Vous me connaissez, j’adore la nature. Je me fais un point d’honneur de laisser ma pelouse pousser pour y abriter toutes sortes d’espèces végétales et animales et, cette année, j’avais décidé de laisser complètement la nature reprendre ses droits. Ma devanture représente environ un acre de pelouse… C’est long à tondre et ça n’apporte rien à personne de garder ça en pelouse.
Mais voilà que récemment, j’ai vécu une situation délicate. Ma friche pleine de fleurs sauvages dérange le voisinage, et on me l’a fait comprendre avec plus ou moins de délicatesse.
Des règlements obsolètes
Après avoir consulté la municipalité, j’ai été aberré de voir qu’il y a des normes pour l’entretien de la pelouse qui sont totalement en contradiction avec le respect de la biodiversité. Et, pourtant, on est en campagne et il y a littéralement un champ rempli de vaches à côté de chez moi! Si c’est comme ça en campagne, quels sont les règlements en ville?
Après avoir fait quelques recherches, j’ai découvert que toutes les municipalités n’ont pas la même réglementation quant à la longueur de la pelouse. En ce qui concerne la mienne, on s’attend à ce qu’elle demeure en dessous des 30 cm, mais pour certaines municipalités ce chiffre est de 15 cm. C’est ridiculement court si on considère que c’est le maximum. Pour éviter de passer chaque fin de semaine sur sa tondeuse, il faut vraiment couper au ras du sol!
Un vent de changement
Mais c’est avec bonheur que j’ai constaté qu’à certains endroits, il n’y a plus de réglementation sur la longueur maximale de la pelouse. Chaque citoyen est libre de choisir ce qu’il veut faire de son terrain: un tapis-gazon qui devient jaune en juillet, ou une jolie friche pleine de vie. C’est le cas notamment à Nicolet et dans certains arrondissements de Montréal où on pratique la coupe différentiée, c’est-à-dire que les bords de rues et certaines parties des parcs sont entretenus, alors que le reste est laissé en friche. Magog envisage également de réviser les règlements de la ville à l’automne.
Comme on dit en bon québécois, «il faut que les bottines suivent les babines». Plusieurs villes, villages, municipalités se vantent d’être «verts», de vouloir végétaliser leurs espaces et d’inviter la biodiversité chez eux. On ne cesse de vanter les asclépiades plantées dans les parcs afin d’attirer les monarques. Et pourtant, quand chez moi j’essaie de laisser pousser tout ce qui veut pousser, pour justement qu’il y ait des asclépiades, des monarques, des couleuvres, des souris, des insectes, je me fais dire que ça ne se fait pas.
Franchement, où est la logique?
Ce que votre pelouse fait POUR VOUS
Outre la biodiversité, il y a d’autres avantages à laisser pousser les végétaux. Est-ce qu’il fait chaud chez vous? Est-ce que votre sol extérieur est poussiéreux? Est-ce qu’il y a beaucoup de mouches et de moustiques?
Devinez quoi! Ben oui, la pelouse longue est la solution!
Il a été démontré que le couvert végétal régule la température du sol en profondeur: plus d’un mètre de profondeur change de température selon la longueur du couvert végétal. Le jour, le sol est plus frais, et la nuit, il reste plus chaud. Ça signifie moins de stress pour vos végétaux, la vie souterraine en général, et un environnement plus contrôlé et frais en été.
Il fait trop chaud dans votre cour? Pas étonnant si vous tondez chaque semaine! C’est comme allumer les sièges chauffants de votre voiture. Avec une longue pelouse, vous gagnerez quelques degrés de fraîcheur. Imaginez ce que cela serait avec une friche!
J’ai consulté plusieurs études et, bien que je n’en aie pas trouvé qui aient été menées au Québec, j’ai pu constater qu’il peut y avoir une différence d’environ 10 C° à 10 cm de profondeur entre une pelouse courte et une pelouse longue.
Ensuite, la pelouse longue ne sèche pas aussi rapidement que la courte. Elle garde le sol plus humide, permettant à l’herbe de rester bien verte, et ce, même en cas de sécheresse. Point bonus: quand le sol est sec et l’herbe courte, au moindre coup de vent, la terre s’effrite et s’envole, recouvrant votre terrasse, laissant les pieds des enfants sales, et causant à la longue des trous dans votre terrain.
Un autre point
Vous et vos poubelles êtes d’excellents lunchs pour les insectes «désagréables». Les prédateurs de ces insectes ont besoin d’un grand territoire de chasse avec des cachettes et de la fraîcheur: votre petit tapis vert n’est pas du tout viable pour eux.
Quand je parle de biodiversité, je fais rire de moi, alors voilà, d’autres avantages plus «accessibles». Mon tapis d’entrée n’est jamais boueux, et mes chiens adorent se coucher dans l’herbe longue et fraîche quand ils m’accompagnent au jardin. Est-ce qu’ils vont à l’ombre des arbres plus loin? Non! Le sol est assez frais pour qu’ils soient confortables partout. Enfin… plus maintenant que j’ai dû dépenser 50$ d’essence dans mon tracteur pour couper tout l’avant de la maison…
Mon terrain, mes valeurs, mes convictions
Bref, je suis dégoûtée du massacre que j’ai dû faire. Vous avez des enfants qui jouent dans la pelouse, vous aimez le gazon tondu: PARFAIT, coupez-le. Mais chez moi, c’est chez moi, et j’entends bien faire mes propres choix et mettre de l’avant mes propres valeurs.
Vous pouvez être certains que je vais consulter la municipalité pour voir si on peut emboîter le pas aux villes visionnaires qui autorisent les îlots de biodiversité. (Ça sonne ridicule, non? «Autoriser» la biodiversité…) D’ici là, sachez qu’une magnifique haie sauvage s’élèvera tout autour de mon terrain: de jolis buissons et des arbres qui cacheront la vue de mon horrible terrain au reste du monde.
D’habitude, j’aime bien finir sur une note positive, une touche d’humour ou quelque chose à méditer, mais là, je ne sais pas…
Ah oui! J’ai trouvé: je vais terminer par le slogan de ma ville. Vous êtes prêts?:
Habitez la nature.
Quelle ironie, n’est-ce pas?
