Par Julie Boudreau
Il y a des jardins tellement colorés, tellement pleins de tout, que les plantes finissent par se perdre dans la plus totale des cacophonies. C’est alors que l’on qualifie le tout de pizza! Oui, une pizza. Toute garnie, avec le jambon et les ananas! Le poivron côtoie le fromage, parsemé de champignons bruns et de sauce tomate, sans oublier l’extra d’olives noires. Ceci est le troisième et dernier texte d’une série où j’ai abordé la théorie des couleurs et l’art d’agencer les couleurs. Voyons maintenant comment se prémunir du syndrome de la pizza!
Au jardin, on obtient l’effet pizza quand toutes les plantes de l’univers sont réunies dans une organisation qui ne tient pas compte de l’harmonie des couleurs des fleurs. Souvent, on y néglige aussi les textures des feuillages ou la forme générale des plantes. C’est un peu comme si le poivron n’avait pas plus d’importance que les champignons et que leur disposition désordonnée nous empêche de remarquer les détails du pepperoni!
Encore et toujours… as-tu un plan?
Bien sûr, c’est beaucoup plus facile de partir de zéro et de planifier dès le départ l’allure générale d’une plate-bande. Un jardin qui ne passe pas par le papier a plus de chance de devenir un vrai fiasco.
Dans un jardin, il y a des plantes vedettes, que l’on pourrait aussi appeler les plantes structurantes. Celles-ci doivent être encadrées et rehaussées grâce à d’autres plantes plus discrètes. On pourrait qualifier ces dernières de plantes de remplissage ou de plantes d’accompagnement. Ce ne sont pas toutes les plantes du jardin qui ont suffisamment de personnalité pour devenir des plantes vedettes. Et les plantes plus discrètes sont tout aussi utiles pour mettre les vedettes sur un piédestal. Imaginez un film d’Hollywood, où tous les acteurs seraient de grandes célébrités. On finirait par s’y perdre. Les acteurs de niveau secondaires sont essentiels.
En plus de bien choisir ses plantes vedettes et de ne pas en abuser, au jardin, on s’intéressera aussi à la période et à la couleur des fleurs. Pour obtenir un agencement réussi, il faut se donner un thème et travailler en ce sens. On choisit une ou deux couleurs principales et toutes les autres couleurs doivent graviter autour. C’est une petite règle de base fort utile pour aider le jardinier qui commence à éviter les pièges qui tendent à l’effet pizza.
Opter pour la simplicité
Si l’on décide que le rose et le mauve sont à l’honneur, ces couleurs doivent dominer! Il n’est pas interdit d’ajouter une touche de jaune clair, comme celle du coréopsis ‘Moonbeam’ (Coreopsis verticillata ‘Moonbeam’), pourvu que celle-ci serve à rehausser une centaurée mauve. Mais, on doit sentir la dominance des centaurées mauves, des échinacées roses et des véroniques violettes.
Si l’on a envie de faire de l’horti-gourmandise et de cultiver une peu de tout, mieux vaut subdiviser ses désirs en petites sections. Séparés par des barrières visuelles, comme une haie, une clôture ou un massif d’arbustes, on pourra miser sur des thématiques fortes, mais distinctes. Ainsi, des massifs de fleurs mauves se peuvent se trouver d’un côté et un arrangement de jaune et d’orangés peut dominer de l’autre côté. Les séparations permettent d’entrer dans un «nouveau» jardin, qui nous fait oublier le précédent.
Comment sauver une plate-bande existante?
L’effet pizza est souvent un constat qui nous explose dans la figure après plusieurs années de jardinage et d’ajout de plantes. Un beau matin, le cerveau droit (celui de la raison) prend le dessus sur le cerveau gauche (celui de la sensibilité et de la rêverie) et on réalise que toutes nos belles plantes adorées… ne vont pas du tout bien ensemble! Comment en est-on arrivé là? L’évolution du jardin vers l’effet pizza est subtile et sournoise. Lentement, chaque nouvel ajout contribue au déséquilibre des couleurs.
La solution est un difficile remaniement. Tout d’abord, prendre une décision. Choisir les couleurs qui formeront la dominance d’une plate-bande. Puis, tout ce qui ne respecte pas la règle des couleurs appliquée… déménage! Je conseille souvent d’avoir deux sections de jardin: une pour les tons de rose et de mauve, une pour les tons chauds de jaune et de rouge.
Ainsi, on déterre quelques plants de la plate-bande mauve, pour les envoyer dans la plate-bande jaune et les plantes roses de cette seconde plate-bande sont transportées vers la première plate-bande.
Le summum de l’harmonie des couleurs
Avec un peu de pratique et beaucoup de notes, on peut décider que le jardin de vivaces près de la maison sera jaune et bleu au printemps, rose en été et rouge écarlate à l’automne. Cet exercice fait partie des techniques avancées du jardinage. Il demande un rigoureux inventaire mental des plantes. Quand fleuriront-elles, pour combien de temps et de quelle couleur? En créant un tel jardin, il faut surveiller les plantes à floraison prolongée afin de s’assurer qu’elles s’agencent bien tout au long de la saison. Autrement dit, un jardin harmonieux en tout temps, se bâtit petit à petit, en déplaçant ou ajoutant des plantes pour améliorer le résultat ou le raffiner.
La couleur est la plus grande source de plaisir au jardin. L’agencement des couleurs demande un temps de réflexion et les «mixed border» à l’anglaise sont le résultat de plusieurs années de recherche et de déplacement des plantes qui ne cadrent pas. Si l’agencement des couleurs devient une corvée pénible plutôt qu’un défi intéressant, alors tant pis pour les couleurs! Car, il sera toujours préférable d’avoir un jardin qui nous rend heureux qu’un jardin qui saura satisfaire l’œil exigeant de l’expert avisé!
Comme diraient les ados: «toi, sois toi!» (You, Do You)!
