On entend souvent dire que les orchidées sont difficiles à cultiver, mais ce n’est qu’une demi-vérité. Plusieurs orchidées sont en réalité plutôt faciles à maintenir en bonne santé. Il faut toutefois comprendre les différences importantes que leur culture implique. Dans cette chronique, nous allons nous attarder sur les particularités des racines d’orchidées qui présentent une structure et un fonctionnement très différents des plantes terrestres conventionnelles.
La racine de l’orchidée est enrobée «d’éponge»
Comme nous l’expliquions dans une chronique précédente, les orchidées ont une longue histoire d’adaptation à toutes sortes d’habitats et de bouleversements climatiques très radicaux. Certaines orchidées ont dû se réfugier en hauteur pour fuir des sols inhospitaliers ou pour retrouver l’ensoleillement indispensable à leur croissance à une époque où la densité végétale était telle qu’il n’y avait plus assez de lumière au sol.
Pour survivre à leur nouvelle vie d’épiphyte (c’est-à-dire «accrochées aux arbres»), les orchidées ont développé un enrobage autour de leurs racines. Cet enrobage spongieux (que l’on appelle vélamen) est en fait une accumulation de cellules végétales (plus ou moins mortes d’ailleurs) qui sert à la fois d’écran solaire et de structure absorbante pour capter l’eau de pluie. Certains chercheurs utilisent l’expression «épiderme racinaire» pour parler du vélamen en analogie avec notre épiderme qui protège nos tissus internes. Cette analogie est plutôt judicieuse, car le vélamen protège efficacement les fragiles racines d’orchidées contre le dessèchement – tout en permettant les échanges gazeux indispensables à la chimie interne des racines.
En fonction de l’exposition au soleil (et d’autres facteurs), la structure et l’épaisseur du vélamen peuvent varier significativement. Plus l’exposition au soleil sera intense, plus la couche de cellules protectrices sera épaisse. Inversement, lorsque la racine se développe à l’abri de la lumière (par exemple dans un substrat de culture), le vélamen est plus mince et, par conséquent, moins absorbant et plus perméable aux échanges gazeux.
La racine aérienne – visible, joufflue et bien absorbante
La forme la plus facile à observer est la racine aérienne. Il s’agit d’une racine d’orchidée qui se développe à l’air libre et qui permet de capter le maximum d’eau de pluie lors de la moindre averse.
Si on coupe une racine aérienne, on peut y voir clairement les vaisseaux au centre entourés du vélamen protecteur (de couleur nettement plus verte).
Pour permettre une meilleure absorption de l’eau stockée dans le vélamen, la racine produira une multitude de cils absorbants (parfois appelés «radicelles» ou «poils absorbants»), qui sont très difficiles à observer, mais tout de même indispensables à l’osmose hydrique. Ces radicelles sont très fragiles et extrêmement sensibles à la lumière. Lorsque les racines sont exposées à l’air libre, les radicelles restent donc bien cachées dans le vélamen à l’abri de la lumière.
La racine d’ancrage – discrète, ingénieuse et bien solide
Pour s’accrocher solidement aux arbres, les plantes épiphytes doivent également posséder des racines d’ancrage qui les «souderont» à leur hôte et leur permettront de résister aux vents violents et autres intempéries. Cette deuxième forme de racine se distingue de la forme aérienne sur plusieurs points.
Le vélamen, mieux protégé de l’ensoleillement, sera plus mince et permettra aux fragiles radicelles de s’aventurer hors du vélamen à la recherche d’humidité stockée dans le substrat. On peut observer un exemple de cette nouvelle conformation sur la prochaine photo, où les radicelles émergent massivement du vélamen immature à la pointe d’une racine. Les autres racines avoisinantes ont réussi à conserver plusieurs cils absorbants, mais de façon plus ou moins continue toutefois.
Observation des radicelles
L’observation des radicelles n’est généralement pas aussi facile, car ces structures sont souvent ultrafines et ultrafragiles. Pour photographier et étudier la structure fine des racines ainsi que leurs systèmes d’ancrage, des chercheurs universitaires allemands ont dû recourir à la microscopie électronique sur des échantillons refroidis à -140 °C. La vie de chercheur n’est pas de tout repos!
Ces travaux de recherche ont toutefois permis de révéler quelques-unes des différentes stratégies utilisées par les plantes épiphytes pour s’accrocher solidement à leur support, comme:
a) le «moulage» du vélamen entre les aspérités;
b) l’enroulement de radicelles autour des microaspérités environnantes;
c) l’exsudation de sucres pour «engluer les radicelles» au substrat.
Le résultat final est d’une solidité remarquable et permet à la plante, exposée aux vents violents et aux tempêtes tropicales, de rester bien en selle sur son hôte.
La double personnalité des racines d’orchidées
En résumé, l’orchidée épiphyte fabriquera donc deux types légèrement différents de racines: l’une aérienne et optimisée pour capturer l’eau de pluie, et l’autre qui servira plutôt à ancrer solidement la plante à son hôte.
Bien que les deux formes de racine soient constituées des mêmes éléments, leur configuration finale diffère significativement, notamment en ce qui concerne la longueur des cils absorbants:
– des radicelles courtes à l’intérieur du vélamen dans le cas de la racine aérienne
ou
– radicelles souvent allongées dans le substrat environnant pour s’y ancrer et en extraire de l’humidité et des nutriments.
L’observation directe des différences morphologiques est toutefois très difficile, en raison de la taille microscopique de certains cils absorbants, mais aussi de leur grande fragilité quand on les manipule pour les observer. Souvent, les racines d’ancrage sont très bien dissimulées sous la partie visible de la racine, ce qui complique grandement leur étude.
Conseils pratiques pour la culture des orchidées
Que la racine soit aérienne ou dissimulée dans le substrat, elle doit remplir les deux mêmes fonctions de base: l’absorption d’eau et les échanges gazeux qui lui permettent d’exécuter toutes ses fonctions de transformation chimique au niveau des racines. Bref, la racine doit boire et respirer, tout comme nous!
Ces deux fonctions entrent toutefois en compétition puisque, lorsqu’un vélamen est gorgé d’eau, la racine centrale a du mal à respirer. C’est un peu comme si nous essayions de respirer à travers une débarbouillette imbibée d’eau appliquée contre notre visage – l’air ne passe plus (ou presque).
Donc, pour la plupart des orchidées, on alternera les périodes d’hydratation et les périodes de sécheresse, permettant ainsi la réalisation complète de la chimie de la racine.
Mais le cycle d’hydratation/respiration sera très différent selon qu’il s’agisse d’une racine aérienne ou d’une racine de substrat. Pour une racine typique d’orchidée épiphyte, le cycle hydratation/respiration peut s’exécuter en 24 à 48 heures à l’air libre, mais pour la racine entourée de substrat, le cycle nécessitera plusieurs jours, souvent 7 à 10 jours dans des conditions communes de culture.
Arrosage
On arrosera donc très souvent une orchidée ayant seulement des racines aériennes (par exemple les vandas ou les épiphytes montées sur plaque), puisqu’elles sécheront beaucoup plus vite que leurs cousines dans le substrat.
Lorsque l’orchidée possède un bon réseau racinaire dans le substrat, il faudra arroser moins souvent, mais très abondamment pour bien humecter les racines et le substrat. Il est toujours important de laisser sécher entre chaque arrosage afin de permettre les échanges gazeux nécessaires à la chimie interne des racines. Les périodes sèches permettent également de réduire les risques d’infections bactériennes et fongiques.
Pour s’assurer que le substrat est suffisamment sec avant d’arroser, on peut simplement soulever le pot, qui s’allégera beaucoup lorsque le substrat sera sec.
Pour les moins expérimentés, je recommande l’utilisation de petits bâtonnets de bambou piqués dans le substrat. Il convient de les extraire avant l’arrosage afin de s’assurer que le centre de la potée est suffisamment sec. De plus, l’odeur du bâtonnet vous indiquera la présence de bactéries ou de champignons dans vos pots, et ce bien avant d’en percevoir les ravages à la surface. C’est facile à faire, précis et économique.
