Marc de café trop acide pour le compost?

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Question: Je viens de lire que contrairement à ce qu’on pense, il n’est pas conseillé d’ajouter le marc de café à la terre du potager ou au compost parce que le marc est acide et ça nuit surtout aux vers de terre. Qu’en pensez-vous? 

Christiane Gélinas

Réponse: Les gens disent n’importe quoi sur Internet, n’est-ce pas? 

Le marc de café n’est que légèrement acide: selon la source, il aura un pH de 6,2 à 6,8. Or, un pH de 6,0 à 6,9 est considéré comme parfait pour les sols de jardin. Pendant la décomposition, son pH peut baisser temporairement, mais le pH fait le yoyo pour presque tous les produits ajoutés au compost. Ça fait partie du processus de décomposition. Donc, je ne vois pas où se trouve le problème.

D’ailleurs, ne perdez pas votre temps à vous inquiéter de l’acidité des produits végétaux que vous mettez dans le compost. Les microbes dans le composteur les décomposeront, peu importe leur pH d’origine. 

Et l’on peut ajouter le marc directement à la terre du potager aussi, en modération. (Si vous en appliquez trop, il tend à former une croûte impénétrable, ce qui réduira la circulation d’air aux racines en dessous.)

Les vers l’adorent

Les vers de terre adorent le marc de café. Photo: http://www.gardenandpatiohomeguide.com

Quant aux vers de terre, je peux vous assurer qu’ils adorent le marc de café. Autrefois, j’en donnais à manger aux vers de terre dans mon bac de vermicompostage et c’était un de leurs «mets préférés». Pas que du marc de café, bien sûr, car il faut une variété de nourritures pour assurer leur bonne santé, mais en modération, à raison de pas plus de 20% du volume.

En conclusion, il n’a pas de problème à recycler le marc de café que ce soit dans le jardin ou dans le compost. 

Le marc de café: produit miracle?

Quant aux prétendues vertus miraculeuses du marc de café (éloigner les insectes nuisibles, prévenir des maladies du sol, etc.), c’est de la poudre de perlimpinpin. C’est tout simplement un déchet compostable comme toute autre. Lisez Le pour et le contre du marc de café pour en savoir davantage.

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Le pour et le contre du marc de café

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20160211A.JPGLa croyance populaire suggère que le marc de café est le nec le plus ultra du jardin, qu’il chasse les indésirables, qu’il prévient les infestations fongiques, qu’il stimule la croissance des végétaux et qu’il enrichit le sol. Wow! Sauf quand on analyse les résultats, on découvre qu’il n’est pas tellement supérieur aux autres produits décomposables.

Voici ce qu’on dit… et la situation réelle.

Plusieurs jardiniers prétendent que le marc de café éloigne les insectes nuisibles et autres prédateurs, dont les altises, les criocères du lis, les pucerons, les limaces et même les chats, mais cette idée serait une pure légende urbaine. Chaque fois qu’on fait une étude sérieuse sur la question, le résultat est toujours négatif. Les limaces traverseront sans le moindre gêne une «barrière» de marc de café, par exemple.

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Criocère du lis

Je me souviendrai toujours de la dame qui insistait qu’elle avait très bien contrôlé les criocères du lis (ce coléoptère rouge orange qui s’attaque aux lis) en appliquant du marc de café au pied de ses lis (Lilium spp.). Après, a-t-elle rajouté, il suffisait de faire tomber quotidiennement les rares criocères qui leur parvenaient dans de l’eau savonneuse. Mes excuses, madame, s’il faut récolter un insecte manuellement après un traitement, c’est que le traitement n’était pas efficace. Après tout, une récolte manuelle quotidien fera baisser à elle toute seule la population de n’importe quelle bestiole!

Le marc de café a un effet bénéfique sur les maladies du sol. Pendant la décomposition du marc, il semble réprimer plusieurs champignons nuisibles, dont ceux causant la pourriture (Pythium) et des maladies vasculaires (Fusarium et Sclerotinia). Tristement, ces résultats ont seulement été obtenus en laboratoire. Jusqu’ici les résultats en plein champ ont été jugés «peu concluants». Donc, on peut présumer qu’il y ait un petit bénéfice, mais pas sous toutes les circonstances. De plus, le marc de café réprime aussi certains champignons bénéfiques nécessaires au compostage.

Le marc de café est riche en azote, un minéral dont les plantes ont besoin pour bien croître, donc il est utile de l’ajouter au compost… mais beaucoup d’autres déchets végétaux aussi sont riches en azote. Donc, le marc est un bon ingrédient à ajouter au compost, mais pas nécessairement meilleur que d’autres. Notez d’ailleurs que, dans le compost, le marc de café, malgré sa couleur brun foncé, est considérée une matière verte plutôt que brune.

Côté pH, la croyance populaire veut que le marc de café soit très acide et qu’il faille restreindre son utilisation aux plantes acidophiles (qui aiment un sol acide)… mais les études légitimes arrivent une à conclusion différente. D’accord, pendant la période de décomposition, c’est vrai que son pH devient assez acide pour être nuisible… s’il restait comme ça, mais le pH remonte à des niveaux plus acceptables, et même parfois un peu alcalins, à la fin du processus. (D’ailleurs, la plupart des matières organiques passe par une phase «acidifiante» pendant leur décomposition pour redevenir plutôt neutres à la fin). Pour la plupart des sols, donc, son effet sur le pH sera essentiellement nul, mais il pourrait éventuellement aider à rendre un sol très acide un peu plus alcalin.

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Le marc de café semble avoir un fort effet négatif sur la croissance des semis de tomates. Notez que la plante témoin croît mieux que les plants traités avec différentes proportions de marc de café. Photo Nick F. Lolonis.

Le marc de café a aussi un effet d’inhibiteur de croissance quand on l’applique directement au sol et il semble alors nuire à la croissance de certaines plantes, notamment les tomates, les moutardes, les trèfles et les pélargoniums. Il est même question que des dérivés du marc de café puissent servir un jour d’herbicide! Par contre, il stimule la croissance certaines autres plantes, notamment les choux et le soja. Il reste que ces études sont préliminaires: il faudrait en faire beaucoup d’autres avant de pouvoir publier des listes de plantes sur lesquelles on a prouvé que le marc a un effet négatif ou positif. On évite cette polémique en ajoutant le marc au tas de compost, car alors il sera décomposé avant d’arriver aux plantes et les éléments nuisibles/utiles dans sa chimie seront sinon complètement éliminés, du moins, fortement diminués et dilués.

En conclusion

Les experts suggèrent surtout de utiliser le marc en modération si on l’applique directement dans le jardin comme paillis au pied des plantes. D’autant plus qu’il a tendance à croûter et ainsi empêcher la libre circulation de l’air et de l’eau. Idéalement donc on le mélangera avec d’autres paillis (compost forestier, feuilles déchiquetés, etc.) dans une proportion d’un maximum de 20% du paillis.

On peut aussi, bien sûr, l’utiliser dans la préparation du compost domestique où il constitue, tel que mentionné, une matière verte. Malgré tout, à cause de ses effets inhibiteurs sur les champignons bénéfiques nécessaires à la décomposition, il ne doit pas dépasser 20% des matières ajoutées.

Le marc de café, en somme, est comme bien des produits: il a de bons côtés et de moins bons côtés, mais n’est certainement pas un produit miracle.

 

 

Comment j’ai gagné la guerre contre le criocère du lis

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20160610AOui, c’est vrai! J’ai gagné la guerre contre le criocère du lis (Lilioceris lilii), ce très joli coléoptère allongé de couleur orange vif qui consomme goulument les feuilles et mêmes les boutons et les fleurs des lis (LIlium), des lis géants (Cardiocrinum) et des fritillaires (Fritillaria). Il n’y en a plus chez moi depuis des années!

20150610BEt la solution était si simple! Il a suffi d’arracher tous mes lis et fritillaires! N’ayant pu rien à manger chez moi, le criocère se cantonne désormais chez mes deux voisins qui n’arrêtent pas de rouspéter au sujet de la difficulté à le contrôler. Cessez de vous plaindre, faites un jardinier paresseux de vous et arrêtez le nourrir votre ennemi!

Trucs inefficaces

Avant d’en arriver là, j’ai pourtant essayer d’autres trucs pendant plusieurs années: en voici la liste. 20150610C

Récolte manuelle: la méthode la plus efficace, mais… Il faut passer à tout les matins, tôt (quand on passe trop tard, le criocère est plus actif, nous vois venir et se lance au sol, se tournant sur le dos pour révéler son dessous noir ce qui le rend presque invisible). On peut soit écraser sa prise ou la laisser tomber dans l’eau savonneuse. Il faut faire la même chose avec les larves dégoûtantes (elles se couvrent dans leurs propres excréments pour décourager le jardinier!) et aussi tourner toutes les feuilles de nos lis et de nos fritillaires à l’envers tous les jours pour chercher et écraser les œufs orange. À force de répéter ses gestes jour après jour, la population finit par baisser, mais, juste au moment où vous pensez avoir gagné la bataille, les criocères de la deuxième génération arrivent au vol et voilà qu’il faut tout recommencer. Et oui, il y a même une troisième génération à la fin de l’été! Au moins on réussi à garder la plante relativement intact, mais… quel effort!

Marc de café: on l’étend au sol, supposément pour cacher l’odeur du lis. Résultat: un gros zéro. Non seulement le criocère gambade sur nos plantes comme si on n’avait rien fait, mais nos beaux lis parfumés sentent maintenant le café!

Plantes répulsives: on dit que planter du pyrèthre au pied des lis repoussera le criocère. Il est dommage que personne n’ait dit ça au criocère! Autre gros zéro! Et un gros zéro coûteux, de surcroit!

bug spray on insect clipart

Vaporisations: oui, j’ai tout essayé, sauf les produits toxiques illégaux (je tiens plus à ma vie qu’à mes lis, il faut croire!), avec seulement un succès mitigé. L’huile de neem était le plus efficace (un traitement aux 4 ou 5 jours fonctionne relativement bien), suivi des produits contenant du pyrèthre, comme le End•All. Le savon insecticide et la savon à vaisselle offrent une certaine efficacité… mais ne fonctionnent que si on les vaporise directement sur l’insecte. Dans tous les cas, il faut répéter le traitement encore et encore et j’ai d’autres choses à faire dans la vie que de vaporiser des insecticides. De plus, en les appliquant, il y a risque d’empoisonner les insectes utiles du secteur, dont les abeilles et les autres prédateurs.

Une lueur d’espoir

N’abandonnez pas tout espoir pour les lis, cependant. Il existe dans son Eurasie natale des insectes prédateurs naturels du criocère du lis dont deux au moins sont à l’étude pour savoir s’il y a lieu de les introduire en Amérique du Nord. Si oui, le criocère pourrait passer du fléau qu’il est actuellement à un insecte occasionnel et relativement peu dérangeant. Donc, éventuellement…

Pour remplacer les lis…

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Daylilies: the low-care to no-care lily substitutes.

J’ai planté plus d’hémérocalles, tout simplement. Leurs fleurs ressemblent à celles du lis, viennent dans une vaste gamme de couleurs et c’est une vivace rustique (zone 3 pour la plupart des cultivars) qui pousse et qui fleurit avec presque aucun soin. Une vraie plante de jardinier paresseux!

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Offrir un bulbe de lis en cadeau? Quel cadeau de Grec!

Je boude tellement les lis que, quand je reçois des bulbes de lis en prime (ils sont souvent offerts ainsi lorsqu’on commande des plantes par la poste), je les mets tout de suite au compost. Les planter serait juste encourager cet insecte bête et méchant… et quant à l’idée de les offrir en cadeau à un autre jardinier : quel cadeau empoisonné! Jamais je ne ferai ça à un ami!

Non, c’est fini pour moi: je tiens à profiter de mon jardin, pas à y travailler sans arrêt. Plus de lis pour moi. Vive les hémérocalles!