Quand les virevoltants deviennent envahisseurs!

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Dans certains cas, il a fallu faire venir des militaires pour aider à dégager des résidences endiguées par des virevoltants. Source: www.cannon.af.mil

Pour moi, les virevoltants, ces curieux végétaux appelés tumbleweeds par les Américains et qui se détachent de leurs racines pour se mettre à rouler au vent, sont la quintessence même de l’Ouest américain. Je les imagine roulant paresseusement le long de la rue poussiéreuse d’une ville fantôme, comme dans les films de cowboys que j’écoutais dans mon enfance. Cependant, bien que les virevoltants puissent sembler bucoliques et anodins aux gens de climats plus verts, les habitants de l’ouest des États-Unis en ont ras-le-bol de ces végétaux envahisseurs. Les virevoltants ont beau être iconiques, leur présence représente pour eux un désastre écologique.

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Virevoltants sur une route de l’Ouest américain. Source: diaryofaquirkygirl.wordpress.com

Lorsque ces plantes arrondies se détachent de leurs racines et se mettent à rouler, elles doivent s’arrêter quelque part… et cet endroit peut être dans les fossés de drainage, contre les clôtures, dans les tranchées pare-feu, dans les structures de jardin et contre les maisons. Certains arrivent à monter dans les arbres! Et vous ne pouvez pas laisser un enfant jouer à l’extérieur ou aller à l’école à pied quand les virevoltants pleins d’épines sont en mouvement! Parfois, tant de virevoltants se dressent contre les maisons que les gens doivent quitter par les fenêtres du deuxième étage ou appeler les pompiers pour les aider à en sortir. Certaines maisons en deviennent tellement recouvertes qu’on peut difficilement les reconnaître comme des bâtiments.

Vidéo montrant des virevoltants qui envahissant une route. Notez qu’elle a été prise immédiatement après le passage d’un chasse-neige censé dégager la route. Source: Tim Tower, www.youtube.com

Et les virevoltants de l’Ouest américain, bien qu’ils soient souvent broutés par le bétail et d’autres animaux lorsqu’ils sont jeunes, deviennent peu à peu toxiques à mesure qu’ils vieillissent. Ils entravent la circulation (il faut parfois déblayer les routes avec des chasse-neige!) et, étant hautement inflammables, ils constituent un risque majeur d’incendie. Imaginez un buisson ardent qui roule directement vers votre maison!

Leurs tiges épineuses rendent la manipulation douloureuse (suggestion: portez des gants épais et des pantalons longs si vous devez les toucher!) et les égratignures peuvent causer des éruptions cutanées, des démangeaisons et des inflammations de la peau chez les personnes sensibles. Aller pieds nus dans le territoire de virevoltants est impensable et, dans de nombreuses régions, vous devez protéger les jambes des animaux domestiques et du bétail de guêtres, sinon ils commencent rapidement à boiter à force de marcher sur les épines. Et dire que chaque plante produit jusqu’à 200 000 graines par an! Quelle horreur!

Qu’est-ce qu’un virevoltant?

Le terme virevoltant désigne non pas une seule sorte de plante, mais de nombreuses plantes différentes dans au moins 10 familles de végétaux, mais qui ont toutes la même caractéristique : une façon assez unique de distribuer leurs graines. Le virevoltant est une tête florale ou une plante entière qui se détache spontanément et roule dans le vent, répandant les semences au fur et à mesure de son déplacement.

Un virevoltant est n’importe quelle plante qui roule en éparpillant ses semences. Source: giphy.com

On trouve surtout les virevoltants dans les milieux très ouverts où il y a peu d’obstacles pour entraver leur distribution: steppes, savanes, plaines, déserts, plages, etc. Les mêmes espèces peuvent aussi croître dans des environnements plus densément végétalisés, mais alors, ne vont pas très loin, restant rapidement prisonnières des autres plantes. Les milieux très ouverts qui conviennent à leur déplacement sont habituellement secs et, effectivement, la majorité des espèces sont des plantes de climat aride. D’ailleurs, la plupart des virevoltants poussent difficilement dans les sols humides: ils préfèrent de beaucoup la sécheresse!

Cultivez-vous des virevoltants sans le savoir?

Bien qu’on associe les virevoltants aux zones arides de l’Ouest américain, curieusement, nous cultivons plusieurs virevoltants comme plantes ornementales.

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Ail de Schubert (Allium schubertii). Source: www.johnscheepers.com

On cultive l’ail de Schubert (Allium schubertii) comme oignon ornemental, plantant les bulbes à l’automne pour admirer ses énormes ombelles sphériques de fleurs rose pourpré qui apparaissent à la fin du printemps. Dans nos jardins, il est un modèle de la bienséance horticole et les boules de fleurs ne vont nulle part, mais dans ses pays d’origine du Moyen-Orient, c’est un virevoltant très actif. Deux autres bulbes, sud-africains cette fois-ci, Boophane et Brunvigia, de très jolies plantes parfois cultivées en climat méditerranéen, deviennent aussi des virevoltants lorsque les conditions le permettent.

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Le kochia à l’automne, au moment où il commence à rougir. Source: www.southernliving.com

Le kochia, aussi appelé kochia à balais et faux cyprès (Bassia scoparia, syn. Kochia scoparia), est une annuelle ornementale cultivée non pas pour ses fleurs, mais pour sa capacité de former une dense boule d’étroites feuilles vert pomme qui deviennent rouge vif à l’automne. De culture extrêmement facile, il sert parfois à créer une haie temporaire. Dans nos jardins, il ne va pas loin, mais dans la nature, il se casse à la base et se met à rouler à la fin de la saison, semant ses graines en passant. Même si ses semences sont en vente libre un peu partout, sa culture est défendue en Saskatchewan, étant donné le risque d’envahissement.

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Rose de Jéricho (Selaginella lepidophylla). Source: Nicole-Koehler, Wikimedia Commons

Ou peut-être avez-vous essayé (probablement en vain) de faire pousser une «rose de Jéricho» (Selaginella lepidophylla) à partir d’une boule de feuilles séchées brunes. On vend couramment cette plante, complètement desséchée, dans les foires agricoles et les jardineries comme plante miraculeuse, car la plante apparemment morte se met à verdir lorsqu’on la fait tremper dans l’eau. Et oui, elle verdit, mais on se fait avoir : elle ne reprend pas vraiment et, après quelques semaines, elle n’est bonne que pour le compost. Peu de gens savent que, dans son milieu naturel, soit le désert de Chihuahua au Texas et au Mexique, la rose de Jéricho est un virevoltant répandant ses minuscules spores lorsqu’elle se met à rouler.

Les virevoltants moins sympathiques

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Les virevoltants de l’Ouest américain ne sont même pas indigènes. Source: wnmu.edu

Les virevoltants qui dévastent actuellement la Californie, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado, le Texas et le Mexique, pour ne citer que quelques points chauds, ne sont pas cultivés comme plantes ornementales. Curieusement, ils ne sont même pas originaires du Nouveau Monde, mais furent importés accidentellement des steppes de Russie vers la fin du 19e siècle. D’autres sont venus les rejoindre d’ailleurs en Asie et même d’Australie ou d’Afrique.

En Amérique, contrairement à la situation dans leurs pays d’origine, ces virevoltants n’ont pas d’ennemis naturels — aucune maladie, aucun insecte ravageur — et ont donc libre cours.

Nomenclature confuse

On appelle ces virevoltants importés soudes, car autrefois on en extrayait de la soude en les brûlant, et on les désigne d’ailleurs plus spécifiquement, pour des raisons évidentes, soudes roulantes. Parfois aussi, on les appelle chardons russes, à cause de leurs feuilles très piquantes et de leur pays d’origine. Quant à leur nom botanique, il est… discutable. Dans le passé, il était Salsola, mais le nom a été changé pour Kali en 2009. Et une étude en cours risque de les remettre dans le genre Salsola et c’est donc le nom que j’utiliserai dans ce texte.

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La plupart des botanistes utilisent le nom Salsola tragus pour les soudes roulantes rencontrées dans la nature, une sorte de nom par consensus pour étiqueter n’importe quelle plante dans le genre Salsola qu’on n’a pas le temps d’identifier plus correctement. Source: Pablo Alberto Salguero Quiles, Wikimedia Commons

Que vous les appeliez Salsola ou Kali, la nomenclature botanique des soudes roulantes demeure désespérément embrouillée. Traditionnellement, les plantes nord-américaines ont été appelées Salsola tragus, mais apparemment, plus d’une espèce a été introduite, dont S. kali, S. pestifer, S. australis et S. iberica… et elles se ressemblent drôlement. De plus, elles se croisent entre elles, donnant de nouvelles espèces, telles que S. x gobicola et S. x ryanii. On les démêle surtout en comptant leurs chromosomes, ce qui n’est pas à la portée de n’importe qui! Il est donc rarement possible de donner un nom correct à une soude roulante rencontrée par hasard.

Des annuelles qui ressemblent à des arbustes

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Les fleurs peuvent paraître jolies, mais elles sont tellement minuscules qu’on les remarque à peine. Source: Forest & Kim Starr, Wikipedia Commons

Les espèces de Salsola sont toutes des plantes annuelles et varient en hauteur de 10 à 120 cm, généralement selon les conditions de croissance (elles sont plus hautes quand l’été a été relativement pluvieux). Elles portent de petites feuilles linéaires se terminant en épine et de nombreuses tiges ramifiées fortement emmêlées. Les tiges sont vertes, rouges ou rayées dans leur jeunesse, beiges à maturité. Les minuscules fleurs sessiles sont blanchâtres à roses et présentent peu d’intérêt ornemental.

La plante s’assèche complètement lorsque les graines mûrissent, puis se détache à sa base et commence son déplacement, laissant tomber ses graines au fur et à mesure qu’elle roule. Elle peut couvrir de nombreux kilomètres pendant ses pérégrinations. Des soudes roulantes ont déjà été chronométrées à 48 km/h!

Fortement envahisseuse

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Champ dominé par de jeunes plants de soude roulante. Source: Stefan.lefnaer, Wikimedia Commons

À partir d’une première introduction accidentelle dans le Dakota du Sud en 1873, la soude roulante a littéralement conquis le continent nord-américain, se trouvant maintenant dans 48 des 50 états américains (on n’en trouve pas en Alaska ni en Floride), dans le nord du Mexique et dans toutes les provinces du Canada, mais dans aucun de ses territoires. La soude roulante est présente aussi, soit naturellement ou sous forme de plante introduite, en Europe, en Asie, en Australie, en Afrique du Sud et en Amérique du Sud où elle se plaît, en plus d’apprécier les steppes et savanes traditionnelles, sur les plages de sable (la plante est très tolérante des sols salins) et dans les remblais de chemin de fer, car les trains ramassent les plantes et distribuent leurs graines un peu partout le long de leur route.

La sécheresse extrême dans le sud-ouest des États-Unis depuis les dernières années a provoqué une explosion massive de soude roulante dans de nombreuses régions où elle était autrefois assez parsemée, car elle est plus tolérante à la sécheresse que la plupart des espèces indigènes et remplit facilement les espaces laissés vides par la mort des autres végétaux.

Contrôler une plante nuisible

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Dans l’Ouest américain, on fait d’énormes bûchers gérés par les pompiers locaux pour brûler les virevoltants. Source: CBC

Jusqu’à présent, les mesures de contrôle dans l’Ouest américain se sont surtout limitées à faucher les jeunes plantes ou à les pulvériser d’herbicide. Ou encore, à brûler les virevoltants ramassés dans d’énormes bûchers dans un lieu sécuritaire. L’USDA (département de l’agriculture américaine) étudie actuellement quelques insectes et maladies spécifiques à cette plante, y compris un virus, qui ont été importés de la Russie. Certains semblent plutôt prometteurs, mais avant de les introduire, les scientifiques veulent s’assurer qu’ils ne s’attaqueront pas à d’autres végétaux, ce qui nécessitera alors des études plus poussées.

Sachez toutefois que la soude roulante peut quand même être utile dans certaines circonstances, servant de fourrage pour le bétail et les animaux brouteurs indigènes, d’abris pour les animaux sauvages, de source de graines pour les oiseaux et qu’elle aide à la réhabilitation des sols. Elle sert aussi de plante pionnière, offrant de la protection aux jeunes plantes d’autres espèces et aidant ainsi à lancer une succession écologique saine. Malgré sa capacité de proliférer à l’extrême sous certaines conditions, la soude roulante n’est pas très compétitive : elle disparaît rapidement lorsque d’autres végétaux commencent à jeter de l’ombre sur le sol et ne prospère donc que dans des conditions que d’autres végétaux tolèrent difficilement, comme les sols très secs, salins ou alcalins. En outre, ses graines sont de courte vie (environ deux ans).

Cependant, la situation dans l’Ouest américain est devenue si critique au cours des dernières années que vous trouverez très peu de sympathie pour la soude roulante là-bas. La plupart des gens veulent la voir disparaître de leur paysage… éternellement!20180425A www.cannon.af.milJPG

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Plantes aux feuilles bizarres: les feuilles qui bougent

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Oui, certaines feuilles sont motiles. Lisez plus loin pour comprendre pourquoi! Source: www.oogazone.com & freedesignfile.com

De temps en temps, j’écris un article sur les feuilles bizarres. En voici un autre, à propos des plantes dont les feuilles sont motiles.

Les feuilles bougent tout le temps

En réalité, il n’est pas si rare que les feuilles des plantes bougent. Elles remuent notamment au vent, quand un animal les frôle et quand des gouttes de pluie les frappent. Cependant, il s’agit alors de mouvements causés par une action extérieure: les feuilles ne bougent pas d’elles-mêmes; quelque chose les a déplacées. Mais certaines plantes ont des feuilles qui bougent d’elles-mêmes et les raisons de cette motilité sont diverses.

Bouger pour se protéger

Beaucoup de plantes ont des feuilles qui s’enroulent sous des conditions stressantes — lors d’une sécheresse ou quand il fait très froid, par exemple — mais qui se rétablissent par la suite.

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Les frondes de la fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides) peuvent paraître mortes, mais reprennent leur forme après une pluie. Source: apalacheehills.com

La fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides, anc. Polypodium polypodioides) peut survivre sans une goutte d’eau pendant de nombreuses années (jusqu’à 100 ans, paraît-il!), puis ses frondes, apparemment mortes, redeviennent complètement vertes et fonctionnelles dans les 24 heures suivant une pluie. Deux autres «plantes de résurrection», comme on appelle parfois ces végétaux capables de complètement s’assécher puis de renaître lorsqu’il pleut, sont la rose de Jéricho (Selaginella lepidophylla) et le ramonda (Ramonda spp.), une gesnériacée alpine.

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Les feuilles des rhododendrons s’enroulent et se replient quand il fait froid, mais reprennent leur forme au printemps. Source: www.indefenseofplants.com

Quant au mouvement pour mieux résister au froid, les feuilles de plusieurs rhododendrons rustiques (Rhododendron spp.) en sont d’excellents exemples. À l’automne, les feuilles s’enroulent et commencent à pendre. Plus il fait froid, plus elles se replient. Elles ont vraiment l’air en détresse! Pourtant, au printemps, au retour du beau temps, les feuilles se déroulent et se redressent, reprenant une position horizontale comme si de rien n’était. On pense que cette transformation hivernale aide à réduire la formation de cristaux de glace dans les cellules, ce qui aurait mené à la mort de la feuille.

Se tourner vers le soleil

Sur la plupart des plantes, les feuilles se tournent en direction du soleil, au moins dans une certaine mesure. C’est ce qu’on appelle le phototropisme, un terme qu’on vous a sûrement expliqué à l’école, mais que la plupart d’entre nous avons eu le temps d’oublier.

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Si l’on ne tourne pas les plantes d’intérieur régulièrement, leurs feuilles — et même leurs tiges! – pencheront en direction du soleil. Source: Donnie, http://www.houzz.com

Si vous transplantez ou déplacez une plante, ou même si vous ne faites que couper une branche en surplomb, les feuilles s’ajusteront, changeant de position pour capter plus de soleil. La correction peut prendre plusieurs jours, voire des semaines, mais elle s’effectue quand même.

Le fait que les feuilles se dirigent vers la source de lumière est particulièrement facile à observer à l’orée d’une forêt, où la lumière vient du côté plutôt que du haut, et aussi chez nos plantes d’intérieur, car encore, elles reçoivent surtout un éclairage horizontal. Si l’on ne leur donne pas un petit quart de tour de temps à autre, la plupart des feuilles s’orienteront très nettement vers la source de lumière.

Les plantes qui bougent la nuit

D’autres plantes ont la curieuse habitude de replier leurs feuilles la nuit venue. Dans certains cas, elles se replient vers le bas; dans d’autres, vers le haut. On appelle ce phénomène la nyctinastie et il est en fait assez commun, surtout dans les familles des légumineuses (Fabacées) et de l’oxalis (Oxalidacées).

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Les feuilles de la plante prieuse se replient vers le haut, comme des mains en prière. Source: Aida F., http://www.pinterest

Vous avez peut-être remarqué ce mouvement chez le trèfle (Trifolium spp.) ou le faux trèfle (Oxalis triangularis), mais la plante nyctinastique la plus connue des jardiniers est la plante prieuse ou maranta (Maranta leuconeura), une plante d’intérieur populaire dont les feuilles se replient vers le haut la nuit comme des mains en prière.

Ce type de mouvement est causé par une structure en forme de charnière à la base de la feuille. Appelée pulvinus, elle est remplie d’eau pendant la journée, mais se draine la nuit, de sorte que le manque de turgescence de cet organe fait replier la feuille.

Les scientifiques ne savent pas encore pourquoi les plantes font cela, mais peut-être que cela aide à réduire la transpiration pendant que la feuille est «endormie».

Les plantes qui dansent

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Les feuilles de l’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) sont en mouvement presque constant le jour, puis se referment la nuit. Source: bluepumilio.com

Il y a certaines plantes qui, dans des conditions appropriées, vont un peu plus loin que de simplement fermer leurs feuilles la nuit. Leurs feuilles sont aussi munies de pulvinus et oui, elles se referment aussi la nuit, mais de plus, pendant la journée, elles semblent constamment se réajuster. On croit qu’elles le font pour capter un maximum de soleil. Comme le soleil se déplace constamment dans le ciel, sa lumière filtrant à travers des branches surplombantes, cela crée un effet d’ombre et de lumière qui ne cesse de changer. Alors, ces feuilles passent la journée à se repositionner pour attraper le plus de lumière possible.

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Photo en accéléré montrant comment la plante qui danse (Codariocalyx motorius) se remue. Source: gfycat.com

L’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) et la plante qui danse (Codariocalyx motorius, anc. Desmodium gyrans) sont des plantes d’intérieur que l’on voit à l’occasion et dont les feuilles sont en mouvement constant. Cela n’est évident que quand la température est relativement chaude et que l’humidité atmosphérique est bonne. De plus, les mouvements sont subtils. Il faut fixer la plante pendant quelques minutes avant de les apercevoir. Très honnêtement, on ne voit rien au début, mais à force de fixer la plante, on remarque finalement que les feuilles bougent très peu, mais constamment. Après quelques minutes, le mouvement paraît si évident qu’on a de la difficulté à comprendre pourquoi on ne l’a pas vu dès le début!

Notez que l’oxalide à feuilles d’hédysarum réagit aussi au toucher (voir plus loin), mais seulement de façon très minimale.

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Les feuilles de la carambole (Averrhoa carambola) bougent lentement pendant toute la journée.  Source: biogeodb.stri.si.edu

La carambole (Averrhoa carambola), un fruitier tropical de la famille des Oxalidacées, a également des folioles qui se referment la nuit et qui bougent visiblement le jour bien que lentement… mais encore faut-il observer très patiemment!

Les feuilles qui bougent quand on les touche

Les plantes qui réagissent au toucher sont certainement les plantes les plus étranges parmi les plantes aux feuilles qui bougent. Ce phénomène, connu sous le nom de thigmonastie ou séismonastie, se produit quand quelque chose touche ou secoue la feuille. Et certaines réagissent aussi quand vous tenez une allumette à proximité.

Cette réaction peut être très rapide et est certainement bien visible. Comme pour les plantes nyctinastiques, c’est habituellement un pulvinus à la base de la feuille ou de la foliole qui se vide rapidement, provoquant l’affaissement des feuilles. D’ailleurs, la plupart sont nyctinastiques aussi et donc leurs feuilles se ferment la nuit et réagissent au toucher le jour.

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La sensitive (Mimosa pudica) réagit très rapidement au toucher. Source: worldoffloweringplants.com

La plante thigmonastique la plus connue est la sensitive ou mimosa pudique (Mimosa pudica), une légumineuse aux feuilles bipennées. Il s’agit d’une plante d’intérieur assez facile à cultiver, mais de courte vie, car habituellement elle meurt après la floraison. Dans les pays tropicaux, c’est une mauvaise herbe qui envahit gazons et potagers.

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La sensitive réagit très rapidement au toucher. Source: Hrushikesh, Wikimedia Commons

Sa réaction au toucher est phénoménale. Un léger contact provoquera l’effondrement d’une seule foliole, mais un contact plus ferme entraînera la chute de l’ensemble de la feuille. Secouer la plante provoquera le repliement de toutes ses feuilles. Et si vous passez un doigt le long de la feuille, les folioles se refermeront l’une après l’autre comme autant de dominos! Si vous laissez la feuille tranquille par la suite, elle se rétablira, mais moins visiblement, l’opération prenant de 15 à 30 minutes.

En plus d’utiliser les pulvinus, typiques des plantes nyctinastiques, pour faire replier les feuilles et les folioles en les vidant rapidement de leur eau, le mimosa peut transmettre la réaction aux feuilles ou folioles voisines en émettant un courant électrique qui imite le système nerveux des animaux. Il y a aussi une réaction chimique impliquée dans ce mouvement. La sensitive a été très étudiée, notamment par Charles Darwin, qui était fasciné par cette plante pas comme les autres.

On pense que la réaction au toucher de la sensitive aide à la protéger du broutage des animaux. Après tout, imaginez la surprise d’une vache qui s’apprête à manger une sensitive d’apparence verdoyante pour découvrir, dès que sa langue touche à la première feuille, que la plante ne semble plus avoir de feuilles (elles se sont repliées), mais présente plutôt un amas de branches apparemment brunes, sèches et, de plus, épineuses!

D’autres sensitives

Si M. pudica est la sensitive la plus couramment cultivée, il y a quelque 400 autres espèces dans le genre Mimosa, à la fois des herbes et des arbustes, toutes sensibles au toucher, bien que certaines soient plus «réactives» que d’autres. Il existe même une sensitive rustique (zone 5) qui peut être cultivée dans nos plates-bandes comme vivace, M. nuttallii.

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Le mimosa d’hiver (Acacia dealbata) n’est pas un véritable mimosa et ses feuilles ne réagissent pas au toucher. Source: Ainformations-documents.com

Il faut faire attention aux plantes portant le nom commun mimosa. En effet, plusieurs autres arbres et arbustes sont ainsi nommés, mais ils appartiennent à d’autres genres et aucun ne réagit au toucher. Ils partagent quand même avec les vrais mimosas (genre Mimosa) des fleurs plumeuses et des feuilles pennées similaires et sont aussi des légumineuses. Parmi ces «prétendants non motiles», il y a Albizia julibrissin (arbre à soie) et plusieurs acacias, dont Acacia dealbata (mimosa d’hiver ou mimosa des fleuristes).

Il y a aussi plusieurs espèces de «sensitives aquatiques», les neptunies (Neptunia spp.), qui ont des feuilles bipennées semblables à celles de la sensitive et qui réagissent au toucher de la même manière. Comme leur nom l’indique, elles poussent dans l’eau ou au moins dans des conditions très marécageuses.

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Biophytum sensitivum. Source: Kenraiz, Wikimedia Commons

Moins connu, Biophytum sensitivum (communément appelé sensitive, comme les divers Mimosa) est une petite plante herbacée des Oxalidacées. Cette sensitive ressemble à un petit palmier et est parfois utilisée comme arbre miniature dans les terrariums et les jardins de fées. Elle est sensible au toucher… mais c’est aussi une «plante qui danse», car ces feuilles se déplacent toutes seules, changeant d’orientation d’après les mouvements du soleil.

Enfin, le pois perdrix ou pois sensible (Chamaecrista fasciculata, syn. Cassia fasciculata) est une légumineuse annuelle originaire de l’est des États-Unis de plus en plus cultivée comme plante mellifère à naturaliser qui a également des feuilles bipennées qui ferment la nuit… et qui sont légèrement sensibles au toucher pendant la journée.

Les carnivores à feuilles réactives

L’autre groupe de plantes sensibles au toucher est celui des plantes carnivores ou, plus précisément, insectivores.

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Les feuilles de la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) agissent comme pièges à insectes. Source: Citron / CC-BY-SA-3.0, Wikimedia Commons

La plus connue de ces plantes est la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula). Elle est souvent offerte comme plante d’intérieur, bien qu’elle vive rarement très longtemps sous les conditions d’un salon typique, étant incapable de tolérer l’eau du robinet et la chaleur hivernale. J’ai déjà écrit un peu à son sujet dans l’article Cinq plantes aux feuilles bizarres.

Ses feuilles en forme de piège à ours portent de minuscules poils sensitifs. Si un insecte touche à un poil, rien ne se passe. Cela est considéré comme une protection pour empêcher la feuille de fermer pour des raisons inopportunes, comme quand une goutte de pluie ou une feuille morte la touche en tombant. Cependant, si le poil est touché une seconde fois dans les 20 secondes suivantes, ou si un deuxième poil est touché dans le même délai, cela indique la présence probable d’un arthropode errant et le piège se ferme rapidement, en un dixième de seconde. Après cela, l’insecte est lentement digéré, puis le piège s’ouvre à nouveau, ce qui prend de 10 à 12 heures.

Pour en savoir plus sur la délicate culture de la dionée attrape-mouche, lisez Pas de hamburger pour l’attrape-mouche.

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Les pièges des utriculaires (Utricularia spp.) sont généralement aquatiques. Source: wetland-plants.co.uk

Moins connues que la dionée attrape-mouche, les utriculaires (Utricularia spp.) sont encore plus rapides que celle-ci. Leurs pièges en forme de vessie sont de petites feuilles modifiées, appelées utricules, conçues de telle sorte qu’un vide se forme à l’intérieur de chacune avec un «clapet» pour garder l’entrée. Si une puce d’eau ou un autre petit invertébré touche le poil sensitif situé à l’extérieur, le piège s’ouvre, aspire instantanément la créature, puis se referme. Cela ne prend que dix à quinze millièmes de seconde!

Cette plante est moins populaire auprès des jardiniers que la dionée, car son action se déroule plus ou moins hors de vue, sous l’eau ou même sous terre dans un sol détrempé, car les utriculaires sont des plantes aquatiques ou de marécage.

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Les feuilles de Drosera capensis s’enroulant autour d’une mouche prise au piège. Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

D’autres plantes insectivores ont aussi des feuilles motrices. Certaines espèces de rossolis (Drosera spp.) ont des feuilles qui s’enroulent autour de leur proie après que cette dernière se soit fait prendre par les poils collants qui les recouvrent, mais cela se produit si lentement que vous aurez besoin d’une vidéographie en accéléré pour remarquer le mouvement. Les feuilles de grassettes (Pinguicula spp.) s’enroulent aussi légèrement lorsqu’elles capturent une proie, mais leur mouvement est encore moins impressionnant que celui des rossolis.


Des feuilles qui bougent: une des petites surprises de mère Nature!20180211A www.oogazone.com & freedesignfile.com