Contrôlez les mouches du terreau (sciarides)

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Les sciarides sont petites, mais combien dérangeantes! Source: media.pixcove.com & moziru.com

Vous êtes assis tranquillement dans votre salon et, subitement, une petite mouche noire – vraiment minuscule! – passe devant votre visage en zigzagant. Vous la chassez avec une main. Attirée par le CO2 que vous dégagez, elle revient. Vous finissez par l’avoir… mais bientôt une autre apparaît.

Quel est cet insecte? Et d’où vient-il?

Certains la prennent pour une mouche des fruits (Drosophila spp.), mais ce ne sont pas les fruits qui l’intéresse. Elle semble plutôt venir de vos plantes d’intérieur.

Il s’agit sans doute d’une mouche du terreau ou sciaride, un diptère de la famille des Sciaroidae. On estime qu’il en existe plus de 20 000 espèces travers le monde, mais la plupart des espèces qui fréquentent les plantes d’intérieur se trouvent dans les genres Scatella, Bradysia, Orfelia et Sciara. Certaines d’entre elles peuvent facilement élire domicile dans nos demeures.

Une description

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La sciaride est si petite qu’il faudrait une loupe pour en voir les détails. Source: Luis Miguel Bugallo Sánchez, Wikimedia Commons

L’adulte est une très petite mouche, mesurant rarement plus de 4 mm de longueur, de couleur noire et aux ailes transparentes ou grisâtres. Elle se tient notamment près des tas de bois de chauffage et des plantes d’intérieur, mais vagabonde aussi partout dans la maison et, tel que mentionné, semble particulièrement intéressée par l’haleine des humains.

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Larves de sciarides. Source: ag.umass.edu.

La larve, qui ressemble à un petit ver blanchâtre et translucide à tête noire d’environ 5 mm de longueur, a besoin d’humidité pour survivre et on la trouvera alors dans tout milieu organique humide, comme le bois de chauffage fraîchement entré et le terreau des plantes d’intérieur.

L’été, les adultes peuvent entrer dans la maison au vol et débuter une infestation. Par contre, ce sont par les œufs que la plupart des infestations commencent. On les rentre par accident sur le bois de chauffage et aussi quand on achète de nouvelles plantes d’intérieur ou un sac de terreau contaminés.

En effet, les terreaux pour plantes d’intérieur et pour semis ne sont jamais tout à fait stériles comme les jardiniers le pensent (le fabricant ne veut pas tuer les organismes bénéfiques qui y vivent), et alors, malheureusement, contiennent parfois des œufs de sciarides. Habituellement, les fabricants de terreau font très attention de fournir un produit de qualité et alors les contrôlent assez bien à l’origine, mais même si le terreau sort de l’usine d’emballage libre d’œufs, les adultes peuvent en pondre en magasin (toute jardinerie a inévitablement au moins une petite population de sciarides) si le sac est le moindrement percé. Un trou de moins de 1 mm suffit pour leur donner accès au terreau!

Bonne nouvelle, mauvaises nouvelles

La bonne nouvelle est que les sciarides sont généralement assez anodines.

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Sciaride adulte. Source: www.707pestsolutions.com

À part d’embêter les humains par leur simple présence (qui veut voir tante Mathilde dérangée par une nuée de moucherons quand elle vous rend visite!), les mouches adultes ne causent pas de dégâts. Elles ne mordent ni ne piquent les plantes, les humains ou les animaux. Dans la nature, elles agissent même parfois comme pollinisatrices!

Même les larves sont généralement peu dommageables: elles consomment d’abord et avant tout les matières végétales en décomposition dans le sol ainsi que de petits champignons, notamment ceux présents dans les sols toujours saturés en eau. Et là, elles peuvent être encore plus utiles que nuisibles, car en digérant ces produits, elles produisent des déjections riches en minéraux dont les plantes peuvent se nourrir.

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Parfois les larves de sciuridé s’attaquent aux radicelles des plantes. Source: Clipart Library & moziru.com

Par contre, parfois, surtout quand il n’y a rien d’autre à manger, les larves de certaines espèces (mais pas toutes) s’attaquent aux radicelles (petites racines) des plantes, en commençant par celles qui sont en train de pourrir suite à un arrosage excessif. Sur une plante en santé, cela est rarement très nuisible. Même que la «taille» qu’elles font à ces petites racines a souvent comme conséquence de stimuler la plante à produire un système racinaire plus dense et plus efficace!

Leur effet sur les semis, par contre, peut être très sérieux, car les petits plants n’ont pas encore beaucoup de racines et ne sont pas assez robustes pour supporter leur perte. De plus, les mouches adultes peuvent transporter des spores de champignons nuisibles, comme la redoutable fonte des semis. De plus, les petites blessures qu’elles laissent peuvent servir de porte d’entrée pour la pourriture, ce qui pourrait nuire aux plantules déjà mal en point.

Ainsi, même si les sciarides ne sont pas toujours très nuisibles, c’est toujours une bonne idée de les contrôler…. et très rapidement, de surcroît, quand vous remarquez que c’est un plateau de semis qu’elles infestent.

Connaître son ennemi

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Source: Knock-Out Gnats Granules

Les sciarides peuvent être présentes dans nos demeures en toute saison et produire plusieurs générations par année. L’adulte vit rarement plus de 8 jours, mais la femelle pond pendant ce temps entre 50 et 200 œufs dans un terreau humide ou des débris organiques, de préférence en présence de champignons dont l’odeur l’attire. Les œufs éclosent en environ 5 jours et les larves se nourrissent ensuite pendant plus ou moins 2 semaines. Par la suite, elles entrent en pupaison pendant 5 jours, puis les adultes émergent et le cycle recommence.

Il y a une génération aux 30 jours environ, moins par temps chaud et humide.

Comment les contrôler

Arroser correctement

La première clé de succès avec les sciarides est de comprendre qu’elles ont absolument besoin d’un terreau humide pour survivre pendant leur stade larvaire. Si vous prenez l’habitude de laisser sécher le terreau de vos plantes un peu plus longtemps, très souvent cela règle le problème complètement. D’ailleurs, plusieurs experts considèrent les sciarides davantage comme un symptôme d’arrosage excessif que comme un véritable problème en soi.

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Retarder l’arrosage d’une journée ou deux pourrait aider à éliminer les sciarides. Source: pixabay.com

Apprenez à appliquer la règle d’or de l’arrosage: arrosez abondamment, assez pour humidifier toute la motte de racines, puis attendez que le terreau soit sec avant d’arroser de nouveau. Beaucoup de jardiniers découvrent qu’ils n’ont pas besoin de plus pour bien contrôler les sciarides.

Ne vous découragez pas si cela ne semble pas fonctionner au début, toutefois: il faut compter au moins un mois avant de dire que le traitement aura atteint tous les stades de l’insecte.

Une barrière en surface

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En couvrant le terreau d’une couche de sable ou de petites pierres (ici, avec du Gnat Nix fait de verre recyclé), vous pouvez tuer l’infestation de sciarides dans l’œuf. Source:  Growstone Gnat Nix

Une autre possibilité est de rendre le terreau en surface impropre à leur développement. Les larves vivent près de la surface du terreau (à 3 cm ou moins de profondeur), car elles doivent monter régulièrement à la surface pour respirer et ont besoin d’un terreau organique constamment humide. Si vous couvrez le terreau d’une couche de 1 cm de sable ou de petits cailloux (il existe même des produits commerciaux développés spécialement à cet effet, comme le Gnat* Nix), les larves ne pourront plus y vivre… et d’ailleurs, les adultes ne pourront pas y pondre leurs œufs non plus.

*«Gnat», ou plutôt «fungus gnat» est le mot anglais pour sciaride.

Piéger les adultes

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Un piège lumineux attrapera tous les insectes volants qui osent entrer dans votre maison. Source: Catchmaster.com

Pour contrôler les adultes, des pièges collants jaunes ou, mieux encore, un piège lumineux peuvent se montrer très efficaces.

Traitement insecticides

Il est aussi possible d’arroser le sol avec un insecticide, de préférence, j’espère, un ayant peu d’effets nuisibles sur l’environnement, comme un savon insecticide ou de l’huile de neem. On peut aussi rendre le terreau moins attirant aux larves en y mélangeant de la terre de diatomées ou de la cannelle en poudre.

Des prédateurs à la rescousse

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Sac de BTI. Source: amazon.com

Le larvicide biologique Bti** (Bacillus thuringensis israelensis), une bactérie utilisée habituellement pour contrôler les moustiques, contrôle bien les larves de sciarides aussi. Faites-en une solution et arrosez le terreau quand les larves sont actives. Il y a même des formulations développées expressément à cet effet, comme Knock-Out-Gnats et Gnatrol, sinon écrasez des pastilles de type MosquitoDunk pour en faire une solution.

Il peut falloir répéter le traitement au Bti hebdomadairement pendant 3 ou 4 semaines.

**Il est inutile d’utiliser le Btk (Bacillus thuringensis kurstaki), conçu pour les larves de papillons, sur les sciarides. Il faut le Bti, spécifique aux larves de diptères (mouches).

Ou utilisez d’autres prédateurs pour contrôler les sciarides, comme des nématodes (le Steinernema feltiae, par exemple), ou des acariens prédateurs comme le Hypoaspis miles. On peut commander ces prédateurs sur Internet.


Les sciarides: souvent elles sont plus dérangeantes que vraiment nuisibles, mais, en utilisant les bons moyens de contrôle, il est relativement facile de les éliminer.20180111B Luis Miguel Bugallo Sánchez, WC

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Pour un jardin d’eau sans moustiques

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20170725A.jpgOn peut éliminer les larves de moustique et de mouches noires (qui deviennent bien sûr les adultes qui nous piquent et nous mordent!) dans nos jardins d’eau avec le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis), une bactérie bénéfique.

Non, il ne s’agit pas d’un OGM. Le Bti est tout à fait naturel et écologique: on la trouve largement distribuée dans la nature. En le libérant dans un étang, on ne fait qu’étendre son aire de diffusion temporairement. Son utilisation est largement acceptée en jardinage biologique. Le Bti n’est pas toxique aux humains, non plus, ni aux animaux domestiques, oiseaux, poissons, grenouilles, etc.

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Les moustiques peuvent aussi transporter des maladies. Photo: Pixabay

Avec les maladies transportées par les moustiques (virus du Nil occidental, encéphalite équine, virus Zika*, etc.) qui sont de plus en plus à craindre, il est bon de savoir qu’on peut assurer que nos petits jardins d’eau ne fassent pas partie du problème.

*Le virus Zika n’est pas encore présent au Canada ni en Europe et sa distribution aux États-Unis est actuellement limitée à la Floride et au Texas, mais les moustiques capables de porter cette maladie s’y trouvent. Les autorités croient que ce n’est qu’une question de temps avant que le virus gagne ces régions.

Le Bti est spécifique aux larves des moustiques et des mouches noires et ne s’attaque à aucun autre insecte, même pas d’autres larves aquatiques. (Notez bien qu’on utilise une autre forme de la bactérie Bt, le Btk [Bacillus thuringiensis kurstaki] en jardinage biologique pour le contrôle biologique des chenilles.) On trouve le Bti sous plusieurs formats: granules à verser dans l’eau, «radeaux flottants» en forme de Cheerios ou de pastilles, etc. Selon l’option choisie, il faut répéter les traitements aux 30 jours environ.

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Pastilles MosquitoDunks®

On trouve les produits contenant du Bti en quincaillerie et en coopérative agricole ainsi que sur l’internet (Amazon.ca, par exemple). Voici quelques marques de commerce offertes: MosquitoDunks, AquaBac et Vectobac.

Voici une source d’information plus approfondie sur le Bti: Tout ce que vous devez savoir sur le Bti.20170725A

Une bactérie utile aux jardiniers

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On trouve facilement du Bt en magasin.

Quand on pense aux bactéries, on imagine toujours les variétés néfastes, comme la bactérie mangeuse de chair (Streptococcus du Groupe A), la salmonelle (Salmonella spp.) ou l’E. coli (Escherichia coli), mais combien de personnes pensent aux bonnes bactéries, pourtant très nombreuses?

La plus connue dans le domaine horticole est sans doute le Bt (pour Bacillus thuringiensis), une bactérie très abondante dans la nature et présente presque partout, sans doute dans votre propre cour. On en connaît des dizaines de souches, toutes spécifiques à certains groupes d’insectes, d’où un très grand intérêt pour les jardiniers. Le Bt est inoffensif pour les humain, les autres mammifères, les poissons et les plantes… tout, dans le fond, sauf certains groupes d’insectes.

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Le Bt rend l’insecte malade et incapable de manger.

Toutes les souches fonctionnent de la même façon: le Bt demeure en dormance sur la plante, dans le sol ou dans l’eau jusqu’à ce qu’il soit ingéré par l’insecte. Dans le système digestif de l’insecte, la bactérie se développe et libère des cristaux toxiques, ce qui rend l’insecte malade. Dans peu après son ingestion (dans 3 ou 4 heures dans le cas des chenilles), l’insecte arrête déjà de manger, puis il meurt de faim. Comme tout cela prend quelques jours, il faut s’armer d’une certaine patience: ceux qui s’attendent à voir les insectes mourir sous leurs yeux dans les instants qui suivent l’application seront déçus!

Certains souches de Bt sont offertes comme pesticides biologiques. D’ailleurs, aujourd’hui le Bt est l’insecticide le plus utilisé au monde en agriculture biologique.

Pour contrôler les chenilles

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Chenille de la piéride du chou.

Actuellement, la souche la plus fréquemment offerte est le Btk (B. thuringiensis kurstaki), efficace contre les larves de papillon (autrement dit, les chenilles). Attention toutefois! Comme tout pesticide, même biologique, il faut l’utiliser de façon limitée, strictement sur les plantes infestées (comme sur les crucifères pour prévenir le piéride du chou, par exemple, ou sur les alliacées pour contrôler la teigne du poireau), car il tue aussi efficacement les chenilles de papillons inoffensifs que celles de papillons nuisibles. D’ailleurs, il faut être certain que l’insecte qui mange votre plante est bien une chenille (larve de papillon). Le Btk ne sera pas efficace, par exemple, contre les tenthrèdes ou mouches à scie, appelées aussi, et avec raison, fausses-chenilles, car malgré qu’ils ressemblent à des chenilles, ils n’en sont pas, mais plutôt des larves de hyménoptères (proches parents des guêpes).

Les lecteurs canadiens se rappelleront que c’est le Btk qui est vaporisé sur nos forêts pour contrôler la tordeuse des bourgeons des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana).

Les moustiques y goûtent aussi

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On trouve le Bti sous forme de «beignes» qui flottent sur l’eau.

Le Bti (B. thuringiensis israelensis) est une souche de Bt qui est efficace contre les moustiques et les mouches noires et beaucoup de municipalités s’en servent pour rendre la vie de leurs citoyens plus agréable. De plus, avec toute la publicité actuellement sur le virus Zika, qui est transmis par les moustiques, ce produit est présentement très discuté dans les médias. Reste que les moustiques jouent un rôle essentiel dans l’environnement: des centaines d’animaux s’en nourrissent dont, dans nos régions, plusieurs oiseaux, notamment les hirondelles, ainsi que les chauve-souris. La décision d’utiliser ou non ce produit sera donc toujours très controversée.

Peut-il contrôler les doryphores?

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Doryphore de la pomme de terre. Photo: Wikimedia Commons.

Il existe même une souche de Bt qui serait efficace contre le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata), aussi appelé «bibitte à patate» au Québec, soit le Btt (B. thuringiensis tenebrionis). Ce produit n’a jamais été homologué pour utilisation domestique, toutefois, du moins, pas au Canada. D’abord, son efficacité est pauvre et, de plus, il affecte plusieurs autres coléoptères, dont certains bénéfiques. Il serait même toxique (bien qu’à un niveau minime) aux abeilles domestiques. On comprend alors l’hésitation à l’offrir commercialement.

Doit-on l’utiliser?

Même si le Bt est considéré un produit biologique (comment pourrait-il en être autrement, puisque c’est une bactérie vivante développée par dame Nature?), je demeure très hésitant à recommander son utilisation autrement que très localement, à des fins très spécifiques. D’ailleurs, c’est ma recommandation pour l’utilisation de tout pesticide. D’accord, le Btk est moins toxique que beaucoup d’autres insecticides biologiques pourtant populaires (roténone, pyrèthre, etc.), mais il peut quand même avoir des effets négatifs sur des insectes inoffensifs ou mêmes bénéfiques, donc il faut l’appliquer avec précaution.

Mon «pesticide» préféré contre les chenilles, par exemple, demeure la récolte manuelle… ou encore je recouvre la plante susceptible aux chenilles (notamment les crucifères) d’une couverture flottante.

À vous de décider de vos besoins selon les circonstances.