Des pesticides au spectre le plus étroit possible

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Le pesticide idéal ne s’attaque qu’à un seul ennemi… mais les tablettes des jardineries sont remplies de pesticides à large spectre.

Le pesticide idéal aurait le spectre le plus étroit possible, n’agissant que sur un seul ennemi et rien d’autre. Ainsi l’impact sur l’environnement sera minimal: on élimine un seul insecte, maladie ou végétal, par exemple, sans toucher à quoi que ce soit d’autre.

Pour l’instant, la plupart de pesticides qui sont sur le marché sont, au contraire, à large spectre: des insecticides qui tuent tous les insectes, même les coccinelles et les abeilles, des herbicides qui éliminent toutes les plantes à feuilles larges, même les plants de nos plates-bandes et des fongicides qui inactivent tous champignons, même les champignons nécessaires à la décomposition des feuilles mortes, etc.

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Le Btk (Bacillus thuringiensis kurstaki) ne touche qu’aux chenilles et rien d’autre.

Cependant il y a quelques percées intéressantes parmi les produits plus spécifiques, qui ne touchent alors qu’à une gamme réduite de proies. Le Btknotamment, ne contrôle que les chenilles… et les nématodes bénéfiques sont spécifiques aux larves qui vivent sur les racines,. Et de nombreuses recherches très prometteuses s’effectuent dans ce domaine.

Un jour, on pourra sans doute obtenir un produit biologique qui agit uniquement sur l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria) ou les araignées rouges et absolument rien d’autre.

Pour l’instant, par contre, appliquez tout pesticide, même biologique, avec beaucoup de précaution, car il y a toujours risque de dommages collatéraux.20170208A.jpg

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Une bactérie utile aux jardiniers

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On trouve facilement du Bt en magasin.

Quand on pense aux bactéries, on imagine toujours les variétés néfastes, comme la bactérie mangeuse de chair (Streptococcus du Groupe A), la salmonelle (Salmonella spp.) ou l’E. coli (Escherichia coli), mais combien de personnes pensent aux bonnes bactéries, pourtant très nombreuses?

La plus connue dans le domaine horticole est sans doute le Bt (pour Bacillus thuringiensis), une bactérie très abondante dans la nature et présente presque partout, sans doute dans votre propre cour. On en connaît des dizaines de souches, toutes spécifiques à certains groupes d’insectes, d’où un très grand intérêt pour les jardiniers. Le Bt est inoffensif pour les humain, les autres mammifères, les poissons et les plantes… tout, dans le fond, sauf certains groupes d’insectes.

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Le Bt rend l’insecte malade et incapable de manger.

Toutes les souches fonctionnent de la même façon: le Bt demeure en dormance sur la plante, dans le sol ou dans l’eau jusqu’à ce qu’il soit ingéré par l’insecte. Dans le système digestif de l’insecte, la bactérie se développe et libère des cristaux toxiques, ce qui rend l’insecte malade. Dans peu après son ingestion (dans 3 ou 4 heures dans le cas des chenilles), l’insecte arrête déjà de manger, puis il meurt de faim. Comme tout cela prend quelques jours, il faut s’armer d’une certaine patience: ceux qui s’attendent à voir les insectes mourir sous leurs yeux dans les instants qui suivent l’application seront déçus!

Certains souches de Bt sont offertes comme pesticides biologiques. D’ailleurs, aujourd’hui le Bt est l’insecticide le plus utilisé au monde en agriculture biologique.

Pour contrôler les chenilles

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Chenille de la piéride du chou.

Actuellement, la souche la plus fréquemment offerte est le Btk (B. thuringiensis kurstaki), efficace contre les larves de papillon (autrement dit, les chenilles). Attention toutefois! Comme tout pesticide, même biologique, il faut l’utiliser de façon limitée, strictement sur les plantes infestées (comme sur les crucifères pour prévenir le piéride du chou, par exemple, ou sur les alliacées pour contrôler la teigne du poireau), car il tue aussi efficacement les chenilles de papillons inoffensifs que celles de papillons nuisibles. D’ailleurs, il faut être certain que l’insecte qui mange votre plante est bien une chenille (larve de papillon). Le Btk ne sera pas efficace, par exemple, contre les tenthrèdes ou mouches à scie, appelées aussi, et avec raison, fausses-chenilles, car malgré qu’ils ressemblent à des chenilles, ils n’en sont pas, mais plutôt des larves de hyménoptères (proches parents des guêpes).

Les lecteurs canadiens se rappelleront que c’est le Btk qui est vaporisé sur nos forêts pour contrôler la tordeuse des bourgeons des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana).

Les moustiques y goûtent aussi

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On trouve le Bti sous forme de «beignes» qui flottent sur l’eau.

Le Bti (B. thuringiensis israelensis) est une souche de Bt qui est efficace contre les moustiques et les mouches noires et beaucoup de municipalités s’en servent pour rendre la vie de leurs citoyens plus agréable. De plus, avec toute la publicité actuellement sur le virus Zika, qui est transmis par les moustiques, ce produit est présentement très discuté dans les médias. Reste que les moustiques jouent un rôle essentiel dans l’environnement: des centaines d’animaux s’en nourrissent dont, dans nos régions, plusieurs oiseaux, notamment les hirondelles, ainsi que les chauve-souris. La décision d’utiliser ou non ce produit sera donc toujours très controversée.

Peut-il contrôler les doryphores?

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Doryphore de la pomme de terre. Photo: Wikimedia Commons.

Il existe même une souche de Bt qui serait efficace contre le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata), aussi appelé «bibitte à patate» au Québec, soit le Btt (B. thuringiensis tenebrionis). Ce produit n’a jamais été homologué pour utilisation domestique, toutefois, du moins, pas au Canada. D’abord, son efficacité est pauvre et, de plus, il affecte plusieurs autres coléoptères, dont certains bénéfiques. Il serait même toxique (bien qu’à un niveau minime) aux abeilles domestiques. On comprend alors l’hésitation à l’offrir commercialement.

Doit-on l’utiliser?

Même si le Bt est considéré un produit biologique (comment pourrait-il en être autrement, puisque c’est une bactérie vivante développée par dame Nature?), je demeure très hésitant à recommander son utilisation autrement que très localement, à des fins très spécifiques. D’ailleurs, c’est ma recommandation pour l’utilisation de tout pesticide. D’accord, le Btk est moins toxique que beaucoup d’autres insecticides biologiques pourtant populaires (roténone, pyrèthre, etc.), mais il peut quand même avoir des effets négatifs sur des insectes inoffensifs ou mêmes bénéfiques, donc il faut l’appliquer avec précaution.

Mon «pesticide» préféré contre les chenilles, par exemple, demeure la récolte manuelle… ou encore je recouvre la plante susceptible aux chenilles (notamment les crucifères) d’une couverture flottante.

À vous de décider de vos besoins selon les circonstances.