Les cochenilles à carapace: une invasion sournoise

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Les cochenilles à carapace sont assez visibles sur une feuille verte, mais se confondent avec l’écorce lorsqu’elles se trouvent sur une branche ou sur un tronc.

Vous trouvez une drôle de croissance sur vos plantes d’intérieur, soit de petites bosses brunes? De plus, il n’y a pas qu’une seule, mais plusieurs? Il y a de fortes chances que ce soit des cochenilles à carapace, aussi appelées kermès, cochenilles à coque ou cochenilles à bouclier. Si oui, plus vite que vous réagissez, plus vite que vous reprendrez le contrôle!

Bien camouflées

La détection des cochenilles à carapace est difficile, car elles sont si bien camouflées. L’insecte mature est couvert d’une carapace en forme de bouclier qui peut être bombée ou presque plate, brune, grise, verte ou transparente et en forme d’ovale, de virgule ou d’écaille d’huître. Elles ont souvent l’air de faire partie de l’écorce de la plante où on les prend pour de petites bosses ou des gouttes de sève asséchées. On confond même celles qui investissent les fougères avec des sporanges (organes producteurs de spores)!

Un truc pour savoir si la petite bosse fait partie de la plante ou non: donnez-lui une chiquenaude. Si elle reste sur la plante, elle en fait partie; si elle se détache, c’est une cochenille.

L’infestation débute généralement aux endroits peu visibles de la plante avant de s’étendre à la grandeur. La plante infestée continue habituellement à pousser normalement au début, mais éventuellement avec moins de vigueur, puis les feuilles jaunissent peu à peu. Souvent, c’est l’écoulement de miellat, une substance claire et collante qu’elles dégagent sur les feuilles et les objets proches, qui réveille les soupçons, doublement quand ce miellat se couvre de fumagine, un genre de moisissure noire.

Une expérience personnelle

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Une bataille de plusieurs années a commencé avec l’achat d’un seul petit cycas.

Il y a quelques années, j’ai trouvé un adorable petit cycas (Cycas revoluta) à un prix très raisonnable et je l’ai ramené chez moi sans trop m’inquiéter. Il me paraissait en santé et je l’ai placé avec mes autres plantes d’intérieur. Quelques mois plus tard, j’ai remarqué qu’il jaunissait et qu’il y avait une substance collante sur la tablette sur laquelle il était situé. En l’inspectant, j’ai découvert qu’il était bourré de cochenilles à carapace. Et que d’autres plantes dans les environs l’étaient aussi. Après bien des traitements, j’ai pu sauver la plupart de mes plantes, mais j’ai dû m’avouer vaincu pout le cycas. Lui et cinq autres plantes ont pris le chemin de la poubelle: malgré traitement après traitement, les cochenilles revenaient toujours. Et de temps en temps, 3 ans plus tard, je trouve encore de une plante infestée que je dois traiter. Quel insecte décourageant que la cochenille à carapace!

Bizarre d’insecte

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Cochenille des Hespérides (Coccus hesperidium).

Les cochenilles à carapace ressemblent à peine à des insectes. Elles n’ont pas d’antennes, d’ailes ni de pattes visibles et vivent fixées sur sa plante hôte. L’espèce la plus commune sur les plantes d’intérieur est la cochenille des Hespérides (Coccus hesperidium), à la carapace bombée ovale brune ou brun roux de 2,5 à 4 mm. Cette cochenille est généraliste et s’attaque à presque toutes les plantes d’intérieur. D’autres cochenilles sont spécifiques à un seul groupe de plantes. Certaines ne touchent, par exemple, que les orchidées, les broméliacées ou les fougères.

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Les cochenilles farineuses sont proches parentes, mais sont blanches et bougent lorsqu’on les dérange.

Distinguons maintenant les cochenilles à carapace des cochenilles farineuses, un autre insecte ennemi de nos plantes d’intérieur. Les deux sont proches parentes, mais les cochenilles farineuses sont blanches et semblent couvertes d’ouate. Encore plus évident, elles ont des pattes et se déplacent quand on les dérange, alors qu’une cochenille à carapace ne bouge pas. Pour en savoir plus sur les cochenilles farineuses, lisez Histoire d’horreur: 30 ans de cochenilles.

Comment un insecte sans pattes se déplace-t-il?

Il est curieux de comprendre comment un insecte immobile et sans pattes ni ailes puisse infester nos plantes. Mais la cochenille à carapace est mobile… dans sa jeunesse. Les nymphes, appelées «baladeurs», naissent d’œufs cachés sous la carapace de leur mère. Les baladeurs sont si minuscules qu’ils sont rarement vus. Ils se promènent pendant deux ou trois jours, puis se fixent pour le reste de leur vie sur une nouvelle tige ou feuille. Les nymphes peuvent facilement ramper d’une plante à une autre pour commencer une nouvelle colonie. Et il y a plusieurs générations par année. Une seule cochenille qui s’échappe au traitement peut donner jusqu’à 20 000 cochenilles en une seule année.

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Parfois les fourmis transportent les nymphes d’une plante à une autre.

Dans la nature, les nymphes sont souvent portées de plante en plante par le vent, les oiseaux ou les fourmis (certaines fourmis en font même l’élevage afin de récolter leur miellat sucré). Dans nos maisons, elles arrivent initialement par des plantes infestées à l’achat. Ensuite, l’acheteur peut les transporter par mégarde de plante en plante lors de l’arrosage ou la taille ou lorsqu’il déplace une plante infestée.

Si les nymphes rampent, les mâles volent. Eux aussi sont minuscules et rarement vus. Sans pièces buccales, ils ne vivent que quelques jours et leur rôle unique est de féconder les femelles. D’ailleurs, les femelles peuvent produire des oeufs sans fécondation, par parthénogénèse.

Les contrôler

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Mettez toute plante nouvellement achetée en isolation.

D’abord, il faut comprendre que les cochenilles à carapace qui infestent nos plantes d’intérieur ne viennent pas de nos jardins: elles sont d’origine tropicale et ne peuvent pas vivre dehors sous un climat tempéré. La source est toujours une plante infestée apportée à la maison.

Ne faites pas comme moi: inspectez toute nouvelle plante d’intérieur avant l’achat et mettez-la, de plus, en isolation pendant un bon mois une fois qu’elle arrive à la maison. Si vous n’avez pas de pièce à part où la loger, il suffit de l’éloigner de deux mètres des autres plantes ou de l’isoler dans un sac transparent.

Si vous trouvez des cochenilles à carapace, isolez immédiatement la plante infestée et demandez-vous sérieusement s’il n’est pas mieux de vous en défaire. Parfois, en rabattant la plante au sol, on arrive à les éliminer du premier coup… mais nettoyez bien vos sécateurs avant de les utiliser sur une autre plante! Par contre, si votre plante ne peut pas tolérer un rabattage, il faut trouver un autre moyen…

Les vaporisations insecticides ne s’avèrent pas très utiles. Les cochenilles adultes sont passablement à l’abri des insecticides grâce à leur carapace protectrice. D’ailleurs, même si le traitement insecticide les a tuées, comment faire pour le savoir? La carapace peut rester des années sur la plante, bien après la mort de l’insecte. Mieux vaut alors passer sur toute la plante avec une vieille brosse à dents trempée dans une solution de savon insecticide pour enlever toutes les carapaces. Rincez la plante par la suite pour enlever tout baladeur présent… et surveillez-la pendant quelques semaines. Si d’autres carapaces apparaissent, recommencez le traitement.

En pleine terre

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On trouve d’autres espèces de cochenilles à carapace sur les plantes ligneuses de nos jardins.

Il existe aussi des cochenilles à carapace qui infestent les plantes d’extérieur, surtout les arbres, les arbustes et les conifères, mais ce ne sont pas les mêmes espèces, du moins si vous vivez sous un climat tempéré.

Le traitement initial demeure essentiellement le même: nettoyer le tronc et les branches avec une brosse trempée dans une solution de savon insecticide. Après, procéder à des vaporisations répétées. Aussi, un traitement d’huile au stade dormant peut être très utile à réduire la population si vous l’appliquez au bon moment, juste avant que le bourgeons n’éclosent, car normalement c’est à ce moment que les baladeurs sont présents. (Les cochenilles de climat tempéré n’ont normalement qu’une génération pas année.) Reste que, comme les carapaces demeurent fixées sur l’écorce, il faut quand même passer une brosse sur la plante infestée pour être certain que le traitement ait été efficace.

Oui, les cochenilles à carapace sont bien sournoises et difficiles à contrôler, mais on y parvient. Mais rappelez-vous aussi qu’elles sont bien plus faciles à prévenir qu’à guérir!

 

Le réveil des ennemis des plantes d’intérieur

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Les aleurodes seront bientôt de retour!

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais certains insectes qui infestent les plantes d’intérieur ont été plus tranquilles depuis quelque temps. En effet, quand les jours sont courts, donc à partir du milieu de l’automne, ils entrent en diapause, un genre de semi-dormance, et peuvent même semble être disparus. D’autres insectes continuent de rester actifs même quand les jours sont courts, mais à un niveau bien inférieur que l’été. Mais quand les jours rallongent, les deux groupes se réactivent et commencent à se reproduire abondamment.

Or, même aussi tôt que la fin de janvier, les jours rallongent perceptiblement et, peu à peu, selon l’espèce, les ennemis de nos plantes se remettront à l’œuvre. À partir du début de mars, ils seront tous bien réveillés… et affamés.

Il s’agit d’insectes comme :

Les pucerons, les sciarides (mouches de terreau) et les thrips, par contre, ne semblent pas ralentir l’hiver. Ils sont aussi actifs en janvier qu’en juillet! Il faut donc garder l’œil ouvert pour ces insectes toute l’année.

Que faire?

  • 20160128C.jpgD’abord, inspectez vos plantes dès la fin de janvier, regardant surtout à l’envers des feuilles et à leur aisselle (là où le pétiole est fixé à la tige). Une loupe peut être nécessaire pour voir les araignées rouges (qui ne sont pas, en passant, des araignées, mais des mites). Par la suite, une inspection aux deux semaines n’est jamais une mauvaise idée.
  • Posez des pièges collants jaunes: souvent les insectes volants comme les aleurodes, les sciarides et les pucerons ailés s’y collent même avant que l’infestation commence véritablement.
  • Isolez les plantes infestées… avant que le prédateur ne s’en prend à d’autres plantes;
  • Traitez les plantes infestées.

20160129B.jpgLes savons insecticides et huiles horticoles sont des traitements presque universels contre ces créatures. Il faut suivre bien sûr le mode d’emploi indiqué. On peut aussi traiter les plantes au savon à vaisselle ou au savon noir, mais faites un test auparavant: ces savons sont toxiques au feuillage de plusieurs plantes.

On peut aussi vaporiser une solution de 250 ml d’alcool à friction dans 1 litre d’eau pour contrôler les cochenilles, les pucerons et les aleurodes. Attention: pour votre propre protection, il faut bien aérer la pièce pendant l’application.

Bon succès à tous les inspecteurs des plantes!

Encore un laurier infesté!

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20151209A.jpgHier soir, en faisant la vaisselle, j’ai jeté un coup d’œil sur mon plant de laurier (Laurus nobilis), aussi appelé laurier sauce, placé en isolation en face de l’évier, et j’ai cru voir un certain lueur sur une feuille autrement mat, une très petite flaque de ce qui ressemblait de l’eau. J’y ai touché. C’était collant.

Oh non! Pas encore!

J’ai retourné une feuille à l’envers et je l’ai vu: une très petite carapace aplatie plutôt jaune vert, encore translucide, collée sur la nervure inférieure: une jeune cochenille à carapace (aussi appelée cochenille à coque, cochenille à bouclier ou kermès). Pas encore adulte (elle deviendrait alors opaque, brune, plus grosse et plus bombée), mais pas une nymphe non plus, car les nymphes sont mobiles et essentiellement invisibles. D’autres feuilles aussi en portaient. J’ai sorti une loupe: il y en avait aussi sur les branches. Pas beaucoup, mais…

Pas la première fois

Si je suis si découragé, c’est que ce n’est pas la première fois. Loin de là. Je semble incapable de trouver un laurier sauce sans cochenilles à carapace au Québec. Déjà les trois plants achetés dans ma région (Québec), chacun dans un magasin différent, ont pris le chemin du composteur. J’ai été plus sage avec le dernier, que je me suis procuré au printemps dernier: j’ai acheté la plante directement d’un fournisseur de fines herbes près de Montréal, donc dans une autre région. Sûrement que l’infestation n’est pas universelle! Cette fois-ci j’en ai même discuté avec le propriétaire: «vous êtes certain que vos lauriers sont libres de cochenilles?» Il m’a assuré que oui. Six mois plus tard, me voilà obliger de jeter encore une plante.

Un seul traitement valable

Je sais, vous allez me recommander toute une panoplie de produits et de traitements pour contrôler les cochenilles à carapace: alcool à friction, savon insecticide, huile de neem, huile horticole, danser autour d’une corne de taureau à la pleine lune, etc. Mais les cochenilles sont sournoises. Si une seule échappe au traitement, l’infestation reprendra… dans 6 mois, 9 mois, un an.

Et pire encore, entretemps, une cochenille à carapace égarée risque de s’étendre à mes autres plantes et çà, c’est inacceptable!

Non, je ne tiens pas à prendre le risque. Déjà la plante infestée est dehors au froid. Dès qu’il fait clair (j’écris ces blogues trèèèèès tôt le matin), elle ira dans le compost.

Après, grand ménage dans le secteur. J’avais laissé mon laurier en isolation, loin de toute autre plante, mais les nymphes ou les œufs de cochenille peuvent se cacher dans les environs. Donc, je dois tout laver à l’eau savonneuse.

Puis au printemps, je me mettrai à la recherche, encore une fois, d’un laurier sauce sans cochenilles. Avez-vous une suggestion de pépinière qui peut m’assurer à 100% que non, ses lauriers n’en sont pas infestés? Car je commence à être découragé!