15 plantes d’intérieur pas si passe-partout

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Ce pauvre lis de la paix (Spathiphyllum) montre des signes d’un manque d’eau chronique… un bon exemple d’une plante pas si passe-partout. Source: www.gardeningknowhow.com

En préparant l’article d’hier, 15 plantes d’intérieur passe-partout, j’ai bien sûr jeté un coup d’œil sur d’autres sites Web pour voir leurs suggestions. (Non, ce n’est pas du plagiat! C’est ce qu’on appelle «faire de la recherche»!) Mais j’étais étonné par certaines de leurs suggestions.

Après tout, le but était de montrer des plantes d’intérieur particulièrement faciles à cultiver, des plantes qu’on pourrait notamment recommander aux jardiniers novices. Mais j’ai vu sur leurs listes plusieurs plantes que je n’aurais jamais pensé inclure parmi les plantes faciles à cultiver, des plantes qui ont des défauts qui font que leur durée de vie est plutôt limitée à moins de prendre des précautions spéciales. Vraiment pas des plantes passe-partout!

Pourquoi ces plantes dépérissent-elles?

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Aloès médicinal (Aloe vera) sérieusement étiolé par un éclairage insuffisant. Source: jardinierparesseux.com

Parfois, le problème est tout simplement que la plante nécessite un éclairage intense. Je ne pourrais jamais recommander un tel végétal comme plante d’intérieur facile à cultiver, car mon expérience est que les humains sous-estiment presque toujours les besoins en lumière des plantes d’intérieur. Nous semblons toujours penser que notre demeure est superbement éclairée, alors que c’est rarement le cas.

L’habitation moyenne est plutôt l’équivalent d’une caverne: pas plus que moyennement éclairée près de l’entrée (la fenêtre) et très peu éclairée en retrait de cette ouverture. (Faites le test du journal pour avoir une meilleure idée de l’éclairage chez vous… et préparez-vous à être découragé!)

Dans d’autres cas, les plantes recommandées sont trop sujettes aux dommages causés par l’air sec, trop susceptibles aux insectes ou maladies, naturellement de courte vie ou ont des exigences particulières qui vont au-delà d’un arrosage régulier et qui compliquent alors leur entretien.

Plantes d’intérieur pas passe-partout

Voici alors 15 plantes d’intérieur qui ne sont pas nécessairement difficiles à cultiver pour un jardinier qui a de l’expérience, mais que, pour les raisons expliquées, je n’aurais jamais mises sur une liste de plantes d’intérieur de culture facile.

  1. Broméliacées (Aechmea, Guzmania, Tillandsia, Vriesea, etc.)
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Ces broméliacées sont superbes, mais leur dépérissement après la floraison peut être traumatisant pour le jardinier! Source: www.orchardnursery.com

Ces plantes sont tout à fait charmantes et peuvent durer des mois dans une maison typique. Mais habituellement, elles sont vendues en fleurs… et elles meurent après la floraison! D’accord, avant de mourir, la plante produit, à de rares exceptions près, au moins un «bébé» qui fleurira à son tour — dans quelques années —, mais comprendre ce détail est beaucoup demander à un jardinier novice. Il risque plutôt de se décourager quand il verra la plante mère se dégrader peu à peu.

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Fille de l’air (Tillandsia): un entretien unique à apprendre. Source: cdn.shopify.com

Quant aux filles de l’air ou Tillandsia, qui sont rarement vendus en fleurs, le fait qu’il faille les arroser en les plongeant dans l’eau ou en les vaporisant les met dans une catégorie à part, pas dans le groupe des «plantes pour débutants».

  1. Cactées et succulentes
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Les cactées et succulentes ne sont de culture facile que si vous disposez d’un emplacement abondamment éclairé. Source: thesucculentsource.com

Il y a des centaines de plantes d’intérieur dans cette catégorie et elles ne sont pas difficiles à cultiver… si vous avez beaucoup de lumière. En effet, la plupart préfèrent même le plein soleil! Tristement, nos demeures sont beaucoup plus ombragées que la plupart des gens ne se l’imaginent. Le résultat est que je vois dans les demeures beaucoup de cactées et succulentes étiolées, affaiblies et mourantes, peut-être encore en vie, mais à peine.

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Cactus (Opuntia) sérieusement étolié à cause d’un manque de lumière. Source: pistilsnursery.com

Parmi les succulentes qui tolèrent un peu d’ombre et qui conviennent alors mieux aux débutants, il y a les aloès (Aloe spp. dont A. vera), les haworthias (Haworthia spp.), les gastérias (Gasteria spp.), la plupart des euphorbes (Euphorbia spp.) et la plante jade (Crassula ovata)… mais il leur faut quand même un emplacement qui reçoive au moins 5 heures de lumière indirecte par jour, donc un emplacement très près d’une fenêtre.

Aussi, beaucoup de jardiniers débutants perdent leurs succulentes l’hiver à la suite d’un arrosage trop généreux, n’ayant pas encore compris que, quand vous cultivez des succulentes, il est très important de bien laisser le terreau s’assécher avant d’arroser de nouveau. Doublement quand la lumière manque, comme c’est le cas l’hiver. Souvent, à cause des jours courts et des températures plus fraîches, ces plantes ont seulement besoin d’un arrosage par mois en plein hiver, alors que la tendance des jardiniers novices est de vouloir arroser leurs plantes régulièrement. Oups!

  1. Calathéa (Calathea spp.)
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Les calathéas (ici Calathea zebrina) ne réussissent bien à long terme que dans les emplacements où l’air est toujours humide. Source: http://www.planten-kopen.com

Un bel exemple d’une plante qui «tient bien» pendant plusieurs mois, surtout quand on l’achète au printemps ou à l’été, mais qui finit par dépérir l’hiver. Il ne tolère pas l’air sec et le manque de lumière communs à cette saison.

  1. Caoutchouc (Ficus elastica)
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Il faut au caoutchouc (Ficus elastica ‘Burgundy’) un emplacement bien éclairé. Source: www.homedepot.com

Je ne comprends pas pourquoi les jardineries continuent d’insister pour dire que le caoutchouc tolère l’ombre alors qu’il exige, bien au contraire, beaucoup de lumière et même, dans le Nord, le plein soleil, mais c’est bien le cas. D’accord, il peut sembler tenir le coup pendant six mois ou plus, mais alors il vit sur ses réserves d’énergie. Une fois qu’il les a épuisées, c’est la dégringolade et ses feuilles commencent à chuter l’une après l’autre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

  1. Croton (Codiaeum variegatum)
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L’état typique d’un croton (Codiaeum variegatum) après deux ou trois mois dans une maison. Source: garden.org

C’est presque scandaleux de recommander le croton aux débutants alors que cette plante a une réputation terrible chez les jardiniers pour sa capacité à mourir rapidement dans la maison. Le problème est qu’il tolère mal les changements, perdant prestement ses feuilles quand l’intensité lumineuse change. Il y a moyen de l’acclimater si vous avez de la patience, mais ce n’est guère une plante à conseiller aux débutants! Honte à ceux qui le font!

  1. Figuier pleureur (Ficus benjamina)
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Figuier pleureur (Ficus benjamina) en état de choc. Il faut bien acclimater cette plante si vous voulez la dompter. Source: goodtogrow.files.wordpress.com

D’accord, cette plante peut tolérer l’ombre et l’air sec de nos demeures et peut même vivre des décennies sous ces conditions, mais, comme pour le croton, seulement si vous l’acclimatez bien auparavant. Sinon, ses feuilles commencent à chuter presque aussitôt que vous le rapportez à la maison. Lisez Pourquoi un figuier pleureur perd ses feuilles pour savoir comment réussir son acclimatation.

  1. Fougère de Boston (Nephrolepis exaltata cvs)
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Il faut plus de lumière que vous ne le pensez pour maintenir une fougère de Boston (Nephrolepis exaltata) en bon état. Source: www.amazon.com

Cette fougère tolère mieux l’air sec que la plupart des autres fougères, ce qui est bien, mais est moins tolérante de l’ombre. Il faut un emplacement assez ensoleillé pour bien la réussir. Aussi, elle préfère un hiver au frais alors que, de nos jours, nous chauffons aux températures estivales toute l’année. Le résultat est qu’elle dépérit peu à peu dans la plupart des demeures.

  1. Lierre anglais (Hedera helix)
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Le lierre anglais (Hedera helix) n’est pas difficile à cultiver… si vous pouvez éloigner les araignées rouges! Source: www.amazon.com

D’accord, sa culture est facile… jusqu’à ce que l’automne arrive. Lorsque l’air devient plus sec, les tétranyques (araignées rouges) s’y installent et il dépérit alors rapidement.

  1. Lis de la paix (Spathiphyllum)
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Quand on achète un lis de la paix (Spathiphyllum), il est typiquement cultivé dans un pot si petit qu’il faut l’arroser au moins deux fois par semaine. Le rempoter dans un pot plus grand vous donnera du répit. Source: amazon.com

Assez facile en général, mais il fane très rapidement quand il manque d’eau et diminue en beauté à chaque fois qu’il s’assèche. Souvent, il faut l’arroser plus d’une fois par semaine! Si vous avez tendance à oublier d’arroser, ce n’est assurément pas un bon choix!

  1. Palmier d’Arec (Dypsis lutescens, syn. Chrysalidocarpus lutescens)
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Si vous voulez inviter des araignées rouges dans votre demeure, procurez-vous un palmier d’Arec (Dypsis lutescens)! Source: http://www.ikea.com

Comme dans le cas du lierre anglais, sa susceptibilité aux araignées rouges rend sa culture difficile et même décourageante. On ne semble jamais être capable de s’en débarrasser! D’ailleurs, la plupart des palmiers ont un problème avec des infestations réputées d’araignées rouges et sont rarement de bons choix pour les débutants.

  1. Pépéromia (Peperomia spp.)
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Plusieurs pépéromias (ici Peperomia caperata ‘Emerald Ripple’) sont sujets à la pourriture à moins que vous ne les arrosiez avec beaucoup de précaution. Source: Lazaregagnidze, Wikimedia Commons

Il y a trop d’espèces (plus de 1500!) pour faire plus qu’un commentaire généralisé, mais plusieurs des variétés disponibles dans le commerce sont sujettes à la pourriture si on les arrose trop. Typiquement, ils poussent bien au début et l’on est très content des résultats, puis ils meurent subitement. Quel choc alors!

  1. Plante prieuse (Maranta leuconeura)
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La plante prieuse (Maranta leuconeura erythroneura) tend à dépérir l’hiver sous l’effet de l’air sec de nos maisons. Source: carlosbato-arte.blogspot.com

Encore une plante qui donne des résultats encourageants au début, mais qui tolère mal l’air sec l’hiver. Inévitablement, c’est le dépérissement et la déception qui s’ensuivent.

  1. Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla)
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Quand on entasse autant de plantes dans un même pot, comme on fait typiquement avec le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla), cela cause un stress souvent fatal  Source: amazon.com

Rares sont les sapins de Norfolk qui survivent plus de quelques mois dans une maison normale. Leur besoin d’air frais et humide, alors que nos maisons sont chaudes et sèches l’hiver, finit par en avoir raison. Aussi, les producteurs entassent généralement trop de jeunes plants dans le même pot pour que l’effet soit plus attrayant, mais cette promiscuité nuit à leur survie. Sous de bonnes conditions, un sapin de Norfolk peut vivre des décennies (voici comment faire), mais je ne pourrais pas l’offrir légitimement à un jardinier sans expérience.

  1. Schefflera (Schefflera actinophylla, syn. Brassaia actinophylla)
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Le schefflera (Schefflera actinophylla) est attrayant, mais sujet aux araignées rouges. www.homedepot.com

Il s’agit du grand schefflera, celui aux imposantes feuilles luisantes, pas du schefflera miniature (S. arboricola), beaucoup plus commode. Encore une plante dont la susceptibilité aux araignées rouges fait qu’elle est difficile à garder en bon état très longtemps.

  1. Yucca géant (Yucca gigantea, syn. Y. elephantipes et Y. guatemalensis)
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Le yucca géant (Yucca gigantea) peut vivre plusieurs années, mais sans un éclairage intense, il le fait en dépérissant peu à peu. Source: http://www.waitrosegarden.com

Généralement vendu sous la forme d’un petit arbre au tronc brun dont l’extrémité a été coupée et qui porte de deux à quatre touffes de feuilles lancéolées, c’est une plante superbe… qui ne cesse de se dégrader avec le temps, faute de lumière intense. Il peut parfois vivre deux ou trois ans dans une demeure typique, mais il devient de plus en plus étiolé et de moins en moins beau avec le temps, et le nombre de feuilles diminue plutôt que d’augmenter, de quoi décourager son propriétaire. Pour les emplacements très ensoleillés seulement!


Et voilà! 15 plantes peut-être intéressantes pour les jardiniers qui ont de l’expérience, mais à ne pas offrir à un débutant… et qui ne sont assurément pas, malgré les prétentions de certains, des «plantes d’intérieur passe-partout»!20180127A Spathiphylium www.gardeningknowhow.com.jpg

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Les plantes d’intérieur patrimoniales

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20160120A.jpgSi vous visitez n’importe quelle jardinerie ou même une grande surface, il y a toujours un département de plantes d’intérieur, mais elles vendent essentiellement toujours les mêmes variétés depuis des années. Cependant, quand vous visitez des particuliers, vous remarquerez plusieurs plantes d’intérieur ne sont jamais (ou presque jamais) offertes en pépinière. Souvent ces gens ont reçu ces plantes d’amis ou lors d’échanges. Et si vous retracez l’histoire de la plante en question, vous découvrirez qu’elle est échangée ainsi, de jardinier en jardinier, depuis très longtemps, souvent un siècle ou plus, souvent passée d’une génération à l’autre dans la même famille, entre amis ou parfois dans un marché aux puces.

La plupart de ces plantes ont déjà été commercialisées, mais ne le sont plus depuis belle lurette. N’essayez pas de les retrouver dans le commerce: vous perdrez votre temps. Posez quelques questions lors une réunion de société d’horticulture, cependant, et vous trouverez facilement une petite bouture ou une division. Faute d’un meilleur nom, je appelle ces végétaux «plantes d’intérieur patrimoniales», mais si vous avez une meilleure suggestion, je suis tout ouïe!

Conditions

Pour être une plante d’intérieur patrimoniale digne de mention, d’après ma définition du moins, il faudrait que la plante ait une longue histoire de culture comme plante de maison: au moins 30 ans. Aussi, il serait important qu’elle soit essentiellement absente du marché commercial. Ainsi j’élimine d’office la plante araignée (Chlorophytum comosum ‘Vittata’), même si elle peut effectivement être passée de génération en génération, car n’importe qui peut facilement en acheter une dans une jardinerie, ce qui diminue sa valeur patrimoniale. C’est la même chose pour le célèbre philodendron grimpant (Philodendron hederaceum, généralement connu sous son ancien nom, P. scandens oxycardium). Il fut introduit en 1936 par la chaîne de magasins Woolworth et il est fort possible que votre spécimen ait une longue histoire dans votre famille tout comme vous auriez pu l’acheter la semaine dernière. C’est la même chose pour les divers dracénas (Dracaena spp.), le pothos (Epipremnum aureum), le caoutchouc (Ficus elastica), le jade (Crassula argentea), le hoya (Hoya carnosa), le clivia (Clivia miniata), le dieffenbachia (Dieffenbachia spp.) et pour plusieurs autres. Non pas que je veux douter de l’ancienneté de la lignée cultivée chez vous qu’on peut tracer, j’en suis certain, jusqu’à l’arche de Noé, mais il y aurait pu avoir des substituts, puisque ces plantes sont encore très courantes sur le marché. Donc la preuve de sa patrimonialité est difficile à faire.

Quelques plantes patrimoniales

Voici quelques exemples de végétaux qui, d’après moi, sont des plantes d’intérieur qui sont véritablement passées d’une génération à une autre depuis fort longtemps et presque jamais offertes dans le commerce: des plantes d’intérieur patrimoniales. Juste les maintenir est une contribution à sauvegarder un élément de notre histoire horticole commune et aussi un petit pied de nez aux professionnels de l’horticulture qui calculent qu’une plante d’intérieur n’a pas besoin de durer plus de 8 semaines.

Trois bégonias historiques

Dans ce groupe il y a au moins trois bégonias avec une très longue histoire à raconter.

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Begonia x erythrophylla

Le bégonia nénuphar (Begonia x erythrophylla) est parmi les premiers hybrides de bégonia jamais produits et fut introduit en Allemagne en 1845. Avec ses feuilles d’apparence cirée presque rondes de couleur rouge vin, ses fleurs roses en hiver et son port légèrement retombant à cause de ses rhizomes rampants qui débordent du pot, il fait un excellent choix pour le panier suspendu.

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Begonia x ricinifolia ‘Immense’

B. x ricinifolia ‘Immense’) porte bien son nom. Avec ses grandes feuilles vertes en forme d’étoile asymétrique qui peuvent mesurer jusqu’à 1 m de largeur, cet hybride de 1847 ne donne pas sa place. Les verticilles d’écailles poilues rouges sur ses pétioles créent autant de surprise, sans parler de son épais rhizome rampant. Il fleurit l’hiver, produisant des bouquets de petites fleurs rose pâle.

Ces deux premiers bégonias peuvent être multipliés par boutures de feuilles et même par boutures de section de feuille, ouvrant grand les possibilités d’échange!

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Begonia ‘Lucerna’

Le bégonia aile d’ange (Begonia ‘Lucerna’ [‘Corallina de Lucerna’]) fut hybridé en Suisse en 1892 et est encore largement distribué. Avec son port dressé, ses feuilles en forme d’aile joliment tachetée d’argent et ses fleurs pendantes roses en été, il ne ressemble nullement à ses deux cousins. Ce bégonia se multiplie par boutures de tige.

Iris d’appartement

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Neomarica northiana

L’iris d’appartement (Neomarica northiana) ou plante des apôtres (ainsi appelée car on dit que le plant doit avoir 12 feuilles avant de fleurir) fut introduit dans les années 1920. Il ressemble à un iris par son feuillage ensifore en éventail et ses fleurs éphémères bleu et blanc (elles ne durent qu’une journée chacune). Les feuilles émergent d’une tige aplatie ressemblant à une feuille ordinaire, mais après la floraison la tige continue de s’allonger et forme un bébé à son extrémité. Le poids du bébé fait pencher la tige et, quand il y a plusieurs tiges retombantes, la plante fait une jolie plante retombante. Je vois souvent cette plante dans les maisons, mais jamais en pépinière.

Billbergie penchée

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Billbergia nutans

On voit rarement cette broméliacée (Billbergia nutans) à rosette très étroite et aux feuilles presque graminiformes, poussant dans de denses touffes, ailleurs que dans les jardins botaniques… et les maisons privées. Dans les années 1930, pourtant, il fut très populaire comme plante de Noël, car il fleurit tout naturellement à cette saison et tolère sans peine les conditions d’intérieur les plus diverses. Il faut croire que ses fleurs retombantes vertes à marge pourpre foncé, portées sur une tige arquée rose, ne sont pas assez colorées pour le marché moderne, ou pas assez durables (elles ne persistent qu’environ 2 semaines alors que les fleurs de l’aechméa fascié, une autre broméliacée durent 6 mois!), mais c’est une excellente plante pour les échanges, car il produit une profusion de rejets et fleurit fidèlement à tous les ans.

Le vrai cactus de Noël

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Schlumbergera x buckleyi

On peut mettre le vrai cactus de Noël (Schlumbergera x buckleyi), avec ses longues branches retombantes aux marges crénelées et aux fleurs pendantes, sur la liste des plantes d’intérieur partimoniales, car quand l’avez-vous vu en pépinière la dernière fois? C’est plutôt son cousin, le cactus d’automne (S. truncata), aux tiges fortement dentées, mais qui préfère fleurir en novembre, qu’on voit dans les magasins. Il s’y fait passer pour l’original, mais les bons jardiniers ne sont pas dupes. Découvrez ici comment distinguer entre les deux. Le vrai cactus de Noël n’est pas apprécié des pépiniéristes et alors on ne le trouve presque jamais en vente, car ses branches retombantes s’entremêlent avec celles de ses voisins, rendant son transport compliqué. Ainsi ils préfèrent offrir des cactus d’automne, au port dressé et donc moins sujet à se mélanger, quitte à tricher pour forcer ces derniers à fleurir à Noël.

Fougère de Boston

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Le véritable Nephrolepis exaltata ‘Bostoniensis’

Il est très risqué d’inclure cette plante sur la liste des plantes d’intérieur patrimoniales, car il y a beaucoup de sosies encore sur le marché, l’espèce Nephrolepsis exaltata, sans parler d’autres Nephrolepis, ayant donné naissance à plus de 100 cultivars au cours du dernier siècle! Mais la «vraie» fougère de Boston, Nephrolepis exaltata ‘Bostoniensis’, est une plante plus grosse que les cultivars modernes, avec des frondes de souvent 1 m de longueur qui retombent tout droit vers le sol. Cette plante, introduite en 1894, avec ses nombreux rhizomes rampants minces et poilus, tombant plus bas encore que le feuillage comme de minces spaghettis verts, trônait sur un piédestal dans le parloir (une pièce uniquement réservée pour les invités de marque… et les funérailles) de chaque maison. On trouve encore des spécimens gigantesques de cette fougère, notamment dans les églises et les couvents, mais plus rarement, à cause de sa taille, dans les maisons privées.

Le pandanus

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Pandanus veitchii

Encore une plante trouvée rarement ailleurs que lors des échanges (bien que j’ai récupéré le mien d’une poubelle il y a quelques années), le pandanus (Pandanus veitchii) est un arbre polynésien qui a abouti dans les serres de Veitch Nurseries d’Angleterre vers la fin les années 1800. Dans la maison, il forme une assez grosse plante aux feuilles linéaires arquées d’apparence vernissée, avec de petits crochets acérés à la marge et au revers de la feuille. Les feuilles sont striées blanc et vert. Avec le temps la plante produit des racines aériennes assez impressionnantes… et une profusion de bébés qui émergent de sa base et à travers ses feuilles qui permettent de le partager avec des amis. Encore une plante qu’on ne voit jamais en jardinerie, mais que je vois dans beaucoup de fenêtres quand je prends ma marche du soir.

Le kalanchoé de Grémont

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Kalanchoe daigremontiana

Cette plante succulente au port dressé (Kalanchoe daigremontiana, anc. Bryophytum daigremontianum) est reconnue surtout pour ses longues feuilles triangulaires à la marge crénelée d’où pendent de nombreuses petites plantes appelées propagules. Elles tombent au moindre toucher et s’enracinent dans les pots voisins. Ainsi, chaque propriétaire en a toujours des dizaines à offrir aux visiteurs. Les jardineries n’apprécient pas sa tendance à envahir les autres plantes qu’ils mettent en vente (après tout, imaginez le désherbage qu’il leur faudrait faire!) et l’offrent rarement, mais le kalanchoé de Grémont, habituellement appelé tout simplement kalanchoé, est couramment cultivé dans bien des demeures. Offrez-lui beaucoup de soleil et laissez-le sécher entre deux arrosages et il n’est pas du tout difficile à cultiver. Mais vous aussi risquez de trouver sa tendance à sauter de pot en pot un peu désagréable.

Il existe plusieurs autres kalanchoés qui produisent le même genre de propagule, mais K. daigremontiana est le «plus patrimonal» de son genre.

Piléa à feuilles de pépéromia

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Pilea peperomioides

Ce piléa (Pilea peperomioides) a une histoire fascinante. Contrairement aux autres plantes mentionnées ici, il n’a jamais été produit commercialement, mais c’est néanmoins propagé à travers le monde uniquement par le partage de boutures. C’est le missionnaire norvégien Agnar Espegren qui a trouvé cette plante poussant en pot en Yunnan, Chine. Il a ramené une bouture en Norvège en 1946 et a commencé à partager la plante avec ses parents et amis. Dès le début des années 1980, la plante avait déjà fait le tour du monde et j’ai pu obtenir une bouture d’une amie. Je l’appelais la plante mystère, que je n’arrivais pas à l’identifier. Je pensais toutefois que c’était un pépéromia. Il m’a fallu plusieurs années de recherche pour apprendre son vrai nom et pour découvrir que ce n’était pas un pépéromia, mais un piléa qui ressemblaient à un pépéromia, le sens du nom Pilea peperomioides. Les feuilles vertes parfaitement rondes sont la principale attraction de cette plante, car il fleurit rarement. J’avais publié un article sur son histoire à l’époque, dans la défunte revue À Fleur de pot.

Et d’autres?

Avez-vous d’autres suggestions d’autres plantes d’intérieur patrimoniales, soit des plantes d’intérieur passées de génération en génération depuis fort longtemps, mais presque jamais offertes dans le commerce? Si oui, laissez-moi le savoir.