincez pas le stevia, il peut aussi fleurir à l’automne sous l’influence des jours courts, généralement une fois qu’il est à l’intérieur pour l’hiver, produisant de petites inflorescences en forme de volant de badminton composées de fleurs blanches. Elles ne sont pas très attrayantes et de plus, fleurir sape le goût des feuilles. Ne vous gênez pas donc pour les supprimer.

Le stevia semble peu sensible aux insectes et aux maladies. Par contre, il fane rapidement quand il manque d’eau. Si la plante ne récupère pas immédiatement après un bon arrosage, tout espoir n’est pas perdu. Taillez-la près du sol et, même si la plante a l’air complètement morte, maintenez le terreau à peine humide et attendez patiemment. Très souvent elle repoussera du pied quelques mois plus tard.

Récolte

20161122D.JPG

Feuilles de stevia séchées

Habituellement, on récolte les feuilles au besoin pour une utilisation immédiate, et ce, en toute saison, mais on peut aussi récolter et sécher les feuilles pour une consommation ultérieure. À cette fin, coupez des tiges et suspendez-les à l’envers dans un emplacement sec, chaud et aéré. Quand les feuilles sont sèches, récoltez-les, réduisez-les en poudre et conservez-les dans un pot de verre.

Arrière-goût

Ce qui a longtemps nui à l’utilisation du stevia dans le monde occidental était le goût de la plante. D’accord, le stevia est très sucré, mais il a aussi un arrière-goût anisé. Pas fort, pas si désagréable, mais notable néanmoins, et ce fut assez pour retarder son adoption par le grand public.

Il existe toutefois maintenant des lignées sans arrière-goût, comme ‘Sweetie Star’. On peut en obtenir des plantes par la poste chez Richters Herbs en Ontario. Cette compagnie expédie les commandes partout au Canada et aux États-Unis.

Cuisiner avec le stevia

Là, vous m’avez: je ne suis pas cuisinier et je n’ai aucune recette à proposer. D’ailleurs, je suis plus un croqueur de stevia qu’autre chose, mettant quelques feuilles dans ma bouche quand je passe devant mes plantes. Je vous encourage à expérimenter ou à chercher des recettes sur Internet, sachant qu’habituellement, il ne faut qu’une feuille ou une pincée de poudre de stevia pour sucrer une portion, car le stevia est très, très sucré.

Bon succès avec cette plante… et avec votre régime minceur!20161122a