Plantes aux feuilles bizarres: les feuilles qui bougent

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Oui, certaines feuilles sont motiles. Lisez plus loin pour comprendre pourquoi! Source: www.oogazone.com & freedesignfile.com

De temps en temps, j’écris un article sur les feuilles bizarres. En voici un autre, à propos des plantes dont les feuilles sont motiles.

Les feuilles bougent tout le temps

En réalité, il n’est pas si rare que les feuilles des plantes bougent. Elles remuent notamment au vent, quand un animal les frôle et quand des gouttes de pluie les frappent. Cependant, il s’agit alors de mouvements causés par une action extérieure: les feuilles ne bougent pas d’elles-mêmes; quelque chose les a déplacées. Mais certaines plantes ont des feuilles qui bougent d’elles-mêmes et les raisons de cette motilité sont diverses.

Bouger pour se protéger

Beaucoup de plantes ont des feuilles qui s’enroulent sous des conditions stressantes — lors d’une sécheresse ou quand il fait très froid, par exemple — mais qui se rétablissent par la suite.

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Les frondes de la fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides) peuvent paraître mortes, mais reprennent leur forme après une pluie. Source: apalacheehills.com

La fougère de résurrection (Pleopeltis polypodioides, anc. Polypodium polypodioides) peut survivre sans une goutte d’eau pendant de nombreuses années (jusqu’à 100 ans, paraît-il!), puis ses frondes, apparemment mortes, redeviennent complètement vertes et fonctionnelles dans les 24 heures suivant une pluie. Deux autres «plantes de résurrection», comme on appelle parfois ces végétaux capables de complètement s’assécher puis de renaître lorsqu’il pleut, sont la rose de Jéricho (Selaginella lepidophylla) et le ramonda (Ramonda spp.), une gesnériacée alpine.

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Les feuilles des rhododendrons s’enroulent et se replient quand il fait froid, mais reprennent leur forme au printemps. Source: www.indefenseofplants.com

Quant au mouvement pour mieux résister au froid, les feuilles de plusieurs rhododendrons rustiques (Rhododendron spp.) en sont d’excellents exemples. À l’automne, les feuilles s’enroulent et commencent à pendre. Plus il fait froid, plus elles se replient. Elles ont vraiment l’air en détresse! Pourtant, au printemps, au retour du beau temps, les feuilles se déroulent et se redressent, reprenant une position horizontale comme si de rien n’était. On pense que cette transformation hivernale aide à réduire la formation de cristaux de glace dans les cellules, ce qui aurait mené à la mort de la feuille.

Se tourner vers le soleil

Sur la plupart des plantes, les feuilles se tournent en direction du soleil, au moins dans une certaine mesure. C’est ce qu’on appelle le phototropisme, un terme qu’on vous a sûrement expliqué à l’école, mais que la plupart d’entre nous avons eu le temps d’oublier.

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Si l’on ne tourne pas les plantes d’intérieur régulièrement, leurs feuilles — et même leurs tiges! – pencheront en direction du soleil. Source: Donnie, http://www.houzz.com

Si vous transplantez ou déplacez une plante, ou même si vous ne faites que couper une branche en surplomb, les feuilles s’ajusteront, changeant de position pour capter plus de soleil. La correction peut prendre plusieurs jours, voire des semaines, mais elle s’effectue quand même.

Le fait que les feuilles se dirigent vers la source de lumière est particulièrement facile à observer à l’orée d’une forêt, où la lumière vient du côté plutôt que du haut, et aussi chez nos plantes d’intérieur, car encore, elles reçoivent surtout un éclairage horizontal. Si l’on ne leur donne pas un petit quart de tour de temps à autre, la plupart des feuilles s’orienteront très nettement vers la source de lumière.

Les plantes qui bougent la nuit

D’autres plantes ont la curieuse habitude de replier leurs feuilles la nuit venue. Dans certains cas, elles se replient vers le bas; dans d’autres, vers le haut. On appelle ce phénomène la nyctinastie et il est en fait assez commun, surtout dans les familles des légumineuses (Fabacées) et de l’oxalis (Oxalidacées).

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Les feuilles de la plante prieuse se replient vers le haut, comme des mains en prière. Source: Aida F., http://www.pinterest

Vous avez peut-être remarqué ce mouvement chez le trèfle (Trifolium spp.) ou le faux trèfle (Oxalis triangularis), mais la plante nyctinastique la plus connue des jardiniers est la plante prieuse ou maranta (Maranta leuconeura), une plante d’intérieur populaire dont les feuilles se replient vers le haut la nuit comme des mains en prière.

Ce type de mouvement est causé par une structure en forme de charnière à la base de la feuille. Appelée pulvinus, elle est remplie d’eau pendant la journée, mais se draine la nuit, de sorte que le manque de turgescence de cet organe fait replier la feuille.

Les scientifiques ne savent pas encore pourquoi les plantes font cela, mais peut-être que cela aide à réduire la transpiration pendant que la feuille est «endormie».

Les plantes qui dansent

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Les feuilles de l’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) sont en mouvement presque constant le jour, puis se referment la nuit. Source: bluepumilio.com

Il y a certaines plantes qui, dans des conditions appropriées, vont un peu plus loin que de simplement fermer leurs feuilles la nuit. Leurs feuilles sont aussi munies de pulvinus et oui, elles se referment aussi la nuit, mais de plus, pendant la journée, elles semblent constamment se réajuster. On croit qu’elles le font pour capter un maximum de soleil. Comme le soleil se déplace constamment dans le ciel, sa lumière filtrant à travers des branches surplombantes, cela crée un effet d’ombre et de lumière qui ne cesse de changer. Alors, ces feuilles passent la journée à se repositionner pour attraper le plus de lumière possible.

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Photo en accéléré montrant comment la plante qui danse (Codariocalyx motorius) se remue. Source: gfycat.com

L’oxalide à feuilles d’hédysarum (Oxalis hedysaroides ‘Rubra’) et la plante qui danse (Codariocalyx motorius, anc. Desmodium gyrans) sont des plantes d’intérieur que l’on voit à l’occasion et dont les feuilles sont en mouvement constant. Cela n’est évident que quand la température est relativement chaude et que l’humidité atmosphérique est bonne. De plus, les mouvements sont subtils. Il faut fixer la plante pendant quelques minutes avant de les apercevoir. Très honnêtement, on ne voit rien au début, mais à force de fixer la plante, on remarque finalement que les feuilles bougent très peu, mais constamment. Après quelques minutes, le mouvement paraît si évident qu’on a de la difficulté à comprendre pourquoi on ne l’a pas vu dès le début!

Notez que l’oxalide à feuilles d’hédysarum réagit aussi au toucher (voir plus loin), mais seulement de façon très minimale.

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Les feuilles de la carambole (Averrhoa carambola) bougent lentement pendant toute la journée.  Source: biogeodb.stri.si.edu

La carambole (Averrhoa carambola), un fruitier tropical de la famille des Oxalidacées, a également des folioles qui se referment la nuit et qui bougent visiblement le jour bien que lentement… mais encore faut-il observer très patiemment!

Les feuilles qui bougent quand on les touche

Les plantes qui réagissent au toucher sont certainement les plantes les plus étranges parmi les plantes aux feuilles qui bougent. Ce phénomène, connu sous le nom de thigmonastie ou séismonastie, se produit quand quelque chose touche ou secoue la feuille. Et certaines réagissent aussi quand vous tenez une allumette à proximité.

Cette réaction peut être très rapide et est certainement bien visible. Comme pour les plantes nyctinastiques, c’est habituellement un pulvinus à la base de la feuille ou de la foliole qui se vide rapidement, provoquant l’affaissement des feuilles. D’ailleurs, la plupart sont nyctinastiques aussi et donc leurs feuilles se ferment la nuit et réagissent au toucher le jour.

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La sensitive (Mimosa pudica) réagit très rapidement au toucher. Source: worldoffloweringplants.com

La plante thigmonastique la plus connue est la sensitive ou mimosa pudique (Mimosa pudica), une légumineuse aux feuilles bipennées. Il s’agit d’une plante d’intérieur assez facile à cultiver, mais de courte vie, car habituellement elle meurt après la floraison. Dans les pays tropicaux, c’est une mauvaise herbe qui envahit gazons et potagers.

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La sensitive réagit très rapidement au toucher. Source: Hrushikesh, Wikimedia Commons

Sa réaction au toucher est phénoménale. Un léger contact provoquera l’effondrement d’une seule foliole, mais un contact plus ferme entraînera la chute de l’ensemble de la feuille. Secouer la plante provoquera le repliement de toutes ses feuilles. Et si vous passez un doigt le long de la feuille, les folioles se refermeront l’une après l’autre comme autant de dominos! Si vous laissez la feuille tranquille par la suite, elle se rétablira, mais moins visiblement, l’opération prenant de 15 à 30 minutes.

En plus d’utiliser les pulvinus, typiques des plantes nyctinastiques, pour faire replier les feuilles et les folioles en les vidant rapidement de leur eau, le mimosa peut transmettre la réaction aux feuilles ou folioles voisines en émettant un courant électrique qui imite le système nerveux des animaux. Il y a aussi une réaction chimique impliquée dans ce mouvement. La sensitive a été très étudiée, notamment par Charles Darwin, qui était fasciné par cette plante pas comme les autres.

On pense que la réaction au toucher de la sensitive aide à la protéger du broutage des animaux. Après tout, imaginez la surprise d’une vache qui s’apprête à manger une sensitive d’apparence verdoyante pour découvrir, dès que sa langue touche à la première feuille, que la plante ne semble plus avoir de feuilles (elles se sont repliées), mais présente plutôt un amas de branches apparemment brunes, sèches et, de plus, épineuses!

D’autres sensitives

Si M. pudica est la sensitive la plus couramment cultivée, il y a quelque 400 autres espèces dans le genre Mimosa, à la fois des herbes et des arbustes, toutes sensibles au toucher, bien que certaines soient plus «réactives» que d’autres. Il existe même une sensitive rustique (zone 5) qui peut être cultivée dans nos plates-bandes comme vivace, M. nuttallii.

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Le mimosa d’hiver (Acacia dealbata) n’est pas un véritable mimosa et ses feuilles ne réagissent pas au toucher. Source: Ainformations-documents.com

Il faut faire attention aux plantes portant le nom commun mimosa. En effet, plusieurs autres arbres et arbustes sont ainsi nommés, mais ils appartiennent à d’autres genres et aucun ne réagit au toucher. Ils partagent quand même avec les vrais mimosas (genre Mimosa) des fleurs plumeuses et des feuilles pennées similaires et sont aussi des légumineuses. Parmi ces «prétendants non motiles», il y a Albizia julibrissin (arbre à soie) et plusieurs acacias, dont Acacia dealbata (mimosa d’hiver ou mimosa des fleuristes).

Il y a aussi plusieurs espèces de «sensitives aquatiques», les neptunies (Neptunia spp.), qui ont des feuilles bipennées semblables à celles de la sensitive et qui réagissent au toucher de la même manière. Comme leur nom l’indique, elles poussent dans l’eau ou au moins dans des conditions très marécageuses.

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Biophytum sensitivum. Source: Kenraiz, Wikimedia Commons

Moins connu, Biophytum sensitivum (communément appelé sensitive, comme les divers Mimosa) est une petite plante herbacée des Oxalidacées. Cette sensitive ressemble à un petit palmier et est parfois utilisée comme arbre miniature dans les terrariums et les jardins de fées. Elle est sensible au toucher… mais c’est aussi une «plante qui danse», car ces feuilles se déplacent toutes seules, changeant d’orientation d’après les mouvements du soleil.

Enfin, le pois perdrix ou pois sensible (Chamaecrista fasciculata, syn. Cassia fasciculata) est une légumineuse annuelle originaire de l’est des États-Unis de plus en plus cultivée comme plante mellifère à naturaliser qui a également des feuilles bipennées qui ferment la nuit… et qui sont légèrement sensibles au toucher pendant la journée.

Les carnivores à feuilles réactives

L’autre groupe de plantes sensibles au toucher est celui des plantes carnivores ou, plus précisément, insectivores.

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Les feuilles de la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) agissent comme pièges à insectes. Source: Citron / CC-BY-SA-3.0, Wikimedia Commons

La plus connue de ces plantes est la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula). Elle est souvent offerte comme plante d’intérieur, bien qu’elle vive rarement très longtemps sous les conditions d’un salon typique, étant incapable de tolérer l’eau du robinet et la chaleur hivernale. J’ai déjà écrit un peu à son sujet dans l’article Cinq plantes aux feuilles bizarres.

Ses feuilles en forme de piège à ours portent de minuscules poils sensitifs. Si un insecte touche à un poil, rien ne se passe. Cela est considéré comme une protection pour empêcher la feuille de fermer pour des raisons inopportunes, comme quand une goutte de pluie ou une feuille morte la touche en tombant. Cependant, si le poil est touché une seconde fois dans les 20 secondes suivantes, ou si un deuxième poil est touché dans le même délai, cela indique la présence probable d’un arthropode errant et le piège se ferme rapidement, en un dixième de seconde. Après cela, l’insecte est lentement digéré, puis le piège s’ouvre à nouveau, ce qui prend de 10 à 12 heures.

Pour en savoir plus sur la délicate culture de la dionée attrape-mouche, lisez Pas de hamburger pour l’attrape-mouche.

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Les pièges des utriculaires (Utricularia spp.) sont généralement aquatiques. Source: wetland-plants.co.uk

Moins connues que la dionée attrape-mouche, les utriculaires (Utricularia spp.) sont encore plus rapides que celle-ci. Leurs pièges en forme de vessie sont de petites feuilles modifiées, appelées utricules, conçues de telle sorte qu’un vide se forme à l’intérieur de chacune avec un «clapet» pour garder l’entrée. Si une puce d’eau ou un autre petit invertébré touche le poil sensitif situé à l’extérieur, le piège s’ouvre, aspire instantanément la créature, puis se referme. Cela ne prend que dix à quinze millièmes de seconde!

Cette plante est moins populaire auprès des jardiniers que la dionée, car son action se déroule plus ou moins hors de vue, sous l’eau ou même sous terre dans un sol détrempé, car les utriculaires sont des plantes aquatiques ou de marécage.

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Les feuilles de Drosera capensis s’enroulant autour d’une mouche prise au piège. Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

D’autres plantes insectivores ont aussi des feuilles motrices. Certaines espèces de rossolis (Drosera spp.) ont des feuilles qui s’enroulent autour de leur proie après que cette dernière se soit fait prendre par les poils collants qui les recouvrent, mais cela se produit si lentement que vous aurez besoin d’une vidéographie en accéléré pour remarquer le mouvement. Les feuilles de grassettes (Pinguicula spp.) s’enroulent aussi légèrement lorsqu’elles capturent une proie, mais leur mouvement est encore moins impressionnant que celui des rossolis.


Des feuilles qui bougent: une des petites surprises de mère Nature!20180211A www.oogazone.com & freedesignfile.com

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Cinq plantes aux feuilles bizarres

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Il y a beaucoup de plantes aux feuilles réellement intrigantes; en voici cinq. Source: Clipart Library

Le rôle d’une feuille est de capter la lumière du soleil, de la convertir en sucres au moyen de la photosynthèse et d’ainsi contribuer à la croissance de la plante sur laquelle elle pousse. Ainsi, tout ce qu’il faut à une feuille pour être fonctionnelle est d’être verte et d’être portée de façon à ce que le soleil puisse l’atteindre. On pourrait alors penser qu’une simple feuille large et plane suffirait pour tous les végétaux, mais non. Il y a autant de formes et de tailles de feuilles qu’il y a de plantes et elles viennent dans beaucoup plus de couleurs qu’elles ne le devraient théoriquement. Voici quelques-unes des plus intéressantes et des plus curieuses.

Monstera délicieux (Monstera deliciosa)

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La grande feuille trouée du monstera délicieux. Source: Forest & Kim Starr, Wikimedia Commons

Il s’agit d’une plante d’intérieur populaire et facile à trouver dont les feuilles ne cessent de grossir… et de devenir de plus en plus bizarres avec le temps.

Si vous en avez déjà cultivé un à partir d’un jeune plant, vous savez que les premières feuilles sont entières et en forme de cœur. D’ailleurs, à ce stade, beaucoup de gens le prennent pour un philodendron. Puis, à mesure que la plante grandit, les feuilles prennent du galon et commencent à devenir découpées. À mesure que la taille de la feuille augmente, le nombre de découpures augmente et les premières perforations apparaissent: des trous presque ronds qui semblent avoir été percés dans la feuille. Les feuilles suivantes sont encore plus grosses et plus perforées. C’est à cause de ces perforations qu’on l’appelle «Swiss cheese plant» (plante gruyère) en anglais!

Si vous avez l’espace pour cette énorme plante (ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle monstera!), les feuilles atteindront 1 mètre de long et seront d’une beauté saisissante… et en même temps très, très bizarres.

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Une théorie veut que les trous laissent passer le vent, évitant que la feuille ne soit déchiquetée. Source: Cliparting.com

Il y a beaucoup de théories pour expliquer pourquoi les feuilles deviennent si découpées et perforées en mûrissant, mais j’aime celle qui prétend que c’est comme une bannière qu’on étend au-dessus d’une rue: il faut y percer quelques trous pour laisser passer le vent, sinon la bannière se déchirerait. Ainsi, les feuilles sont peut-être énormes, mais le vent peut passer sans les déchiqueter. Il y a cependant d’autres théories et, d’ailleurs, je prévois écrire quelque chose à ce sujet dans un blogue futur.

Le monstera est une plante grimpante. Dans la nature, il peut facilement monter au sommet des arbres et atteindre alors 20 m de hauteur et plus. Dans nos maisons (et cette plante sera une plante d’intérieur pour presque tous les lecteurs de cette chronique, car seuls ceux qui vivent sous un climat tropical peuvent penser la cultiver en plein air), il restera plus compact, car il grimpe à de telles hauteurs dans la jungle à la recherche de soleil alors que, à l’intérieur, nous pouvons tout simplement le placer plus près d’une fenêtre pour obtenir le même effet. Reste qu’il se développe mieux lorsqu’on lui offre un tuteur couvert de mousse sur lequel s’accrocher.

Attention! Souvent les vendeurs suggèrent que le monstera tolérera un éclairage faible, ce qui est vrai, mais… les feuilles resteront petites et sans découpure. Pour faire grandir les feuilles, donnez-lui autant de lumière que vous le pouvez.

Le monstera produira de longues racines aériennes, mais qui ne sont pas très utiles quand on le cultive en pot et qu’on peut donc supprimer. J’aime quand même en conserver quelques-unes pour l’effet qu’elles donnent.

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Inflorescence de Monstera deliciosa. Source: Karl Wimmi, Wikimedia Commons

Votre monstera pourra même fleurir pour vous un jour, produisant des inflorescences blanches qui rappellent les fleurs de lis de la paix (Spathiphyllum) ou de calla (Zantedeschia). Le fruit qui suit est comestible une fois qu’il est entièrement mûr et, comme l’indique le nom monstera délicieux, bon au goût, étant sucré et au goût d’ananas. Par contre, le reste de la plante est toxique, même les fruits immatures.

Le monstera délicieux est facile à cultiver à l’intérieur, mais apprécie une forte humidité atmosphérique (pour éviter le brunissement des feuilles). Autrement, traitez-le comme n’importe quelle autre plante d’intérieur… et soyez patient!

Haworthia de Cooper (Haworthia cooperi)

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Haworthia cooperi truncata, une variété à feuilles arrondies. D’autres variétés ont des feuilles pointues…. mais toutes ont des fenêtres. Source; 9gag.com

J’utilise cette plante comme exemple d’une «plante à fenêtre», un groupe qui comprend plusieurs plantes pas nécessairement apparentées dans les genres Haworthia, Lithops, Peperomia, Senecio, Fenestraria et Frithia, mais qui partagent une même caractéristique bizarre: elles ont une zone translucide à l’extrémité de la feuille où la lumière du soleil peut passer pour traverser l’intérieur transparent et gélatineux et atteindre les cellules photosynthétiques le long des marges extérieures de la feuille.

C’est exactement le contraire du fonctionnement de la très vaste majorité des autres végétaux. Les cellules photosynthétiques des plantes «normales» sont situées près de l’extérieur de la feuille, juste sous la cuticule, où elles peuvent plus facilement capter le soleil; non pas enfouies profondément à l’intérieur. Mais la plupart des plantes à fenêtre proviennent de climats très arides au soleil brûlant et vivent essentiellement sous la terre, avec seulement l’extrémité transparente des feuilles exposée. Ainsi, l’extrémité agit comme un puits de lumière, permettant au soleil d’éclairer les cellules chlorophylliennes de la feuille plus bas. De cette façon, la plante souterraine peut quand même profiter du soleil pour sa croissance.

Pour en savoir davantage sur les plantes à fenêtre, lisez Plantes à fenêtre: curiosité du monde végétal.

Maintenant, voici quelques détails sur la culture de l’haworthia de Cooper.

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Haworthia cooperi cooperi a des feuilles pointues. Source: bu Shawka, Wikimedia Commons

Il s’agit d’une petite succulente facile à cultiver, bien adaptée aux conditions dans nos demeures. Vous pouvez l’installer sur presque n’importe quel rebord de fenêtre assez ensoleillé. Avec le temps, la petite rosette originale s’entourera de rejets qui viendront remplir la surface du pot de feuilles. Il suffit de le cultiver comme n’importe quelle autre succulente, l’arrosant seulement quand le sol est assez sec, et vous aurez du succès. Il fleurira même assez facilement, bien que les fleurs ne soient pas très voyantes.

Pour mieux apprécier la belle transparence des feuilles, il est important de le placer de façon appropriée. Il faut qu’il soit à peu près au niveau des yeux, avec le soleil à l’arrière-plan, car quand on regarde de haut, les «fenêtres» paraissent foncées, non pas transparentes.

Vous trouverez facilement cet haworthia, et d’ailleurs d’autres haworthias à fenêtre, dans la plupart des jardineries. Allez-y par une journée ensoleillée et quand vous remarquerez des plantes dans le rayon des cactus et succulentes qui semblent scintiller, vous saurez que vous les avez trouvés!

Dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula)

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Les curieuses feuilles en forme de piège de la dionée attrape-mouche. Source: Mokkie, WC

On ne peut nier que cette petite plante a des feuilles très, très bizarres. Bizarres en apparence et encore plus bizarres en fonctionnement.

Il s’agit d’une petite plante à rosette qui produit parfois une tige dressée de petites fleurs blanches sans trop d’attrait. C’est plutôt le feuillage qui nous intéresse.

Chaque feuille est composée d’un large pétiole ailé, souvent en forme de cœur, qui se repose plus ou moins sur le sol (ou plutôt sur la mousse, car on ne cultive pas cette plante dans un terreau typique), et qui fait le gros de la photosynthèse, et d’un limbe à deux lobes, chacun entouré de dents. Lorsqu’un insecte déclenche une réaction en touchant les petits poils au centre de la feuille, la feuille se referme rapidement, piégeant sa proie qui ne peut plus sortir. Ensuite, les feuilles produisent des sucs gastriques pour la digérer. Oui, cette plante est carnivore ou, pour être plus précis, insectivore.

Comme la plupart des plantes insectivores, la dionée attrape-mouche a développé ses habitudes alimentaires étranges du fait qu’elle pousse dans un environnement presque stérile, en l’occurrence les tourbières pauvres en azote et en phosphore de Caroline du Nord et de Caroline du Sud aux États-Unis. Elle a besoin de cette «chair» pour compléter son maigre régime.

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La dionée attrape-mouche est généralement vendue dans un petit terrarium, mais c’est pour le transport. À la maison, elle préféra le plein soleil, une excellente humidité atmosphérique et être placée dans une soucoupe toujours remplie d’eau de pluie. Source: www.carnivorousplants.org

Bien que vendue comme plante d’intérieur, la dionée attrape-mouche est plus une curiosité qu’une bonne plante de maison. Elle ne peut prospérer non plus en plein air à moins que vous ne puissiez recréer un environnement acide, humide et plutôt froid, mais sans gel sévère (zones 7 à 9).

Dans la plupart des cas, il est préférable de la considérer comme une plante temporaire qui sera à composter après quelques mois de culture.

Par contre, vous pouvez garder un attrape-mouche en vie pendant plusieurs années si vous savez quoi faire et êtes prêt à vous plier à ses caprices. Lisez-en plus à ce sujet dans l’article Pas de hamburger pour l’attrape-mouche.

Croton appendiculé (Codiaeum variegatum forma appendiculatum)

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Tous les crotons sont plutôt bizarres, avec leurs couleurs bigarrées et leurs feuilles souvent drôlement découpées ou tordues. Source: www.pahls.com

Dans le fond, tous les crotons ont des feuilles bizarres. Bizarres par leurs couleurs, souvent bizarres par leur forme aussi.

D’abord, les feuilles sont presque toujours panachées. Elles ne viennent pas juste en vert et blanc, comme chez tant d’autres plantes panachées, mais plutôt dans une vaste gamme de couleurs (rouge, orange, jaune, violet, vert et blanc) et, souvent, elles changent même de couleur à mesure qu’elles mûrissent. Ainsi, les feuilles au centre de la plante n’ont pas nécessairement la même combinaison de couleurs que celles du sommet.

La forme de la feuille est aussi extrêmement variable. Parfois ovale, parfois linéaire, elle peut être entière ou profondément lobée ou découpée. Souvent, elle est tordue ou même spiralée.

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Les feuilles ultra curieuses du croton appendiculé ‘Appendiculatum’. Source: www.thepaddocks.de

Mais les plus étranges de tous les crotons sont les crotons appendiculés (C. variegatum forma appendiculatum), que les anglophones appellent «mother and daughter crotons» (crotons mère et fille). Dans leur cas, la feuille, souvent assez linéaire, produit un filet étroit à partir de son extrémité, puis un feuillet plus petit, souvent en forme d’entonnoir, apparaît au bout du filet, comme un petit cerf-volant au bout de sa corde. Bizarre!

Je reçois souvent des lettres de lecteurs qui pensent qu’un bébé pousse à partir de la pointe d’une feuille mère. Désolé, mais ce n’est pas le cas: le croton n’est tout simplement pas l’une des plantes que vous pouvez multiplier par boutures de feuille et encore moins par boutures de section de feuille. (Si vous désirez le bouturer, il faut prendre des boutures de tige ou faire un marcottage aérien.)

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Croton appendiculé ‘Interruptum’. Source: tom-piergrossi.squarespace.com

Il existe peu de cultivars appendiculés. Je ne connais que ‘Appendiculatum’ à feuillage vert ou rouge et ‘Interruptum’ aux feuilles vertes marbrées de jaune devenant rouges marbrées d’orange, mais il en existe sans doute d’autres.

À moins de vivre sous les tropiques où les pépinières regorgent des crotons les plus variés et où l’on peut facilement trouver des crotons appendiculés, vous dépendrez plutôt des arrivages dans les jardineries. Parfois un camion arrive du Sud chargé de crotons en mélange et on peut y trouver quelques curieux crotons appendiculés à travers les variétés plus classiques. Donc, visitez régulièrement votre jardinerie locale si vous voulez en dénicher un!

Le croton a la réputation d’être une plante capricieuse, mais j’ai chez moi des spécimens de plus de 20 ans qui vont bien depuis tout ce temps. Je dois toutefois admettre que j’en ai perdu plusieurs avant de comprendre que ce dont le croton a vraiment besoin, c’est d’une humidité élevée pendant qu’il s’acclimate à tout nouvel environnement. Idéalement, donc, achetez-en un à la fin du printemps ou en été, pendant que l’air est naturellement très humide, et placez-le dans son emplacement permanent qui doit, en passant, être bien éclairé. Au moment où l’air sec de l’automne arrivera, votre croton aura eu le temps de s’adapter à vos conditions et ne réagira presque pas au changement de saison.

Une fois que votre croton est bien acclimaté, il suffit de lui donner les mêmes soins qu’à toute autre plante d’intérieur… et aussi d’éviter toute exposition à l’air froid (moins de 15 ° C).

Notez que les crotons font aussi de populaires arbustes, et même des haies, sous les climats tropicaux humides (zones 10 à 12).

Arbre aux quarante écus (Ginkgo biloba)

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La curieuse feuille du ginkgo. Source: www.edenproject.com.

La plupart des plantes aux feuilles réellement bizarres sont des plantes tropicales, ce qui est parfaitement normal étant donné que la grande majorité des plantes de cette planète sont d’origine tropicale. Il n’en reste pas moins qu’il y a aussi beaucoup de bizarreries parmi les plantes de climat tempéré et je pense que le ginkgo mérite une place de choix sur la liste des plantes à feuilles bizarres.

Pour certaines personnes, le ginkgo est tellement familier que sa feuille peut leur sembler tout à fait anodine, mais il faut comprendre que la forme de sa feuille est en fait tout à fait unique parmi les plantes à graines. Il n’y a donc aucun risque de confondre un ginkgo avec quelque autre plante que ce soit.

Chaque feuille de ginkgo a une forme en éventail réellement spéciale, causée par des veines qui se divisent en deux, puis se divisent en deux encore et encore, donnant un limbe étroit à la base et très large à l’autre extrémité, rempli de veines parallèles. C’est comme si une aiguille de pin très étroite à la base se mettait à s’élargir en crête de coq à partir du point médian. Et je n’ai pas choisi la référence à une aiguille de pin au hasard, car le ginkgo est en effet une gymnosperme et est ainsi plus proche parent des conifères que des plantes à fleurs, malgré ses larges feuilles caduques.

Il y a 250 millions d’années, les ginkgos étaient les arbres dominants sur notre planète et étaient apparemment une source de nourriture majeure pour les dinosaures herbivores. Il n’en reste plus qu’une seule espèce, G. biloba, que l’on trouve rarement dans la nature (seulement dans les régions isolées du sud-ouest de la Chine). Malgré cette pénurie à l’état sauvage, le ginkgo est maintenant cultivé partout dans le monde, du moins là où il peut pousser, soit dans les zones de rusticité 4 à 9. Le ginkgo est à croissance lente mais assurée, devenant éventuellement un grand arbre et s’adaptant à presque toutes les conditions sauf les sols mal drainés.

Plus de feuilles bizarres à venir

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Il y aura d’autres plantes à feuilles bizarres dans ce blogue: revenez souvent si le sujet vous intéresse!

Je ne fais que gratter la surface du sujet des plantes aux feuilles bizarres. J’en ai beaucoup d’autres en tête que je propose de vous présenter au cours des mois à venir. Mais aussi, je suis ouvert aux suggestions. Peut-être que je pourrai inclure votre choix dans un de me blogues futurs? Contactez-moi à jardinierparesseux.com si vous avez des idées. Si vous me permettez d’utiliser une de vos photos, je l’ajouterai aussi!

Notez que je recherche des idées de plantes dont les feuilles sont toujours bizarres, pas d’une feuille mutante unique sur une plante par ailleurs normale, ni les feuilles dont la forme bizarre est provoquée par les insectes ou les maladies (même si je dois admettre que certaines galles foliaires sont d’une bizarrerie incroyable!). Aussi, pour l’instant, je m’en tiens strictement aux feuilles, pas aux ports curieux ou aux fleurs bizarres.

Merci pour toute aide que vous pouvez m’offrir!

 

Les plantes adorent la vie en terrarium!

Par défaut
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Photo; http://www.growlittle.com

Les terrariums sont présentement très à la mode dans les jardineries et fleuristeries. Ces contenants vitrés, munis ou non d’un couvercle transparent, sont généralement décorés de plantations mixtes de petits végétaux, créant un effet de jardin en miniature. C’est tout à fait chic et sans doute que la plupart des gens en achètent un surtout pour leur beauté, mais saviez-vous que un terrarium bien conçu est plus facile à maintenir que n’importe quelle autre plantation faite à l’intérieur?

C’est que, dans un terrarium, le taux d’humidité atmosphérique demeure toujours élevé: dans un terrarium fermé, d’ailleurs, il peut avoisiner 100%. Comparez cela à l’humidité relative dans une maison normale qui peine à atteindre 30%. Sachant que la plupart des plantes préfèrent une humidité de 70% et plus, un terrarium leur paraît un paradis comparativement aux conditions à l’extérieur du contenant.

Bonsai

Terrarium avec épiscia et sinningia miniatures.

Et cette forte humidité réduit de beaucoup les besoins d’arrosages. Après tout, le gros de l’eau absorbé par une plante qui pousse à l’air libre est perdu à la transpiration. Dans un terrarium, le taux de transpiration chute radicalement. Ainsi, la plante conserve mieux l’eau qu’on lui donne et le besoin d’arrosage chute massivement.

Dans un terrarium ouvert (sans couvercle), on a rarement besoin d’arroser plus d’une ou deux fois par mois. Dans un terrarium fermé, un arrosage par année suffit généralement… et alors une ou deux cuillérées d’eau suffisent! C’est le jardin intérieur à entretien minimal par excellence… du moins pour les plantes qui aiment une atmosphère humide!

Trouvez des plantes convenables

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Il faut de petites plantes pour un terrarium réussi.

La vaste majorité des plantes tropicales que nous cultivons comme plantes d’intérieur aimerait mieux pousser dans un terrarium qu’à l’air libre… mais le problème est alors, sous les conditions extraordinaires offertes par le terrarium, leur vitesse de croissance augmenterait et bientôt elles déborderaient du contenant. À moins d’avoir un très gros terrarium, donc, mieux vaut choisir des plantes qui sont naturellement de petite taille ou que vous pouvez garder petites par une taille occasionnelle.

Aussi, la température monte très rapidement dans un terrarium exposé au soleil, assez pour tuer la plupart des plantes. Donc, nécessairement, votre terrarium sera placé plutôt sous un éclairage indirect. Il faut alors choisir des plantes qui tolèrent un éclairage peu intense.

Voici quelques plantes à considérer:

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    Fittonia

    Asperge d’intérieur (Asparagus spp.), jeunes plants seulement

  2. Bégonia rhizomateux (Begonia spp.)
  3. Capillaire (Adiantum cvs)
  4. Cryptanthe (Cryptanthus cvs)
  5. Épiscia (Episcia cvs)
  6. Figuier pleureur (Ficus benjamina), variétés naines comme ‘Too Little’
  7. Figuier rampant (Ficus pumila)
  8. Fittonia (Fittonia cvs)
  9. Fougère à feuilles rondes (Pellaea rotundifolia)
  10. Fougère nid d’oiseau (Asplenium nidus), jeunes spécimens
  11. Larmes de bébé (Soleirolia soleirolii)
  12. Lierre anglais (Hedera helix cvs)
  13. Mousses (diverses espèces)
  14. Orchidées miniatures (diverses espèces et cvs)
  15. Palmier nain (Chamaedorea elegans, syn. Neanthe bella), semis seulement
  16. Philodendron (Philodendron cvs), petites variétés
  17. Piléa (Pilea depressa, P. microphylla, etc.)
  18. Pothos (Epipremnum aureum)
  19. Sélaginelle (Selaginella cvs)
  20. Sinningia miniature (Sinningia pusilla et autres)
  21. Syngonium miniature (Syngonium spp.)
  22. Violette africaine miniature (Saintpaulia cvs)

Les plantes carnivores

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La dionée attrape-mouche préfère un terrarium froid.

Les plantes carnivores aussi adorent les conditions de terrarium, mais si vous voulez les cultiver avec les plantes de terrarium décrites ci-dessus, il faut choisir des carnivores origine tropicale, comme les rossolis tropicaux (Drosera capensis et autres), les grassettes (Pinguicula spp.) et les népenthès (Nepenthes spp.). Les variétés qui exigent un hiver froid, comme la dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula), les sarracénies (Sarracenia spp.) et les rossolis de climat tempéré (Drosera rotundifolia et autres), demanderont leur propre terrarium, un où la température hivernale peut descendre à environ 5˚C l’hiver.

Aussi, la plupart des plantes carnivores exigeront un terreau acide (habituellement de la mousse de sphaigne) et un arrosage à l’eau dépourvue de minéraux, comme l’eau de pluie ou l’eau distillée. Autrement dit, elles préfèreront sans doute leur propre terrarium où elles peuvent recevoir l’attention spéciale qu’elles méritent.

Évitez les cactées et succulentes

La pire erreur que font beaucoup de gens est de composer de beaux petits jardins de cactus et de succulentes dans un contenant vitré.

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Les cactées et succulentes ne font pas de bonnes plantes de terrarium.

«Pourtant, vous allez me dire, c’est que je vois en magasin!» D’accord, mais les terrariums offerts en magasin sont faits pour être vendus, pas pour être viables. Les «stylistes» (je peux difficilement les traiter d’horticulteurs!) qui créent les terrariums commerciaux aiment cactées et les succulentes non pas parce qu’elles poussent bien en terrarium, mais parce qu’elles ne poussent pas, point. Privées de lumière adéquate, ces plantes restent au beaux fixe pendant des mois et des mois. Ainsi le montage paraît fraîchement fait pendant très longtemps, un atout majeur pour la vente. Éventuellement, toutefois, les succulentes pourrissent les unes après les autres.

Pourquoi? D’abord, à cause des parois vitrées, l’humidité qui règne dans un terrarium est trop forte pour des plantes issues d’un milieu aride et il y a également très peu de circulation d’air, ce qui tend aussi à provoquer la pourriture. Aussi, le terreau aura tendance à rester humide trop longtemps. Et, comble de malheur, on peut difficilement trouver un emplacement qui convient à un terrarium de cactées et de succulents. Ces plantes préfèrent le plein soleil, mais si vous placez un terrarium aux parois vitrées au soleil, la température à l’intérieur montera tellement que les plantes en mourront.

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Un jardin de cactus réussit mieux quand il n’est pas entouré de vitre.

Si vous insistez pour cultiver des succulentes dans un terrarium, préférez un terrarium ouvert (sans couvercle) et à parois basses: ainsi l’air peut circuler plus facilement, réduisant le surplus d’humidité. Et cela vous permettra de les cultiver davantage au soleil. Préférez aussi les succulentes autres que les cactées, comme les crassulas, les haworthias, les sédums, les gasterias, et les échévérias, les véritables cactées étant généralement trop sujettes à la pourriture. Les pierres vivantes (Lithops spp.) aussi sont de pauvres choix pour un tel terrarium.

D’ailleurs, si vous tenez à travailler avec des succulentes, préférez un «jardin de cactus*» dans un pot avec un ou des trous de drainage plutôt qu’un terrarium, car, sans parois vitrées, la circulation d’air sera bonne et de surcroît vous pouvez placer un tel jardin dans un endroit ensoleillé.

*On l’appelle traditionnellement cette sorte de plantation un jardin de cactus même s’il ne contient que des succulentes autres que des cactus.

Assemblez les ingrédients

Préparer un terrarium est un jeu d’enfant. D’ailleurs, c’est un excellent projet pour les familles et pour l’école aussi. Il ne faut qu’une petite demi-heure et tout est fait! Mais au départ, il faut d’abord ramasser les matériaux et cela peut prendre un certain temps.

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Presque n’importe quel contenant vitré peut servir de terrarium… mais idéalement l’ouverture sera assez large.

D’abord, presque tout contenant de verre, quelle que soit sa forme, peut convenir pour un terrarium: un verre ballon, une grosse bouteille, un aquarium, etc. Vous pouvez choisir un terrarium ouvert (non couvert) ou fermé (couvert d’un morceau de vitre ou de plexiglas). Il est même possible de faire un terrarium dans un contenant à goulot étroit… mais c’est plus compliqué et je n’aborderai pas cette technique ici. Il est plus facile d’utiliser un contenant avec une ouverture assez grosse pour pouvoir y insérer la main.

 

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Ramassez les ingrédients avant de commencer. Photo: makezine.com

Ramassez aussi des éléments décoratifs: bois de grève, cailloux, morceaux d’écorce, branches, ou d’autres. Lavez-les bien avant de les utiliser. Vous trouverez plein de décorations dans la nature (sur la grève et dans la forêt, notamment). Sinon une animalerie qui se spécialise en vivariums aura sûrement des objets d’intérêt.

La mousse peut être très utile pour recouvrir le terreau. Si vous récoltez de la mousse, toutefois, recouvrez-la l’eau pendant une bonne heure pour noyer tout intrus indésirable. Vous trouverez aussi de la mousse en sac en jardinerie.

Ayez aussi sous la main du terreau. Tout terreau commercial pour plantes d’intérieur conviendra. Il n’est pas nécessaire d’ajouter du charbon activé, malgré la croyance populaire.

Enfin, votre dernier achat sera sûrement de petites plantes.

Comment planter un terrarium

Il est préférable de travailler avec un terreau humide. Ainsi, versez du terreau dans un bol, ajoutez un peu d’eau tiède et brassez pour le faire pénétrer. Vous voulez un terreau à peine humide et surtout pas détrempé.

Versez le terreau dans le terrarium. La profondeur variera selon la taille du terrarium et de l’effet que vous voulez créer: il vous faut 5 cm au moins, mais 10 cm est beaucoup mieux. Vous pouvez utiliser des pierres ou autres objets pour créer des dénivellations différentes, surtout dans un terrarium de grande taille.

Notez que vous n’avez pas besoin d’une «couche de drainage», même si plein de sites Web sur les terrariums y insistent. Il n’y a pas de drainage possible dans un terrarium, point à la ligne: les racines de vos plantes plongeront jusqu’au fond du contenant que vous ajoutiez une couche de gravier au fond ou pas. Ainsi cette fausse couche de drainage ne fait que gaspiller de l’espace précieux qui aurait pu être consacré à du terreau, un produit que les racines des plantes apprécieront davantage.

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Plantation du terrarium.

Extirpez maintenant les plants de leur pot. N’hésitez pas à défaire la motte et d’étaler les racines dans tous les sens pour réduire sa hauteur. Mettez la plante en place et comblez avec du terreau. Répétez avec les autres plantes. Pour terminer le montage, ajoutez la mousse et les autres éléments décoratifs. Laissez aller votre imagination!

Quand vous avez terminé, vaporisez délicatement de l’eau pour tasser le terreau et installez le contenant sous un éclairage modéré (évitez le soleil direct) dans une pièce normalement chauffée. Si jamais vous voyez de la condensation, enlevez le couvercle pendant quelques jours pour laisser évaporer le surplus d’eau. Et si jamais le terreau semble carrément détrempé, utilisez un linge ou essuie-tout pour absorber le surplus.

Et maintenant, l’entretien

Mis à part un arrosage occasionnel, le seul entretien consistera à pincer ou tailler les plantes pour en contrôler leur croissance et, parfois, à remplacer une plante qui déborde vraiment de l’espace désigné. Mieux vaut éviter de fertiliser, du moins au cours des 12 premiers mois, et même après, seulement très modestement. Vous ne voulez pas stimuler une croissance trop rapide.

Certains terrariums fonctionnent sans plus de modifications pendant 15 à 20 ans. Un terrarium bien planifié est réellement le jardin idéal pour un jardinier paresseux !

Pas de hamburger pour l’attrape-mouche

Par défaut

20150122La dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) est une plante carnivore munie de petits pièges qui attrapent les insectes. Un mythe circule qui dit que, à défaut d’insectes pour la nourrir, on devait lui donner de petits morceaux de hamburger. Mais c’est bien un mythe! L’hamburger est trop gras et donnera une «indigestion» à la plante, menant possiblement à sa mort. Vous pouvez la nourrir avec une mouche ou un autre petit insecte, ou pas du tout, mais pas avec de la viande… ni avec de l’engrais, qui est toxique pour la dionée comme pour la plupart des plantes carnivores. Même si votre dionée ne reçoit jamais de «nourriture» de sa vie, elle peut quand même très bien pousser et survivre pendant plusieurs mois.

La dionée, même si elle se vend partout comme plante d’intérieur, est plutôt mal adaptée à nos maisons. Après l’achat, enlevez le terrarium de plastique qui la recouvre; il sert à maintenir la plante en bon état pendant le transport, mais n’est pas utile pour la survie à long terme de la plante. Comme la dionée ne tolère pas le calcaire présent dans les terreaux commerciaux et dans l’eau de robinet, il faut la cultiver dans de la mousse de sphaigne (elle y pousse normalement déjà à l’achat) et l’arroser à l’eau de pluie ou à l’eau distillée. Placez le pot dans une soucoupe toujours remplie d’eau, car il faut récréer les conditions équivalentes à celles de son marécage d’origine. Il lui faut un maximum de soleil (il peut aussi pousser sous une lampe fluorescente) et une forte humidité ambiante. L’hiver, la plante entre normalement en dormance et perd une bonne partie de son feuillage. Il faut lui donner un emplacement froid pendant cette période, tout en évitant le gel.

Ma suggestion? Considérez la dionée comme une plante temporaire. Donnez-lui les meilleures conditions possibles et encourager les enfants du quartier à venir lui apporter de petits insectes à manger (les enfants, naturellement sadiques, vont adorer l’expérience!) Mais ne pleurer pas quand elle meurt: elle n’est pas faite pour vivre éternellement dans nos maisons.