Je me rappellerai toujours la première fois que j’ai entendu l’expression «engrais vert». Je venais tout juste de commencer un cursus en production horticole à l’Institut de Technologie agroalimentaire, campus La Pocatière. Arrivée juste après Noël, j’étais à cheval entre 2 cohortes. Pour être franche, je ne connaissais pas grand-chose au monde agricole. J’étais catapultée dans cet univers, une vraie néophyte.
Je devais produire un travail sur une thématique de mon choix. Une collègue de classe m’a proposé tout banalement de parler des engrais verts. Peut-être par orgueil ou par surprise, j’ai tout simplement acquiescé. Dans mon for intérieur toutefois, je ne savais pas du tout de quoi elle parlait. Un engrais vert, du genre de la couleur de l’engrais? Je me suis précipitée à la bibliothèque en quête de réponses. Pas besoin de vous dire que j’étais bien à côté de la vraie définition. Pour ceux qui comme moi découvrent ces termes en lisant cet article, voici une définition simple. Celle-ci est tirée d’un article publié sur le blogue du Jardinier paresseux. Il est paru à la fin du mois d’août 2023 :
«Un engrais vert est une plante qui est utilisée pour protéger le sol et pour l’amender. Traditionnellement, ces végétaux sont semés dans un potager ou une terre agricole lorsque ceux-ci ne sont pas utilisés par une culture, soit avant, après, ou même entre deux. On peut même, dans un plan de rotation des cultures, faire pousser un engrais vert pendant toute une saison pour permettre à la terre de se régénérer.»
Crédit: Les Urbainculteurs
Les engrais verts et l’agriculture urbaine
Je sais bien que Mathieu a récemment fait un article sur cette thématique. Avec le mien, je voudrais ajouter une petite touche d’agriculture urbaine. Lorsque j’ai commencé à travailler aux Urbainculteurs, l’utilisation d’engrais verts n’était pas coutume. Nous vivions pourtant certaines difficultés comme l’érosion éolienne du terreau pour les installations sur les toits. Après quelques années de production, on remarquait une compaction progressive des sols ainsi qu’un appauvrissement. On parlait abondamment du bénéfice des engrais verts en plein sol, mais qu’en était-il pour le hors sol?
Comme la littérature sur le sujet était peu ou pas existante, nous avons décidé de tenter le coup à la ferme urbaine. Est-ce que ce serait un succès? Allions-nous le regretter? Il fallait l’essayer pour en tirer des conclusions.
L’essayer pour se faire une tête
Nous avons fait les premiers tests avec un mélange d’avoine et de pois. L’avoine crée de la matière organique pour nourrir le sol tout en s’enracinant afin que le terreau reste en place. Le pois fixe l’azote. Nous avons semé le tout à la volée avec un enfouissement superficiel. Premier constat, les oiseaux adorent l’avoine! Afin d’assurer un taux de germination suffisant, nous avons décidé de couvrir les semis avec des filets anti-insectes. Nous avons attendu que l’engrais vert ait suffisamment poussé puis nous l’avons retiré. Lorsque nous avons jugé qu’il était assez haut (l’engrais vert ne doit pas fleurir), nous l’avons fauché avec de petites faucilles. Évidemment que cela prend plus de temps, mais c’est notre réalité de production hors sol. À la ferme urbaine, presque tout se fait à la main!
Nous avons été satisfaits de ces premiers essais, mais l’étape qui me stressait le plus était la suivante. Comment se passerait l’enfouissement au printemps? L’avoine et le pois ne résistent pas au gel, mais les plants étaient restés en place tout l’hiver. Comme je viens de le mentionner, nous devons tout faire à la main. Est-ce que l’engrais vert se délogerait facilement? Est-ce que la décomposition serait belle et rapide malgré une vie dans le sol plus limitée?
Crédit: Les jardins de l’écoumène
Nos constats
Dès que nous avons pu travailler le sol au printemps, nous nous sommes mis à la tâche. Il est certain que cela a pris un peu plus de «jus de bras» que de passer avec de la machinerie. Nous avons été agréablement surpris du résultat. Les plants se retournaient bien avec plusieurs outils (binette, griffe rotative, râteau). On a ensuite défait comme on pouvait les mottes de racines. Après quelques semaines, le sol est redevenu meuble, avec de petits résidus, bien évidemment. Donc oui, il est possible d’utiliser des engrais verts même si nous cultivons hors sol.
Crédit: Les Urbainculteurs
Il est difficile, pour le moment, de mesurer l’impact réel de ces engrais verts sur la structure et la vie dans le sol. Toutefois, nous avons beaucoup aimé l’expérience et l’avons appliquée à grande échelle à la ferme cette saison. Afin de prolonger la saison de semis, nous avons même semé du seigle d’automne, qui a la capacité de germer en températures plus froides. Ce fut tellement populaire que plusieurs bénévoles ont même adopté cette pratique à la maison. Et que dire du look! C’est tellement beau! Notre intention pour l’année prochaine est d’étendre plus largement cette pratique à nos activités. Si cela est possible de semer des engrais verts en début de saison, là où il est possible de le faire. L’expérience continue!
Crédit: Les Urbainculteurs
