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À la découverte des familles botaniques : les Broméliacées

La famille botanique des Broméliacées comprend des végétaux particulièrement fascinants tant par leurs formes parfois inusitées que par leurs inflorescences hautement spectaculaires. Mais cette famille botanique présente aussi plusieurs caractères singuliers au sein de ses membres. De l’avis de plusieurs spécialistes, ce qui en fait son unicité est d’être la seule famille essentiellement associée au «Nouveau Monde» – si l’on convient que les deux hémisphères des Amériques peuvent être ici réunis pour la cause en un seul continent. Nous vous proposons aujourd’hui de partir à la découverte de ces végétaux à la morphologie unique, aux adaptations incroyablement résilientes et aux attraits ornementaux distinctifs. Une famille qui a rapidement conquis le cœur des horticulteurs!

Une famille tropicale qui se révèle fascinante et délicieuse

Les Broméliacées poussent ainsi librement au sein des forêts tropicales amazoniennes et des forêts sèches côtières où elles sont souvent voisines des orchidées et des fougères, créant alors des écosystèmes surprenants à la fois mystérieux et envoûtants.

Différentes Broméliacées sur tronc d’arbre au Costa Rica. Photo: Alexie Gauthier

Plus de la moitié des 3000 espèces connues de cette famille sont épiphytes et lithophytes, c’est-à-dire qu’elles vivent accrochées aux troncs d’arbres ou aux rochers sans parasiter leur support, simplement en tirant l’eau et les nutriments de l’air, de la pluie, des poussières et des débris organiques captés par leurs feuilles. Tandis que d’autres Broméliacées sont résolument terrestres et ponctuent le sol tropical de surprises végétales souvent exceptionnelles.

Collection de Broméliacées aux Jardins botaniques royaux de Kew. Remarquez ici les espèces terrestres et épiphytes. Photo: Mathieu Gaudreault

Pour les lecteurs férus d’histoire, on associe Christophe Colomb à la découverte de cette famille par l’entremise du délicieux ananas (Ananas comosus). Car oui, l’ananas fait partie de cette famille prestigieuse. Nous tenons d’ailleurs à remercier Christophe Colomb, à titre posthume bien sûr, pour cette savoureuse découverte. Toutefois, il ne faudrait pas passer sous silence l’implication du sympathique jardinier de Charles d’Angleterre (16e siècle) qui séduisit la cour en présentant son premier ananas cultivé. Cette première récolte exotique démocratisa certainement ce fruit et contribua accessoirement à l’engouement horticole pour les Broméliacées. Un succès horticole qui fut également jugé assez important pour être immortalisé sur une toile. 

Le jardinier royal John Rose présentant un ananas au roi. Par Hendrick Danckerts (Wikipedia)

Caractéristiques morphologiques

Rosettes, feuilles et eau

Les Broméliacées sont généralement des plantes herbacées, avec des feuilles simples disposées en rosettes serrées. Ces rosettes forment souvent de véritables réceptacles naturels qui captent et conservent l’eau de pluie, créant de petits «bassins» au cœur de la plante.

Chez certaines espèces, ces réservoirs d’eau deviennent des microécosystèmes, abritant une diversité étonnante d’invertébrés ou même de petits amphibiens.

Petit dendrobate (Phyllobates bicolor) bien à l’aise dans sa rosette. Photo: Vincent Jobin

Les feuilles sessiles (sans pétioles) sont souvent dentelées, coriaces ou rigides, formant un ensemble compact adapté aux environnements lumineux et parfois secs.

Fleurs et inflorescences

Les fleurs des Broméliacées possèdent trois sépales et trois pétales (très semblables à ceux des lis, mais nettement plus discrets), généralement entourées de bractées colorées qui attirent les pollinisateurs, oiseaux ou insectes. La fleur des Broméliacées a évolué pour s’adapter à une grande variété d’agents pollinisateurs.

Les fleurs de la plupart des Broméliacées sont plutôt insignifiantes, mais leurs inflorescences peuvent être tout à fait spectaculaires avec des bractées colorées.

Inflorescence de Guzmania sp. Observer les fleurs discrètes situées à la base des bractées rouges. Photo: Mathieu Gaudreault

Contrairement à beaucoup de plantes tropicales luxuriantes, les Broméliacées ne sont pas toujours très grandes: certaines espèces épiphytes ne culminent qu’à quelques dizaines de centimètres, tandis que d’autres genres comme Puya peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur.

Puya raimondii, une Broméliacée qui met entre 70 et 100 ans pour fleurir. Photo: Pepe Roque

Une famille aux adaptations surprenantes

Qu’elles soient épiphytes ou terrestres, les Broméliacées conservent cette architecture en rosette si caractéristique. Les racines, lorsqu’elles existent, servent surtout à l’ancrage chez les espèces épiphytes, plutôt qu’à l’absorption d’eau; chez plusieurs genres comme Tillandsia – connus sous le nom de plantes aériennes ou «air plants» – ce sont des trichomes foliaires spécialisés qui captent l’humidité de l’air.

Illustration d’un trichome pelté présent sur les Tillandsia sp. Lorsque le poil entre en contact avec une certaine quantité d’humidité, il se recourbe vers le bas et facilite l’absorption de l’eau par la feuille. Ce sont aussi ces mêmes poils qui donnent l’aspect argenté de ces plantes. Photo et illustration: Mathieu Gaudreault

Un exemple spectaculaire: l’ananas

L’Ananas comosus (Bromelia ananas), la première découverte chez les Broméliacées et également la plus familière, illustre bien l’ingéniosité de cette famille: un fruit charnu qui est en fait une inflorescence modifiée, où de nombreuses fleurs individuelles fusionnent pour former un fruit multiple comestible.

Broméliacées et horticulture

Les écrits mentionnent une popularité horticole plutôt rapide pour les Broméliacées. Grâce entre autres à leur résistance à de longues traversées en mer, elles ont vite été adoptées dans leurs pays d’accueil. Les Belges contribuent les premiers à la popularité des Broméliacées comme plantes d’intérieur. Ainsi retrouve-t-on ces plantes dans les maisons jusqu’au début du 20e siècle. Cependant, il faut attendre les années 1980 pour que les Broméliacées se forgent une place de choix dans les étals horticoles en Amérique. Doux paradoxe pour ce continent qui les a vues naître quelques siècles plus tôt.

L’hybridation a aussi joué un rôle dans cet engouement en permettant l’arrivée de nouveaux cultivars et de nouvelles variétés sur le marché. Cultivées comme plantes ornementales, les Broméliacées apportent une touche d’exotisme unique. Qu’elles soient suspendues, dans un terrarium ou installées en pot, leurs rosettes graphiques et leurs fleurs sculpturales font l’admiration des amateurs de plantes.

Étant pour la plupart des plantes épiphytes profitant de la lumière filtrée sous le couvert forestier, les Broméliacées apprécient une lumière vive, mais non directe. Un substrat légèrement humide est préférable: on le laisse sécher en surface entre les arrosages avant d’arroser de nouveau. Chez certaines espèces, il est aussi possible d’arroser directement dans la rosette, où l’eau s’accumule naturellement.

Quelques genres populaires en culture

Ananas comosus. Il est possible de tenter l’expérience de le faire pousser à la maison. Il arrive parfois qu’on le retrouve en jardinerie. Photo: Mathieu Gaudreault
Cryptanthus sp. Une espèce facile et de petite dimension. Tolère bien les arrosages irréguliers et les sécheresses passagères. Photo: Mathieu Gaudreault
Guzmania sp. Une espèce tropicale qui attire l’œil rapidement dans les jardineries. Photo: Mathieu Gaudreault
Vriesea sp. Plusieurs cultivars de cette espèce se retrouvent dans le commerce. Les arrivages sont limités, mais il fera le bonheur des amateurs qui cultivent ces plantes en terrariums humides. Photo: Geoff Mckay from Palmerston North, New Zealand – Vriesea cv, CC BY 2.0
Plusieurs espèces de Tillandsia sp. Photo: Mathieu Gaudreault
Pour terminer, la mousse espagnole (Tillandsia usneoides) est bel et bien une représentante de cette famille. Photo: Mathieu Gaudreault

Comment reconnaître une Broméliacée?

Voici quelques traits qui distinguent cette famille:

  • Feuilles en rosette formant souvent une cuve naturelle.
  • Habitat épiphyte fréquent, mais aussi terrestre selon les espèces.
  • Fleurs entourées de bractées souvent colorées et structurées en trois parties.

Si les Broméliacées sont toutes des herbacées vivaces, elles présentent aussi une diversité incroyable et surprenante dans plusieurs sphères: tantôt épiphytes, tantôt terrestres, elles fascinent par leur morphologie unique et leurs adaptations ingénieuses à la vie dans des environnements parfois hostiles. Leur forme caractéristique, la couleur parfois éclatante de leurs feuilles et l’incroyable originalité de leurs inflorescences sont autant de caractéristiques qui font d’elles des spécimens horticoles convoités. Leur facilité de culture contribue à leur popularité grandissante et leur assure sans l’ombre d’un doute un avenir horticole prospère. Alors, serez-vous un futur adepte des Broméliacées?

Prochaine famille, les Fabacées!