15 plantes d’intérieur pas si passe-partout

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Ce pauvre lis de la paix (Spathiphyllum) montre des signes d’un manque d’eau chronique… un bon exemple d’une plante pas si passe-partout. Source: www.gardeningknowhow.com

En préparant l’article d’hier, 15 plantes d’intérieur passe-partout, j’ai bien sûr jeté un coup d’œil sur d’autres sites Web pour voir leurs suggestions. (Non, ce n’est pas du plagiat! C’est ce qu’on appelle «faire de la recherche»!) Mais j’étais étonné par certaines de leurs suggestions.

Après tout, le but était de montrer des plantes d’intérieur particulièrement faciles à cultiver, des plantes qu’on pourrait notamment recommander aux jardiniers novices. Mais j’ai vu sur leurs listes plusieurs plantes que je n’aurais jamais pensé inclure parmi les plantes faciles à cultiver, des plantes qui ont des défauts qui font que leur durée de vie est plutôt limitée à moins de prendre des précautions spéciales. Vraiment pas des plantes passe-partout!

Pourquoi ces plantes dépérissent-elles?

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Aloès médicinal (Aloe vera) sérieusement étiolé par un éclairage insuffisant. Source: jardinierparesseux.com

Parfois, le problème est tout simplement que la plante nécessite un éclairage intense. Je ne pourrais jamais recommander un tel végétal comme plante d’intérieur facile à cultiver, car mon expérience est que les humains sous-estiment presque toujours les besoins en lumière des plantes d’intérieur. Nous semblons toujours penser que notre demeure est superbement éclairée, alors que c’est rarement le cas.

L’habitation moyenne est plutôt l’équivalent d’une caverne: pas plus que moyennement éclairée près de l’entrée (la fenêtre) et très peu éclairée en retrait de cette ouverture. (Faites le test du journal pour avoir une meilleure idée de l’éclairage chez vous… et préparez-vous à être découragé!)

Dans d’autres cas, les plantes recommandées sont trop sujettes aux dommages causés par l’air sec, trop susceptibles aux insectes ou maladies, naturellement de courte vie ou ont des exigences particulières qui vont au-delà d’un arrosage régulier et qui compliquent alors leur entretien.

Plantes d’intérieur pas passe-partout

Voici alors 15 plantes d’intérieur qui ne sont pas nécessairement difficiles à cultiver pour un jardinier qui a de l’expérience, mais que, pour les raisons expliquées, je n’aurais jamais mises sur une liste de plantes d’intérieur de culture facile.

  1. Broméliacées (Aechmea, Guzmania, Tillandsia, Vriesea, etc.)
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Ces broméliacées sont superbes, mais leur dépérissement après la floraison peut être traumatisant pour le jardinier! Source: www.orchardnursery.com

Ces plantes sont tout à fait charmantes et peuvent durer des mois dans une maison typique. Mais habituellement, elles sont vendues en fleurs… et elles meurent après la floraison! D’accord, avant de mourir, la plante produit, à de rares exceptions près, au moins un «bébé» qui fleurira à son tour — dans quelques années —, mais comprendre ce détail est beaucoup demander à un jardinier novice. Il risque plutôt de se décourager quand il verra la plante mère se dégrader peu à peu.

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Fille de l’air (Tillandsia): un entretien unique à apprendre. Source: cdn.shopify.com

Quant aux filles de l’air ou Tillandsia, qui sont rarement vendus en fleurs, le fait qu’il faille les arroser en les plongeant dans l’eau ou en les vaporisant les met dans une catégorie à part, pas dans le groupe des «plantes pour débutants».

  1. Cactées et succulentes
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Les cactées et succulentes ne sont de culture facile que si vous disposez d’un emplacement abondamment éclairé. Source: thesucculentsource.com

Il y a des centaines de plantes d’intérieur dans cette catégorie et elles ne sont pas difficiles à cultiver… si vous avez beaucoup de lumière. En effet, la plupart préfèrent même le plein soleil! Tristement, nos demeures sont beaucoup plus ombragées que la plupart des gens ne se l’imaginent. Le résultat est que je vois dans les demeures beaucoup de cactées et succulentes étiolées, affaiblies et mourantes, peut-être encore en vie, mais à peine.

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Cactus (Opuntia) sérieusement étolié à cause d’un manque de lumière. Source: pistilsnursery.com

Parmi les succulentes qui tolèrent un peu d’ombre et qui conviennent alors mieux aux débutants, il y a les aloès (Aloe spp. dont A. vera), les haworthias (Haworthia spp.), les gastérias (Gasteria spp.), la plupart des euphorbes (Euphorbia spp.) et la plante jade (Crassula ovata)… mais il leur faut quand même un emplacement qui reçoive au moins 5 heures de lumière indirecte par jour, donc un emplacement très près d’une fenêtre.

Aussi, beaucoup de jardiniers débutants perdent leurs succulentes l’hiver à la suite d’un arrosage trop généreux, n’ayant pas encore compris que, quand vous cultivez des succulentes, il est très important de bien laisser le terreau s’assécher avant d’arroser de nouveau. Doublement quand la lumière manque, comme c’est le cas l’hiver. Souvent, à cause des jours courts et des températures plus fraîches, ces plantes ont seulement besoin d’un arrosage par mois en plein hiver, alors que la tendance des jardiniers novices est de vouloir arroser leurs plantes régulièrement. Oups!

  1. Calathéa (Calathea spp.)
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Les calathéas (ici Calathea zebrina) ne réussissent bien à long terme que dans les emplacements où l’air est toujours humide. Source: http://www.planten-kopen.com

Un bel exemple d’une plante qui «tient bien» pendant plusieurs mois, surtout quand on l’achète au printemps ou à l’été, mais qui finit par dépérir l’hiver. Il ne tolère pas l’air sec et le manque de lumière communs à cette saison.

  1. Caoutchouc (Ficus elastica)
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Il faut au caoutchouc (Ficus elastica ‘Burgundy’) un emplacement bien éclairé. Source: www.homedepot.com

Je ne comprends pas pourquoi les jardineries continuent d’insister pour dire que le caoutchouc tolère l’ombre alors qu’il exige, bien au contraire, beaucoup de lumière et même, dans le Nord, le plein soleil, mais c’est bien le cas. D’accord, il peut sembler tenir le coup pendant six mois ou plus, mais alors il vit sur ses réserves d’énergie. Une fois qu’il les a épuisées, c’est la dégringolade et ses feuilles commencent à chuter l’une après l’autre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

  1. Croton (Codiaeum variegatum)
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L’état typique d’un croton (Codiaeum variegatum) après deux ou trois mois dans une maison. Source: garden.org

C’est presque scandaleux de recommander le croton aux débutants alors que cette plante a une réputation terrible chez les jardiniers pour sa capacité à mourir rapidement dans la maison. Le problème est qu’il tolère mal les changements, perdant prestement ses feuilles quand l’intensité lumineuse change. Il y a moyen de l’acclimater si vous avez de la patience, mais ce n’est guère une plante à conseiller aux débutants! Honte à ceux qui le font!

  1. Figuier pleureur (Ficus benjamina)
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Figuier pleureur (Ficus benjamina) en état de choc. Il faut bien acclimater cette plante si vous voulez la dompter. Source: goodtogrow.files.wordpress.com

D’accord, cette plante peut tolérer l’ombre et l’air sec de nos demeures et peut même vivre des décennies sous ces conditions, mais, comme pour le croton, seulement si vous l’acclimatez bien auparavant. Sinon, ses feuilles commencent à chuter presque aussitôt que vous le rapportez à la maison. Lisez Pourquoi un figuier pleureur perd ses feuilles pour savoir comment réussir son acclimatation.

  1. Fougère de Boston (Nephrolepis exaltata cvs)
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Il faut plus de lumière que vous ne le pensez pour maintenir une fougère de Boston (Nephrolepis exaltata) en bon état. Source: www.amazon.com

Cette fougère tolère mieux l’air sec que la plupart des autres fougères, ce qui est bien, mais est moins tolérante de l’ombre. Il faut un emplacement assez ensoleillé pour bien la réussir. Aussi, elle préfère un hiver au frais alors que, de nos jours, nous chauffons aux températures estivales toute l’année. Le résultat est qu’elle dépérit peu à peu dans la plupart des demeures.

  1. Lierre anglais (Hedera helix)
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Le lierre anglais (Hedera helix) n’est pas difficile à cultiver… si vous pouvez éloigner les araignées rouges! Source: www.amazon.com

D’accord, sa culture est facile… jusqu’à ce que l’automne arrive. Lorsque l’air devient plus sec, les tétranyques (araignées rouges) s’y installent et il dépérit alors rapidement.

  1. Lis de la paix (Spathiphyllum)
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Quand on achète un lis de la paix (Spathiphyllum), il est typiquement cultivé dans un pot si petit qu’il faut l’arroser au moins deux fois par semaine. Le rempoter dans un pot plus grand vous donnera du répit. Source: amazon.com

Assez facile en général, mais il fane très rapidement quand il manque d’eau et diminue en beauté à chaque fois qu’il s’assèche. Souvent, il faut l’arroser plus d’une fois par semaine! Si vous avez tendance à oublier d’arroser, ce n’est assurément pas un bon choix!

  1. Palmier d’Arec (Dypsis lutescens, syn. Chrysalidocarpus lutescens)
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Si vous voulez inviter des araignées rouges dans votre demeure, procurez-vous un palmier d’Arec (Dypsis lutescens)! Source: http://www.ikea.com

Comme dans le cas du lierre anglais, sa susceptibilité aux araignées rouges rend sa culture difficile et même décourageante. On ne semble jamais être capable de s’en débarrasser! D’ailleurs, la plupart des palmiers ont un problème avec des infestations réputées d’araignées rouges et sont rarement de bons choix pour les débutants.

  1. Pépéromia (Peperomia spp.)
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Plusieurs pépéromias (ici Peperomia caperata ‘Emerald Ripple’) sont sujets à la pourriture à moins que vous ne les arrosiez avec beaucoup de précaution. Source: Lazaregagnidze, Wikimedia Commons

Il y a trop d’espèces (plus de 1500!) pour faire plus qu’un commentaire généralisé, mais plusieurs des variétés disponibles dans le commerce sont sujettes à la pourriture si on les arrose trop. Typiquement, ils poussent bien au début et l’on est très content des résultats, puis ils meurent subitement. Quel choc alors!

  1. Plante prieuse (Maranta leuconeura)
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La plante prieuse (Maranta leuconeura erythroneura) tend à dépérir l’hiver sous l’effet de l’air sec de nos maisons. Source: carlosbato-arte.blogspot.com

Encore une plante qui donne des résultats encourageants au début, mais qui tolère mal l’air sec l’hiver. Inévitablement, c’est le dépérissement et la déception qui s’ensuivent.

  1. Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla)
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Quand on entasse autant de plantes dans un même pot, comme on fait typiquement avec le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla), cela cause un stress souvent fatal  Source: amazon.com

Rares sont les sapins de Norfolk qui survivent plus de quelques mois dans une maison normale. Leur besoin d’air frais et humide, alors que nos maisons sont chaudes et sèches l’hiver, finit par en avoir raison. Aussi, les producteurs entassent généralement trop de jeunes plants dans le même pot pour que l’effet soit plus attrayant, mais cette promiscuité nuit à leur survie. Sous de bonnes conditions, un sapin de Norfolk peut vivre des décennies (voici comment faire), mais je ne pourrais pas l’offrir légitimement à un jardinier sans expérience.

  1. Schefflera (Schefflera actinophylla, syn. Brassaia actinophylla)
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Le schefflera (Schefflera actinophylla) est attrayant, mais sujet aux araignées rouges. www.homedepot.com

Il s’agit du grand schefflera, celui aux imposantes feuilles luisantes, pas du schefflera miniature (S. arboricola), beaucoup plus commode. Encore une plante dont la susceptibilité aux araignées rouges fait qu’elle est difficile à garder en bon état très longtemps.

  1. Yucca géant (Yucca gigantea, syn. Y. elephantipes et Y. guatemalensis)
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Le yucca géant (Yucca gigantea) peut vivre plusieurs années, mais sans un éclairage intense, il le fait en dépérissant peu à peu. Source: http://www.waitrosegarden.com

Généralement vendu sous la forme d’un petit arbre au tronc brun dont l’extrémité a été coupée et qui porte de deux à quatre touffes de feuilles lancéolées, c’est une plante superbe… qui ne cesse de se dégrader avec le temps, faute de lumière intense. Il peut parfois vivre deux ou trois ans dans une demeure typique, mais il devient de plus en plus étiolé et de moins en moins beau avec le temps, et le nombre de feuilles diminue plutôt que d’augmenter, de quoi décourager son propriétaire. Pour les emplacements très ensoleillés seulement!


Et voilà! 15 plantes peut-être intéressantes pour les jardiniers qui ont de l’expérience, mais à ne pas offrir à un débutant… et qui ne sont assurément pas, malgré les prétentions de certains, des «plantes d’intérieur passe-partout»!20180127A Spathiphylium www.gardeningknowhow.com.jpg

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Les plantes nid d’oiseau

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Fougère nid d’oiseau (Asplenium nidus). Source: Pedro García, flickr

Cela fait longtemps que les fougères nid d’oiseau (Asplenium nidus et plusieurs espèces similaires, comme A. antiquum et A. australasicum) me fascinent. Leur nom vient du fait que leurs frondes simples en forme de langue (très différentes des frondes très découpées de la majorité des fougères) forment une rosette en forme de corbeille, semblable à un nid d’oiseau. De plus, pour pousser l’analogie avec les oiseaux encore plus loin, leurs jeunes feuilles, encore vert pâle, sont enroulées comme une balle et l’on peut dire qu’elles ressemblent à des œufs au centre du nid… mais cela n’est pas toujours si évident!

Curieusement, il arrive que de véritables oiseaux construisent leurs nids dans des fougères nid d’oiseau. Par exemple, le serpentaire de Madagascar (Eutriochis astur), un rapace, renonce souvent à construire son propre nid et s’installe simplement dans le nid prêt à l’emploi d’une grande fougère nid d’oiseau.

Fait pour faire face à un style de vie aérien difficile

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Dans la nature, Asplenium ndus pousse en épiphyte, fixé sur un arbre. Source: http://www.fazfacil.com.br

Aussi mignon que le port d’une fougère nid d’oiseau puisse sembler aux humains, ce type de fougère n’a pas évolué de cette façon pour plaire à nos yeux, mais plutôt dans un but très pratique. En effet, les fougères nid d’oiseau sont normalement épiphytes (des plantes qui poussent sur des branches d’arbres), bien qu’elles se fixent également aux parois rocheuses et tombent parfois sur le sol pour continuer à croître en tant que plantes terrestres.

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Le centre du nid se remplit de feuilles mortes et d’autres déchets. Source: LaboratorTEBA, YouTube

Or, le mode de vie des épiphytes est assez rude. Notamment, l’écorce nue sur laquelle les racines s’accrochent offre peu d’humidité et de minéraux… et c’est là où le port particulier des fougères nid d’oiseau les aide à compenser. Leur «nid» attrape et retient des feuilles et des fleurs mortes, des fientes d’oiseaux et d’autres détritus qui peuvent ensuite se décomposer lentement, nourrissant la fougère. Aussi, les détritus deviennent spongieux en se dégradant, retenant l’eau de pluie et aidant ainsi la fougère à faire face aux périodes de sécheresse.

Les botanistes anglophones appellent les plantes avec ce type de croissance «trash-basket plants» (plantes panier à déchets), un nom plutôt malheureux, ne pensez-vous pas? Parfois, on voit aussi le terme détritophile. Je préfère «plantes nid d’oiseau», une description beaucoup plus sympa.

Autres fougères nid d’oiseau

Mais Asplenium nidus et ses cousins ne sont pas les seules plantes nid d’oiseau. De nombreuses plantes épiphytes ont développé un port similaire, c’est-à-dire qu’elles utilisent leur feuillage ou d’autres organes pour attraper les feuilles mortes et s’en nourrir, ainsi que pour stocker de l’eau. C’est notamment le cas de la longue fougère (Campyloneurum phyllitidis) et de la fougère crocodile (Microsorum musifolium), les deux formant des rosettes un peu moins symétriques que les Asplenium.

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Les frondes vertes des drynaires (ici, Drynaria quercifolia) font de la photosynthèse; les frondes basales brunes attrapent les déchets et l’eau de pluie. Source: avrotor.blogspot.ca

D’autres fougères ont développé une autre technique pour attraper la litière.

Les drynaires (Drynaria spp.), par exemple, des fougères épiphytes qui poussent fixées aux branches d’arbres ou aux roches, produisent deux types de frondes. Ces fougères produisent à la fois de longues frondes vertes profondément découpées qui recueillent l’énergie du soleil, comme le font la plupart des feuilles, et qui produisent aussi des spores pour assurer les futures générations de la plante, et aussi des frondes basales très différentes: elles sont courtes, entières, stériles (ne produisent jamais de spores) et généralement brunes. Elles forment un genre de panier qui recueille la litière et les débris organiques, fournissant ainsi à la fougère des éléments nutritifs. Même mortes, les frondes basales continuent de servir les drynaires!

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Fougère corne d’élan (Platycerium bifurcatum) dans la nature, avec ses frondes fertiles vertes et ses frondes basales brunes qui se collent sur l’arbre-hôte et qui attrapent aussi les feuilles mortes et l’eau de pluie. Source: D. Gordon E. Robertson, Wikimedia Commons

Il y a beaucoup d’autres fougères avec un port similaire, dont une qui est couramment cultivée comme plante d’intérieur: la fougère corne d’élan (Platycerium spp.). Les fougères corne d’élan ont aussi des frondes fertiles vertes qui s’étendent vers l’extérieur pour attraper le soleil et des frondes basales courtes, en forme de bouclier, qui brunissent rapidement. Appuyées contre un tronc ou une surface rocheuse, ces frondes basales protègent les racines de leur fougère de la dessiccation, mais aussi, la marge supérieure s’ouvre vers l’extérieur pour attraper les feuilles mortes et l’eau. La plupart des propriétaires de fougères corne d’élan n’ont aucune idée de la curieuse raison d’être de ces frondes bizarres en forme de bouclier.

Au-delà des fougères

Pourquoi les fougères auraient-elles l’exclusivité d’une bonne idée? Des plantes épiphytes dans plusieurs autres familles ont adopté une stratégie similaire.

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Le nid d’oiseau géant (Anthurium salvinii) n’est pas une fougère, mais une plante à fleurs aux feuilles beaucoup plus coriaces. La ressemblance est toutefois remarquable. Source: http://www.htbg.com

Le vaste genre Anthurium contient plus de 1000 espèces de plantes terrestres, grimpantes et épiphytes, dont certaines, comme A. andreanum, A. scherzerianum et leurs hybrides, sont populairement cultivées comme plantes d’intérieur pour leurs belles fleurs, mais n’ont pas du tout un port de type nid d’oiseau. Par contre, un groupe d’environ 100 espèces, y compris A. hookeri, A. plowmanii et A. salvinii, a développé ce port en forme de panier. À cause de la taille exceptionnelle de plusieurs de ces anthuriums (certains sont aussi gross qu’une auto Smart), on les appelle parfois nid d’oiseau géant.

Les feuilles gigantesques, épaisses, coriaces et en forme de pagaie peuvent mesurer un mètre de longueur et forment une rosette inévitablement remplie de feuilles mortes, du moins, dans la nature. Les anthuriums nid d’oiseau poussent typiquement comme épiphytes au début, jusqu’à ce que leur poids énorme les fasse s’écraser au sol où ils continuent leur vie comme plantes terrestres.

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Les racines d’Anthurium salvinii sont dressées et se mélangent aux feuilles mortes en son centre. Source: myjunglegarden.com

Curieusement, leurs racines épaisses ressemblant à celles des orchidées poussent vers le haut et non vers le bas, et ce, afin de se faufiler à travers la litière.

Les anthuriums nid d’oiseau font d’excellentes plantes d’intérieur et sont faciles à cultiver… si vous avez l’espace nécessaire pour ces géants!

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Bulbophyllum beccarii. Source: Scott Zona, Wikimedia Commons

Et il y a aussi des orchidées nid d’oiseau. Bulbophyllum beccarii, par exemple, une orchidée épiphyte, qui produit des feuilles spatulées similaires à celles des Asplenium et des Anthuriums et qui attrape la litière forestière de la même manière.

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Ansellia africana dans la nature, poussant en épiphyte, avec ses racines dressées formant un nid d’oiseau qui attrape les feuilles mortes. Source: http://www.orchidboard.com

D’autres orchidées, notamment dans les genres Ansellia, Cyrtopodium et Grammatophyllum, ont adopté une autre technique.

Dans leur cas, ce ne sont pas les feuilles qui forment le nid, mais leurs racines. En effet, elles produisent deux sortes de racines: des racines normales, qui poussent vers le bas et qui les fixent sur le tronc ou la branche, mais aussi de longues racines aériennes orientées vers le haut qui forment un nid ou panier tout autour de la plante et qui attrapent les feuilles mortes et autres débris. Plusieurs de ces orchidées nid d’oiseau sont gigantesques, parmi les plus grandes orchidées au monde… et comme chez les fougères nid d’oiseau, parfois des oiseaux viennent y faire leur nid. On a déjà vu le hibou grand duc (Bubo bubo), l’un des plus grands rapaces nocturnes au monde, s’y installer.

Curieusement, en pot, les orchidées nid d’oiseau ne produisent pas de racines aériennes dressées, sauf lorsqu’elles sont stressées par un manque d’azote.

Les ultimes plantes nid d’oiseau

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Les ultimes plantes nid d’oiseau: les broméliacées (ici des Neoregelia hybrides) avec leur citerne qui se remplit d’eau. Source: pxhere.com

Toute recherche au sujet des plantes nid d’oiseau conduit inévitablement au groupe le plus efficace d’entre tous pour attraper l’eau et les déchets, soit les broméliacées-citernes. Ces plantes, trouvées dans plusieurs genres de la famille des Broméliacées, y compris Aechmea, Billbergia, Guzmania, Neoregelia et Vriesea (mêmes certaines espèces de Tillandsia y appartiennent) sont épiphytes ou lithophytes (elles poussent sur des rochers) et forment une rosette de feuilles si bien scellée qu’elle retient parfaitement l’eau de pluie qui s’y accumule en permanence. En conséquence, le point de croissance de ces plantes est constamment sous l’eau, ce qui a fait dire à un botaniste que les broméliacées-citernes sont les seules plantes aquatiques qui poussent dans les arbres! Ces plantes ont, pour la plupart, des racines qui se fixent sur des objets, mais n’absorbent pas l’eau. Elles «boivent» à travers les trichomes (écailles) qui recouvrent leurs feuilles plutôt que par leurs racines.

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Une grenouille mâle (Ranitomeya variabilis, anc. Dendrobates variabilis) qui vient déposer les têtards fixés sur son dos dans la citerne d’une broméliacée. Source: sbl.royalsocietypublishing.org

Il est intéressant de savoir que cette citerne ne fait pas que capter l’eau de pluie, les feuilles et les fleurs mortes, les excréments d’oiseaux et d’animaux, etc., mais aussi, qu’elle accueille toutes sortes de petits animaux, des microbes aux larves de moustiques et même aux têtards… dont les excréments aident à nourrir la plante. Autrement dit, chaque broméliacée-citerne est en fait son propre petit biome!

Les broméliacées-citernes font d’excellentes plantes d’intérieur et vous en trouverez différents types dans toutes les jardineries.


Que vous les appeliez «plantes panier à déchets» ou plantes nid d’oiseau, ces plantes sont absolument fascinantes et il vaut la peine non seulement d’en apprendre davantage à leur sujet, mais aussi d’en cultiver. Essayez-en une aujourd’hui!20180114B Asplenium ndus www.fazfacil.com.br

Visite à quelques jardins du sud de la Floride

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Deuxième jour: L’exposition TPIE

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Juste une section de la vaste exposition TPIE

L’exposition TPIE (Tropical Plant Industry Exhibition) est la plus importante exposition de plantes d’intérieur et tropicales en Amérique du Nord. Elle a eu lieu tous les mois de janvier à Fort Lauderdale, en Floride; du 18 au 20 janvier en 2017. J’ai pu y assister cette année dans le cadre de la tournée médiatique de trois jours organisée par la FNGLA (Florida Nursery, Growers and Landscapers Association) à l’attention des membres de la Garden Writers Association.

L’exposition TPIE présente les dernières tendances en plantes vertes, plantes à fleurs et plantes tropicales. Elle couvre 2 hectares: c’est essentiellement un jardin d’intérieur virtuel rempli de plantes magnifiques. Elle est avant tout conçue pour permettre aux pépiniéristes, et surtout aux jardineries de l’est de l’Amérique du Nord, de rencontrer les fournisseurs de produits et de plantes du monde entier, produits qu’ils pourront alors utiliser dans leur commerce ou vendre aux consommateurs. Il y avait environ 400 kiosques à l’exposition de cette année, y compris des fournisseurs de plus de 30 pays différents.

Ce n’est pas la première fois que je participe à cette exposition. J’y ai été deux fois auparavant et d’ailleurs j’y retournerais chaque année si je le pouvais. C’est de loin mon exposition professionnelle préférée, car elle est vraiment plus à l’avant-garde que les autres et plus axée sur les plantes aussi, plutôt qu’à l’outillage… et de plus, je dois admettre que j’aime beaucoup les plantes d’intérieur et c’est la seule qui leur accorde vraiment de l’importance.

Pour moi, visiter cette exposition est une occasion pour découvrir les plantes d’intérieur les plus récentes, les plus fascinantes et les plus attrayantes, ainsi que les dernières nouveautés en pots et en produits: de futurs sujets pour ce blogue, entre autres.

Notez que c’est une exposition professionnelle («trade show»). Contrairement à une exposition dédiée aux consommateurs, il n’y a pas de plantes à vendre sur place. Oui, j’étais entouré de plantes séduisantes que je voulais à tout prix me procurer, mais je ne pouvais strictement rien acheter! Quelle torture! Malgré cela, j’ai pu au moins faire une liste mentale des nouvelles plantes que je veux essayer… une fois qu’elles arrivent en jardinerie!

Visiter les 400 kiosques de l’exposition prend essentiellement toute une journée. Notre groupe a commencé par une conférence très intéressante sur la façon dont les tendances «lifestyle» influencent comment les gens achètent et utilisent les plantes. Cette activité était suivie d’une visite guidée de la salle d’exposition pour bien nous orienter. Par la suite, nous étions libres de visiter à notre guise, à découvrir les kiosques et les plantes et à poser des questions aux spécialistes. J’ai pris une tonne de photos!

Dernières tendances

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La cuisine et les plantes comestibles devraient aller ensemble, non? Ici, des récipients d’herbes et de légumes sont incorporés directement dans un comptoir de cuisine. Génial!

Cette année, il semble que les jardiniers ne feront pas que cultiver des plantes, ils les porteront aussi. Voici quelques exemples.

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Un tillandsia en épinglette? Pourquoi pas.

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Vive la mariée, toute habillée de succulentes!

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J’ai attrapé le bogue moi-même: me voilà avec un collier composé d’une petite plante de tillandsia. Photo: Jo Ellen Myers Sharp

Présentations exceptionnelles

J’aurais pu présenter 50 photos ici, mais je me suis limité à quelques montages favoris.

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Ce mur de vandas (orchidées) aux couleurs coordonnées a certainement attiré mon attention!

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Une exposition de plantes tropicales se doit d’avoir de la couleur, beaucoup de couleur… et elle ne manque pas ici!

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J’ai aimé l’aspect «bienvenue chez moi» de cette présentation.

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Une sélection ahurissante d’orchidées.

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La présentation de Bullis Bromeliads a remporté le premier prix dans sa catégorie.

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Cette présentation proposée par Plants in the City, qui montre une rue de New York fleurie, approche la qualité des montages de l’Exposition florale de Philadelphie. Autrement dit: wow!

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Le montage d’Excelsa Gardens a été primé dans sa classe.

Plantes remarquables

Juste quelques-unes des plantes superbes que j’ai remarquées. Plusieurs seront peut-être déjà dans une jardinerie près de chez vous ce printemps!

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Exacum ‘Kandy’ a d’énormes fleurs par rapport à la violette persane originale (Exacum affine), une plante d’intérieur quelque peu oubliée.

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La série Soiree de pervenches de Madagascar (Catharanthus roseus) produit des masses de fleurs beaucoup plus petites et plus nombreuses que toute pervenche que j’ai jamais vue.

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Il y avait tellement de broméliacées qu’il était difficile de choisir une favorite, mais je l’ai finalement fait: Neoregelia ‘Sunkiss’.

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J’ai vu Sanseviera ‘Fernwood’, avec ses feuilles si minces, dans les jardineries au Québec, mais sans étiquette d’identification. J’étais très heureux d’apprendre son nom.

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Une version naine d’une de mes plantes vertes préférées, le faux zamier: quelle bonne idée! Son nom? Zamioculcas zamiifolia ‘Zamicro’.

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Mon choix de meilleure plante à feuillage coloré: Aglaonema ‘Sparkling Sarah’.

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Tillandsia ‘Samantha’: à mon avis, la vedette de l’exposition!

Julia Hofley, une amie experte des plantes d’intérieur, et moi avons échangé au sujet de nos plantes préférées et – surprise! – nous sommes tout à fait d’accord! Notre choix comme vedette de l’exposition est Tillandsia ‘Samantha’. Eh bien, devinez quoi? Les juges aussi! Peu après notre décision, les responsables sont venus lui installer deux pancartes indiquant qu’il s’est mérité deux des prix les plus prestigieux de l’exposition, dont celui de Meilleure nouvelle plante à fleurs 2017.

Pots en quantité

Cette exposition offre beaucoup de récipients vraiment attrayants, théoriquement pour la culture des plantes… mais très peu avaient des trous de drainage. Si vous voulez les utiliser, il serait sage de percer un trou dans le fond auparavant!

Voici deux pots qui m’ont tout spécialement attirés.

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De très joli petits pots pour un mini jardin. Par contre, je ne sais pas comment les plantes qui y poussent trouveront assez de lumière pour leur survie à long terme!

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Pots dorés en forme d’ananas avec une garniture de Tillandsia. Mignon comme tout!

Visiter c’est apprendre

TPIE est aussi un bon endroit pour apprendre comment les plantes sont traitées dans les pépinières. Voici quelques exemples.

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Voici comment certaines plantes (ici des Fittonia) arrivent aux pépinières: de simples boutures de tiges entassées ensemble dans un sac en plastique!

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Tous les Sansevieria cylindrica spiralés et tressés de que nous voyons dans les magasins sont en fait de simples boutures de feuille. Voici de quoi elles ont l’air fraîchement importées de l’Asie. La couleur rose vient du traitement fongicide appliqué pour prévenir la pourriture.

Horreurculture

Il y a certaines pratiques horticoles que je n’approuve pas, notamment quand cela donne un résultat qui n’est pas ce qu’il semble être. Pour moi, cette façon de fonctionner, où essentiellement on prend les clients pour des nouilles, c’est de l’horreurculture plutôt que de l’horticulture.

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Haworthias couverts de peinture pour mousser leur vente: faire cela à chiots ou à des poussins et vous seriez arrêté! Dégoûtant!

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Cactus peints par pulvérisation pour les rendre plus «vendables». Une honte!

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Mousse de caribou (Cladonia rangiferina), en fait un lichen, séchée et teinte… et très morte!

Je n’ai rien contre l’utilisation de mousses séchées pour décorer un pot ou un terrarium, tant que le client comprend ce qu’il achète, soit une décoration inerte. Mais de toute évidence, le message ne passe pas: je reçois régulièrement des questions de jardiniers débutants qui veulent savoir pourquoi leur mousse ne pousse pas ou perd sa coloration ou comment l’arroser! De toute évidence, on n’explique pas aux clients ce qu’ils achètent.

Bizarrerie

Il y a aussi plusieurs montages de plantes qui font plus sourire qu’autre chose. En voici un exemple.

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Un topiaire de flamants rempli de mousse et couvert de plantes aux éphélides roses (Hypoestes phyllostachya).

Pour finir

Il y avait un Happy Hour pour tous les exposants et les participants à la fermeture de l’exposition à 17h30… mais j’étais tellement brûlé que je suis retourné à mon hôtel à 16h pour une petite sieste… et pour préparer ce blog.


Demain ou dans deux jours, selon le temps dont je dispose, je vous raconterai la fin de ma tournée en Floride.

À bientôt!