Les drageons ne mordent pas

Par défaut

20170128AFR.jpgLe terme «drageon» donne du fil à retordre aux jardiniers néophytes. Si une plante drageonne, est-ce que cela veut dire qu’un dragon aux dents féroces apparaîtra à son pied?

Bien sûr que non. Il n’y a aucun lien entre un drageon (rejet d’une plante) et un dragon (créature mythique).

Un drageon est tout simplement une nouvelle pousse qui se forme à partir d’une racine d’une plante, sous le sol. On peut aussi l’appeler un rejet (terme général pour toute plante poussant à partir d’une autre par reproduction asexuée) ou, plus précisément, un rejet de racine. Il est génétiquement identique à la plante qui lui a donné naissance. Il peut se trouver au pied de la plante-mère ou à une bonne distance ce celle-ci. Généralement le drageon commence assez rapidement à former ses propres racines (il «s’affranchit») et devient alors une plante indépendante.

Rejet de souche

20170128BFR.jpgIl est similaire au drageon, mais pousse à partir du tronc ou de la tige, en contact avec la terre, plutôt que d’une racine. Avec le temps, lui aussi produit des racines et s’affranchit.

Désirable ou indésirable?

Parfois les drageons et rejets de souche sont désirables. La canne d’un framboisier (Rubus spp.), par exemple, ne produit qu’une fois, puis dépérit. Heureusement que la plante produit des drageons qui fructifieront à leur tour, assurant ainsi longue vie à la framboiseraie. Et qui s’objecte quand sa broméliacée produit un drageon?

Une fois que le drageon ou le rejet de souche a ses propres racines, le jardinier peut le déterrer et le transplanter ailleurs.

20170128F.jpg

Drageons de vinaigrier (Rhus typhina)

Mais les drageons peuvent aussi être indésirables, surtout quand ils sont trop nombreux. Certaines plantes en produisent tellement que leurs drageons deviennent envahissants: le sorbaire à feuilles de sorbier (Sorbaria sorbifolia), le vinaigrier (Rhus typhina) et le lilas commun (Syringa vulgaris) drageonnent souvent excessivement.

20170128E.jpg

Ce caragana pleureur (Caranga arborescens ‘Walker’s) à gauche est dominé par rejet de souche à droite qu’on aurait dû éliminer.

Autre cas problème: les plantes greffées. On greffe habituellement une plante désirable (plus florifère, plus productive, avec un plus beau port, etc.) appelée greffon sur un porte-greffe, souvent une plante sauvage ou un semis sans traits spéciaux. Mais si le porte-greffe produit des drageons ou des rejets de souche, les plantes qui en résultent seront identiques au porte-greffe «ordinaire» plutôt qu’à la plante désirable. On voit souvent ce problème chez les fruitiers, les rosiers buisson et les arbustes sur tige qui sont, pour la plupart, produits par greffage. Le drageon ou rejet, souvent plus vigoureux que la plante désirable, peut même venir à dominer ou à étouffer son greffon. Il faut toujours le supprimer par la taille dès que vous le voyez.

Stimuler le drageonnement

Certaines plantes drageonnent tout naturellement, mais d’autres ne drageonnent qui si la plante subit un traumatisme quelconque: une maladie, un bris majeur ou une taille sévère, par exemple. Le jardinier peut souvent provoquer le drageonnement en rabattant la plante-mère, généralement dans le but d’obtenir une profusion de plantes identiques.

Chez d’autres végétaux, ce sont les racines qu’il faut «traumatiser», en sarclant ou en les tranchant avec une pelle, pour stimuler le drageonnement.

Pour éliminer un drageon

Si vous décidez qu’un drageon ne vous intéresse pas, enlevez le sol à sa base et essayez de l’arracher. Arracher tue plus souvent le bourgeon à l’origine du drageon que la taille avec un sécateur. Si vous le coupez, surtout au-dessus du sol, souvent il repoussera.

20170128H.jpg

Pour contrôler les drageons, plantez le végétal coupable à l’intérieur d’une barrière infranchissable, ici un seau dont on a enlevé le fond.

Si une plante a la réputation de drageonner beaucoup, vous pouvez l’entourer d’une barrière infranchissable pour contrôler ses élans.

Et les gourmands?

20170128G.jpeg

Gourmands

Certaines plantes produisent des gourmands plutôt que ou en plus des drageons et des rejets de souche et beaucoup de jardiniers confondent les deux. Mais un gourmand pousse sur un tronc ou une branche charpentière, exposé à l’air. Il n’est pas en contact avec le sol et ne produit pas de racines. Ainsi il ne peut pas s’affranchir. Comme il tend à pousser très vigoureusement, tout droit vers le haut, et ne donne pas de fleurs ou de fruits, habituellement on le supprime au sécateur. Les pommiers porrent souvent des gourmands.

Notez que les tomates ne produisent pas de gourmands, même si ce terme est souvent utilisé à leur égard. Ces tiges secondaires qui poussent à partir de l’aisselle des feuilles des tomates sont tout simplement des branches, point à la ligne.20170128afr

Publicités

Ces arbres et arbustes qui voyagent

Par défaut
20150613A

Arbuste drageonnant: de multiples tiges, chacune avec ses propres racines.

La majorité des arbres et arbustes poussent à partir d’une souche unique, mais d’autres sont drageonnants. Ils s’étendent à partir de racines, de stolons ou de rhizomes traçants et sont particulièrement difficiles à contrôler. Si vous les plantez, il ne faut pas s’étonner de voir des drageons (des pousses secondaires) surgir de terre, près de la plante-mère dans certains cas, mais parfois aussi à une bonne distance.

Parfois ces végétaux drageonnent seulement sous certaines conditions, notamment quand on sarcle ou retourne le sol à leur base ou quand la plante-mère est endommagée. D’autres, par contre, drageonnent joyeusement sous toutes les conditions!

20150613B

Le sorbaria (Sorbaria sorbifolia) est fort joli… mais parfois un peu entreprenant.

On peut tourner ce désavantage en avantage dans les zones sujettes à l’érosion, car les arbres et arbustes drageonnants créent une masse complexe de rhizomes ou de stolons et de racines qui retient bien le sol. Le jardinier paresseux profitera aussi de leur tendance à vagabonder pour les laisser remplir des espaces vides de son terrain. Un seul arbuste qui couvre une vaste superficie: c’est une excellente économie à faire! Aussi, on peut facilement déterrer les drageons en trop et les replanter ailleurs, ce qui vous donner beaucoup de matériel pour vos plantations futures!

Mais peu importe où on plante ces végétaux voyageurs, et même si on apprécie leur capacité de proliférer, il faut aussi savoir les arrêter.

Ils n’iront pas loin, par exemple, s’ils sont entourés d’une terrasse ou coincés entre le mur de la maison et une allée, par exemple. Et les villes les plantent, avec succès et un contrôle total, dans les terre-pleins.

20150613D

Un seau ou pot dont le fond est enlevé contrôlera très bien les arbustes drageonnants.

On peut aussi les planter à l’intérieur d’une barrière, comme un gros pot ou seau de plastique dont le fond a été enlevé (nécessaire pour permettre un drainage adéquat).

20150613C

Barrière anti-rihzomes.

Ou installez une barrière anti-rhizomes, aussi appelé barrière à bambous, genre de film plastique semi-rigide d’environ 60 cm de hauteur qu’on peut insérer dans le sol tout autour de la plantation. Ce produit est largement disponible en Europe, mais je ne connais qu’une source au Canada: Canada’s Bamboo World. Ou encore, on peut en trouver chez Amazon.ca.

Liste des arbustes et arbres portés à drageonner

Voici quelques arbustes et petits arbres de climat tempéré qui tendent à drageonner, du moins sous certaines conditions.

  1. Ailanthe glanduleux (Ailanthus altissima) zone 6b
  2. Amélanchier du Canada (Amelanchier canadensis) zone 4
  3. Amelanchier stolonifère (Amelanchier stolonifera) zone 3
  4. Aralie épineuse ou d’Amérique (Aralia spinosa) zone 6
  5. Aralie du Japon (Aralia elata) zone 5b
  6. Aronie (Aronia spp.) zone 4
  7. Argousier faux-nerprun (Hippophae rhamnoides) zone 2b
  8. Cerisier à grappes (Prunus virginaniana) zone 2b
  9. Cerisier de Pennsylvanie (Prunus pennsylvanica) zone 2
  10. Chalef (Elaeagnus spp.) zones 1b à 7
  11. Comptonie voyageuse (Comptonia peregrina) zone 2
  12. Cornouiller à grappes (Cornus racemosa) zone 2
  13. Cornouiller blanc (Cornus alba) zone 2
  14. Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) zone 3
  15. Cornouiller stolonifère (Cornus sericea, syn. C. stolonifera) zone 2
  16. Diervillée (Diervillea spp.) zones 3 à 5
  17. Framboisier (Rubus idaeus) zone 3
  18. Gadelier odorant (Ribes odoratum) zone 2
  19. Hêtre américain (Fagus grandifolia) zone 3
  20. Hydrangée aborescente (Hydrangea arborescens) zone 3
  21. Lilas commun (Syringa vulgaris) zone 2b
  22. Mahonia à feuilles de houx (Mahonia aquifolia) zone 5
  23. Myrique baumier (Myrica gale) zone 2
  24. Nerprun cathartique (Rhamnus cathartica) zone 2
  25. Noisetier (Corylus spp.) zones 3 à 6
  26. Olivier de Bohême (Elaeagnus angustifolia) zone 2b
  27. Paxistima de Canby (Paxistima canbyi) zone 4b
  28. Peuplier baumier (Populus balsamifera) zone 2
  29. Peuplier blanc (Populus alba) zone 4
  30. Peuplier de Lombardie (Populus nigra ‘Italica’) zone 4
  31. Peuplier faux-tremble (Populus tremuloides) zone 2
  32. Peuplier tremble (Populus tremula) zone 2
  33. Robinier faux-acacia (Robinia pseudo-acacia) zone 4b
  34. Ronce (Rubus spp.) zone 3
  35. Rosier rugueux (certains cultivars) (Rosa rugosa) zone 3
  36. Rosier sauvage (plusieurs espèces de Rosa) zones 2 à 5
  37. Shepherdie argenté (Shepherdia argentea) zone 2
  38. Sorbaria à feuilles de sorbier (Sorbaria sorbifolia) zone 2
  39. Sumac aromatique (Rhus aromatica) zone 3
  40. Sumac vinaigrier (Rhus typhina et Rhus glabra) zone 3
  41. Symphorine (Symphoricarpos) zone 3
  42. Xanthorhiza (Xanthorhiza simplicissima) zone 4