Les deux clés du succès avec la pelouse: un bon sol et de bonnes graminées

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Cette pelouse a été jugée «endommagée par la sécheresse et la punaise velue», mais la cause profonde est un sol inadéquat et un mauvais choix de graminées. Photo: http://www.growinglawns.com

Quand j’entends les gens se plaindre que leur gazon est plein de «mauvaises herbes», a souvent des plaques mortes, souffre plus qu’à son tour de sécheresse, d’insectes et de maladies, etc., je sais tout de suite pourquoi. Quelqu’un a décidé, il y a belle lurette, d’économiser sur l’installation du gazon et de le poser sans passer par une étape cruciale: la mise en place d’une bonne couche de terre de qualité. 

Souvent, le constructeur installe du gazon directement sur une terre de remplissage de piètre qualité. Photo: http://www.homelight.com

Et ce n’est peut-être pas le propriétaire actuel qui a fait cette gaffe. C’est souvent le constructeur de la maison qui installe le gazon et qui décide de couper les coins ronds en posant le gazon directement sur une terre de remplissage.

La différence entre un gazon poussant sur un sol de piètre qualité et un gazon poussant sur un sol de qualité est saisissante. Photo: http://www.canr.msu.edu

Mais quel gâchis! De tous les éléments de votre aménagement, seul le potager dépend plus d’un bon sol que le gazon. Et pourtant, au début, la différence n’est pas si évidente. Un gazon en plaques cache tous les défauts au départ et le gazon paraît bien beau même lorsque posé sur un sous-sol glaiseux, sur le sable pur ou sur des déchets de construction. Mais les gazons en plaques de climat tempéré sont habituellement composés uniquement de pâturin des prés (Poa pratensis), appelé aussi pâturin du Kentucky, soit la graminée à gazon la plus exigeante en matière de sol. Ce gazon vit alors sur ses réserves pendant deux ou même trois ans, paraissant relativement bien, ce qui donne l’impression que l’installation a été un succès, mais commence sérieusement à s’affaiblir par la suite. Et quand il s’affaiblit, les mauvaises herbes, les insectes et les maladies s’installent. 

De la terre de qualité

Il faut commencer avec une couche de bonne terre à gazon d’au moins 15 cm. Photo: blog.nutrilawn.com

Dites-vous bien, dès le départ, qu’on ne peut avoir un beau gazon sur une terre de troisième qualité. Il faut, pour réussir, une bonne couche de 15 cm de terre (20 cm, c’est encore mieux). De plus, il doit s’agir de terre à gazon, soit un mélange soigneusement composé dans le but d’offrir une bonne partie de matière organique, mais aussi les éléments structuraux nécessaires pour que le gazon résiste au piétinement. Évitez la soi-disant «terre noire» (un produit de 3e qualité) et même les terres destinées à d’autres fins, aussi riches soient-elles. Assurez-vous aussi que la terre achetée est libre de mauvaises herbes. Avec une fondation de terre de qualité, vous n’aurez aucune difficulté à maintenir le gazon en excellent état!

Voilà qui est bien si vous installez un tout premier gazon, mais que faire s’il est trop tard et que votre pelouse est déjà en piètre état? 

Refaire un gazon très abîmé

Si votre gazon est réellement dans un état lamentable, la chose la plus logique à faire est de recommencer à zéro. Recouvrez-le de 15 cm de terre à gazon de qualité et installez un nouveau gazon… mais pas n’importe quel gazon! 

Gazon à entretien minimal

Semences de gazon à entretien minimal. Photo: http://www.scardera.com

En effet, la deuxième clé du succès pour avoir un beau gazon est d’installer non pas un «gazon classique» composé uniquement de pâturin des prés, mais un gazon à entretien minimal (aussi appelé gazon à entretien minimum, gazon à faible entretien ou écopelouse). 

Ce gazon contient plusieurs graminées différentes. Oui, il y a une part de pâturin des prés, mais alors des sélections spéciales extra résistantes aux intempéries, mais surtout, il contient d’autres graminées, notamment différentes fétuques et ivraies vivaces, des graminées spécialement choisies pour tolérer les abus et qui sont notamment plus résistantes à la sécheresse. En plus, elles nécessitent moins de tonte et beaucoup moins d’engrais que le gazon classique. 

Cycle de ve d’un endophyte de graminée. Photo: m.blog.naver.com

Mais le plus grand avantage des gazons à entretien minimal est que la majorité des graminées qui les composent contiennent des endophytes, des champignons bénéfiques présents dans toutes les parties vertes de la plante (mais pas dans leurs racines). 

On ne peut pas «ajouter» des endophytes à un gazon existant comme on peut ajouter des mycorhizes (un autre type de champignon bénéfique). Les endophytes vivent en symbiose avec les graminées, mais à l’intérieur de leurs tissus. Et lorsque ces graminées produisent des graines, les endophytes sont présents dans ces graines. 

À quoi servent ces endophytes? Ils aident les graminées qui les contiennent à mieux résister aux mauvaises herbes, à mieux survivre à la canicule et à récupérer plus rapidement à l’automne après une sécheresse. Surtout, elles rendent les parties vertes de la plante légèrement toxiques pour les insectes défoliateurs, ce qui réduit grandement la prédation, notamment de la part de la punaise velue et de la pyrale des prés. Donc, la présence de graminées contenant des endophytes dans un gazon est hautement souhaitable et en réduit sérieusement l’entretien. 

Jamais le pâturin des prés ne contient des endophytes, mais plusieurs lignées de fétuque et d’ivraie vivace vivent tout naturellement en symbiose avec eux. Et ce sont ces lignées qui sont incorporées dans les mélanges de semences à entretien minimal. 

Pelouse combinant graminées et trèfle. Photo: http://www.groupericher.com

Aussi, souvent les semences de gazon à entretien minimal contiennent aussi du trèfle blanc (sinon, on peut en ajouter lors de l’ensemencement). Le trèfle est toujours utile, car il fournit de l’azote aux graminées et reste vert même lors des pires sécheresses. 

Quand refaire un gazon?
Le meilleur moment de l’année pour refaire un gazon ou en commencer un nouveau est à la fin d’août et en septembre, mais on peut aussi le faire au printemps.

Où trouver un gazon à entretien minimal?

Habituellement, les gazons à entretien minimal sont surtout vendus sous forme de semences. On trouve de tels mélanges de semences dans la plupart des jardineries. Elles coûtent plus cher que les semences de pâturin des prés bas de gamme, mais c’est un investissement qui en vaut le coût.

Il est possible aussi d’acheter des plaques de gazon à entretien minimal prêtes à poser, mais normalement il faut alors passer une commande spéciale chez le producteur. (Au Québec, Groupe Richer en offre, notamment.) Le gazon en plaques habituellement vendu en jardinerie demeure toujours le «gazon classique», composé uniquement de pâturin des prés.

Récupérer un gazon affaibli

Terreautez le gazon avant de sursemer. Photo: http://www.lawnsforyou.com

Si votre pelouse n’est «pas si pire», mais montre un peu de faiblesse, il est possible de la récupérer et de la convertir en pelouse de qualité. Il suffit alors de la terreauter, la recouvrant de 2 cm de terre à gazon ou de compost, et de la sursemer avec un gazon à entretien minimal. Il faudra sans doute faire un autre traitement terreautage/sursemis l’année suivante pour vraiment remettre votre gazon en état. 

À l’avenir, peut-être tous les 4 ou 5 ans, si vous voyez que sa qualité commence à diminuer, répétez le même traitement: un terreautage avec une terre de qualité suivi d’un sursemis avec des graminées à entretien minimal. Ainsi, votre gazon sera toujours beau!

Bon succès avec votre gazon adéquatement restauré!

Comment installer une nouvelle pelouse… à entretien minimal

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Le propriétaire qui veut installer une nouvelle pelouse a souvent avantage à la semer plutôt qu’à poser des rouleaux de gazon. D’abord, c’est beaucoup moins coûteux de commencer par des graines, mais surtout, semer une pelouse est encore plus facile que de poser un gazon en plaques et donne une meilleure qualité en fin de compte. Après tout, sur un terrain de golf, on n’utilise que des semences pour créer un nouveau vert, jamais des plaques de gazon!

Voici comment faire:

Une couche de papier journal étouffera les mauvaises herbes.

1. Au mois de mai ou à l’automne (au plus tard 5 semaines avant que le sol gèle pour l’hiver), recouvrez la surface à gazonner de 15 cm de bonne terre. (Si la surface est très infestée de mauvaises herbes à racines traçantes [herbe aux goutteux, prêle, chiendent ou autres], recouvrez-la d’abord d’une barrière de 7 à 10 feuilles de papier journal humide avant de poser la terre.) Si vous avez déjà une pelouse et voulez la remplacer, enlevez-la d’abord au moyen d’une déplaqueuse (vous pouvez en louer une dans tout centre de location d’outils). 

2. Une fois la couche de terre en place, égalisez-la avec un râteau de jardin. Idéalement, vous voudriez créer une légère pente pour assurer un bon drainage en cas de besoin, 2 à 5% environ, mais surtout pas une pente si abrupte que la tonte deviendra difficile (33% ou plus).

3. Achetez des semences à gazon. Préférez un mélange à entretien minimal qui nécessitera alors moins de tonte et moins d’engrais qu’un gazon traditionnel et qui résistera beaucoup mieux aux insectes. (Ces semences à gazon contiennent des endophytes, des champignons bénéfiques qui rendent le gazon légèrement toxique pour les insectes, ce qui réduit grandement la prédation.) On peut aussi ajouter des semences de trèfle au mélange ou même faire une pelouse entièrement en trèfle.

4. Empruntez un épandeur (habituellement, on vous le prête gratuitement au magasin où vous achetez les semences).

5. Réglez l’épandeur à la moitié de la quantité recommandée et passez sur la pelouse dans un sens, puis une deuxième fois à angle droit. (Cela donnera une meilleure couverture qu’un seul passage.)

6. Râtelez légèrement pour faire pénétrer les semences dans le sol, les recouvrant à peine. Vous pourriez aussi passer un rouleau à gazon sur la surface, encore pour solidement fixer les semences dans le sol.

 7. Arrosez bien et maintenez le sol humide durant la période de germination, soit environ les deux à trois premières semaines. Il peut falloir arroser quotidiennement s’il fait chaud et sec. Environ une heure d’arrosage par jour suffira pour correctement humidifier la plupart des sols. Évitez de marcher sur le gazon ou de laisser d’autres personnes le faire pendant cette période.

Ne vous inquiétez pas si des semis de mauvaises herbes (apportés par le vent) y paraissent au début: ce sont habituellement des annuelles et la première tonte éliminera la majorité d’entre elles.

8. Quand les graminées atteignent environ 10 cm de hauteur, faites une première tonte (et allez-y délicatement, car les racines sont encore fragiles). Après une tonte ou deux, votre gazon sera aussi dense et beau (et peut-être être plus beau!) qu’une pelouse bien établie depuis plusieurs années.

9. Le premier été, surveillez bien les arrosages, arrosant selon les règlements municipaux en cas de sécheresse, car une nouvelle pelouse est plus fragile à la sécheresse qu’une pelouse bien établie. 

Et voilà! Une pelouse ainsi installée sera normalement bonne pour environ 40 ans!

Illustrations de Claire Tourigny, tirées du livre Les 1500 trucs du jardinier paresseux

L’écopelouse: le gazon à son plus simple

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L’écopelouse du jardinier paresseux: le seul entretien qu’elle reçoit est la tonte.

Vous pensez installer un gazon chez vous, mais ne tenez pas nécessairement au vert de golf bichonné dont l’industrie du gazon fait la promotion, avec ses sempiternelles graminées fines tondues ras comme un tapis? Ni à payer une fortune pour le gazon en rouleau, pour les engrais pour le nourrir ou pour les traitements sans fin qui l’accompagnent?

Pourquoi ne pas opter pour un gazon plus naturel, composé de différents végétaux… dont plusieurs que des jardiniers plus méticuleux considéreraient des mauvaises herbes? On pourrait l’appeler gazon naturel, pelouse à vaches (c’est comme cela qu’on l’appelait dans mon enfance), mais la tendance actuelle est de l’appeler écopelouse…

Pour commencer à zéro

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Pour obtenir un gazon naturel, faucher ce qui y pousse naturellement, puis continuer de tondre.

Supposons que vous décidez de convertir le champ voisin en écopelouse. Ou encore, votre maison est récemment construite, mais aucun gazon n’a jamais été installé et maintenant, le terrain foisonne de grandes herbes disparates, un mélange de graminées et herbacées non graminoïdes. Que faut-il faire?

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Avec une débrousailleuse, on ne fait qu’une bouchée des herbes hautes.

Pour commencer, il faut faucher les grandes plantes présentes. Une tondeuse déchiqueteuse peut suffire à la tâche si on y met un peu d’efforts, mais si l’herbe est très dense ou s’il y a des arbustes mélangés aux herbacées, mieux faut louer une débrouissailleuse pour le faire. Laissez les rognures sur place: elles aideront à nourrir le sol.

Après le fauchage initial, il suffit de continuer de tondre ce qui repousse. Avec le temps, les plantes qui ne sont pas capables de tolérer une tonte fréquente disparaîtront et cèderont la place aux plantes que la tonte ne dérange pas. Ainsi, assez rapidement, les graminées et le trèfle blanc commenceront à dominer accompagnés un mélange d’autres plantes basses que, autrefois, on aurait appelé mauvaises herbes: plantains, lierre terrestre, pissenlits, etc. Souvent aussi des plantes ornementales des platebandes voisines viennent embellir l’écopelouse:  bugle rampante, herbe aux écus, sédum âcre, thym, violettes, etc. Oui, une écopelouse peut fleurir aussi!

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Mélange de semences à gazon à entretien réduit.

S’il y a des secteurs faiblement habités de végétaux dans votre nouvelle écopelouse, achetez des semences à gazon ou de trèfle blanc et étendez-les dans ces emplacements. Cette tâche bouche-trou se fait de préférence à l’automne (fin d’août ou mois de septembre), sinon au printemps. Vous pouvez utiliser à cette fin des mélanges à gazon à entretien réduit spécialement conçus pour nécessiter moins de tonte.

Pour convertir un gazon déjà établi

Il est encore plus facile de convertir un gazon établi en écopelouse. Il suffit de le tondre, tout simplement. Il contient probablement déjà quelques plantes que vous jugiez indésirables. En bien, à partir du moment où vous choisissez de faire une écopelouse, cessez de voir ces plantes comme des mauvaises herbes. Désormais toute plante qui tolère la tonte aidera à créer le milieu plus équilibré qui est le gazon naturel.

Entretien d’une écopelouse

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Un gazon naturel contient des graminées, mais aussi du trèfle, des plantains et – oui! – même des pissenlits.

Tondez à environ 7,5 cm de hauteur quand le gazon devient trop haut à votre goût.

Voilà le seul entretien. Nul besoin de fertiliser, d’arroser, d’enlever les rognures, d’aérer, de traiter aux herbicides et aux pesticides, etc. Laissez tout ça aux maniaques du gazon parfait.

Deux exceptions

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À peu près la seule plante basse qui n’a pas sa place dans un gazon naturel est le chardon.

Si j’étais vous, j’enlèverais quand même de mon écopelouse, en les arrachant, les plantes à feuillage piquant (généralement, il s’agit de chardons), car c’est quoi le but d’un gazon sinon de pouvoir se prélasser nu-pieds sur votre propre tapis vert? Mais vous pouvez laisser tout autre plante qui s’y installe pousser et proliférer à son goût.

Et si vous avez de jeunes enfants qui joueront sur votre gazon naturel, enlevez toute roche ou extrémité de branche qui jaillit du sol, et ce, pour ne pas qu’ils trébuchent en courant. Remplissez les trous laissés de terre. Vous pouvez semez des semences de gazon à entretien réduit ou de trèfle blanc sur la terre de remplissage pour le faire verdir l’emplacement plus rapidement… ou attendre que dame Nature expédie des plantes pour la combler.


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Ce pauvre souffre du trouble obsessionnel-compulsif du gazon parfait.

Mais, svp, ne riez pas de vos pauvres voisins quand vous les voyez s’acharner, s’épuiser et se ruiner à essayer de créer une pelouse composée uniquement de graminées fines de type vert de golf. Ils souffrent sans doute du trouble obsessionnel-compulsif du gazon parfait, une maladie mentale difficile à traiter. Il faut donc les prendre en pitié. Les pauvres n’ont pas encore compris qu’il vaut mieux travailler avec dame Nature que contre elle. Et tout jardinier paresseux sait que dame Nature a toujours raison!016.K