Un bleuetier, deux récoltes!

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Bleuetier remontant ‘Perpetua’. Photo: Chad Finn

Qui n’aime pas les bleuets (myrtilles)? Ce petit fruit sucré, pourpre foncé mais couvert d’une pruine blanche, ce qui lui donne une couleur bleutée, est un mets fort populaire en Amérique et gagne maintenant du galon en Europe et ailleurs où on le cultive de plus en plus. Mais jusqu’ici, il n’y avait qu’une saison de récolte: la mi-été. Plus maintenant, car un nouveau bleuetier, ‘Perpetua’ offre un trait unique: la possibilité d’une deuxième récolte à la fin de l’été et à l’automne. Il est présentement offert sous le nom Bushel and Berry™ Perpetua®, Bushel and Berry étant le nom d’une série de fruitiers développée pour le jardin domestique.

Bleuet ou myrtille?

Le nom bleuet est courant en Amérique du Nord francophone pour désigner les espèces indigènes de ce continent, comme Vaccinium angustifolium et V. corymbosum. Leurs fruits sont nettement plus bleutés que leurs proches parents les myrtilles (V. myrtillus et V. ulignosum) d’Europe et d’Asie dont les fruits sont noirs ou pourpre foncé. Les myrtilles sont rarement cultivées; on les récolte plutôt à l’état sauvage. Les bleuets, bien que populairement récoltés dans la nature aussi, sont désormais abondamment cultivés à travers le monde: Canada, États-Unis, Pologne, Allemagne, Suède, Pérou, Chili, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

En effet, Perpetua produit une nouvelle série de fleurs sur les pousses nouvelles qui suivent la première floraison, fleurs qui deviennent des fruits à leur tour, ce qui permet une deuxième récolte en septembre ou octobre au Canada; aussitôt qu’en août ailleurs.

Son histoire

En 1963, un botaniste remarqua un bleuetier sauvage encore plein de fruits en octobre à Monmouth, dans l’état de Maine aux États-Unis. Comme une fructification si tardive est très inhabituelle, il récolta des boutures qui furent repiquées au USDA-ARS National Clone Germoplasm Repository à Corvallis dans l’état d’Oregon. Depuis la plante a fidèlement produit 2 récoltes, une au milieu de l’été, une à la fin de l’été et l’automne. Aucun traitement au froid n’est nécessaire pour obtenir cette deuxième récolte.

Puisque cette plante, au nom de CVAC 45, était de taille intermédiaire entre un bleuet en corymbe (V. corymbosum) et un bleuet nain (V. angustifolia), que ses fruits aussi étaient de taille intermédiaire et comme, de plus, les deux espèces poussent à l’état sauvage dans la même région, on présume depuis sa découverte que CVAC 45 est un hybride naturel entre les deux espèces: ce qu’on appelle un bleuetier semi-nain.

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L’hybrideur Chad Finn. Photo fournie par Chad Finn

Chad E. Finn, chercheur en génétique et hybrideur de petits fruits de l’Unité de recherche sur l’horticulture à Corvallis (Oregon), s’est intéressé à CVAC 45 et, en 2000, a récolté et semé des graines résultant de la pollinisation libre de cette plante, ce qui a donné lieu à un large éventail de plantes. Au bout de 5 ans de comparaisons, il a fait une sélection: une plante spécialement productive et fiable, qu’il a nommé ‘Perpetua’ pour le Cap Perpetua d’Oregon… et pour sa production presque sans arrêt de fleurs et de fruits. Le bleuetier ‘Perpetua’ a été lancé en 2015 sous le nom BrazzleBerry™ Perpetua® aux États-Unis et est maintenant disponible au Canada sous le nouveau nom Bushel and Berry™ Perpetua® (Bushel and Berry™ est le nouveau nom pour la série de petits fruits connue sous le nom Brazzleberry™ jusqu’à la fin de 2016).

Une description

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‘Perpetua’ forme un joli arbuste qui pourrait facilement servir de haie. Photo: Pépinière Abbotsford

‘Perpetua’ atteint environ 75 cm de hauteur et 60 de largeur, avec un port évasé. Ses jeunes tiges sont jaunes, devenant rouges l’hiver. Les feuilles vert foncé luisantes, un peu tordues au printemps, mais de forme normale l’été, deviennent rouge foncé à l’automne, pendant la deuxième récolte. La plante est auto-féconde… heureusement, car il n’y aura pas d’autres bleuetiers en fleurs au bon moment pour assurer la pollinisation croisée de ses fleurs lors de la deuxième floraison.

‘Perpetua’ est considéré rustique en zone de rusticité 4, mais serait à essayer en zone 3b, car la plupart des bleuetiers semi-nains réussissent bien dans cette zone. Comme le bleutier nain a besoin d’un long hiver à température basse, il est difficile à cultiver dans les régions aux hivers doux, donc dans les zones 9 et plus.

Le bon sol

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La coloration automnale de ‘Perpetua’ est remarquable. Photo: Pépinière Abbotsford

Le grand secret de la culture du bleuetier est de lui offrir un sol meuble et acide, soit un pH de 4,2 à 5,2. La plupart des sols de jardin ne sont pas assez acides à son goût, donc il serait nécessaire de mélanger à la terre prélevée chez vous environ 50% de tourbe horticole («peat moss»), un amendement acidifiant. Et non, mélanger des aiguilles de pin ou des feuilles de chêne au sol, même si on entend ce conseil parfois, n’aide nullement: ces produits ne sont pas assez acides pour être utiles. Les Européens pourraient cultiver cette plante directement dans de la terre de bruyère, une terre sablonneuse naturellement acide qui est abondamment disponible en jardinerie sur ce continent. Ce produit n’est pas offert en Amérique du Nord.

Si le sol chez vous est sablonneux ou meuble, creusez un trou 3 fois plus large que la motte de racines, la plaçant 5 à 7 cm plus profondément qu’à l’origine pour encourager la plante de produire des racines sur la partie enterrée, et comblez avec la terre mélangée à la tourbe ou avec de la terre de bruyère.

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Les fleurs blanches en forme d’urne constituent un autre attrait. Photo: Chad Finn

Par contre, le bleuetier tolère difficilement les sols glaiseux et lourds. Si votre sol est de cette catégorie, mieux vaut le planter sur une butte surélevée en utilisant une terre rapportée plutôt que d’enfoncer ses racines fragiles dans un sol très compact. Achetez alors une terre à jardin en y mélangeant 50% de tourbe horticole (ou utilisez une terre à bruyère), puis placez la motte sur la surface du sol (oui, sans creuser de trou!) et couvrez la motte avec le mélange de terre et de tourbe. La butte devrait donc mesurer environ 1 m de largeur et être assez haute pour couvrir les 5 à 7 cm inférieurs de la tige. Vous pouvez aussi mélanger un engrais tout usage à dégagement lent au sol lors de la plantation. Évitez les engrais dits «de démarrage» ou «transplanteurs»: ils nuisent grandement à l’enracinement.

20170317E.jpgIl n’est pas utile d’ajouter les mycorhizes couramment vendues au sol lors de la plantation: les bleuetiers ne font pas de symbiose avec ces mycorhizes. Il existe toutefois des sélections de mycorhizes spécifiquement conçues pour les Éricacées (plantes de la famille du rhododendron, comme le bleuetier), comme Rhodovit®, mais ce type de produit n’est présentement pas offert en Amérique du Nord.

Les autres éléments de la culture

Habituellement on plante les bleuetiers au début du printemps quand la température commence à se réchauffer, mais on peut aussi les planter en été ou à l’automne.

Même si le bleuetier peut pousser à la mi-ombre, il y produira moins de fleurs et donc moins de fruits. Préférez alors le plein soleil. Un emplacement à l’abri du vent, où la neige s’accumule, est aussi préférable. Espacez les plantes d’environ 1 m pour leur donner assez d’espace pour se développer.

Arrosez bien à la plantation et gardez la terre toujours un peu humide par la suite. Couvrez toujours le sol d’environ 5 à 10 cm de paillis. Non seulement aidera-t-il à garder le sol un peu humide, ce que le bleuetier aime, mais aussi sa présence vous rappellera de ne pas sarcler. En effet, le bleuetier ne tolère pas qu’on vienne jouer dans ses racines.

Tout paillis conviendra. Encore, l’idée que les aiguilles de pin ou des feuilles de chênes déchiquetées seraient supérieures aux autres paillis pour les plantes acidophiles come le bleuetier est un mythe.

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Vous obtiendrez 2 récoltes prolifiques de fruits à tous les ans avec ‘Perpetua’. Photo: Chad Finn

Supprimez toute fleur qui paraît pendant les deux premières années, le temps que votre plante s’enracine adéquatement. Par la suite, laissez la plante fleurir… et commencez à déguster la manne!

Après quelques années, supprimez à la fin de l’hiver les branches les plus longues qui seront devenues moins productives, et cela, pour laisser la place aux jeunes branches plus fructifères. Fertilisez annuellement avec un engrais acidifiant.

Où trouver le bleuetier ‘Perpetua’?

Souvent la difficulté avec les nouveautés est de les trouver… mais j’ai peut-être une solution facile dans ce cas précis. Le site web www.bushelandberry.com, présentement en construction, aura d’ici quelques semaines une liste des pépinières au Canada qui offrent leurs plantes! Autre possibilité: c’est la Pépinière Abbotsford, située à Saint-Paul-d’Abbotsford, Québec, qui est responsable de la distribution au Québec, donc si vous voulez aller directement à la source…

Quant à mes lecteurs européens, il vous faudrait sans doute attendre un an ou deux avant que cette nouveauté américaine n’aboutisse dans une pépinière près de chez vous.


Un bleuetier, deux récoltes? Pourquoi pas?!

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