Sceau de Salomon à deux fleurs (Polygonatum biflorum). Photo: haraldmuc, depositphotos
Avec ses tiges si gracieusement arquées et sa capacité à tolérer les coins les plus sombres, le sceau de Salomon dément la croyance que l’on ne peut cultiver rien qui vaille à l’ombre.
Par Larry Hodgson
Cette belle d’autrefois est trouvée dans beaucoup de jardins anciens, mais a été un peu oubliée dans la foulée des nouvelles introductions de vivaces qui inondent le marché du jardinage depuis quelques décennies. Il vaut cependant la peine de la redécouvrir. Après tout, que peut-on avoir contre une plante qui vit longtemps (il existe des plantations plus que centenaires!), pousse sans le moindre soin, est jolie du printemps à la fin de l’automne et peut pousser à l’ombre la plus profonde de surcroît?
Il existe environ 70 espèces de sceaux de Salomon (Polygonatum), un genre de la famille des Asparagacées, mais les variétés les plus courantes présentent toutes la même physionomie: des tiges dressées à la base, mais qui s’arquent gracieusement pour continuer leur croissance à l’horizontale, créant un effet des plus orientaux. Elles sont coiffées de feuilles lancéolées larges s’étalant de part et d’autre de la tige comme une échelle. L’effet est doublement charmant à l’automne quand toute la plante devient jaune or. D’ailleurs, on cultive surtout les sceaux de Salomon pour leur port et leur feuillage.
Les fleurs et les fruits, sans être sans intérêt, ne font qu’ajouter aux attraits des tiges et des feuilles. Les fleurs, portées séparément ou par groupes de 2 ou plus, sont généralement en forme de cloche allongée blanc crème à pointe verte et sont suspendues sous les tiges, ce qui les cache partiellement de vue. Par contre, ce petit jeu de cache-cache n’est pas sans renforcer le charme oriental de la plante, comme une geisha timide qui se cache le visage derrière un éventail.
Les fleurs sont suivies de fruits verts devenant noirs ou bleu très foncé (rarement rouges) qui persistent jusqu’à ce que le feuillage jaunisse à l’automne.
Le nom «sceau de Salomon» vient des rhizomes rampants charnus, marqués d’une «étampe» brune ronde comme si l’on y avait pressé un sceau. D’ailleurs, le nom Polygonatum vient aussi des rhizomes noueux, car il veut dire «à plusieurs genoux». À moins de déterrer la plante et de laver ses racines à grande eau (ce qui ne lui fera aucun bien!), vous risquez de ne jamais voir ce phénomène, caché comme il est sous le sol.
À l’origine, plusieurs sceaux de Salomon furent utilisés comme plantes médicinales dans leurs pays d’origine (usage qui a persisté jusqu’à aujourd’hui), mais nos ancêtres ont dû les trouver très jolis aussi, car on les retrouve très souvent dans les plates-bandes de fleurs autour des vieilles demeures.
Les rhizomes et les tiges de plusieurs espèces sont comestibles après cuisson. Les fruits sont légèrement toxiques, mais causent rarement des intoxications, car il faut en consommer d’importantes quantités pour se rendre malade.
Beaucoup de confusion dans les noms
Vous n’aurez aucune difficulté à trouver des sceaux de Salomon sur le marché. Ce qui est moins certain, c’est que l’étiquette qui les accompagnera portera le bon nom. Si jamais une plante méritait un «test de paternité», ce serait bien celle-ci. Voici ce qu’il en est.
Si vous vous procurez un sceau de Salomon de petite taille à feuilles vertes, c’est probablement le sceau de Salomon à deux fleurs (Polygonatum biflorum). Selon sa description originale, il mesurait environ 45 à 90 cm de hauteur. Mais les taxonomistes ont récemment rapatrié d’autres sceaux de Salomon plus gros sous ce nom, notamment le grand sceau de Salomon, maintenant P. biflorum giganteum (autrefois P. commutatum) qui mesure jusqu’à 2 m de hauteur. Donc, si votre plante est particulièrement basse ou particulièrement haute, elle appartient sans doute à cette espèce.
Comme le nom l’indique, les fleurs jaune verdâtre sont parfois groupées par deux aux aisselles des feuilles, mais pas toujours: ainsi, malgré son nom, le sceau-de-Salomon biflore peut tout aussi bien avoir trois ou quatre fleurs par aisselle.
Cette plante est d’origine nord-américaine, dont le Québec. Zones de rusticité 3 à 8. (Pour en savoir plus sur ces zones, lisez Comprendre les zones de rusticité).
Le sceau de Salomon hybride (P. × hybridum) est un sceau de Salomon de hauteur moyenne (90 à 120 cm), un hybride naturel entre P. multiflorum et P. odoratum, et originaire d’Europe. La plupart des variétés à feuilles vertes vendues sous les noms P. multiflorum et P. commutatum appartiendraient en fait à cette espèce. C’est probablement le sceau de Salomon le plus cultivé, même s’il est rarement vendu sous son vrai nom. Zones de rusticité 3 à 8.
La plupart des plantes étiquetées comme étant le sceau de Salomon odorant (P. odoratum) appartiennent plutôt à l’espèce précédente à laquelle celui-ci ressemble beaucoup. Mais on trouve quand même ce sceau de Salomon parfois, surtout chez les pépinières spécialisées dans les plantes de sous-bois. Ses fleurs blanches à extrémité verte, individuelles ou groupées par deux à quatre, sont parfumées, surtout le soir. Si votre sceau de Salomon n’est pas parfumé, il n’est pas P. odoratum, peu importe ce que dit son étiquette. Autre trait déterminant: les tiges du sceau de Salomon odorant sont angulaires plutôt que tubulaires. Fruits noirs. Peu envahissant. Il est largement distribué en Eurasie dans la nature et atteint de 60 à 100 cm de hauteur. Zones de rusticité 3 à 8.
Les jardiniers québécois pourraient rechercher le sceau de Salomon pubescent (P. pubescens), l’espèce la plus courante dans leur province, s’ils préfèrent une espèce indigène, mais il est rarement offert dans le commerce. Son aire est strictement limitée à l’est du continent, contrairement à P. biflorum (l’autre espèce indigène) qui couvre aussi le centre de l’Amérique du Nord. Son feuillage au revers légèrement velu permet une identification facile. Fleurs vertes ou jaune verdâtre. Baies bleu-noir. 30-90 cm x 45 cm. Zones de rusticité : 3 à 8.
Il existe aussi des variétés à fleurs doubles de plusieurs de ces espèces.
Des variétés au feuillage coloré
Plusieurs espèces de sceaux de Salomon ont donné des cultivars au feuillage panaché. Deux variétés surtout sont courantes (et souvent confondues) sur le marché. P. odoratum ‘Variegatum’ porte des feuilles à marges blanches et atteint 45 à 60 cm de hauteur. Il a été nommé vivace de l’année en 2013 par la Perennial Plant Association, ce qui a stimulé beaucoup sa popularité.
P. × hybridum ‘Striatum’ (P. × hybridum ‘Variegatum’) est de la même taille, mais ses feuilles sont à la fois bordées et striées de blanc. L’un ou l’autre créera un effet superbe à l’ombre, où le blanc de leurs feuilles ressort particulièrement bien.
Il y a aussi plusieurs autres sceaux de Salomon à feuillage panaché, des cultivars plus récents encore plus saisissants que les variétés panachées traditionnelles, dont P. × hybridum ‘Grace Barker’ et P. odoratum plurifolium ‘Double Stuff’. Il y a même une variété à feuillage printanier pourpre: P. × hybridum ‘Betberg’.
Toutes les plantes décrites sous la rubrique Des variétés à feuillage coloré poussent très bien dans les zones de rusticité 3 à 8.
Sceaux de Salomon dressés
Si la forme habituelle d’un sceau de Salomon est une tige dressée à la base, mais arquée à l’horizontale au sommet, il existe plusieurs exceptions à port dressé, la plupart assez peu connues.
J’aime particulièrement le sceau de Salomon nain (P. humile), de seulement 12 à 23 cm de haut, qui est parfaitement dressé. Il porte des feuilles joliment nervurées de part et d’autre de sa courte tige et une ou deux fleurs pendantes aux aisselles supérieures. Elles sont blanc crème à extrémité verte. Ses fruits sont bleu-noir. C’est un excellent couvre-sol, formant un tapis dense. Vraiment, c’est une plante qui mériterait d’être beaucoup plus populaire. Zones de rusticité: 4 à 8.
Il y a aussi de grands sceaux de Salomon dressés comme le sceau de Salomon verticillé (P. verticillatum). Avec ses tiges dressées et ses longues feuilles étroites, quasiment des aiguilles, placées tout autour de la tige par groupes de 4 à 8, on dirait une prêle (Equisetum) anormalement aérée et décorée de petites fleurs. Aussi, cette espèce forme, avec le temps, des touffes denses et n’est nullement envahissante. De petites fleurs blanches à extrémité verte assez insignifiantes paraissent par groupes de 3 à 8 et deviennent des fruits rouges au début, mais éventuellement pourpre foncé. Certains clones sont petits (30 cm), d’autres très grands (150 cm). Zones de rusticité 5 à 9.
Le sceau de Salomon de Sibérie (P. sibiricum) ressemble beaucoup au sceau de Salomon verticillé, mais est plus rustique: zones de rusticité 3 à 8. Il atteint de 120 à 150 cm de hauteur.
Une plante pour l’ombre
Le sceau de Salomon est d’abord et avant tout une plante d’ombre, se plaisant dans des situations si sombres que presque rien d’autre ne peut y pousser. Il peut même tolérer la concurrence des racines d’arbres, même si cela ralentit sa croissance déjà très lente. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas pousser au soleil, mais il risque alors d’avoir un feuillage un peu délavé, surtout si, de surcroît, le sol est sec. L’ombre et la mi-ombre lui conviennent davantage.
Cette plante est habituée à composer avec des «situations difficiles», par exemple, des sols très lourds ou remplis de racines d’arbres. Pour cette raison, il n’est pas nécessaire de la dorloter avec un sol riche et meuble: tout sol conviendra. De même, dans la nature cette plante de sous-bois compose très bien avec la litière forestière (feuilles d’automne en décomposition) comme seule source d’engrais. Si vous la naturalisez dans un sous-bois, vous n’aurez donc aucune fertilisation à faire. Dans un aménagement plus contrôlé, utilisez un paillis organique: il fertilisera le sol en se décomposant.
Bien que tolérant de la sécheresse comme des inondations, le sceau de Salomon préfère un sol moyennement humide. Si vous le plantez sous des arbres à racines superficielles, où la sécheresse estivale sera son lot, creusez un trou de plantation de 3 fois le diamètre de la motte de racines et tapissez-le de 7 à 10 feuilles de papier journal. Le papier agira comme barrière temporaire contre les racines d’arbre, donnant ainsi à la plante la chance de s’établir avant que les racines reviennent. Arrosez votre sceau de Salomon bien les deux premiers étés pour vous assurer qu’il s’installe bien. Après, les racines des arbres ne le dérangeront plus.
Le sceau de Salomon est à son plus beau lorsqu’on lui permet de former une grosse touffe large, mais sa croissance est aussi très, très lente. Si vous ne voulez pas attendre 5 ou 6 ans pour qu’il commence à créer un bel effet, il peut valoir la peine de planter ensemble 4 à 7 spécimens à 20 à 30 cm d’espacement pour créer l’effet d’une touffe tout de suite.
Cette croissance très lente ne veut pas dire que le sceau de Salomon n’est pas envahissant. Bien au contraire, une fois établie, la touffe grossira peu à peu, mais inexorablement, bouffant peut-être avec le temps plus d’espace que vous auriez voulu. Pour contrer cet effet «bulldozer», vous pouvez soit planter le sceau de Salomon à l’intérieur d’une barrière définie dans le sol (un seau dont le fond a été enlevé, par exemple) pour contrôler son élan, soit découper et déplacer les sections vagabondes. Souvent, on se contente de naturaliser cette plante dans un sous-bois où elle ne nuira pas même si la touffe vient à mesurer 4 ou 5 m de large… après 40 ans et plus !
Facile à multiplier
Une fois établi, le sceau de Salomon offre une profusion de rhizomes qu’on peut découper et déplacer au printemps ou à l’automne. On le multiplie rarement par semences, contenues dans ses baies bleu foncé, car elles sont lentes à germer (prenant parfois 3 ans!) et très lentes à pousser par la suite.
Ses ennemis
Le sceau de Salomon est réputé être très résistant aux insectes et aux maladies et aussi aux cerfs et aux lapins. Parfois, les limaces percent quelques trous dans les premières feuilles au printemps, mais rien de très grave. Par contre, le criocère du lis (Lilioceris lilii), un insecte orange vif qui dévaste normalement les lis (Lilium spp.), semble attiré par certains clones de P. biflorum. Généralement, les dommages sont mineurs. L’insecte ne parvient pas à se multiplier sur cet hôte, qui semble être légèrement toxique pour lui. Si des criocères s’installent sur votre sceau de Salomon, essayez des vaporisations à l’huile de neem, qui est à la fois un insecticide et un répulsif. Mais ils ne sont pas très persistants sur cette plante.
Son utilisation
Le sceau de Salomon est un choix tout désigné pour les sous-bois où l’on peut le naturaliser et le laisser pousser à sa guise, mais aussi pour tout emplacement ombragé. Il est superbe dans un jardin oriental!
De beaux mariages
Les sceaux de Salomon verts mettront en valeur les hostas panachés et dorés (Hosta spp.). Les variétés panachées seraient superbes avec des plantes forestières à feuillage vert, comme les hostas verts, les fougères de toute sorte, les épimèdes (Epimedium spp.) et les trilles (Trillium spp.).
Le sceau de Salomon en résumé
- Hauteur: variable selon l’espèce
- Largeur: illimitée
- Floraison: mai à juin ou début juillet
- Sol: tout sol
- Exposition: soleil à ombre
- Zones de rusticité: 3 à 8, selon l’espèce
- Insectes et maladies: peu fréquents
Où se procurer les sceaux de Salomon?
Ils sont offerts dans toutes les jardineries.
Pour en découvrir encore plus sur les sceaux de Salomon et découvrir d’autres espèces et cultivars, je vous recommande mon livre La bible des vivaces Tome 3, disponible sous forme de PDF seulement.

