Mettons un nom sur une plante mystère

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C’est ainsi qu’on présente la sansevière à bâtons (Sansevieria bacularis) en magasin, soit une potée de boutures enracinées. Source: http://www.florastore.com

Si vous aimez les plantes succulentes, vous avez certainement vu cette plante. En fait, elle semble être dans toutes les jardineries ces jours-ci. Ce que vous verrez est un pot de feuilles courtes, tubulaires, pointues et vert foncé avec des bandes transversales plus claires et une rainure peu profonde au milieu. Elles ne mesurent habituellement qu’environ 15 à 20 cm (6 à 8 pouces) de hauteur et ne grandissent jamais. Les feuilles sont généralement regroupées de manière dense, formant une touffe symétrique, bien que parfois elles soient placées de manière à former un éventail. Et le pot n’est pas toujours étiqueté… et même quand un nom y paraît, il n’est presque jamais le bon.

Des boutures de feuilles

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Voici l’apparence d’une sansevière à bâtons (Sansevieria bacularis) à maturité. Source: Ha Keat Lim, http://www.llifle.com

Ce que vous voyez, ce sont de petites boutures de feuilles d’une grande sansevière appelée Sansevieria bacularis, une proche parente de la sansevière cylindrique (S. cylindrica) quoique cette dernière porte des feuilles beaucoup plus épaisses. Étant donné que l’épithète bacularis vient du mot latin baculum pour désigner un bâtonnet ou bâton, on pourrait logiquement l’appeler sansevière à bâtons.

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Une jeune sansevière cylindrique (Sansevieria cylindrica). Notez sa coloration plutôt jaune-vert et les nombreuses rainures longitudinales dans les feuilles, absentes chez Sansevieria bacularis. Source: plantzy.com

S. bacularis est vendue sous les noms commerciaux suivants: S. Mikado, S. Mikado Fernwood*, S. Fernwood Mikado*, S. Musica (ou S. Musika) et même S. Spaghetti. Et elle est souvent proposée comme appartenant à l’une ou l’autre de deux espèces différentes de SansevieriaS. cylindrica et S. sulcata (maintenant S. caniculata). Cependant, j’ai pu trouver des sources fiables qui confirment une identité différente. Il s’agirait en fait de S. bacularis. Oui, a priori, il y a possibilité de confusion, mais si vous placez S. cylindrica et S. bacularis côte à côte, vous verrez facilement les différences.

En un coup d’œil

La «plante» que je vois habituellement en jardinerie est en fait simplement un pot de boutures de feuilles enracinées, mais elle finira un jour par produire des rejets qui donneront une plante d’aspect très différent, notamment avec des feuilles beaucoup plus hautes. En effet, S. bacularis peut atteindre 1,2 à 1,8 m de hauteur… après quelques années. (Sa croissance est toujours très lente.)

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Des spécimens en transition: de jeunes plantes commencent à pousser à travers les feuilles bouturées. Notez la gaine pourprée sur les nouvelles feuilles, typique de S. bacularis. Source: jardinierparesseux.com

Dans de nombreux magasins, vous trouverez des potées qui n’ont pas été vendues et qui passent alors de l’état de boutures à celui de véritables plantes. Vous pouvez vérifier que ces plantes sont véritablement S. bacularis en observant la gaine pourprée qui entoure la base de la feuille, chose que vous ne voyez pas sur les autres sansevières.

Les rejets de S. bacularis ne portent qu’une ou (rarement) deux feuilles très dressées entourées de cinq à six courtes gaines basales violacées. À maturité, la plante fleurira, avec une tige de fleurs blanches à lignes pourpres plus courte que les feuilles, mais seulement si l’éclairage est suffisamment intense.

S. bacularis est une introduction récente. Ce natif d’Afrique centrale n’a été décrit officiellement qu’en 2010, mais semble avoir gagné en popularité très rapidement et est maintenant abondamment disponible à travers le monde.

Nomenclature confuse

J’ai essayé de savoir si les noms de cultivar Mikado ou Musica étaient légitimes (c’est-à-dire, s’il s’agit de sélections uniques de S. bacularis, donc méritant un nom de cultivar), ou s’il ne s’agit que des noms commerciaux pour l’espèce ordinaire, mais sans succès. Si quelqu’un en sait davantage sur cette plante et ses multiples noms, n’hésitez pas à me le faire savoir. Je me ferai un plaisir de mettre à jour cet article en incluant les informations pertinentes.

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Sansevieria ‘Fernwood’ : notez que les feuilles sont arquées, plus courtes que celles de S. bacularis et qu’elles poussent en touffe. S. bacularis ne produit qu’une feuille (rarement deux) par plante. Source: jardinierparesseux.com

*Vient ensuite la confusion supplémentaire au sujet des plantes étiquetées Fernwood, car il existe un véritable Sansevieria ‘Fernwood’ (S. parva x S. suffruticosa), développé par feu l’hybrideur Rogers Weld de Fernwood Nursery en Californie, mais il s’agit d’une plante très différente, aux feuilles étroites et assez cylindriques, d’accord, mais qui se cambrent plutôt que de rester dressées et qui sont aplaties à la base plutôt que cylindriques sur toute leur longueur. De plus, chaque plante de ‘Fernwood’ produit plusieurs feuilles, pas seulement une ou deux par plante comme S. bacularis. Vous pourriez confondre une potée de boutures de feuilles de S. ‘Fernwood’ avec S. bacularis, mais certainement pas une plante établie.

Comment cultiver la sansevière à bâtons?

Il n’y a rien de plus facile! Évitez le gel et arrosez-la de temps en temps et elle réussira parfaitement!

D’accord, c’était un peu simple, mais quand même assez exact. Voici plus de détails:

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Il faut beaucoup de lumière pour qu’une sansevière à bâtons (Sansevieria bacularis) soit vraiment à l’aise. Source: http://www.gardentags

N’écoutez pas trop les conseillers qui vous diront que la sansevière à bâtons est une plante d’ombre. S’il est vrai qu’elle peut «survivre» à l’ombre, elle n’y prospérera certainement pas. Elle préfère une lumière vive avec au moins un peu de soleil quotidien. D’ailleurs, dans les hautes latitudes, le plein soleil toute l’année lui convient parfaitement. Sous un éclairage faible, les feuilles des spécimens matures se plieront et nécessiteront un tuteurage, ce qui n’est pas du tout élégant.

S. bacularis est très résistante à la sécheresse. Arrosez bien, puis laissez le terreau s’assécher passablement avant d’arroser de nouveau. Si vous devez partir pendant quelques mois, arrosez-la bien avant de vous en aller et partez l’âme en paix. Elle sera asséchée — mais vivante — à votre retour et elle récupérera bientôt avec un arrosage judicieux.

Elle tolère à la fois l’air sec et humide et toute température au-dessus de 7 °C (elle supportera jusqu’à 1 °C si son sol est bien sec). Plantez-la dans n’importe quel terreau bien drainé (vous voudrez peut-être ajouter une portion de gravier pour perruche ou de pierre ponce à votre mélange habituel pour y donner plus de poids). Un pot lourd sera probablement nécessaire pour empêcher les spécimens matures de basculer.

En pleine terre, cette plante ne poussera que dans les climats tropicaux, de préférence arides, mais les spécimens cultivés comme plantes d’intérieur seront très à l’aise en plein air l’été dans un emplacement protégé du soleil le plus intense.

Vous pouvez fertiliser cette sansevière ou non: l’absence de minéraux ne semble lui causer aucun tort.

Et vous pouvez la multiplier par division ou par boutures de feuilles. Dans ce dernier cas, il suffit de couper le dessus d’une feuille et de l’insérer dans un pot de terreau, en arrosant très occasionnellement. Elle s’y enracinera et finira par produire une nouvelle plante, bien que cela puisse parfois prendre un an ou plus.

La sansevière à bâtons (Sansevieria bacularis) : vous l’avez vue et peut-être même que vous la cultivez déjà, mais maintenant vous pouvez enfin mettre un nom dessus!

Sources d’information: www.llifle.com/Encyclopedia/SUCCULENTS/Family/Dracaenaceae/32497/Sansevieria_bacularis

www.sanseverix.com/bacularis

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Visite à quelques jardins du sud de la Floride

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Deuxième jour: L’exposition TPIE

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Juste une section de la vaste exposition TPIE

L’exposition TPIE (Tropical Plant Industry Exhibition) est la plus importante exposition de plantes d’intérieur et tropicales en Amérique du Nord. Elle a eu lieu tous les mois de janvier à Fort Lauderdale, en Floride; du 18 au 20 janvier en 2017. J’ai pu y assister cette année dans le cadre de la tournée médiatique de trois jours organisée par la FNGLA (Florida Nursery, Growers and Landscapers Association) à l’attention des membres de la Garden Writers Association.

L’exposition TPIE présente les dernières tendances en plantes vertes, plantes à fleurs et plantes tropicales. Elle couvre 2 hectares: c’est essentiellement un jardin d’intérieur virtuel rempli de plantes magnifiques. Elle est avant tout conçue pour permettre aux pépiniéristes, et surtout aux jardineries de l’est de l’Amérique du Nord, de rencontrer les fournisseurs de produits et de plantes du monde entier, produits qu’ils pourront alors utiliser dans leur commerce ou vendre aux consommateurs. Il y avait environ 400 kiosques à l’exposition de cette année, y compris des fournisseurs de plus de 30 pays différents.

Ce n’est pas la première fois que je participe à cette exposition. J’y ai été deux fois auparavant et d’ailleurs j’y retournerais chaque année si je le pouvais. C’est de loin mon exposition professionnelle préférée, car elle est vraiment plus à l’avant-garde que les autres et plus axée sur les plantes aussi, plutôt qu’à l’outillage… et de plus, je dois admettre que j’aime beaucoup les plantes d’intérieur et c’est la seule qui leur accorde vraiment de l’importance.

Pour moi, visiter cette exposition est une occasion pour découvrir les plantes d’intérieur les plus récentes, les plus fascinantes et les plus attrayantes, ainsi que les dernières nouveautés en pots et en produits: de futurs sujets pour ce blogue, entre autres.

Notez que c’est une exposition professionnelle («trade show»). Contrairement à une exposition dédiée aux consommateurs, il n’y a pas de plantes à vendre sur place. Oui, j’étais entouré de plantes séduisantes que je voulais à tout prix me procurer, mais je ne pouvais strictement rien acheter! Quelle torture! Malgré cela, j’ai pu au moins faire une liste mentale des nouvelles plantes que je veux essayer… une fois qu’elles arrivent en jardinerie!

Visiter les 400 kiosques de l’exposition prend essentiellement toute une journée. Notre groupe a commencé par une conférence très intéressante sur la façon dont les tendances «lifestyle» influencent comment les gens achètent et utilisent les plantes. Cette activité était suivie d’une visite guidée de la salle d’exposition pour bien nous orienter. Par la suite, nous étions libres de visiter à notre guise, à découvrir les kiosques et les plantes et à poser des questions aux spécialistes. J’ai pris une tonne de photos!

Dernières tendances

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La cuisine et les plantes comestibles devraient aller ensemble, non? Ici, des récipients d’herbes et de légumes sont incorporés directement dans un comptoir de cuisine. Génial!

Cette année, il semble que les jardiniers ne feront pas que cultiver des plantes, ils les porteront aussi. Voici quelques exemples.

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Un tillandsia en épinglette? Pourquoi pas.

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Vive la mariée, toute habillée de succulentes!

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J’ai attrapé le bogue moi-même: me voilà avec un collier composé d’une petite plante de tillandsia. Photo: Jo Ellen Myers Sharp

Présentations exceptionnelles

J’aurais pu présenter 50 photos ici, mais je me suis limité à quelques montages favoris.

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Ce mur de vandas (orchidées) aux couleurs coordonnées a certainement attiré mon attention!

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Une exposition de plantes tropicales se doit d’avoir de la couleur, beaucoup de couleur… et elle ne manque pas ici!

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J’ai aimé l’aspect «bienvenue chez moi» de cette présentation.

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Une sélection ahurissante d’orchidées.

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La présentation de Bullis Bromeliads a remporté le premier prix dans sa catégorie.

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Cette présentation proposée par Plants in the City, qui montre une rue de New York fleurie, approche la qualité des montages de l’Exposition florale de Philadelphie. Autrement dit: wow!

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Le montage d’Excelsa Gardens a été primé dans sa classe.

Plantes remarquables

Juste quelques-unes des plantes superbes que j’ai remarquées. Plusieurs seront peut-être déjà dans une jardinerie près de chez vous ce printemps!

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Exacum ‘Kandy’ a d’énormes fleurs par rapport à la violette persane originale (Exacum affine), une plante d’intérieur quelque peu oubliée.

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La série Soiree de pervenches de Madagascar (Catharanthus roseus) produit des masses de fleurs beaucoup plus petites et plus nombreuses que toute pervenche que j’ai jamais vue.

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Il y avait tellement de broméliacées qu’il était difficile de choisir une favorite, mais je l’ai finalement fait: Neoregelia ‘Sunkiss’.

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J’ai vu Sanseviera ‘Fernwood’, avec ses feuilles si minces, dans les jardineries au Québec, mais sans étiquette d’identification. J’étais très heureux d’apprendre son nom.

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Une version naine d’une de mes plantes vertes préférées, le faux zamier: quelle bonne idée! Son nom? Zamioculcas zamiifolia ‘Zamicro’.

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Mon choix de meilleure plante à feuillage coloré: Aglaonema ‘Sparkling Sarah’.

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Tillandsia ‘Samantha’: à mon avis, la vedette de l’exposition!

Julia Hofley, une amie experte des plantes d’intérieur, et moi avons échangé au sujet de nos plantes préférées et – surprise! – nous sommes tout à fait d’accord! Notre choix comme vedette de l’exposition est Tillandsia ‘Samantha’. Eh bien, devinez quoi? Les juges aussi! Peu après notre décision, les responsables sont venus lui installer deux pancartes indiquant qu’il s’est mérité deux des prix les plus prestigieux de l’exposition, dont celui de Meilleure nouvelle plante à fleurs 2017.

Pots en quantité

Cette exposition offre beaucoup de récipients vraiment attrayants, théoriquement pour la culture des plantes… mais très peu avaient des trous de drainage. Si vous voulez les utiliser, il serait sage de percer un trou dans le fond auparavant!

Voici deux pots qui m’ont tout spécialement attirés.

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De très joli petits pots pour un mini jardin. Par contre, je ne sais pas comment les plantes qui y poussent trouveront assez de lumière pour leur survie à long terme!

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Pots dorés en forme d’ananas avec une garniture de Tillandsia. Mignon comme tout!

Visiter c’est apprendre

TPIE est aussi un bon endroit pour apprendre comment les plantes sont traitées dans les pépinières. Voici quelques exemples.

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Voici comment certaines plantes (ici des Fittonia) arrivent aux pépinières: de simples boutures de tiges entassées ensemble dans un sac en plastique!

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Tous les Sansevieria cylindrica spiralés et tressés de que nous voyons dans les magasins sont en fait de simples boutures de feuille. Voici de quoi elles ont l’air fraîchement importées de l’Asie. La couleur rose vient du traitement fongicide appliqué pour prévenir la pourriture.

Horreurculture

Il y a certaines pratiques horticoles que je n’approuve pas, notamment quand cela donne un résultat qui n’est pas ce qu’il semble être. Pour moi, cette façon de fonctionner, où essentiellement on prend les clients pour des nouilles, c’est de l’horreurculture plutôt que de l’horticulture.

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Haworthias couverts de peinture pour mousser leur vente: faire cela à chiots ou à des poussins et vous seriez arrêté! Dégoûtant!

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Cactus peints par pulvérisation pour les rendre plus «vendables». Une honte!

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Mousse de caribou (Cladonia rangiferina), en fait un lichen, séchée et teinte… et très morte!

Je n’ai rien contre l’utilisation de mousses séchées pour décorer un pot ou un terrarium, tant que le client comprend ce qu’il achète, soit une décoration inerte. Mais de toute évidence, le message ne passe pas: je reçois régulièrement des questions de jardiniers débutants qui veulent savoir pourquoi leur mousse ne pousse pas ou perd sa coloration ou comment l’arroser! De toute évidence, on n’explique pas aux clients ce qu’ils achètent.

Bizarrerie

Il y a aussi plusieurs montages de plantes qui font plus sourire qu’autre chose. En voici un exemple.

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Un topiaire de flamants rempli de mousse et couvert de plantes aux éphélides roses (Hypoestes phyllostachya).

Pour finir

Il y avait un Happy Hour pour tous les exposants et les participants à la fermeture de l’exposition à 17h30… mais j’étais tellement brûlé que je suis retourné à mon hôtel à 16h pour une petite sieste… et pour préparer ce blog.


Demain ou dans deux jours, selon le temps dont je dispose, je vous raconterai la fin de ma tournée en Floride.

À bientôt!