Mon mur végétal tel qu’il était en 2016, 12 ans après son installation. Notez que le miroir à l’extrémité le fait paraître beaucoup plus long qu’il ne l’est réellement. Photo: jardinierparesseux.com
Par Larry Hodgson
Le temps est venu d’arracher mon vieux mur vivant et d’en installer un nouveau!
Lorsque j’ai installé un mur végétal avec un fond d’écorce de liège dans ma salle de bain en 2002, j’avais prédit qu’il durerait 60 ans. Eh bien, j’avais tort. Il n’a duré qu’environ un tiers de cette durée: 19 ans pour être précis.
En janvier de 2021, une section de mur s’est effondrée, déversant des plantes, des sections d’écorce pourrie et de la matière organique (quelque chose que, pour une raison que je ne comprends pas tout à fait, mon mur produit en quantités abondantes!). Tout est tombé dans la baignoire en dessous. Touchant ici et là à d’autres parties du mur, j’ai pu retirer encore d’autres morceaux de liège… beaucoup, beaucoup trop facilement.
Il fallait que je me rende à l’évidence qu’une grande partie du liège qui constituait le mur se désintégrait. Au fond, je le savais déjà en quelque sorte, même si j’étais jusqu’alors dans un profond déni. Mon beau mur végétalisé, la grande fierté de ma maisonnée, touchait à sa fin.
Alors, j’ai décidé de le refaire. Et d’écrire sur l’expérience dans un billet de blogue.
L’histoire de mon mur d’écorce
Mon mur végétalisé est assez unique. Je n’ai utilisé aucune des techniques habituelles de la technologie des murs végétalisés, la plupart développées par le botaniste et chercheur français, Patrick Blanc. Elles sont actuellement très populaires dans les bâtiments commerciaux haut de gamme. Ces méthodes utilisent surtout des végétaux plantés dans du terreau à l’intérieur de poches d’agrotextile ou d’insertions en plastique. Il s’agit alors de plantes terrestres montées sur un mur, mais qui poussent de la même façon qu’elles l’auraient fait en pleine terre, soit avec leurs racines dans la terre.
J’aurais sans doute appliqué l’une de ces techniques si j’avais été au courant, mais au moment où j’ai fait mon mur, je n’avais pas accès à ces concepts ni aux produits nécessaires pour les réaliser. Je n’avais jamais entendu parler de murs vivants ou de murs végétalisés. Je me suis plutôt inspiré de mère Nature pour créer un mur vivant à ma façon.
L’inspiration originale vient des nombreuses plantes épiphytes poussant sur des troncs et des branches d’arbres que j’avais vues dans les jungles du Costa Rica. Les arbres étaient tellement recouverts de verdure qu’on ne pouvait même pas voir leur écorce!
Je voulais créer cet effet de verdure luxuriante dans ma maison, cette sensation de jungle qui nous donne des frissons. Plus précisément, je voulais construire un mur de plantes épiphytes dans ma salle de bain à Québec. Oui, aux limites de la forêt boréale! Et je l’ai fait.
Vous pouvez lire un compte rendu complet du développement de mon mur végétalisé et de son fonctionnement dans le billet Le mur végétal dans ma salle de bain. Ici, je vous explique plutôt sa renaissance!
Avant la chute du mur
Mon mur végétal est constitué d’un mur de 2,1 m × 2,1 m (7 pi × 7 pi) en placoplâtre à l’épreuve de l’eau, recouvert de morceaux d’écorce de chêne-liège sur lesquels l’eau coule doucement chaque matin pendant 30 minutes grâce à une pompe gérée par une minuterie. Un bassin en dessous récupère l’eau en excès afin qu’elle puisse être recirculée.
L’écorce passe donc d’humide à complètement sèche tous les jours… comme le ferait un tronc d’arbre dans une jungle où la pluie tombe quotidiennement.
L’éclairage naturel dans ma salle de bain est extrêmement limité. Ainsi, les plantes doivent largement compter sur des lampes fluorescentes T5 au plafond. (Si j’avais commencé aujourd’hui, j’aurais employé des lampes DEL.) Elles sont régies par une minuterie pour éclairer 8 heures par jour. Oui, je sais. C’est vraiment très, très peu, mais cette durée est la meilleure que j’ai pu négocier avec ma femme, Marie, une lève-tard qui ne supporte pas l’idée d’entrer dans une salle de bain brillamment éclairée quand elle se réveille le matin.
Le mur est planté de plantes épiphytes: ces plantes qui poussent sur les arbres à l’état sauvage. Parmi les plantes cultivées, il y a des aracées (principalement des philodendrons, rhapidophoras et pothos), des fougères, des bégonias, des hoyas, des gesnériacées, des pépéromias et quelques autres espèces. Vous remarquerez que ce sont surtout des «plantes vertes». Avec seulement 8 heures d’éclairage par jour, peu de plantes à fleurs réussiraient à s’épanouir. Ainsi, je n’ai pas eu de succès durable avec les deux groupes d’épiphytes les plus connus: les orchidées et les broméliacées.
Les plantes se promènent sur le mur, un peu comme les couvre-sols le font dans nos plates-bandes, s’enracinant dans l’écorce ici et là. Les épiphytes croissent de cette façon dans la nature aussi.
Le système (arrosage, éclairage, etc.) étant largement automatisé, l’entretien principal consiste simplement à tailler les plantes trop envahissantes pour les contenir et à ramasser les feuilles mortes et jaunies. Je pourrais facilement m’absenter pendant des mois. C’est le jardin chez moi qui nécessite le moins d’attention!
Durée de vie utile des éléments paysagers
Je dois admettre que j’étais très déçu par la lente dégradation de mon précieux mur. Par contre, mon fils, Mathieu Hodgson, qui est spécialiste en aménagement paysager, s’est montré beaucoup plus magnanime. «Les éléments d’aménagement paysager extérieur (murs, escaliers, etc.) ne sont généralement bons que pour 12 à 15 ans. Ensuite, il faut les replacer ou les remplacer.» Selon lui, un mur qui dure 19 ans a en fait duré plus longtemps que la moyenne.
Son affirmation m’a consolé passablement.
Je n’arrose la nouvelle version du mur qu’une fois par jour, et cela peut faire une différence dans sa durabilité. J’ai arrosé l’original deux fois par jour pendant les premières années, pensant qu’il faudrait plus d’eau pour contenter les racines des plantes, qui sont largement exposées à l’air et donc sujettes à l’assèchement. Mais cette croyance s’est révélée fausse. À partir de la cinquième année, j’ai réduit la fréquence à un seul arrosage par jour sans le moindre signe de stress chez les végétaux. Avec une seule séance d’arrosage chaque matin, j’ai bonne espérance que le mur absorbe l’eau moins rapidement et dure donc plus longtemps.
La relance
Il y avait un autre problème avec la refonte du mur cette fois-ci. Et c’est que je n’ai plus la santé pour le faire moi-même. Je suis maintenant handicapé, souffrant d’une maladie pulmonaire débilitante qui m’empêche de faire quoi que ce soit qui nécessite une action physique trop poussée. Seulement arroser mes plantes d’intérieur me brûle complètement! Essentiellement, je dois me résigner au fait que je ne peux plus faire de travail physique. Mais plus du tout. Réaliser ce projet était maintenant bien au-delà de mes capacités!
Malheureusement pour moi, refaire ce mur n’est pas un projet banal que je pourrais simplement confier à un entrepreneur en rénovation. La plupart ne comprendraient pas ce que je veux faire. Après tout, que penseriez-vous si vous aviez l’habitude de poser des murs de Gyproc ou de contreplaqué et que quelqu’un vous demandait d’y installer plutôt de l’écorce de liège, un produit brut de forme fort irrégulière?? Et de plus, dans le but de faire couler de l’eau sur ce mur tous les matins? Même l’idée de cultiver des plantes sur un mur leur est étrangère. Tout cela leur semble complètement fou!
Les trois entrepreneurs en rénovation domiciliaire que j’ai contactés n’ont montré aucun intérêt pour mon projet, et encore moins dans une région où l’économie locale fonctionne à plein régime et où ils ont alors amplement le choix de contrats plus standards.
Alors, c’est mon fils Mathieu qui est intervenu. En tant que paysagiste, il a l’habitude de travailler avec des outils, connais beaucoup de produits horticoles (mais pas l’écorce de liège!) et je pense lui avoir inculqué un certain respect de l’environnement, un détail très important pour moi. Mais il réside à Montréal, moi à Québec. Environ 2 heures 30 minutes de route.
Mais je n’ai même pas eu besoin d’insister. Il s’est tout de suite offert pour entreprendre le projet. Il a donc pris des journées de congé pour venir chez son vieux papa et refaire son mur végétalisé. Merci, Mathieu!
Ainsi, je me suis donc occupé de commander l’écorce (j’ai pu trouver un fournisseur d’écorce de liège en vrac en Ontario Exotic Feeders), puis Mathieu est venu passer 5 jours chez moi pour travailler sur le projet.
Il a d’abord enlevé les plantes du mur. Il suffisait de tirer dessus pour les détacher tellement l’écorce était pourrie! Après, il a supprimé le maximum de résidus d’écorce possible de leurs racines et a placé les végétaux tous ensemble, comme dans une salade mixte, dans de grands sacs en plastique transparent: une sorte de serre temporaire.
Puis il a retiré l’écorce restante du mur et a gratté pour enlever les racines et le silicone qui y collaient. Enfin, il a repeint le mur avec une couche d’imperméabilisant noir pour que l’eau ne s’infiltre pas dans le placoplâtre. (Une méthode qui avait parfaitement fonctionné la première fois.)
Les «flats» (morceaux plats) d’écorce de liège sont des sections d’écorce de liège récoltées sur des chênes-lièges (Quercus suber) dans le sud-ouest de l’Europe ou en Afrique du Nord. Ils sont couramment vendus comme plaques de culture pour les orchidées. Les flats ne sont vraiment pas aussi plats que leur nom anglais semble l’indiquer – la plupart forment quelque chose comme un quart de lune lorsqu’ils sont vus en coupe transversale – et sont certainement de forme très irrégulière. Aucun n’est même proche d’être rectangulaire.
Ma commande de 60 kg de flats de liège contenait à la fois des grandes pièces et des petites. Ils avaient une variété infinie de formes, mais toujours très irrégulière. Ainsi, Mathieu a dû raboter l’endos des morceaux d’écorce afin qu’il y ait suffisamment de surface plane pour permettre un contact durable avec le mur. Puis, à l’aide d’un silicone brun faisant office de colle à l’épreuve de l’eau, il a assemblé les morceaux d’écorce comme un puzzle.
Petite catastrophe
Après deux jours, nous avons commencé la plantation du mur. Étant donné que le silicone était étiqueté «à séchage rapide» et que son odeur désagréable s’était passablement dissipée, nous pensions vraiment que le mur était prêt.
Mais nous étions trop vites sur la gâchette! Lorsque nous avons ouvert l’irrigation pour en tester l’effet, une section de morceaux d’écorce s’est détachée. Il s’avère que, si le silicone à la marge de l’écorce était sec, celui sous l’écorce ne l’était pas encore.
Nous avons nettoyé le gâchis et Mathieu a réinstallé l’écorce. Mais nous avons décidé d’attendre au moins un mois avant de replacer les plantes cette fois-ci. Les boutures sont donc retournées dans leur sac/mini-serre en attendant.
La prochaine fois que Mathieu a pu revenir, finalement, c’était 2 mois plus tard. J’ai quand même essayé le système d’irrigation en son absence pour être certain que tout fonctionnait et cette fois-ci, l’écorce est restée en place.
Finir la plantation
Planter un mur d’écorce de liège n’est pas ce que vous pensez. Je n’utilise pas de plantes enracinées, mais plutôt des boutures. J’avais essayé de dépoter certaines plantes la première fois et les résultats n’étaient pas très intéressants. Rincer les racines d’une plante pour enlever le terreau laissait une masse de racines désordonnées conservant la forme de pot, ce qui ne faisait pas très naturel. Même cachées dans une boule de mousse, cela paraissait bien artificiel, même 19 ans plus tard! L’apparence des plantes est beaucoup plus naturelle quand elles partent de zéro, formant de nouvelles racines qui épousent la forme de l’écorce comme elles le feraient dans la nature. Donc, je préfère placer des boutures directement sur le mur.
Ainsi, aucun rempotage salissant n’est nécessaire. Il faut juste un sécateur.
Cette fois-ci, ce qui compliquait la situation était que les boutures avaient passé environ 10 semaines dans des sacs de plastique transparents, feuilles, tiges et racines toutes mélangées ensemble en attendant la plantation. On se rappelle que cette étape devait à l’origine ne durer que 3 ou 4 jours! À leur sortie des sacs, certaines étaient fanées et d’autres avaient pourri… mais d’autres paraissaient encore en très bon état. Il y avait donc un bon tri à faire.
J’ai également fait une tournée en jardinerie avec Mathieu et j’ai acheté de nouvelles plantes à bouturer pour remplacer quelques espèces perdues. Comme c’est regrettable que les jardineries ne vendent pas de boutures!
Il suffit d’envelopper les boutures dans de la sphaigne (une mousse séchée offerte en jardinerie) et de les fixer à l’écorce. À cette fin, on peut soit les insérer dans une fente (il y en a beaucoup dans un mur d’écorce de liège!) ou encore, les attacher n’importe où sur l’écorce avec un morceau ou deux de fil métallique, l’enfonçant solidement à chaque extrémité dans l’écorce pour qu’il tienne en place. (On peut enlever le fil métallique quand la bouture est bien enracinée.)
Il n’en faut pas plus d’efforts que cela. Les boutures d’épiphyte adorent s’enraciner dans l’écorce qui est, après tout, leur milieu naturel, et il n’est pas nécessaire de faire grand-chose pour les encourager.
Une fois la plantation terminée, nous avons remis l’irrigation en marche… et cette fois, tout a tenu. Eurêka!
La récompense de la patience
Il n’a fallu que peu de temps pour voir une reprise de croissance. En moins d’une semaine, de courtes racines ont commencé à apparaître sur certaines boutures; environ une semaine plus tard, de nouveaux bourgeons verts sont apparus. Peu à peu, de nouvelles tiges et feuilles ont commencé à se former. Et maintenant, 4 mois plus tard, les tiges et les racines s’allongent littéralement de jour en jour.
Du moins, c’est le cas pour les boutures les plus réussies! D’autres ont mis jusqu’à 3 mois avant de montrer le moindre signe de vie. Eh oui, certaines ont malheureusement échoué. Mais maintenant au moins, le mur se remplit. Toujours aussi lentement. Le mur fonctionne depuis novembre 2021, soit depuis 4 mois maintenant. J’estime qu’il faudra deux ans avant qu’il se recouvre suffisamment de verdure et pour dire qu’il est «complètement rétabli».
Et tout ce processus me procure une grande joie.
Le plaisir d’observer
Si vous êtes jardinier, vous savez la joie qu’on ressent lorsqu’on fait des semis et qu’on voit nos petits semis de légumes et d’annuelles commencer à pousser. De graines à petits semis aux jeunes plants vigoureux prêts à planter: c’est tellement fascinant! On ne peut tout simplement pas s’empêcher de les admirer, encore et encore, plusieurs fois par jour. Et l’odeur délicieusement terreuse qui emplit nos narines lorsqu’on soulève ce dôme qui les recouvre. On a le sentiment d’inhaler la vie! Le cœur s’envole! C’est l’extase!
Eh bien, il en va de même pour les boutures sur un mur végétalisé.
Je passe probablement 30 minutes par jour au total, en 2 ou 3 séances, juste à regarder le mur, notant chaque petit signe de progrès. Quand je me brosse les dents, je ne fais pas face au miroir, mais au mur! Je regarde les feuilles se dérouler, de nouveaux bourgeons poindre et les racines ramper lentement le long de l’écorce et entrer et sortir des crevasses. J’aime toucher le mur et respirer son parfum de forêt après la pluie. Parfois même je presse mon visage contre le mur, comme pour m’imprégner de sa puissance. Je suis tellement heureux!
Parce que, alors que le mur prend vie, je la quitte peu à peu. On m’avait dit il y a 6 ans qu’il me restait 1 à 2 ans à vivre. Pourtant, je suis toujours là et je peux difficilement demander mieux. Par contre, je peux clairement sentir la fin arriver maintenant. Ce mur sera mon héritage. Je ne le verrai jamais se remplir entièrement, mais je suis tellement ravi de voir Mathieu venir le sauver et de savoir qu’il aidera ma femme, sa belle-mère, à l’entretenir.
Mais il est donc bien beau, mon mur. Je pourrais passer le reste de ma vie à l’admirer!
Sauf mention contraire, photos: jardinierparesseux.com

