Chenille à tente estivale : moins nuisible qu’elle n’en a l’air

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Nid de chenilles à tente estivales dans un pommetier. Photo: G. Barriault

La chenille à tente estivale (Hyphantria cunea) est le stade larvaire d’un papillon de nuit blanc plutôt discret. Sa petite taille dément le dommage qu’elle fait ou, devrais-je dire, qu’elles font, car elles sont très grégaires et vivent en colonie : souvent d’énormes tentes de soie remplies de feuilles minées jusqu’à ne laisser que les nervures, de fientes abondantes et de 200 à 300 chenilles.

Malgré son nom, la chenille à tente estivale (Hyphantria cunea) est souvent plus automnale qu’estivale dans les régions septentrionales, car elle apparaît à la fin d’août ou en septembre. D’ailleurs, en anglais, on l’appelle « fall webworm » (tisseuse d’automne). Contrairement à la livrée de forêts (Malacosoma spp.), plus courante, qui apparaît au début de l’été et qui mange les feuilles à l’extérieur de sa tente, la chenille à tente estivale recouvre de sa tente de soie une ou deux branches, généralement à partir de leur extrémité, et consomme les feuilles à l’intérieur de sa tente. À mesure que les chenilles grandissent, la tente s’agrandit aussi. La tente sert également d’abri aux nombreuses chenilles de la colonie, les protégeant contre les intempéries et les prédateurs, comme les oiseaux (plus de 40 espèces se nourrissent de la chenille à tente estivale), et même contre les pesticides.

La chenille à tente estivale n’est pas non plus la même espèce que la chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa), une autre chenille à tente trouvée uniquement dans l’Ancien Monde et qui a la caractéristique de se promener à la queue leu leu d’un arbre à l’autre.

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Chenille à tente estivale. Photo: Melissa McMasters, Flickr

La chenille à tente estivale est de couleur très variable, avec une tête noire à rougeâtre et un corps jaune clair à vert et des touffes de poils gris à blanc qui émergent de deux rangées de tubercules noirs le long du dos. À vous de décider si vous la trouvez jolie ou laide : les avis sont nettement partagés !

Distribution

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La chenille à tante estivale est maintenant distribuée un peu partout dans l’hémisphère nord. Illustration: entnemdept.ufl.edu

À l’origine, cet insecte était strictement limité à l’Amérique du Nord. Cependant, la chenille à tente estivale a été accidentellement importée dans l’Ancien Monde et elle est maintenant largement répandue dans toute l’Europe et progresse rapidement en Asie aussi. On la trouve autant dans les climats chauds que tempérés, partout où il y a des arbres à feuilles caduques (elle ne s’attaque pas aux conifères).

Cycle de vie

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Femelle pondant des œufs sous une feuille.. Photo: UF School of Forest Resources & Conservation

À l’automne, les larves quittent leur nid pour hiverner sous forme de pupe dans les fissures d’écorce, dans la litière forestière et sous le sol. Les adultes volants émergent en été et la femelle pond bientôt met des masses de centaines d’œufs poilus sous une feuille du nouvel arbre hôte, près de l’extrémité d’une branche. Ils éclosent environ une semaine plus tard et les jeunes chenilles, encore minuscules, commencent aussitôt à se bâtir une nouvelle tente en soie pour se protéger des prédateurs et des éléments. Les dommages se manifestent généralement vers la mi-août, en augmentant nettement en septembre. Dans des climats plus doux, cependant, le cycle commence plus tôt et il peut y avoir une deuxième génération.

Faut-il traiter ou non ?

En fait, vous n’avez pas nécessairement à traiter les chenilles à tente estivales. Comme elles commencent leur cycle tard dans la saison, lorsque l’arbre hôte (presque n’importe quel arbre à feuilles caduques semble convenir, bien qu’elles semblent préférer les pommetiers dans les cours urbains) a déjà emmagasiné le gros de ses réserves pour la saison suivante, même les branches complètement défoliées ont tendance à revenir en parfait état au printemps suivant. Pourquoi alors traiter quelque chose qui ne fait aucun mal ?

C’est toutefois vrai que si l’infestation revient année après année, cela peut affaiblir l’arbre, mais c’est rarement le cas.

En outre, les chenilles à tente estivales sont une source importante de nourriture pour plus de 40 espèces d’oiseaux et des dizaines d’insectes prédateurs aussi. Si vous les laissez tranquilles, vous contribuez en fait à nourrir la faune locale.

Traitements possibles

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Arbre sévèrement défolié par des chenilles à tente estivales. Par contre, cet arbre sera probablement en parfait état au printemps suivant. Photo: entnemdept.ufl.edu

Cela dit, les nids ont une apparence disgracieuse, d’autant plus quand il y a plusieurs tentes dans le même arbre, comme cela arrive souvent. Vous pouvez donc vous sentir obligé à réagir. Voici alors quelques suggestions sur ce que vous pouvez faire.

Le traitement traditionnel consiste à couper et à détruire la branche sur laquelle la tente se trouve. Cela fonctionne parfaitement… lorsque vous pouvez atteindre le nid de manière sécuritaire, mais il peut être hors de portée, haut dans l’arbre. Aussi, ce genre d’élagage inégal peut nuire sérieusement à la symétrie de l’arbre.

Si vous décidez d’éliminer les branches infestées, vous pouvez détruire les chenilles en enterrant le nid ou le plongeant dans de l’eau savonneuse. Ou scellez-le tout simplement dans un sac de plastique et mettez-le aux ordures. Traditionnellement, on nous disait de brûler le nid, mais pourquoi polluer l’air quand cela n’est pas nécessaire ?

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Un jet d’eau puissant détruira le nid et la plupart des chenilles. Photo: http://www.northeasttreeinc.com

À mon avis, une meilleure façon de les éliminer consiste plutôt à détruire le nid avec un jet d’eau à haute pression. Cela éliminera la plupart des chenilles ainsi que leur abri. Pour supprimer les chenilles restantes, pulvérisez des feuilles dans les environs avec du Btk (Bacillus thuringiensis kurstaki), un insecticide biologique. Quand elles auront mangé les feuilles, le Btk les rendra malades et elles cesseront bientôt de se nourrir pour finir par mourir.

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Le Btk est mortel aux chenilles, mais ne dérangent pas les autres insectes.

D’accord, vous pouvez également utiliser d’autres pesticides couramment offerts commercialement, comme le pyrèthre, mais le Btk a l’avantage de supprimer uniquement les chenilles et de ne pas nuire aux insectes bénéfiques ni en fait à toute autre forme de vie. En outre, les chenilles traitées avec le Btk peuvent encore être consommées par les oiseaux et les insectes bénéfiques : l’ingestion de chenilles atteintes de Btk ne les rendra pas malades à leur tour, alors que cela peut être le cas si les larves ont été traitées avec d’autres insecticides.

Lorsque les chenilles arrivent près de la maturité et commencent à quitter leur nid pour se promener en trop grand nombre sur votre terrain, ce qu’elles font juste avant de commencer leur pupaison, vous pouvez tout simplement les écraser, les pulvériser avec un insecticide doux comme le savon insecticide ou le neem (deux autres insecticides qui ne nuisent pas aux oiseaux), les récolter manuellement pour les déposer dans de l’eau savonneuse… ou apprendre à les tolérer.

Beaucoup de gens sont prêts à payer de bons montants pour qu’un arboriculteur vienne traiter leurs arbres ou supprimer les nids, mais je trouve cela un peu exagéré, compte tenu des dommages limités causés à l’arbre. Cependant, lorsque le même arbre a plusieurs nids et se fait bouffer tout son feuillage, ce qui peut arriver, il est difficile de résister à l’idée qu’il faut absolument traiter.

Et la prévention ?

Parfois, on recommande de vaporiser les troncs d’arbres de son terrain avec de l’huile au stade dormant (huile horticole) au début du printemps pour tuer les pupes qui y hivernent, mais il est peu probable que cela arrête une infestation en devenir. D’abord, seulement une partie des pupes hiverne sur le tronc, mais de plus, les papillons femelles se déplacent, souvent sur de grandes distances, donc éliminer les pupes sur votre terrain n’aura pas nécessairement le moindre effet.

Seront-elles de retour l’an prochain ?

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Nid de chenilles à tente estivales. Photo: Michigan Department of Natural Resrources

La population des chenilles à tente estivales varie énormément d’année en année et de région en région. Une saison de forte infestation n’est pas toujours garante d’une infestation majeure l’année suivante, tout comme on peut n’avoir jamais eu de problème avec cet insecte dans le passé pour vivre subitement une attaque multiple. Pour l’instant, du moins, il n’y semble pas avoir de façon de prédire quand les nids de chenilles à tente estivales seront abondants ou presque absents au cours d’une année donnée.


La chenille à tente estivale : elle cause des dommages si visibles que vous vous sentez souvent obligés de la traiter, mais comme les arbres atteints souffrent rarement de ses infestations, c’est à vous de décider se une telle intervention est nécessaire ou non.20170915A G. Barriault

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Des pesticides au spectre le plus étroit possible

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Le pesticide idéal ne s’attaque qu’à un seul ennemi… mais les tablettes des jardineries sont remplies de pesticides à large spectre.

Le pesticide idéal aurait le spectre le plus étroit possible, n’agissant que sur un seul ennemi et rien d’autre. Ainsi l’impact sur l’environnement sera minimal: on élimine un seul insecte, maladie ou végétal, par exemple, sans toucher à quoi que ce soit d’autre.

Pour l’instant, la plupart de pesticides qui sont sur le marché sont, au contraire, à large spectre: des insecticides qui tuent tous les insectes, même les coccinelles et les abeilles, des herbicides qui éliminent toutes les plantes à feuilles larges, même les plants de nos plates-bandes et des fongicides qui inactivent tous champignons, même les champignons nécessaires à la décomposition des feuilles mortes, etc.

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Le Btk (Bacillus thuringiensis kurstaki) ne touche qu’aux chenilles et rien d’autre.

Cependant il y a quelques percées intéressantes parmi les produits plus spécifiques, qui ne touchent alors qu’à une gamme réduite de proies. Le Btknotamment, ne contrôle que les chenilles… et les nématodes bénéfiques sont spécifiques aux larves qui vivent sur les racines,. Et de nombreuses recherches très prometteuses s’effectuent dans ce domaine.

Un jour, on pourra sans doute obtenir un produit biologique qui agit uniquement sur l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria) ou les araignées rouges et absolument rien d’autre.

Pour l’instant, par contre, appliquez tout pesticide, même biologique, avec beaucoup de précaution, car il y a toujours risque de dommages collatéraux.20170208A.jpg

Une bactérie utile aux jardiniers

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On trouve facilement du Bt en magasin.

Quand on pense aux bactéries, on imagine toujours les variétés néfastes, comme la bactérie mangeuse de chair (Streptococcus du Groupe A), la salmonelle (Salmonella spp.) ou l’E. coli (Escherichia coli), mais combien de personnes pensent aux bonnes bactéries, pourtant très nombreuses?

La plus connue dans le domaine horticole est sans doute le Bt (pour Bacillus thuringiensis), une bactérie très abondante dans la nature et présente presque partout, sans doute dans votre propre cour. On en connaît des dizaines de souches, toutes spécifiques à certains groupes d’insectes, d’où un très grand intérêt pour les jardiniers. Le Bt est inoffensif pour les humain, les autres mammifères, les poissons et les plantes… tout, dans le fond, sauf certains groupes d’insectes.

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Le Bt rend l’insecte malade et incapable de manger.

Toutes les souches fonctionnent de la même façon: le Bt demeure en dormance sur la plante, dans le sol ou dans l’eau jusqu’à ce qu’il soit ingéré par l’insecte. Dans le système digestif de l’insecte, la bactérie se développe et libère des cristaux toxiques, ce qui rend l’insecte malade. Dans peu après son ingestion (dans 3 ou 4 heures dans le cas des chenilles), l’insecte arrête déjà de manger, puis il meurt de faim. Comme tout cela prend quelques jours, il faut s’armer d’une certaine patience: ceux qui s’attendent à voir les insectes mourir sous leurs yeux dans les instants qui suivent l’application seront déçus!

Certains souches de Bt sont offertes comme pesticides biologiques. D’ailleurs, aujourd’hui le Bt est l’insecticide le plus utilisé au monde en agriculture biologique.

Pour contrôler les chenilles

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Chenille de la piéride du chou.

Actuellement, la souche la plus fréquemment offerte est le Btk (B. thuringiensis kurstaki), efficace contre les larves de papillon (autrement dit, les chenilles). Attention toutefois! Comme tout pesticide, même biologique, il faut l’utiliser de façon limitée, strictement sur les plantes infestées (comme sur les crucifères pour prévenir le piéride du chou, par exemple, ou sur les alliacées pour contrôler la teigne du poireau), car il tue aussi efficacement les chenilles de papillons inoffensifs que celles de papillons nuisibles. D’ailleurs, il faut être certain que l’insecte qui mange votre plante est bien une chenille (larve de papillon). Le Btk ne sera pas efficace, par exemple, contre les tenthrèdes ou mouches à scie, appelées aussi, et avec raison, fausses-chenilles, car malgré qu’ils ressemblent à des chenilles, ils n’en sont pas, mais plutôt des larves de hyménoptères (proches parents des guêpes).

Les lecteurs canadiens se rappelleront que c’est le Btk qui est vaporisé sur nos forêts pour contrôler la tordeuse des bourgeons des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana).

Les moustiques y goûtent aussi

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On trouve le Bti sous forme de «beignes» qui flottent sur l’eau.

Le Bti (B. thuringiensis israelensis) est une souche de Bt qui est efficace contre les moustiques et les mouches noires et beaucoup de municipalités s’en servent pour rendre la vie de leurs citoyens plus agréable. De plus, avec toute la publicité actuellement sur le virus Zika, qui est transmis par les moustiques, ce produit est présentement très discuté dans les médias. Reste que les moustiques jouent un rôle essentiel dans l’environnement: des centaines d’animaux s’en nourrissent dont, dans nos régions, plusieurs oiseaux, notamment les hirondelles, ainsi que les chauve-souris. La décision d’utiliser ou non ce produit sera donc toujours très controversée.

Peut-il contrôler les doryphores?

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Doryphore de la pomme de terre. Photo: Wikimedia Commons.

Il existe même une souche de Bt qui serait efficace contre le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata), aussi appelé «bibitte à patate» au Québec, soit le Btt (B. thuringiensis tenebrionis). Ce produit n’a jamais été homologué pour utilisation domestique, toutefois, du moins, pas au Canada. D’abord, son efficacité est pauvre et, de plus, il affecte plusieurs autres coléoptères, dont certains bénéfiques. Il serait même toxique (bien qu’à un niveau minime) aux abeilles domestiques. On comprend alors l’hésitation à l’offrir commercialement.

Doit-on l’utiliser?

Même si le Bt est considéré un produit biologique (comment pourrait-il en être autrement, puisque c’est une bactérie vivante développée par dame Nature?), je demeure très hésitant à recommander son utilisation autrement que très localement, à des fins très spécifiques. D’ailleurs, c’est ma recommandation pour l’utilisation de tout pesticide. D’accord, le Btk est moins toxique que beaucoup d’autres insecticides biologiques pourtant populaires (roténone, pyrèthre, etc.), mais il peut quand même avoir des effets négatifs sur des insectes inoffensifs ou mêmes bénéfiques, donc il faut l’appliquer avec précaution.

Mon «pesticide» préféré contre les chenilles, par exemple, demeure la récolte manuelle… ou encore je recouvre la plante susceptible aux chenilles (notamment les crucifères) d’une couverture flottante.

À vous de décider de vos besoins selon les circonstances.