Comment créer un coléus sur tige

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Coléus sur tige

Voici un projet pour un jardinier paresseux (parce qu’il nécessite peu d’efforts) mais patient (parce qu’il prend 18 à 24 mois à réaliser): créer un coléus sur tige. Un arbre de coléus (Plectranthus scutellarioides), quoi! D’ailleurs, on peut former d’autres plantes sur tiges (voir Autres plantes à convertir en arbre plus loin), mais le coléus est particulièrement intéressant à cause de sa croissance assez rapide. De plus, si vous êtes comme moi, vous avez bouturé plusieurs coléus lors de la rentrée automnale et ils commencent à prendre du galon, donc vous aurez le sujet idéal déjà sous la main!

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Choisissez une tige droite et solide pour servir de tronc. Éliminez  les autres.

  1. Commencez avec un coléus bien enraciné. Préférez un coléus de grande taille plutôt qu’une petite variété: le résultat sera plus rapide.
  2. Choisissez la tige la plus dressée pour servir de tronc.

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    La plante aura l’air un peu dégarnie après la première taille, mais elle deviendra plus dense avec le temps.

  3. Supprimez toutes les branches latérales avec un sécateur, les coupant près du «tronc». Supprimez aussi toute feuille dans le bas du tronc.
  4. Insérez dans le pot un tuteur d’environ la hauteur desirée: 75 cm ou 1 m, par exemple.
  5. Fixez le tronc au tuteur avec des attaches élastiques.
  6. À mesure que la plante grandit, continuez à fixer la tige centrale au tuteur et à supprimer les branches et feuilles latérales, ce qui dégagera un tronc de plus en plus haut.

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    Pincez la pointe de croissance pour stimuler la ramification.

  7. Quand le coléus atteint environ la hauteur désirée, changez de tactique et pincez (supprimez) la pointe de croissance pour stimuler l’apparition de branches dans la partie supérieure.
  8. Pincer stimulera l’apparition de plusieurs tiges au sommet. Quand elles auront environ 8 cm de longueur, pincez-les à leur tour. Et pincez aussi les tiges que cette taille provoque. En fait, plus que vous pincez les tiges au sommet, plus la «boule de feuillage» au sommet de votre mini-arbre sera dense et attrayante.
  9. Une fois par année, changez les attaches de place pour empêcher qu’elles ne s’enfoncent dans le tronc.
  10. Avec le temps, la tige principale se lignifiera et deviendra un tronc véritable. Par contre, cela ne veut pas dire qu’il sera capable de supporter la masse de branches au sommet. Il se peut que votre petit coléus sur tige doive garder son tuteur en permanence.

Entretien de base

20170203F.jpgBien sûr, il faut aussi bien entretenir votre coléus en arbre.

  1. Arrosez-le régulièrement (il «boit» énormément!).
  2. Donnez-lui un éclairage intense avec plusieurs heures de soleil direct l’hiver. Un éclairage plus modéré est acceptable l’été… et il tolérera même l’ombre si vous le placez à l’extérieur pendant la belle saison.
  3. Maintenez une bonne humidité atmosphérique en tout temps.
  4. Gardez-le à la température de la pièce.
  5. Fertilisez en douceur de mars à octobre.
  6. Rempotez au besoin, sans doute 2 fois par année pendant que votre coléus grandit. Il faut à la fin un pot d’assez bonne taille, peut-être de 25 cm de diamètre et assez pesant aussi, pour supporter le poids d’un coléus en arbre.
  7. Supprimer tout épi floral.

Autres plantes à convertir en arbre

On peut faire la même chose avec d’autres plantes. En voici des exemples :

Plantes d’intérieur

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Lantana en arbre

  1. Azalée (Rhododendron simsii)
  2. Fuchsia (Fuschia spp.)
  3. Hibiscus (Hibiscus rosa-sinensis)
  4. Lantana (Lantana camara)

Fines herbes

  1. Laurier-sauce (Laurus nobilis)
  2. Romarin (Rosmarinus officinalis)

Arbustes 

On peut convertir la plupart des arbustes d’extérieur en mini-arbre tout simplement par une telle taille sélective. Par contre, il est toujours sage de choisir une variété extra-rustique, comme par exemple, un arbuste de zone 1, 2, 3 ou 4 si vous résidez en zone 5, car tailler un arbre en arbre le laisse un peu plus sensible aux caprices de la météo.

Voici quelques exemples:

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Hydrangée paniculée sur tige.

  1. Céphalanthe ou bois bouton (Cephalanthus occidentalis)
  2. Hydrangée paniculée (Hydrangea paniculata)
  3. Lilas nain (Syringa spp.)
  4. Physocarpe (Physocarpus opulifolius)
  5. Rosier rustique (Rosa cvs)
  6. Potentille (Dasiphora fruticosa, syn. Potentilla fruticosa)
  7. Saule crevette (Salix integra ‘Hakuro-nishiki)
  8. Thuya (Thuja occidentalis)20170203a

La valse des noms botaniques

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 20150321FRQuestion:  Vous mentionnez dans un article que vous avez écrit dans le journal Le Soleil (2015, l’année du coléus) que le coléus a changé de nom botanique. Qui décide de ces changements de noms? Pourquoi la plante a-t-elle changé de nom? Eve Pouliot-Mathieu

Réponse: Il y a un groupe de botanistes et biologistes spécialisés appelés taxonomistes. Leur rôle est de vérifier les origines des végétaux et les liens entre eux pour pouvoir les classifier et leur donner des noms.

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Carl von Linné

C’est au XVIIIe siècle que le naturaliste suédois Carl von Linné a créé le système binominal qu’on connaît actuellement, cela en remplacement du très boiteux système en utilisation jusqu’alors, où le nom d’une plante était une description complète, parfois de 20 mots ou plus!

D’après le système binomial, en fonction depuis 1753, chaque plante appartient à un genre et a donc un nom générique, par exemple Pinus pour tous les pins et Monarda pour toutes les monardes. Puis, pour distinguer les différentes plantes dans chaque genre, on leur donne aussi un nom spécifique (nom d’espèce): exemple, Pinus strobus pour le pin blanc et Pinus sylvestris pour le pin écossais.

C’est comme un nom de famille suivi d’un nom. Chez les Dupont, par exemple, il y a Marius, Jennifer et Norbert. Le nom Dupont sert à les identifier comme étant parents. Chez les Pinus, il y a P. strobusP. sylvestris et autres et leur nom de genre, Pinus, sert aussi à les identifier comme étant parents.

Théoriquement ces noms sont immuables et les mêmes sont utilisés partout à travers le monde. Ainsi, un pin blanc est appelé Pinus strobus aussi bien au Canada qu’en Russie, au Japon, etc.

Mais certains noms ont changé aux cours des derniers siècles pour des raisons logiques: il y avait une faute de frappe, on a malencontreusement donné le même nom à deux plantes, deux scientiques ont publié la même plante sous des noms différents (dans lequel cas, le premier nom publié est considéré le bon), etc.

Mais la raison principale pour un changement de nom aujourd’hui est quand un taxonomiste découvre qu’une plante a été placée dans le mauvais genre. Comme quand on découvre qu’Il y a eu une erreur à l’hôpital et que pauvre Marius Dupont a été échangé par accident à la naissance; ainsi il découvre à 47 ans que son vrai nom est Heinz von Schmidt.

Cela arrive car, dans un effort pour classifier les plantes d’après leur parenté, Linné (et les autres taxonomistes qui l’ont suivi) avait un nombre limité de critères. Ils se fiaient notamment aux détails de la fleur, comme le nombre d’étamines, etc.

Mais il y a une révolution en cours aujourd’hui: il est maintenant possible d’étudier les chromosomes des plantes (leur ADN) et on y fait des découvertes fascinantes. Il devient possible d’être plus précis que jamais dans la parenté des plantes. Ainsi, on découvre que certaines plantes, considérées de proches parentes depuis longtemps, sont moins apparentées qu’on pensait et d’autres, davantage apparentées. Comme les noms servent à indiquer la parenté des végétaux, ces découvertes vont nécessairement affecter leur nom botanique.

Notre plante vedette!

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Coleus blumei… oups, je veux dire Solenostemon scutellaroides… pardon, plutôt Plectranthus scutellarioides.

Prenons le coléus, cette populaire plante au feuillage multicolore, comme exemple. Le coléus portait à l’origine le nom Coleus blumei et partageant donc son nom générique, Coleus, avec des dizaines d’autres espèces apparentées: Coleus caninus, Coleus elatus, etc.

Mais un taxonomiste a décidé que le genre Coleus était pas valable, que toutes ces plantes étaient plutôt des Solenostemon, et a publié un papier à cet effet en 2006. Donc, toutes ces plantes ont dû changer de nom pour Solenostemon. Le genre Coleus n’existait plus.

Normalement, quand une plante change de nom de genre, il conserve son nom spécifique, mais avec notre coléus, il y avait une complication: Il existait déjà une plante portant le nom Solenostemon blumei. Comme deux plantes ne peuvent pas partager le même nom, on lui a trouvé un nouvel nom, Coleus scutellarioides, car ses fleurs ressemblent à celles des scutellaires (Scutellaria spp.) (spp. veut dire «plusieurs espèces»).

Mais cela ne s’arrête pas là. Un autre taxonomiste a regardé l’ADN des Solenostemon et est venu à la conclusion qu’il n’y avait aucune différence significative avec un autre genre, Plectranthus. Donc, en 2012, il a transféré tout le genre, sauf une espèce (Solenostemon sylvaticus), au genre Plectranthus. Notre coléus a donc pris le nom de Plectranthus scutellarioides.

Il se trouve que le genre Plectranthus n’est pas inconnu des jardiniers. On cultive plusieurs Plectranthus comme annuelles ou comme plantes d’intérieur: le lierre suédois (Plectranthus australis), le gros thym (P. amboinicus), P. coleioides ‘Marginata’, etc. Mais que d’étiquettes à réécrire si vous avez une grosse collection de coléus!

D’autres changements à venir

L’effet de ces découvertes au niveau des gènes des plantes (leur ADN) est en train de chambouler la nomenclature des végétaux. Il y a eu plusieurs changements majeurs et on peut s’attendre donc à d’autres. Exemple: le genre Aster, qui contenait plus de 600 espèces, est maintenant divisé en 11 genres différents et d’ailleurs les espèces nord-américaines sont maintenant toutes reclassifiées dans les genres Symphyotrichum, Eurybia, Doellingeria, etc. Le genre Chrysanthemum aussi a été complètement réorganisé. Et il y a beaucoup d’autres encore.

Voilà pour la nomenclature des espèces et des genres… mais ces découvertes génétiques modifient aussi les liens familiaux encore plus profonds entre les végétaux. Car, à un niveau supérieur, on regroupe aussi les plantes en familles et sous-familles. Par exemple, la famille des Pinacées contient les pins (Pinus), les sapins (Abies),  et la plupart des autres conifères à l’exception des cyprès (Cupressus) et des thuyas (Thuja), famille des Cupressacées) et des ifs (Taxus), famille des Taxacées. Toutes les graminées sont dans la famille Poacées, etc.Et jusque récemment le classement au niveau des familles était assez stable. Mais cela n’est plus le cas depuis qu’on utilise l’ADN pour aider à classifier les végétaux.

Par exemple, j’avais toujours l’habitude de dire que l’oignon (Allium cepa), l’asperge (Asparagus officinalis) et la jacinthe (Hyacinthus orientalis) appartenaient à la famille des Liliacées, mais plus maintenant: toutes ces plantes conservent leur nom botanique, mais l’oignon est désormais une Alliacée, l’asperge une Asparagacée et la jacinthe une Hyacinthacée. Le lis (Lilium) demeure toujours une Liliacée… heureusement!

Tous ces changements sont dérangeants pour les jardiniers qui ne tiennent qu’à connaître les noms botaniques de leurs plantes, mais il faut penser que, quand toute cette vaste révision sera terminée, les nouveaux noms devront durer des générations. Donc, nous, les jardiniers actuels, sont dérangés, mais les générations futures auront des noms qui ne bougeront plus… ou du moins, je l’espère!