15 plantes d’intérieur pas si passe-partout

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Ce pauvre lis de la paix (Spathiphyllum) montre des signes d’un manque d’eau chronique… un bon exemple d’une plante pas si passe-partout. Source: www.gardeningknowhow.com

En préparant l’article d’hier, 15 plantes d’intérieur passe-partout, j’ai bien sûr jeté un coup d’œil sur d’autres sites Web pour voir leurs suggestions. (Non, ce n’est pas du plagiat! C’est ce qu’on appelle «faire de la recherche»!) Mais j’étais étonné par certaines de leurs suggestions.

Après tout, le but était de montrer des plantes d’intérieur particulièrement faciles à cultiver, des plantes qu’on pourrait notamment recommander aux jardiniers novices. Mais j’ai vu sur leurs listes plusieurs plantes que je n’aurais jamais pensé inclure parmi les plantes faciles à cultiver, des plantes qui ont des défauts qui font que leur durée de vie est plutôt limitée à moins de prendre des précautions spéciales. Vraiment pas des plantes passe-partout!

Pourquoi ces plantes dépérissent-elles?

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Aloès médicinal (Aloe vera) sérieusement étiolé par un éclairage insuffisant. Source: jardinierparesseux.com

Parfois, le problème est tout simplement que la plante nécessite un éclairage intense. Je ne pourrais jamais recommander un tel végétal comme plante d’intérieur facile à cultiver, car mon expérience est que les humains sous-estiment presque toujours les besoins en lumière des plantes d’intérieur. Nous semblons toujours penser que notre demeure est superbement éclairée, alors que c’est rarement le cas.

L’habitation moyenne est plutôt l’équivalent d’une caverne: pas plus que moyennement éclairée près de l’entrée (la fenêtre) et très peu éclairée en retrait de cette ouverture. (Faites le test du journal pour avoir une meilleure idée de l’éclairage chez vous… et préparez-vous à être découragé!)

Dans d’autres cas, les plantes recommandées sont trop sujettes aux dommages causés par l’air sec, trop susceptibles aux insectes ou maladies, naturellement de courte vie ou ont des exigences particulières qui vont au-delà d’un arrosage régulier et qui compliquent alors leur entretien.

Plantes d’intérieur pas passe-partout

Voici alors 15 plantes d’intérieur qui ne sont pas nécessairement difficiles à cultiver pour un jardinier qui a de l’expérience, mais que, pour les raisons expliquées, je n’aurais jamais mises sur une liste de plantes d’intérieur de culture facile.

  1. Broméliacées (Aechmea, Guzmania, Tillandsia, Vriesea, etc.)
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Ces broméliacées sont superbes, mais leur dépérissement après la floraison peut être traumatisant pour le jardinier! Source: www.orchardnursery.com

Ces plantes sont tout à fait charmantes et peuvent durer des mois dans une maison typique. Mais habituellement, elles sont vendues en fleurs… et elles meurent après la floraison! D’accord, avant de mourir, la plante produit, à de rares exceptions près, au moins un «bébé» qui fleurira à son tour — dans quelques années —, mais comprendre ce détail est beaucoup demander à un jardinier novice. Il risque plutôt de se décourager quand il verra la plante mère se dégrader peu à peu.

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Fille de l’air (Tillandsia): un entretien unique à apprendre. Source: cdn.shopify.com

Quant aux filles de l’air ou Tillandsia, qui sont rarement vendus en fleurs, le fait qu’il faille les arroser en les plongeant dans l’eau ou en les vaporisant les met dans une catégorie à part, pas dans le groupe des «plantes pour débutants».

  1. Cactées et succulentes
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Les cactées et succulentes ne sont de culture facile que si vous disposez d’un emplacement abondamment éclairé. Source: thesucculentsource.com

Il y a des centaines de plantes d’intérieur dans cette catégorie et elles ne sont pas difficiles à cultiver… si vous avez beaucoup de lumière. En effet, la plupart préfèrent même le plein soleil! Tristement, nos demeures sont beaucoup plus ombragées que la plupart des gens ne se l’imaginent. Le résultat est que je vois dans les demeures beaucoup de cactées et succulentes étiolées, affaiblies et mourantes, peut-être encore en vie, mais à peine.

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Cactus (Opuntia) sérieusement étolié à cause d’un manque de lumière. Source: pistilsnursery.com

Parmi les succulentes qui tolèrent un peu d’ombre et qui conviennent alors mieux aux débutants, il y a les aloès (Aloe spp. dont A. vera), les haworthias (Haworthia spp.), les gastérias (Gasteria spp.), la plupart des euphorbes (Euphorbia spp.) et la plante jade (Crassula ovata)… mais il leur faut quand même un emplacement qui reçoive au moins 5 heures de lumière indirecte par jour, donc un emplacement très près d’une fenêtre.

Aussi, beaucoup de jardiniers débutants perdent leurs succulentes l’hiver à la suite d’un arrosage trop généreux, n’ayant pas encore compris que, quand vous cultivez des succulentes, il est très important de bien laisser le terreau s’assécher avant d’arroser de nouveau. Doublement quand la lumière manque, comme c’est le cas l’hiver. Souvent, à cause des jours courts et des températures plus fraîches, ces plantes ont seulement besoin d’un arrosage par mois en plein hiver, alors que la tendance des jardiniers novices est de vouloir arroser leurs plantes régulièrement. Oups!

  1. Calathéa (Calathea spp.)
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Les calathéas (ici Calathea zebrina) ne réussissent bien à long terme que dans les emplacements où l’air est toujours humide. Source: http://www.planten-kopen.com

Un bel exemple d’une plante qui «tient bien» pendant plusieurs mois, surtout quand on l’achète au printemps ou à l’été, mais qui finit par dépérir l’hiver. Il ne tolère pas l’air sec et le manque de lumière communs à cette saison.

  1. Caoutchouc (Ficus elastica)
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Il faut au caoutchouc (Ficus elastica ‘Burgundy’) un emplacement bien éclairé. Source: www.homedepot.com

Je ne comprends pas pourquoi les jardineries continuent d’insister pour dire que le caoutchouc tolère l’ombre alors qu’il exige, bien au contraire, beaucoup de lumière et même, dans le Nord, le plein soleil, mais c’est bien le cas. D’accord, il peut sembler tenir le coup pendant six mois ou plus, mais alors il vit sur ses réserves d’énergie. Une fois qu’il les a épuisées, c’est la dégringolade et ses feuilles commencent à chuter l’une après l’autre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

  1. Croton (Codiaeum variegatum)
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L’état typique d’un croton (Codiaeum variegatum) après deux ou trois mois dans une maison. Source: garden.org

C’est presque scandaleux de recommander le croton aux débutants alors que cette plante a une réputation terrible chez les jardiniers pour sa capacité à mourir rapidement dans la maison. Le problème est qu’il tolère mal les changements, perdant prestement ses feuilles quand l’intensité lumineuse change. Il y a moyen de l’acclimater si vous avez de la patience, mais ce n’est guère une plante à conseiller aux débutants! Honte à ceux qui le font!

  1. Figuier pleureur (Ficus benjamina)
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Figuier pleureur (Ficus benjamina) en état de choc. Il faut bien acclimater cette plante si vous voulez la dompter. Source: goodtogrow.files.wordpress.com

D’accord, cette plante peut tolérer l’ombre et l’air sec de nos demeures et peut même vivre des décennies sous ces conditions, mais, comme pour le croton, seulement si vous l’acclimatez bien auparavant. Sinon, ses feuilles commencent à chuter presque aussitôt que vous le rapportez à la maison. Lisez Pourquoi un figuier pleureur perd ses feuilles pour savoir comment réussir son acclimatation.

  1. Fougère de Boston (Nephrolepis exaltata cvs)
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Il faut plus de lumière que vous ne le pensez pour maintenir une fougère de Boston (Nephrolepis exaltata) en bon état. Source: www.amazon.com

Cette fougère tolère mieux l’air sec que la plupart des autres fougères, ce qui est bien, mais est moins tolérante de l’ombre. Il faut un emplacement assez ensoleillé pour bien la réussir. Aussi, elle préfère un hiver au frais alors que, de nos jours, nous chauffons aux températures estivales toute l’année. Le résultat est qu’elle dépérit peu à peu dans la plupart des demeures.

  1. Lierre anglais (Hedera helix)
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Le lierre anglais (Hedera helix) n’est pas difficile à cultiver… si vous pouvez éloigner les araignées rouges! Source: www.amazon.com

D’accord, sa culture est facile… jusqu’à ce que l’automne arrive. Lorsque l’air devient plus sec, les tétranyques (araignées rouges) s’y installent et il dépérit alors rapidement.

  1. Lis de la paix (Spathiphyllum)
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Quand on achète un lis de la paix (Spathiphyllum), il est typiquement cultivé dans un pot si petit qu’il faut l’arroser au moins deux fois par semaine. Le rempoter dans un pot plus grand vous donnera du répit. Source: amazon.com

Assez facile en général, mais il fane très rapidement quand il manque d’eau et diminue en beauté à chaque fois qu’il s’assèche. Souvent, il faut l’arroser plus d’une fois par semaine! Si vous avez tendance à oublier d’arroser, ce n’est assurément pas un bon choix!

  1. Palmier d’Arec (Dypsis lutescens, syn. Chrysalidocarpus lutescens)
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Si vous voulez inviter des araignées rouges dans votre demeure, procurez-vous un palmier d’Arec (Dypsis lutescens)! Source: http://www.ikea.com

Comme dans le cas du lierre anglais, sa susceptibilité aux araignées rouges rend sa culture difficile et même décourageante. On ne semble jamais être capable de s’en débarrasser! D’ailleurs, la plupart des palmiers ont un problème avec des infestations réputées d’araignées rouges et sont rarement de bons choix pour les débutants.

  1. Pépéromia (Peperomia spp.)
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Plusieurs pépéromias (ici Peperomia caperata ‘Emerald Ripple’) sont sujets à la pourriture à moins que vous ne les arrosiez avec beaucoup de précaution. Source: Lazaregagnidze, Wikimedia Commons

Il y a trop d’espèces (plus de 1500!) pour faire plus qu’un commentaire généralisé, mais plusieurs des variétés disponibles dans le commerce sont sujettes à la pourriture si on les arrose trop. Typiquement, ils poussent bien au début et l’on est très content des résultats, puis ils meurent subitement. Quel choc alors!

  1. Plante prieuse (Maranta leuconeura)
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La plante prieuse (Maranta leuconeura erythroneura) tend à dépérir l’hiver sous l’effet de l’air sec de nos maisons. Source: carlosbato-arte.blogspot.com

Encore une plante qui donne des résultats encourageants au début, mais qui tolère mal l’air sec l’hiver. Inévitablement, c’est le dépérissement et la déception qui s’ensuivent.

  1. Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla)
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Quand on entasse autant de plantes dans un même pot, comme on fait typiquement avec le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla), cela cause un stress souvent fatal  Source: amazon.com

Rares sont les sapins de Norfolk qui survivent plus de quelques mois dans une maison normale. Leur besoin d’air frais et humide, alors que nos maisons sont chaudes et sèches l’hiver, finit par en avoir raison. Aussi, les producteurs entassent généralement trop de jeunes plants dans le même pot pour que l’effet soit plus attrayant, mais cette promiscuité nuit à leur survie. Sous de bonnes conditions, un sapin de Norfolk peut vivre des décennies (voici comment faire), mais je ne pourrais pas l’offrir légitimement à un jardinier sans expérience.

  1. Schefflera (Schefflera actinophylla, syn. Brassaia actinophylla)
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Le schefflera (Schefflera actinophylla) est attrayant, mais sujet aux araignées rouges. www.homedepot.com

Il s’agit du grand schefflera, celui aux imposantes feuilles luisantes, pas du schefflera miniature (S. arboricola), beaucoup plus commode. Encore une plante dont la susceptibilité aux araignées rouges fait qu’elle est difficile à garder en bon état très longtemps.

  1. Yucca géant (Yucca gigantea, syn. Y. elephantipes et Y. guatemalensis)
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Le yucca géant (Yucca gigantea) peut vivre plusieurs années, mais sans un éclairage intense, il le fait en dépérissant peu à peu. Source: http://www.waitrosegarden.com

Généralement vendu sous la forme d’un petit arbre au tronc brun dont l’extrémité a été coupée et qui porte de deux à quatre touffes de feuilles lancéolées, c’est une plante superbe… qui ne cesse de se dégrader avec le temps, faute de lumière intense. Il peut parfois vivre deux ou trois ans dans une demeure typique, mais il devient de plus en plus étiolé et de moins en moins beau avec le temps, et le nombre de feuilles diminue plutôt que d’augmenter, de quoi décourager son propriétaire. Pour les emplacements très ensoleillés seulement!


Et voilà! 15 plantes peut-être intéressantes pour les jardiniers qui ont de l’expérience, mais à ne pas offrir à un débutant… et qui ne sont assurément pas, malgré les prétentions de certains, des «plantes d’intérieur passe-partout»!20180127A Spathiphylium www.gardeningknowhow.com.jpg

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Plantes à fourmis dans votre salon!

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La présence de fourmis dans les plantes est souvent une bonne chose! Source: The Cliparts

Saviez-vous que certaines plantes d’intérieur, peut-être même des plantes que vous cultivez déjà, sont, dans la nature, des «plantes à fourmis»? Des myrmécophytes, pour utiliser le nom scientifique. Le mot myrmécophyte vient du grec myrmex (fourmis) et phuton (plante).

Ces plantes vivent en symbiose avec les fourmis, une forme de mutualisme où chaque espèce aide l’autre. Il y a d’ailleurs plus de plantes myrmécophytes qu’on ne le pense: des milliers d’espèces dans plus de 100 familles de plantes.

Les myrmécophytes fournissent généralement soit gîte soit nourriture aux fourmis et, en retour, les fourmis offrent certains services:

  • elles les protègent contre leurs ennemis (insectes, mammifères, etc.);
  • elles les protègent contre les plantes envahissantes;
  • elles nettoient la plante de champignons néfastes;
  • elles les nourrissent (souvent de leurs excréments);
  • elles distribuent leurs semences (parfois);
  • elles pollinisent leurs fleurs (très rare).

Des maisons à fourmis

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Une coupe transversale d’un tubercule de Myrmecodia tuberosa montre les espaces conçus pour les fourmis. Source: thephytophi8e.blogspot.ca

Les myrmécophytes qui offrent le gîte aux fourmis sont les plus faciles à reconnaître. Généralement, ils ont un organe bien visible qui est anormalement enflé et creux ou qui contient des passages vides. Parfois, il y a même une ou des ouvertures pour donner accès aux fourmis, ou encore, une section où l’épiderme est très mince et par laquelle elles peuvent alors facilement pénétrer. L’organe qui les accueille peut être une tige, un tubercule, un rhizome, une feuille ou une épine. Les fourmis pénètrent dans l’organe enflé déjà existant et y élisent résidence. On appelle ces résidences des domaties ou, pour être plus spécifique, des myrmécodomaties. Ou maisons à fourmis! Ce sont ces plantes aux excroissances bizarres qui fascinent le plus les jardiniers.

Des organes qui nourrissent

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Des nectaires extrafloraux sous les feuilles de Prunus laurocerasus. Ils sont conçus pour attirer les fourmis qui alors protègent et nettoient la plante. Source: Luis Fernández García, Wikimedia Commons

C’est un mutualisme plus subtil qu’on découvre surtout en analysant le comportement des fourmis. Ainsi, il existe sûrement des plantes myrmécophytes que personne n’a encore remarquées. Le nectar que la plupart des plantes produisent se trouve uniquement au centre de leurs fleurs et est produit dans le but d’attirer les pollinisateurs. Par contre, les plantes myrmécophytes ont souvent des nectaires riches en sucres, appelés nectaires extrafloraux, situés ailleurs sur la plante, souvent sur les feuilles ou les tiges. On peut en déduire qu’ils ne sont pas utilisés pour assurer la pollinisation, mais pour d’autres fins… généralement pour attirer les fourmis.

La plante myrmécophyte la plus connue des jardiniers est d’ailleurs la pivoine (Paeonia lactiflora), qui attire les fourmis à ses boutons floraux encore fermés pour les protéger des prédateurs.

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Corps beltiens sur des foliotes d’acacia: ils servent à nourrir les fourmis. Source: botit.botany.wisc.edu

Certains myrmécophytes vont encore plus loin et produisent sur leur feuillage de petites excroissances riches en lipides, sucres et protéines appelées corps beltiens que les fourmis peuvent ramasser pour rapporter à leur nid.

En l’absence de fourmis

Souvent, cette myrmécophylie est facultative, surtout quand il s’agit de nectaires extrafloraux: la plante et la fourmi peuvent très bien survivre l’une sans l’autre. D’ailleurs ces plantes attirent généralement des fourmis d’espèces différentes: il n’y a pas de mutualisme spécifique.

Par contre, dans d’autres cas, le mutualisme est obligatoire, du moins, dans la nature. Si la bonne fourmi n’est pas présente, la plante ne peut pas se reproduire ou se fait bouffer par ses ennemis. Et l’espèce de fourmi en question dépend obligatoirement de sa plante-hôte. On ne la trouve jamais ailleurs.

En culture, toutefois, il est possible de cultiver au moins la plante sans fourmis sinon le contraire. D’ailleurs, même si vous cultivez des plantes myrmécophytes, ne pensez pas que des fourmis vont venir les habiter, car chaque myrmécophyte est habituellement hôte d’une fourmi qui lui est entièrement spécifique ou sinon, de quelques espèces très apparentées: pas des «fourmis de tous les jours». À moins que vous ne viviez sous les tropiques dans une région où la plante myrmécophyte est indigène, il n’y a aucun risque que des fourmis locales ne l’adoptent!

Plantes d’intérieur myrmécophytes

Voici quelques plantes myrmécophytes qui peuvent être cultivées comme plantes d’intérieur. Toutes ces plantes auront besoin d’un bon éclairage, de températures d’intérieur normales, d’une bonne humidité ambiante et d’arrosages en suivant la règle d’or.

Tillandsia

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Dans la nature, la base enflée du Tillandisa bulbosa abrite des fourmis. Source: fr.aliexpress.com

Les tillandsias ou filles de l’air (Tillandsia), de la famille des Broméliacées, viennent d’Amérique du Sud et centrale où ils poussent en épiphyte sur les branches d’arbres. Seulement quelques espèces, comme T. bulbosa et T. caput-medusae, sont myrmécophytes. Il s’agit des tillandsias qui produisent des feuilles à l’extrémité inférieure enflée et qui forment ainsi un genre de bulbe à la base de la plante. Dans la nature, des fourmis percent un trou dans ces feuilles et y habitent.

Notez qu’il faut arroser ces plantes, qui n’ont pas de racines absorbantes, en les plongeant dans l’eau ou en les vaporisant. Lisez Succès avec les filles de l’air pour plus d’information à leur sujet.

Myrmécode

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Le curieux tubercule myrmécophyte de Myrmecodia echinata. Source:  Michael Wolf, Wikimedia Commons

Le genre Myrmecodia, de la famille des Rubiacées, contient environ 30 espèces, toutes myrmécophytes, comme leur nom le suggère d’ailleurs. Il s’agit de plantes épiphytes originaires des jungles de l’Asie et de l’Océanie qui produisent, à leur base, un gros tubercule (caudex) enflé et épineux, muni de trous et de passages dans lesquels vivent des fourmis qui protègent la plante et la nourrissent de leurs déchets. On cultive certains myrémycodes comme plantes d’intérieur pour leur forme bizarre… et non, il n’est pas nécessaire d’importer des fourmis pour les rendre heureux.

Cultivez cette plante comme si elle était une orchidée, soit fixée sur une plaque ou dans un terreau pour orchidées et sous une forte humidité.

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Hydnophytum formicarum. Source: Bernard Dupon, Wikimedia Commons

Le genre Hydnophytum, un proche parent, produit des caudex similaires, mais sans épines, et fait aussi une bonne plante d’intérieur si on le traite comme une orchidée.

Codonanthe

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Codonanthe carnosa pousse presque toujours à partir d’une fourmilière arboricole. Source: jardinierparesseux.com

Le genre Codonanthe, de la famille des Gesnériacées, est une petite plante épiphyte retombante d’Amérique du Sud et centrale qui produit des graines qui rappellent, par leur forme, des œufs de fourmis. Ainsi, les fourmis les récoltent et les ramènent dans leur nid, un milieu riche en matière organique où la plante peut prospérer. Le codonanthe produit aussi sous ses feuilles des nectaires extrafloraux pour nourrir les fourmis et nourrit aussi les fourmis de ses fruits juteux.

Dischidia

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Dischidia vidalii produit des feuilles photosynthétiques normales, mais aussi (voir flèche) des feuilles enflées qui servent d’abri aux fourmis. Source: Mokkie, Wikimedia Commons

Le genre asiatique de plantes épiphytes grimpantes Dischidia contient un certain nombre de plantes myrmécophytes, dont D. vidalii (anc. D. pectenoides), qu’on vend parfois comme petite plante grimpante ou retombante. Cette plante produit surtout de petites feuilles cordiformes qui n’offrent rien aux fourmis, mais, de temps en temps, des feuilles beaucoup plus grosses et en forme de poche qui leur servent d’abri. La plante produit aussi de petites fleurs roses ou rouges.

Il faut une bonne humidité atmosphérique pour maintenir cette plante l’hiver. Cultivez-le dans un terreau pour orchidées.

D. major (anc. D. rafflesiana) est similaire, mais porte de plus grosses «maisons de fourmis» et en plus grand nombre. Sa culture est toutefois plus délicate.

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Les curieuses feuilles bosselées de Dischidia astephana servent de logis aux fourmis. Source: Clivid, flickr

Il existe aussi d’autres dischidias, comme D. astephana, qui forment des abris pour fourmis sous leurs feuilles quand elles se collent contre un tronc ou une branche. En culture, il faut fixer ces espèces sur un morceau de bois ou d’écorce pour que les feuilles-abris renflées et bosselées se forment. Les feuilles poussant librement seront normales, tout simplement.

Fougères myrmécophytes

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Lecanopteris pumila. Source: wistuba.com.

Il existe plusieurs fougères myrmécophytes, notamment dans les genres Lecanopteris, de l’Asie et de l’Océanie, et Solanopteris, des Amériques. Épiphytes, elles ont des rhizomes curieusement enflés qui abritent des fourmis à l’état sauvage. On cultive souvent ces fougères assez délicates sur des morceaux d’écorce, à la manière de certaines orchidées. Il leur faut un drainage parfait, mais une forte humidité relative en tout temps.

Acacia

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L’acacia corne de bœuf (Vachellia cornigera) abrite les fourmis dans ses épines et les nourrit avec des corps beltiens (visibles dans cette photo) à l’extrémité des folioles. Source: Stan Shebs, Wikimedia Commons

Dans son sens le plus large, ce vaste genre d’arbres et d’arbustes légumineuses, généralement de climat aride, comprend plus de 1300 espèces distribuées partout dans les régions tropicales et subtropicales du monde. Cependant, le groupe qui nous intéresse a été récemment reclassifié sous le nom Vachellia. C’est ce nouveau genre qui contient quelques espèces myrmécophytes, dont la plus connue est l’acacia corne de bœuf (V. cornigera, anc. A. cornigera).

Il s’agit d’un petit arbre d’Amérique centrale à feuilles bipennées portant à sa base deux grosses épines en forme, justement, de cornes de bœuf. L’épine est creuse et habitée de fourmis particulièrement féroces (Pseudomyrmex ferruginea) qui protègent non seulement la plante de ses ennemis, mais qui nettoient même le sol autour de l’arbre des mauvaises herbes, éliminant ainsi toute concurrence. En plus d’offrir le gîte aux fourmis, la plante produit des nectaires sur ses tiges et des corps beltiens à l’extrémité des folioles, deux façons de nourrir les fourmis. Les fourmis hôtes n’ont même pas à aller s’alimenter ailleurs: l’acacia leur fournit toute leur nourriture!

On peut cultiver cette plante comme plante d’intérieur à partir de semences.

Cecropia

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Si vous tapez sur un tronc de cecropia (ici Cecropia obtusifolia) dans la nature, les fourmis aztèques sortent rapidement, prêtes à le défendre. Source: Dick Culbert, Wikimedia Commons

Il y a environ 20 espèces de Cecropia (maintenant dans la famille Urticaées, bien que ce placement soit contesté par plusieurs taxonomistes) dans les tropiques américains et la plupart sont hôtes de fourmis aztèques qui habitent leur tronc creux. Non seulement ces petites fourmis très agressives les protègent des herbivores, mais elles suppriment aussi les grimpantes et les épiphytes qui essaient de s’y fixer. De plus, les cecropias produisent des corps beltiens sur leurs feuilles et ainsi nourrissent les fourmis.

Les cecropias se décorent de grandes feuilles palmées rappelant un peu celles du schefflera (Schefflera actinophylla) et font des plantes d’intérieur intéressantes… pour ceux qui ont beaucoup d’espace!

Autres espèces

Si vous cherchez, vous trouverez d’autres plantes d’intérieur myrmécophytes, comme Aechmea brevicollis, Hoya imbricata, Macaranga spp., Nepenthes bicalcarata, Pachycentra glauca, Platycerium madagascariense, Tetrastigma voinierianum, sans parler de certaines orchidées comme Myrmecophila et Caularthron.


Amusez-vous à découvrir ces curieuses «plantes à fourmis»!20171125B The Cliparts