Cultiver des légumes à l’intérieur l’hiver: tout un défi!

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La culture des légumes à l’intérieur l’hiver n’est pas facile. Photo: Buntysmum, needpix.com

Peut-on cultiver des légumes à l’intérieur l’hiver? Pas que des semis qu’on repiquera en pleine terre plus tard, mais des légumes qui mûriront dans nos maisons, et cela, pendant la saison froide? Tomates, poivrons, laitues, etc., comme dans un potager extérieur?

Très honnêtement, j’ai envie de dire «non». La plupart des gens qui tentent de cultiver des légumes à l’intérieur l’hiver échouent lamentablement. 

La culture des légumes à l’intérieur est compliquée et coûteuse, le taux d’échec est énorme, les insectes et les maladies, qui adorent les plantes en détresse, y prolifèrent et les pauvres plantes souffrent terriblement… En somme, c’est une très mauvaise idée.

Ce n’est pas pour rien que des générations de jardiniers — depuis quelque 2 500 ans! — cultivent strictement leurs légumes en plein air. C’est là où ils poussent mieux et sont les plus prolifiques. Et pourquoi ne pas donner aux légumes ce qu’ils veulent plutôt que d’essayer de les forcer à faire quelque chose que les répugnent? Si la culture des légumes était facile dans une hutte ou une chaumière, ça fait longtemps qu’on le pratiquerait couramment. Mais non, nos ancêtres jardinaient dehors… et le jardinier moderne sage aussi.

Serre de production de poivrons
La culture en serre pendant l’hiver est complexe et nécessite des connaissances approfondies. Photo: Aqua4D

Mais, me dites-vous, on voit des productions commerciales de légumes en serre en plein hiver. D’accord, mais avez-vous une idée des efforts énormes qui doivent mettre les serriculteurs pour créer un environnement sous abri qui ressemble aux conditions que ces légumes requièrent? Il n’est pas évident de convertir votre salon ou votre sous-sol en potager viable! 

La lumière manque

Semis qui manquent de lumière
Les légumes qui manquent de lumière ne donnent pas de bons résultats. Photo: gardenbettycom

Le facteur limitant dans la maison est la lumière. Offrir une température adéquate est facile (les légumes aiment environ la même température que les humains). L’arrosage est simple à organiser, on peut augmenter l’humidité ambiante (mais il faut y mettre un certain effort) et il existe un vaste choix de terreaux, d’engrais et de pots convenables. Mais où obtenir l’éclairage intense dont les légumes sont friands? L’été, devant une grande fenêtre faisant face au sud, on y parvient, mais l’automne et l’hiver, avec les jours courts et gris et la très faible intensité du soleil… pas autant.

Pour jardiniers travaillants seulement

Le jardinier paresseux qui s’assume limitera sa culture de légumes au potager estival en plein air (deux exceptions: les germes et les pousses; plus à leur sujet plus loin). Donner aux plantes ce qu’elles veulent est toujours un excellent principe pour jardiner sans trop d’efforts!

Mais pour les jardiniers plus travaillants, voici quelques possibilités, par ordre de facilité.

1. Les germes

Illustration d'un pot Mason avec une couverture en moustiquaire avec des graines germés à l'intérieur. Le pot est penché et l'eau s'en draine.
Il ne faut qu’un pot et un morceau de moustiquaire pour produire des germes. Photo: Claire Tourigny, tiré du livre Les idées du jardinier paresseux: Potager

Il est très facile de faire germer les graines de nombreux légumes et céréales à l’intérieur. En fait, tout ce qu’il vous faut est un pot Mason et un morceau de moustiquaire! Et vous aurez des «légumes» à manger très rapidement, en environ une semaine, sans lumière aucune si vous préférez, ou encore, avec seulement un éclairage normal d’intérieur. J’explique la technique dans l’article Les germes: des légumes frais en toute saison.

Pourquoi les germes sont-ils si faciles à réussir? Parce que vous allez récolter les plants très jeunes, quand ils sont encore en traine de germer et qu’ils vivent des réserves présentes dans la graine, avant que le manque de lumière ne leur nuise.

2. Les pousses (micro-pousses)

Trois petits plateaux de pousses.
Les pousses sont presque aussi faciles que les germes. Photo: maisonjacynthe.ca

C’est presque la même chose que les germes, mais vous semez les graines dans du terreau cette fois-ci… et vous les récoltez quelques jours plus tard que les germes, dans 2 semaines environ, quand les cotylédons (les premières feuilles) sont pleinement développés. Et là, un éclairage plus intense est nécessaire: un bord de fenêtre ensoleillée ou une place sous une lampe fluorescente ou DEL, par exemple.

Vous pouvez récolter vos pousses aux ciseaux ou encore, les arracher du terreau en rinçant bien pour les consommer avec leurs racines: au choix. Après, vous en sèmerez d’autres.

Voici y a un article plus approfondi sur la culture des pousses: Légumes à l’intérieur: essayez les pousses!

3. Des salades sous éclairage artificiel

Salade cultivée sous une lampe fluorescente
On peut cultiver des légumes-feuilles relativement facilement sous un éclairage artificiel. Photo: Unemployed Redneck Hillbilly Creations

Les légumes-feuilles demandent moins de lumière que les légumes-fruits et mûrissent aussi plus rapidement. Il est alors possible de les cultiver sans trop de complications… mais pas devant une fenêtre à l’automne ou l’hiver: l’éclairage y est insuffisant. Par contre, avec une lampe DEL ou fluorescente suspendue au-dessus d’une table ou d’une tablette, vous pouvez cultiver vos salades n’importe où: au sous-sol, dans le grenier, sous un escalier, dans une garde-robe, etc.

À ce système, ajoutez une minuterie bon marché. Une durée de jour de 14 heures suffira.

La technique à suivre est des plus faciles. C’est essentiellement comme cultiver des pousses, mais en encourageant les légumes de grossir davantage. 

Remplissez des pots ou des plateaux de terreau humide (j’aime bien les terreaux qui contiennent déjà des mycorhizes) et semez les graines à environ 1 à 2 cm d’espacement, les couvrant à peine de terreau. Réglez la hauteur de la lampe pour qu’elle soit à environ 15 cm des pots. À mesure que les plantes croissent (et elles pousseront très vite!), surélevez la lampe pour qu’il soit toujours à environ 15 cm du sommet des plantes.

Arrosez au besoin quand le terreau est sec au toucher, ajoutant un peu d’engrais d’algues à l’eau d’arrosage.

Comment vous entretenez vos plants par la suite relève de vous.

Salade cultivée sous une lampe fluorescente
Ajustez la hauteur des lampes à mesure que les légumes poussent. Photo: mxtrianz.me

Certains jardiniers aiment bien des légumes bien formés, avec une belle rosette individuelle. Si oui, repiquez les plants dans des pots individuels de 10 à 15 cm quand ils commencent à être tassés. La plupart des laitues formeront une belle rosette prête à récolter dans 40 à 60 jours.

Je préfère récolter mes salades jeunes, sans les repiquer, quand elles ont 15 cm de hauteur, soit dans environ 20 à 30 jours. Je les coupe à environ 1 cm du sol… et les laisse repousser. Normalement, j’en obtiens une deuxième récolte et parfois même une troisième.

Faites des semis successifs à partir de l’automne et ainsi vous aurez des salades fraîches à récolter jusqu’au printemps.

Jeunes pousses de mesclun.
Mesclun. Photo: hgtv.com

Quels légumes utiliser? Je suggère du mesclun (un mélange de légumes-feuilles): il vous donnera un bouquet de saveurs en peu d’espace. Ou semer les «verdures» individuellement: laitue (la laitue en feuilles est la plus rapide), épinards, roquette, betterave (pour ses feuilles), mâche, etc. On peut aussi cultiver certaines fines herbes de cette façon: basilic, coriandre (cilantro), persil, etc.

Quant aux légumes-racines, le plus facile est le petit radis rond, qui se cultive facilement selon la méthode expliquée. Pour les autres, je suggère environ la même technique, mais prenez des pots plus profonds, espacez davantage les plants… et limitez-vous aux légumes-racines petit format: bébés carottes, bébés betteraves, etc. Il est difficile d’obtenir de grosses racines ou de longues racines dans un pot.

Jardin rotatif éclairé avec légume à l'intérieur.
Si payer vos salades 4 fois le prix du marché ne vous dérange pas, un jardin rotatif éclairé par une lampe très puissante au centre pourrait vous intéresser. Photo: dudeiwantthat.com

De plus, il existe, pour les jardiniers riches prêts à payer une fortune pour des légumes maison, toutes sortes de systèmes d’éclairage encore plus perfectionnés, allant jusqu’à des jardins rotatifs qui impressionneront tous vos amis… mais je laisse cela aux fanatiques, et aux fanatiques riches, de surcroît! Pour découvrir la vaste gamme des possibilités, visiter un magasin d’hydroponie: on trouve ces magasins un peu partout.

4. Les légumes-fruits sous lampe fluorescente ou DEL

Attention: à partir de ce point, on ne parle plus de jardinage paresseux, mais du jardinage acharné.

Semis de tomate qui manquent de lumière
Semis de tomate qui manquent de lumière. Photo: source inconnue

Je demeure peu convaincu de l’avantage de cultiver les légumes-fruits à l’intérieur l’hiver. Je ne parle pas de les semer à l’intérieur au printemps en vue de les repiquer au jardin d’été (ça, c’est facile), mais d’essayer de cultiver des tomates, concombres, aubergines, etc. dans la maison à l’automne en vue d’une récolte hivernale.

Les coûts commencent à augmenter passablement quand vous essayez de cultiver de si gros plants si avides de plein soleil dans la maison. Et ils prennent des mois à mûrir plutôt que quelques semaines comme les légumes-feuilles. Plus la récolte est éloignée, plus il y a du temps pour les erreurs. Mais si vous y tenez…

Semis sous une lampe fluorescente près d'une fenêtre
En combinant des lampes à un éclairage hivernal naturel, on arrive à obtenir une belle croissance.Photo: backroadjournal.wordpress.com

Une possibilité à prix quand même modique est d’essayer de combiner soleil naturel et éclairage artificiel. Ainsi vous pourriez suspendre des lampes DEL ou fluorescentes (de préférence à 4 tubes pour une plus grande intensité) au-dessus de pots de semis placés devant une fenêtre, faisant monter la lampe à mesure que les plants grandissent (gardez-les à 15 cm du sommet des plants).

Je suggère d’utiliser des légumes de petite taille (tomates et concombres conçus pour la culture en pot, haricots nains, etc.), car il est très difficile d’éclairer adéquatement des plantes hautes sous une lampe fluorescente ou DEL: il faut constamment monter la lampe et ainsi les feuilles inférieures, trop éloignées de la source de lumière, n’ont plus leur part d’éclairage.

5. Les légumes-fruits en salle de culture

Ou convertissez une pièce de votre demeure en salle de culture.

Salle culture entourée de papier d'aluminium; grosse lampe horticole.
Salle de culture: dure pour les yeux, mais les plantes y réussissent bien. Photo: Kang Starr

Il s’agit essentiellement d’utiliser la même technologie qu’on emploie couramment pour la culture de la marijuana, soit des lampes de culture de 400 à 1000 watts installées au plafond. Cela impliquera aussi des modifications majeures à votre demeure: une boîte électrique supplémentaire, un système de climatisation, un générateur de CO2, etc.: des frais considérables juste pour l’installation… et une bonne facture d’électricité à payer tous les mois. On peut ainsi cultiver des légumes en pot, avec du terreau, ou encore en hydroculture: à vous de choisir. Par contre, ils vous coûteront plus cher que ceux achetés au supermarché.

En conclusion

Des légumes dans la maison, même en hiver? Oui, c’est possible, mais il faut bien l’admettre: ce n’est pas aussi «naturel» que de les cultiver en pleine terre l’été!

Adapté d’un billet originalement publié le 5 novembre 2015