Plantes aux feuilles bizarres: les feuilles qui bougent

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Oui, certaines feuilles sont motiles. Lisez plus loin pour comprendre pourquoi! Source: www.oogazone.com & freedesignfile.com

De temps en temps, j’écris un article sur les feuilles bizarres. En voici un autre, à propos des plantes dont les feuilles sont motiles.

Les feuilles bougent tout le temps

En réalité, il n’est pas si rare que les feuilles des plantes bougent. Elles remuent notamment au vent, quand un animal les frôle et quand des gouttes de pluie les frappent. Cependant, il s’agit alors de mouvements causés par une action extérieure: les feuilles ne bougent pas d’elles-mêmes; quelque chose les a déplacées. Mais certaines plantes ont des feuilles qui bougent d’elles-mêmes et les raisons de cette motilité sont diverses.

Bouger pour se protéger

Beaucoup de plantes ont des feuilles qui s’enroulent sous des conditions stressantes — lors d’une sécheresse ou quand il fait très froid, par exemple — mais qui se rétablissent par la suite.

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Les frondes de la fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides) peuvent paraître mortes, mais reprennent leur forme après une pluie. Source: apalacheehills.com

La fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides, anc. Polypodium polypodioides) peut survivre sans une goutte d’eau pendant de nombreuses années (jusqu’à 100 ans, paraît-il!), puis ses frondes, apparemment mortes, redeviennent complètement vertes et fonctionnelles dans les 24 heures suivant une pluie. Deux autres «plantes de résurrection», comme on appelle parfois ces végétaux capables de complètement s’assécher puis de renaître lorsqu’il pleut, sont la rose de Jéricho (Selaginella lepidophylla) et le ramonda (Ramonda spp.), une gesnériacée alpine.

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Les feuilles des rhododendrons s’enroulent et se replient quand il fait froid, mais reprennent leur forme au printemps. Source: www.indefenseofplants.com

Quant au mouvement pour mieux résister au froid, les feuilles de plusieurs rhododendrons rustiques (Rhododendron spp.) en sont d’excellents exemples. À l’automne, les feuilles s’enroulent et commencent à pendre. Plus il fait froid, plus elles se replient. Elles ont vraiment l’air en détresse! Pourtant, au printemps, au retour du beau temps, les feuilles se déroulent et se redressent, reprenant une position horizontale comme si de rien n’était. On pense que cette transformation hivernale aide à réduire la formation de cristaux de glace dans les cellules, ce qui aurait mené à la mort de la feuille.

Se tourner vers le soleil

Sur la plupart des plantes, les feuilles se tournent en direction du soleil, au moins dans une certaine mesure. C’est ce qu’on appelle le phototropisme, un terme qu’on vous a sûrement expliqué à l’école, mais que la plupart d’entre nous avons eu le temps d’oublier.

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Si l’on ne tourne pas les plantes d’intérieur régulièrement, leurs feuilles — et même leurs tiges! – pencheront en direction du soleil. Source: Donnie, http://www.houzz.com

Si vous transplantez ou déplacez une plante, ou même si vous ne faites que couper une branche en surplomb, les feuilles s’ajusteront, changeant de position pour capter plus de soleil. La correction peut prendre plusieurs jours, voire des semaines, mais elle s’effectue quand même.

Le fait que les feuilles se dirigent vers la source de lumière est particulièrement facile à observer à l’orée d’une forêt, où la lumière vient du côté plutôt que du haut, et aussi chez nos plantes d’intérieur, car encore, elles reçoivent surtout un éclairage horizontal. Si l’on ne leur donne pas un petit quart de tour de temps à autre, la plupart des feuilles s’orienteront très nettement vers la source de lumière.

Les plantes qui bougent la nuit

D’autres plantes ont la curieuse habitude de replier leurs feuilles la nuit venue. Dans certains cas, elles se replient vers le bas; dans d’autres, vers le haut. On appelle ce phénomène la nyctinastie et il est en fait assez commun, surtout dans les familles des légumineuses (Fabacées) et de l’oxalis (Oxalidacées).

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Les feuilles de la plante prieuse se replient vers le haut, comme des mains en prière. Source: Aida F., http://www.pinterest

Vous avez peut-être remarqué ce mouvement chez le trèfle (Trifolium spp.) ou le faux trèfle (Oxalis triangularis), mais la plante nyctinastique la plus connue des jardiniers est la plante prieuse ou maranta (Maranta leuconeura), une plante d’intérieur populaire dont les feuilles se replient vers le haut la nuit comme des mains en prière.

Ce type de mouvement est causé par une structure en forme de charnière à la base de la feuille. Appelée pulvinus, elle est remplie d’eau pendant la journée, mais se draine la nuit, de sorte que le manque de turgescence de cet organe fait replier la feuille.

Les scientifiques ne savent pas encore pourquoi les plantes font cela, mais peut-être que cela aide à réduire la transpiration pendant que la feuille est «endormie».

Les plantes qui dansent

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Les feuilles de l’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) sont en mouvement presque constant le jour, puis se referment la nuit. Source: bluepumilio.com

Il y a certaines plantes qui, dans des conditions appropriées, vont un peu plus loin que de simplement fermer leurs feuilles la nuit. Leurs feuilles sont aussi munies de pulvinus et oui, elles se referment aussi la nuit, mais de plus, pendant la journée, elles semblent constamment se réajuster. On croit qu’elles le font pour capter un maximum de soleil. Comme le soleil se déplace constamment dans le ciel, sa lumière filtrant à travers des branches surplombantes, cela crée un effet d’ombre et de lumière qui ne cesse de changer. Alors, ces feuilles passent la journée à se repositionner pour attraper le plus de lumière possible.

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Photo en accéléré montrant comment la plante qui danse (Codariocalyx motorius) se remue. Source: gfycat.com

L’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) et la plante qui danse (Codariocalyx motorius, anc. Desmodium gyrans) sont des plantes d’intérieur que l’on voit à l’occasion et dont les feuilles sont en mouvement constant. Cela n’est évident que quand la température est relativement chaude et que l’humidité atmosphérique est bonne. De plus, les mouvements sont subtils. Il faut fixer la plante pendant quelques minutes avant de les apercevoir. Très honnêtement, on ne voit rien au début, mais à force de fixer la plante, on remarque finalement que les feuilles bougent très peu, mais constamment. Après quelques minutes, le mouvement paraît si évident qu’on a de la difficulté à comprendre pourquoi on ne l’a pas vu dès le début!

Notez que l’oxalide à feuilles d’hédysarum réagit aussi au toucher (voir plus loin), mais seulement de façon très minimale.

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Les feuilles de la carambole (Averrhoa carambola) bougent lentement pendant toute la journée.  Source: biogeodb.stri.si.edu

La carambole (Averrhoa carambola), un fruitier tropical de la famille des Oxalidacées, a également des folioles qui se referment la nuit et qui bougent visiblement le jour bien que lentement… mais encore faut-il observer très patiemment!

Les feuilles qui bougent quand on les touche

Les plantes qui réagissent au toucher sont certainement les plantes les plus étranges parmi les plantes aux feuilles qui bougent. Ce phénomène, connu sous le nom de thigmonastie ou séismonastie, se produit quand quelque chose touche ou secoue la feuille. Et certaines réagissent aussi quand vous tenez une allumette à proximité.

Cette réaction peut être très rapide et est certainement bien visible. Comme pour les plantes nyctinastiques, c’est habituellement un pulvinus à la base de la feuille ou de la foliole qui se vide rapidement, provoquant l’affaissement des feuilles. D’ailleurs, la plupart sont nyctinastiques aussi et donc leurs feuilles se ferment la nuit et réagissent au toucher le jour.

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La sensitive (Mimosa pudica) réagit très rapidement au toucher. Source: worldoffloweringplants.com

La plante thigmonastique la plus connue est la sensitive ou mimosa pudique (Mimosa pudica), une légumineuse aux feuilles bipennées. Il s’agit d’une plante d’intérieur assez facile à cultiver, mais de courte vie, car habituellement elle meurt après la floraison. Dans les pays tropicaux, c’est une mauvaise herbe qui envahit gazons et potagers.

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La sensitive réagit très rapidement au toucher. Source: Hrushikesh, Wikimedia Commons

Sa réaction au toucher est phénoménale. Un léger contact provoquera l’effondrement d’une seule foliole, mais un contact plus ferme entraînera la chute de l’ensemble de la feuille. Secouer la plante provoquera le repliement de toutes ses feuilles. Et si vous passez un doigt le long de la feuille, les folioles se refermeront l’une après l’autre comme autant de dominos! Si vous laissez la feuille tranquille par la suite, elle se rétablira, mais moins visiblement, l’opération prenant de 15 à 30 minutes.

En plus d’utiliser les pulvinus, typiques des plantes nyctinastiques, pour faire replier les feuilles et les folioles en les vidant rapidement de leur eau, le mimosa peut transmettre la réaction aux feuilles ou folioles voisines en émettant un courant électrique qui imite le système nerveux des animaux. Il y a aussi une réaction chimique impliquée dans ce mouvement. La sensitive a été très étudiée, notamment par Charles Darwin, qui était fasciné par cette plante pas comme les autres.

On pense que la réaction au toucher de la sensitive aide à la protéger du broutage des animaux. Après tout, imaginez la surprise d’une vache qui s’apprête à manger une sensitive d’apparence verdoyante pour découvrir, dès que sa langue touche à la première feuille, que la plante ne semble plus avoir de feuilles (elles se sont repliées), mais présente plutôt un amas de branches apparemment brunes, sèches et, de plus, épineuses!

D’autres sensitives

Si M. pudica est la sensitive la plus couramment cultivée, il y a quelque 400 autres espèces dans le genre Mimosa, à la fois des herbes et des arbustes, toutes sensibles au toucher, bien que certaines soient plus «réactives» que d’autres. Il existe même une sensitive rustique (zone 5) qui peut être cultivée dans nos plates-bandes comme vivace, M. nuttallii.

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Le mimosa d’hiver (Acacia dealbata) n’est pas un véritable mimosa et ses feuilles ne réagissent pas au toucher. Source: Ainformations-documents.com

Il faut faire attention aux plantes portant le nom commun mimosa. En effet, plusieurs autres arbres et arbustes sont ainsi nommés, mais ils appartiennent à d’autres genres et aucun ne réagit au toucher. Ils partagent quand même avec les vrais mimosas (genre Mimosa) des fleurs plumeuses et des feuilles pennées similaires et sont aussi des légumineuses. Parmi ces «prétendants non motiles», il y a Albizia julibrissin (arbre à soie) et plusieurs acacias, dont Acacia dealbata (mimosa d’hiver ou mimosa des fleuristes).

Il y a aussi plusieurs espèces de «sensitives aquatiques», les neptunies (Neptunia spp.), qui ont des feuilles bipennées semblables à celles de la sensitive et qui réagissent au toucher de la même manière. Comme leur nom l’indique, elles poussent dans l’eau ou au moins dans des conditions très marécageuses.

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Biophytum sensitivum. Source: Kenraiz, Wikimedia Commons

Moins connu, Biophytum sensitivum (communément appelé sensitive, comme les divers Mimosa) est une petite plante herbacée des Oxalidacées. Cette sensitive ressemble à un petit palmier et est parfois utilisée comme arbre miniature dans les terrariums et les jardins de fées. Elle est sensible au toucher… mais c’est aussi une «plante qui danse», car ces feuilles se déplacent toutes seules, changeant d’orientation d’après les mouvements du soleil.

Enfin, le pois perdrix ou pois sensible (Chamaecrista fasciculata, syn. Cassia fasciculata) est une légumineuse annuelle originaire de l’est des États-Unis de plus en plus cultivée comme plante mellifère à naturaliser qui a également des feuilles bipennées qui ferment la nuit… et qui sont légèrement sensibles au toucher pendant la journée.

Les carnivores à feuilles réactives

L’autre groupe de plantes sensibles au toucher est celui des plantes carnivores ou, plus précisément, insectivores.

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Les feuilles de la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) agissent comme pièges à insectes. Source: Citron / CC-BY-SA-3.0, Wikimedia Commons

La plus connue de ces plantes est la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula). Elle est souvent offerte comme plante d’intérieur, bien qu’elle vive rarement très longtemps sous les conditions d’un salon typique, étant incapable de tolérer l’eau du robinet et la chaleur hivernale. J’ai déjà écrit un peu à son sujet dans l’article Cinq plantes aux feuilles bizarres.

Ses feuilles en forme de piège à ours portent de minuscules poils sensitifs. Si un insecte touche à un poil, rien ne se passe. Cela est considéré comme une protection pour empêcher la feuille de fermer pour des raisons inopportunes, comme quand une goutte de pluie ou une feuille morte la touche en tombant. Cependant, si le poil est touché une seconde fois dans les 20 secondes suivantes, ou si un deuxième poil est touché dans le même délai, cela indique la présence probable d’un arthropode errant et le piège se ferme rapidement, en un dixième de seconde. Après cela, l’insecte est lentement digéré, puis le piège s’ouvre à nouveau, ce qui prend de 10 à 12 heures.

Pour en savoir plus sur la délicate culture de la dionée attrape-mouche, lisez Pas de hamburger pour l’attrape-mouche.

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Les pièges des utriculaires (Utricularia spp.) sont généralement aquatiques. Source: wetland-plants.co.uk

Moins connues que la dionée attrape-mouche, les utriculaires (Utricularia spp.) sont encore plus rapides que celle-ci. Leurs pièges en forme de vessie sont de petites feuilles modifiées, appelées utricules, conçues de telle sorte qu’un vide se forme à l’intérieur de chacune avec un «clapet» pour garder l’entrée. Si une puce d’eau ou un autre petit invertébré touche le poil sensitif situé à l’extérieur, le piège s’ouvre, aspire instantanément la créature, puis se referme. Cela ne prend que dix à quinze millièmes de seconde!

Cette plante est moins populaire auprès des jardiniers que la dionée, car son action se déroule plus ou moins hors de vue, sous l’eau ou même sous terre dans un sol détrempé, car les utriculaires sont des plantes aquatiques ou de marécage.

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Les feuilles de Drosera capensis s’enroulant autour d’une mouche prise au piège. Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

D’autres plantes insectivores ont aussi des feuilles motrices. Certaines espèces de rossolis (Drosera spp.) ont des feuilles qui s’enroulent autour de leur proie après que cette dernière se soit fait prendre par les poils collants qui les recouvrent, mais cela se produit si lentement que vous aurez besoin d’une vidéographie en accéléré pour remarquer le mouvement. Les feuilles de grassettes (Pinguicula spp.) s’enroulent aussi légèrement lorsqu’elles capturent une proie, mais leur mouvement est encore moins impressionnant que celui des rossolis.


Des feuilles qui bougent: une des petites surprises de mère Nature!20180211A www.oogazone.com & freedesignfile.com

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Cultivez un piège collant vivant!

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Les grassettes (ici Pinguicula gigantea) sont des pièges collants vivants! Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

Des pièges collants jaunes existent depuis plus d’un siècle (le ruban anti-mouche a été breveté aux États-Unis en 1910) et les jardiniers les connaissent bien. Vous les placez près des plantes susceptibles d’infestation par des insectes volants et, presto, les petites créatures agaçantes se trouvent collées au piège plutôt qu’en train de manger vos plantes.

Cependant, le concept est en fait encore beaucoup plus ancien. Dame Nature fabrique des pièges collants depuis des millions d’années sous la forme de plantes à feuillage gluant. Il y a d’ailleurs plus de plantes qu’on ne le pense qui capturent les insectes de cette façon: on appelle les plus efficaces «plantes carnivores» ou, plus correctement, «plantes insectivores».

Ne serait-il pas merveilleux de simplement placer un piège collant vivant parmi vos plantes de maison et de regarder les insectes nuisibles s’y faire prendre? Eh bien, vous pouvez le faire. Mais pas avec n’importe quelle plante insectivore.

Je suggère d’utiliser une grassette.

Qu’est-ce une grassette?

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Les grassettes (ici Pinguicula moranensis) ressemblent à de petites violettes africaines. Source: worldofsucculents.com

Les grassettes sont des plantes du genre Pinguicula. Il y a environ 80 espèces trouvées principalement dans l’hémisphère Nord, mais aussi en Amérique du Sud, où elles poussent de l’Arctique aux tropiques, et du niveau de la mer jusqu’au-delà de la limite des arbres. À moins que vous ne viviez en Afrique, en Océanie ou en Asie tropicale, il y a probablement des grassettes sauvages qui poussent non loin de chez vous.

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Les feuilles des grassettes sont couvertes de gouttelettes collantes. Source: Barry Rice, http://www.sarracenia.com

Le nom Pinguicula signifie «petit graisseux», car ce sont de très petites plantes (la plupart mesurent moins de 20 cm de diamètre à maturité) avec des feuilles vert pâle lisses qui semblent être recouvertes d’une mince couche de graisse. Elles s’appellent grassettes pour la même raison. Si vous regardez attentivement, vous verrez toutefois que les feuilles ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air (en fait, elles sont couvertes de poils minuscules) et qu’elles ne sont pas graisseuses non plus. Ce n’est pas une couche de «graisse» qui recouvre les feuilles, mais plutôt de nombreuses fines gouttelettes de mucilage transparent.

Pour la culture à l’intérieur, préférez l’une des espèces tropicales originaires du Mexique (P. moranenis, P. esseriana, P. gigantea, etc.), ainsi que diverses hybrides, car elles sont adaptées à des conditions très similaires à celles trouvées dans nos maisons. La plupart forment une rosette dense composée de feuilles sessiles (sans pétiole) en forme de cuillère. Je trouve que la plante ressemble un peu à une petite violette africaine (Streptocarpus sect. Saintpaulia).

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Les fleurs ressemblent à celles des violettes. Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

Même les fleurs, généralement pourpres, blanches ou roses, plus rarement rouges ou jaunes, ressemblent aux fleurs des violettes africaines botaniques avec leurs cinq pétales (deux supérieurs, trois inférieurs), mais elles sont portées sur des tiges plus hautes et plus minces. Beaucoup de variétés fleurissent sporadiquement une bonne partie de l’année… encore une fois, un peu comme une violette africaine.

Cependant, en dépit de ces similitudes, les grassettes ne sont nullement apparentées aux violettes africaines: ces dernières appartiennent à la famille des Gesnériacées, tandis que les grassettes appartiennent à la famille des Lentibulariacées (famille des utriculaires).

Comment les grassettes attrapent-elles les insectes?

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La capacité des grassettes d’attraper les insectes volants est assez phénoménale. Source: www.in-the-garden.org

Au fil des années, j’ai cultivé de nombreuses plantes insectivores comme plantes d’intérieur — des dionées attrape-mouche, des népenthès, des rossolis tropicaux, etc. — et si jamais elles ont pu goûter à des insectes, c’est uniquement parce que je leur en avais donné. C’est qu’elles n’étaient pas très efficaces dans le piégeage des insectes, du moins, pas à l’intérieur de ma demeure. Mais ce n’est pas le cas des grassettes.

S’il y a de petits insectes volants dans la maison, vous les trouverez bientôt collés sur les feuilles de votre grassette. Les sciarides ou mouches du terreau, notamment, semblent attirées fatalement par cette plante. Je n’ai plus eu de véritable infestation de sciarides depuis que je cultive des grassettes: toute sciaride qui réussit à se frayer un chemin jusqu’à ma collection de plantes est vite prise sur les pièges feuillus des grassettes! Je ne vois plus voler de sciarides, mais seulement leurs petits corps collés sur les feuilles de grassette.

D’ailleurs, je ne suis pas le seul qui utilise les grassettes en tant que pièges collants. Certaines pépinières d’orchidées les utilisent également de la même façon.

Pourquoi les feuilles des grassettes sont-elles si attirantes pour les petits insectes? La théorie principale est que l’aspect chatoyant de la feuille suggère la présence d’eau, ce qui attire l’insecte. Ma propre théorie est que c’est la couleur vert lime des feuilles de grassette qui est le facteur principal. Ce vert est très près du jaune et l’on sait que beaucoup d’insectes indésirables sont attirés par le jaune (si la plupart des pièges collants commerciaux sont de couleur jaune, ce n’est pas pour rien!). Et il est possible que les feuilles aussi dégagent une odeur quelconque qui attire certains insectes.

Quelle que soit la raison, quand l’insecte atterrit sur la feuille, il s’y trouve pris. La glu ne veut pas le relâcher et plus il s’agite, plus la plante en produit, jusqu’à ce que le mucilage le recouvre et l’étouffe. Ensuite, la feuille produit des enzymes digestives qui font se décomposer l’insecte, le réduisant à un genre de «jus d’insecte» que la feuille peut absorber. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la marge de la feuille de beaucoup d’espèces s’enroule vers le haut: c’est pour empêcher les liquides nutritifs issus des insectes piégés de s’en égoutter.

Notez que les grassettes obtiennent tous les minéraux nécessaires à leur croissance à partir d’insectes piégés: leurs racines n’absorbent que de l’eau.

Fait curieux

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On prépare le tätmjölk en ajoutant des feuilles de grassette au lait. Source: Kristofer2, Wikimedia Commons

Les feuilles de grassette font cailler le lait, ce qui donne un produit laitier fermenté consommé en Scandinavie. On l’appelle tätmjölk en suédois.

De culture relativement facile

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On peut cultiver une grassette sur le rebord d’une fenêtre comme presque n’importe quelle autre petite plante d’intérieur. Source: http://www.flytrapcare.com

Les grassettes tropicales ne sont pas difficiles à cultiver à la maison… mais elles ont quand même certaines exigences particulières.

Je cultive les miennes avec mes violettes africaines, car les deux plantes ont des besoins similaires. Il faut donner aux deux un éclairage assez intense avec quelques heures de soleil direct, de préférence matinal, comme on en trouve près d’une fenêtre orientée à l’est, ou encore, les cultiver sous une lampe de culture. Les deux apprécient une humidité atmosphérique raisonnable (environ 40 à 50%), des températures intérieures normales, etc. Jusque là, c’est du pareil au même.

Là où il y a une différence, c’est avec l’arrosage. Comme la plupart des plantes insectivores, les grassettes viennent d’un milieu très pauvre en minéraux. Comme mentionné ci-dessus, leurs racines n’ont même pas la capacité d’absorber les minéraux: ce sont plutôt leurs feuilles qui absorbent les minéraux nécessaires à leur croissance à partir des insectes qu’elles attrapent. Ainsi, les grassettes ont horreur de l’eau du robinet, trop minéralisée, surtout si l’eau que vous utilisez est très dure. Il vaut mieux les arroser avec de l’eau de pluie ou de l’eau distillée. L’eau de déshumidificateur aussi leur convient très bien.

Une croissance saisonnière

Maintenez le substrat de culture uniformément humide pendant la saison de croissance, qui va du printemps au début de l’hiver, ne le laissant jamais sécher, car la grassette a un système racinaire très limité qui ne tolère tout simplement pas le terreau trop sec. Certaines personnes arrosent leurs grassettes au moyen d’une mèche qui trempe constamment dans un réservoir d’eau ou laissent les pots se reposer en permanence dans une mince couche d’eau. Cela dit, vous pouvez aussi les arroser comme n’importe quelle autre plante, en versant de l’eau sur la surface du terreau, tant que vous le gardez humide en tout temps.

N’appliquez jamais d’engrais: les minéraux nécessaires aux grassettes, comme nous l’avons vu, viennent des insectes qu’elles attrapent. Appliquer un engrais peut les tuer!

Évitez aussi de les vaporiser de pesticides (fongicides ou insecticides), car ces derniers ont tendance à endommager les feuilles. Si vous avez besoin de traiter vos autres plantes, placez vos grassettes ailleurs pendant le traitement.

Dormance: oui ou non?

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Ce Pinguicula esseriana produit des feuilles d’hiver non collantes au centre de sa rosette alors que les feuilles normales commencent à dépérir, signe qu’il entre en dormance. Source: http://www.thecarnivoregirl.com

Dans la nature, la plupart des grassettes ont une période de dormance hivernale très nette. Les variétés tropicales sont rarement totalement dormantes toutefois (les tempérées, cependant, oui), mais plusieurs commencent plutôt à produire une rosette plus compacte composée de «feuilles d’hiver» plus petites et plus épaisses qui ne sont pas insectivores (elles ne sont pas collantes), indiquant que la dormance est commencée.

Au cours de cette période, qui se produit normalement entre septembre/octobre et mars/avril dans l’hémisphère Nord, vous pouvez baisser la température, même jusqu’à 5 °C, bien que ce ne soit pas strictement nécessaire. Surtout, il est très important de laisser sécher davantage le terreau de ces plantes semi-dormantes, soit presque complètement, avant d’arroser de nouveau. C’est quand même un changement assez radical par rapport aux arrosages abondants de l’été! Lorsque de nouvelles feuilles d’été commencent à apparaître, recommencez à arroser davantage, assez pour maintenir le terreau humide, comme auparavant.

Cela dit, il arrive que certaines grassettes demeurent en croissance toute l’année, notamment quand on les cultive sous un éclairage artificiel. Tant que la production de feuilles d’été persiste, continuez de les arroser abondamment, tout simplement.

Rempotage

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Rempotage d’une grassette dans un mélange de terreau maison. Source: PlantzNThings, YouTube

Les grassettes sont de petites plantes qui peuvent passer toute leur vie dans des pots de taille relativement modeste (10 à 15 cm) et il est rarement nécessaire de les rempoter, sauf après 4 ou 5 ans quand le terreau commence à se compacter.

Il est préférable d’éviter les terreaux d’empotage commerciaux habituels lors du rempotage, car ils contiennent de l’engrais. Il existe des terreaux commerciaux pour «plantes carnivores», mais ils ne sont pas offerts partout. Vous pouvez faire votre propre terreau en mélangeant 50% de tourbe horticole («peat moss») à 50% de perlite ou de vermiculite, ou encore 50% de mousse de sphaigne et 50% de perlite ou de vermiculite. Certains jardiniers aiment bien ajouter une pincée de chaux au mélange, mais cela ne semble pas essentiel.

En dépit de ce qui précède, certaines personnes utilisent un mélange de terreau d’empotage tout à fait classique et prétendent en obtenir des résultats merveilleux.

Multiplication

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On peut multiplier les grassettes par boutures de feuille. Source: happybuddyperson, YouTube

Vous pouvez essayer de multiplier les grassettes par boutures de feuilles ou semences alors que, commercialement, on les reproduit plutôt par culture in vitro. Cependant, la méthode la plus facile à la maison est de séparer les rejets (votre plante mère en produira plusieurs avec le temps) que vous pouvez ensuite empoter en pots individuels, idéalement à la fin de la période de dormance.

Choix local limité

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Habituellement, les grassettes sont vendues en jardinerie à travers d’autres plantes insectivores dans de mini-terrariums de transport. Source: www.boomanfloral.com

Les grassettes ne sont pas très largement distribuées. En jardinerie, on les trouve surtout quand arrive un lot de «plantes carnivores». Elles sont alors mélangées à travers d’autres espèces, notamment la très populaire dionée attrape-mouche. Les grassettes ainsi vendues sont rarement identifiées par un nom d’espèce ou de cultivar. Ce sont généralement des hybrides d’origine impossible à vérifier. Les acheter constitue néanmoins la façon la plus économique pour débuter avec les grassettes.

Notez que, même si ces plantes sont vendues dans un contenant transparent plastifié pouvant faire penser à un terrarium, il n’est conçu que pour servir d’abri pendant le transport et pour maintenir temporairement la plante dans un état acceptable. Quand elle arrive chez vous, enlevez-le, car les grassettes ont besoin d’une bonne circulation d’air pour bien survivre.

Si vous souhaitez profiter d’un choix plus large de variétés, d’une plante de meilleure qualité ou d’une identification appropriée, la solution est de commander auprès d’une pépinière spécialisée en plantes insectivores.

Voici deux pépinières qui vendent des grassettes par correspondance:

Carnivorous Plant Store (Canada)
Exotik.fr (France)


Cultiver vos propres pièges collants? Pourquoi pas!