Comment conserver une patate douce d’ornement l’hiver

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La patate douce ornementale vient en plusieurs couleurs différentes. Photo: sprinthorticulture.com

La patate douce (Ipomoea batatas*) a donné beaucoup de variétés ornementales, cultivées pour leur feuillage coloré. Vous en avez peut-être chez vous, sans le savoir. Il s’agit d’une plante rampante ou retombante, populaire en bac et en panier suspendu, avec un feuillage entier, en forme de cœur ou d’étoile, ou découpé de diverses façons. Les feuilles viennent dans diverses couleurs: jaune chartreuse, orangé, rosé, pourpre ou même bicolore. Parfois, quand l’été est spécialement chaud, ces plantes pourtant dites ornementales donnent aussi des tubercules comestibles, mais alors, les patates produites n’ont pas les qualités gustatives des patates douces agricoles.

*La patate douce (Ipomoea batatas) n’est nullement apparentée à la pomme de terre (Solanum tuberosum). D’ailleurs, les deux appartiennent à des familles différentes: les Convolvulacées et les Solanacées.

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La forme du feuillage est très variable: en cœur dans la première fois, découpé dans cette photo. Photo: Krzysztof Ziarnek, Wikimedia Commons

Bien que la patate douce d’ornement soit vendue comme annuelle, elle est en fait une plante vivace tropicale et ainsi il est aussi possible de la conserver l’hiver. Et, à moins que vous ne résidiez dans les tropiques, cette conservation aura nécessairement lieu dans la maison.

Voici comment faire:

Facile à bouturer

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Boutures de la patate douce llusion® Garnet Lace. Photo: Proven Winners

Avant que les nuits d’automne ne deviennent trop froides (la patate douce est très sensible au froid!), prélevez des boutures de tige de 15 à 25 cm de longueur et rincez-les sous l’eau pour éliminer tout insecte qui pourrait s’y cacher. Maintenant, supprimez les feuilles inférieures pour dégager une longueur de tige d’environ 7 à 10 cm. Vous avez maintenant deux choix: faire les boutures dans l’eau ou dans du terreau.

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Boutures de patate douce ornementale dans l’eau. Photo: apieceofrainbow.com

Faire les boutures dans l’eau est très visuellement intéressant, car vous voyez les racines former. D’ailleurs, certaines personnes réussissent à les conserver vivantes dans l’eau tout l’hiver. Par contre, le taux de succès est plus faible qu’avec les boutures faites dans du terreau et les risques que les plantes pourrissent avant d’arriver au printemps sont plus grands. Il s’agit tout simplement d’insérer l’extrémité inférieure de la bouture dans un grand verre d’eau ou autre contenant et de rajouter de l’eau quand le niveau commence à baisser.

Les boutures faites en terreau donnent des plantes plus robustes. Il suffit de remplir de terreau un pot muni de trous de drainage (aucune couche de drainage n’est nécessaire ni même recommandée), de faire un trou dans le terreau avec un crayon et d’y glisser la partie inférieure de la tige de façon à ce qu’au moins un nœud (ancien point d’attache d’une feuille) soit enterré. Il n’est pas utile d’appliquer une hormone d’enracinement, car la plante s’enracine facilement et rapidement. Tassez un peu le terreau et arrosez bien. Dame Nature fera le reste!

Aussi, il y a quand même une troisième possibilité: faites des boutures dans l’eau et, quand vous voyez des racines apparaître, ce qui ne prendra normalement que quelques jours, empotez-les. N’attendez pas trop, cependant! Quand les racines sont trop développées, la plante tolérera moins sa transition vers un milieu terrestre.

Pendant l’hiver

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La patate douce, comme le cultivar ‘Margarita’ vu ici, fait, au moins à court terme, une jolie plante d’intérieur. Photo: Proven Winners

La patate douce aime la chaleur et le soleil. Il faut donc lui trouver une fenêtre ensoleillée et, surtout, pas trop froide. Idéalement, il devrait y régner une température d’au moins 20 ˚C pendant la période d’enracinement. Elle peut toutefois tolérer des températures nocturnes de jusqu’à 10 ˚C une fois qu’elle est enracinée, mais il n’en reste pas moins que la plante se plaît davantage à des températures supérieures à 20 ˚C en tout temps.

On peut aussi cultiver la patate douce sous une lampe fluorescente, ce qui assurera un éclairage et une température plus constants, au grand plaisir de cette plante d’origine tropicale.

Pendant tout l’automne et l’hiver, gardez le verre rempli d’eau (boutures dans l’eau) ou le terreau au moins légèrement humide (boutures dans du terreau). Pincez à l’occasion l’extrémité des tiges pour stimuler une ramification et alors une apparence plus attrayante. Une bonne humidité atmosphérique aussi serait très utile.

Mieux vaut ne pas fertiliser avant la fin de février ou début de mars, sinon les tiges auront tendance à s’étioler (pousser en orgueil). Utilisez alors l’engrais de votre choix: la patate douce n’est pas à cheval sur une formulation NPK particulière.

Au printemps

Continuez vos bons soins au printemps, tout simplement. Mais vous pouvez aussi «bouturer vos boutures» à cette saison pour obtenir plus de plantes pour vos potées estivales. Cette fois-ci, bouturez-les dans du terreau, car les racines formées dans l’eau ne s’acclimateront pas à la culture au jardin.

Quand les températures en plein air se réchauffent, acclimatez graduellement les plants aux conditions d’extérieur, notamment aux rayons ultraviolets du soleil. Rappelez-vous encore que la patate douce est très tropicale: n’essayez pas de la sortir en permanence avant que la température nocturne s’élève à plus de 10 ˚C, soit souvent pas avant la fin de mai. (Dans ma région [ville de Québec], rarement avant la mi-juin!)

Des fleurs?

20170909F MSU Extension Service:Gary Bachman.jpgLa patate douce ornementale fleurit rarement, mais si l’été est bien chaud, certains cultivars produiront occasionnellement quelques fleurs en trompette roses ou violettes à œil foncé qui ressemblent exactement aux fleurs des ipomées (gloires du matin). Et ce n’est pas surprenant, car les deux plantes appartiennent au même genre: Ipomoea.

La patate douce ornementale pourrait alors décorer vos bacs et paniers extérieurs au soleil ou à la mi-ombre pendant toute la belle saison. Puis, à l’automne, vous la rentrerez de nouveau pour commencer une nouveau cycle.20170909A sprinthorticulture.com

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La patate douce prouve la découverte de l’Amérique par les Polynésiens

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Les Polynésiens étaient des navigateurs hors pair… mais ont-ils pu traverser l’océan Pacifique jusqu’au Nouveau-Monde?

Depuis longtemps, les anthropologues se demandaient s’il y a eu des contacts entre les Polynésiens – ces habitants des îles du Pacifique comme Hawaï, Tahiti, l’Île de Pâques, etc. – à l’époque pré-colombienne, c’est-à-dire avant la découverte du Nouveau-Monde par les Européens. Même, à une certaine époque, on se demandait si les Polynésiens n’étaient pas originaires de l’Amérique du Sud, qu’ils seraient partis du Nouveau-Monde pour conquérir leurs diverses îles.

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Les Polynésiens ont gagné leurs îles par vagues successives à partir de l’île de Taïwan.

Aujourd’hui les études génétiques des populations humaines prouvent hors doute qu’ils sont arrivés à leurs îles éloignées par vagues successives à partir de l’île de Taïwan et on ne trouve pas non plus de trace d’eux dans a génétique des peuples amérindiennes… mais cela n’exclut pas la possibilité que les Polynésiens auraient pu traverser les 4000 km entre la Polynésie et l’Amérique du Sud sans y avoir laisser une descendance.

De fausses pistes

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Les noix de coco furent une fausse piste.

Pendant un certain temps, on croyait trouver une preuve de ces échanges dans la présence de cocotiers (Cocos nucifera), une espèce transportée de l’océan Indien à la Polynésie par les Polynésiens, à l’île Cocos au large du Costa Rica, mais il n’est pas assez certain que les palmiers qui ont donné l’île son nom dataient vraiment d’avant la découverte du Nouveau-Monde par des Européens. Ni que les cocotiers n’aurait pas pu atteindre la côte en flottant.

Tout récemment (en 2014), on a pu réfuté une autre théorie à ce sujet, que les Polynésiens auraient introduit les poulets en Amérique du Sud. C’est la génétique qui a parlé: les poulets sud-américains sont d’une souche très différente des poulets de la Polynésie.

Mais il restait une piste à vérifier… et le résultat fut tout autre.

La patate douce voyageuse

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La patate douce est un cultigène: on ne la retrouve pas à l’état sauvage.

De nos jours, la patate douce (Ipomoea batatas) est cultivée à travers le monde, mais elle vient à l’origine de l’Amérique du Sud et centrale: c’est là qu’elle est cultivée depuis le plus longtemps (au moins 5000 ans, peut-être même 8000 ans) et là aussi qu’on trouve ses ancêtres. (La patate douce est un cultigène – une plante créée par l’humain par sélections répétées à partir d’une ou de plusieurs espèces sauvages – et alors qui n’existe pas à l’état sauvage),

La patate douce n’est donc pas originaire des îles polynésiennes et pourtant, quand le Capitaine James Cook a visité les Îles polynésiennes pendant ses différents voyages entre 1768 et 1779, les indigènes cultivaient déjà la patate douce. D’ailleurs, il en a collecté des spécimens qui sont conservés dans des herbiers européens.

La question est alors: comment la patate douce sud-américaine a-t-elle pu traverser la moitié du Pacifique (au moins 4000 km!) à une époque aussi reculée, sinon grâce au contact avec les Polynésiens?

Différentes théories

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Les tubercules de patate douce pourrissent rapidement au contact avec l’eau de mer.

Certains prétendaient que les graines ou les tubercules de patate douce  auraient pu traverser l’océan à la flotte. D’ailleurs, on sait que certaines plantes sont effectivement passées de l’Amérique à la Polynésie de cette façon. Mais seulement des graines capables de flotter pendant de longs mois tout en restant viables ont pu faire ce transit. Des tests ont révélé, sans grande surprise d’ailleurs (qu’une plante sauvage ait pu faire une telle traversée est une chose, mais une plante domestiquée?), que ni les tubercules ni les graines de patate douce n’ont cette capacité.

D’autres croyaient que la patate douce aurait pu avoir été transportée et distribuée en Asie par les Espagnols et les Portugais au 16e siècle et qu’elle aurait graduellement atteint les Îles du Pacifique via des échanges interinsulaires. Autrement dit, d’après cette théorie, ce que Cook avait découvert était un légume d’introduction assez récente.

Mais des études récentes prouvent que cela est impossible. L’analyse de l’ADN des spécimens récoltés par Cook indique qu’elles sont de la lignée kumara, originaire de l’ouest de l’Amérique du Sud, non pas des lignées que les Européens ont disséminées à travers l’Afrique et l’Asie, soit une lignée originaire de l’ouest du Mexique (la lignée camote) et une autre des Îles des Caraïbes (la lignée batata).

De plus, on a trouvé des restes de patates douces dans les Îles polynésiennes qui datent d’au moins l’an 1000 (beaucoup de chercheurs suggèrent d’ailleurs une introduction de la patate douce aux îles polynésiennes encore plus tôt, vers l’an 700 ou même 300). Donc, la patate douce était déjà présente dans les îles du Pacifique au moins 700 ans avant la visite de James Cook et au moins 600 ans avant la diffusion en Asie de certaines lignées de patate douce par les Européens. De plus, il est désormais prouvé que la patate douce des anciens Polynésiens vient de la côte ouest de l’Amérique du Sud (Équateur, Pérou, etc.) et pas d’ailleurs au Nouveau-Monde.

Contacts précolombiens

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Patate douce ornementale.

De là, la seule conclusion à tirer est que la patate douce a dû être transportée aux îles polynésiennes bien avant que les Européens aient découvert le Nouveau Monde. Mais comment?

Le consensus aujourd’hui est que ce sont les Polynésiens, déjà réputés pour leur capacité de traverser des vastes distances en pirogue (c’est d’ailleurs comme cela qu’ils en sont venus à habiter les îles polynésiennes!), qui auraient visité la côte ouest d’Amérique du Sud et qui auraient ramené la patate douces dans leurs îles.

Il est aussi possible que des Sud-américains anciens aient été plus navigateurs qu’on ne le pense et qu’ils sont partis de leur continent avec des tubercules à bord de leurs bateaux, en laissant sur les iles de la Polynésie. (C’est essentiellement une théorie émise juste pour la forme: de nos jours, personne ne croît réellement à cette possibilité.)

Peu importe la direction, toutefois, il est désormais considéré comme acquis qu’il y a eu des échanges entre l’Amérique et la Polynésie bien avant l’arrivée des Européens… et c’est la patate douce qui en est la preuve.

Un nom en commun

Autre détail intrigant, le nom de la patate douce dans la langue quecha des habitants de la côte pacifique de l’Amérique du Sud est kumara et alors qu’il est kuumala dans les îles polynésiennes. C’est peut-être une autre indication de ce contact lointain… ou peut-être n’est-ce qu’une pure coïncidence.


La prochaine fois que vous mangez ou vous plantez des patates douces, donc, il peut être intéressant de se rappeler leur histoire fascinante.20161128a