L’érable de Norvège: un envahisseur à bannir

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20150608AL’érable de Norvège (Acer platanoides), un arbre à bannir dans l’Est du Canada? L’idée paraît un peu farfelue. Après tout, c’est l’arbre ornemental le plus vendu dans le secteur! Pourtant, plusieurs écologistes préconisent son bannissement en Amérique du Nord et même l’élimination de tout arbre existant. D’ailleurs, bon nombre municipalités américaines ne permettent plus sa plantation. Et il est défendu d’en planter dans les états de Massachusetts et de New Hampshire aussi! Quand vous lirez la suite, vous comprendrez pourquoi. Qu’attendons-nous pour agir?

L’érable de Norvège est originaire de l’Europe centrale et orientale. Dans son continent d’origine, il compose un élément parmi d’autres des forêts matures et ne cause pas de problème environnemental. En Amérique du Nord, où il a été très largement planté comme arbre de rue à partir des années 1950 en remplacement de l’orme de l’Amérique (Ulmus americanus), foudroyé par une maladie, il est cependant devenu un fléau. Le problème est que l’érable de Norvège produit énormément de semences qui atterrissent et – surtout! – germent partout.

Si ce n’était que pour ce dernier point, cet érable ne serait pas plus envahissant que la plupart des autres plantes introduites d’autres pays. Mais là où il diffère est que, au lieu de se limiter aux zones perturbées, comme le font la majorité des plantes introduites qui sont envahissantes, il s’installe aussi dans les forêts vierges, grâce à sa capacité de germer à l’ombre profonde qui y règne. Là il pousse tranquillement au début, mais finit éventuellement par dominer la forêt, créant une ombre tellement dense que rien ne peut pousser à son pied. Il fait alors concurrence aux arbres indigènes et notamment à l’érable à sucre (A. saccharum), jusqu’alors l’arbre dominant dans les forêts du Sud-est du Canada et du Nord-est des États-Unis. Et c’est l’érable de Norvège qui gagne la bataille, haut la main, d’autant plus qu’il tolère mieux les effets du réchauffement de la planète et de la pollution de l’air et des sols que l’érable à sucre.

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Certains érables de Norvège (ici Acer platanoides ‘Schwedleri’) ont un feuillage pourpre foncé.

On n’a qu’à se promener dans les forêts urbaines et périurbaines pour découvrir que, dans bien des cas, la majorité les jeunes érables qui y poussent sont des érables de Norvège: quand des érables à sucre réussissent à germer, les petits plants sont vite étouffés par les jeunes érables de Norvège, plus nombreux, plus densément feuillus et de croissance plus rapide. Dans un inventaire fait au Parc de Mont-Royal (Montréal) en 2003, par exemple, on a retrouvé trois fois plus de jeunes érables de Norvège que d’érables à sucre. À cette vitesse, il serait déjà l’arbre dominant dans ce parc d’ici 30 ans… mais heureusement, les responsables du Parc ont lancé un programme pour essayer de limiter les dégâts, voire éventuellement éliminer l’érable de Norvège du parc.

La consigne

Donc, pour protéger nos forêts, la consigne des écologistes nord-américains est d’éviter de planter l’érable de Norvège. Et celui qui en aurait déjà sur son terrain devrait sérieusement songer à le remplacer par un arbre moins agressif.

Il serait bien si les pépinières de nos régions lançaient la balle en arrêtant la production et la vente d’érables de Norvège, mais, pour l’instant, elles ne se sont montrées nullement intéressées à collaborer: vendre des érables à Norvège est trop payant, il faut croire. Il faudrait sans doute une loi qui bannisse la vente de l’érable de Norvège, comme aux États-Unis, pour les forcer à arrêter, mais… disons que l’écologie est rarement une priorité pour les différents niveaux de gouvernement au Canada depuis quelques années!

Est-ce qu’une maladie peut sauver nos forêts !

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Tache goudronneuse sur un érable de Norvège. L’érable à sucre est rarement touché par cette maladie.

Heureusement (!), il y a maintenant un incitatif qui pourrait éventuellement pousser les consommateurs à éviter la plantation de l’érable de Norvège, même sans loi l’interdisant. Depuis 2000, cet arbre est infesté par un champignon, la tache goudronneuse de l’érable (Rhytisma acerinum), une maladie qui laisse de grosses taches noires sur son feuillage et diminue ainsi son effet ornemental. Aucun traitement efficace pour cette maladie n’est connu autre qu’enlever l’arbre atteint (voir Rien à faire pour la tache goudronneuse). À date, cette infestation n’a pas encore semblé affecter les habitudes des consommateurs, qui plantent toujours autant d’érables de Norvège, mais éventuellement on peut espérer qu’ils comprennent que l’érable de Norvège a perdu son principal attrait ornemental et cessent de le planter.

Comment distinguer entre l’érable à sucre et l’érable de Norvège

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