Categories

Recherche

Faire mûrir ses tomates sans perdre patience

Nous voilà déjà au mois d’août et le jardin commence tranquillement à changer de rythme. Les journées raccourcissent, même si l’été est loin d’être terminé. Les canicules et les périodes de sécheresse sont encore possibles, mais les nuits peuvent aussi devenir plus fraîches.

Depuis le printemps, nous avons suivi les tomates à chaque étape de leur culture: d’abord en apprenant à les planter correctement dans Planter des tomates en contenant sans se planter, puis en découvrant comment en prendre soin dans Entretenir ses tomates en contenant sans devenir leur esclave. Plus récemment, Résoudre les problèmes de tomates en contenant sans paniquer expliquait comment reconnaître les difficultés les plus fréquentes et distinguer les véritables problèmes des simples réactions normales de la plante.

Nous arrivons maintenant à la dernière étape: la maturation des fruits et la gestion de la fin de saison. Même si cette série porte sur les tomates en contenant, la plupart des conseils qui suivent s’appliquent tout autant aux tomates cultivées en pleine terre.

Photo: Ünal Aslan

Selon votre région, les conditions météorologiques du printemps et du début de l’été ainsi que la date de plantation, vos tomates n’en sont pas toutes au même point. Certains récoltent déjà de quoi préparer des bruschettas à répétition, tandis que d’autres regardent encore des fruits obstinément verts en espérant qu’ils rougissent enfin.

Une question revient alors chaque année: comment s’assurer que les tomates auront le temps de mûrir avant l’arrivée du froid?

La réponse repose en grande partie sur la physiologie de la plante et sur l’influence de la température. Bien que ces facteurs échappent en bonne partie à notre contrôle, comprendre comment les tomates mûrissent permet d’adopter les bons gestes pour favoriser leur maturation et prolonger les récoltes le plus longtemps possible.

Le ralentissement de la fin d’été

À mesure que les nuits se rafraîchissent, le métabolisme de la tomate ralentit. Lorsque les températures nocturnes descendent sous les 10 °C, la croissance est fortement réduite et la maturation des fruits devient beaucoup plus lente. Les nuits fraîches favorisent également la formation de rosée, ce qui crée des conditions propices au développement de maladies fongiques comme le mildiou. Enfin, les journées qui raccourcissent offrent moins d’heures de lumière pour la photosynthèse. L’ensemble de ces facteurs amène progressivement le plant à entrer dans une phase de ralentissement qui annonce la fin de la saison.

Photo: ganesh mohanty

Faut-il étêter les plants de tomates?

On recommande souvent d’étêter les tiges principales vers la mi-août, ou environ un mois avant les premiers gels. L’objectif est de stopper la croissance du plant afin qu’il concentre davantage ses ressources sur les fruits déjà présents plutôt que sur la production de nouvelles tiges, fleurs ou minuscules tomates qui n’auront jamais le temps d’arriver à maturité.

Cette pratique est toutefois loin d’être indispensable. En supprimant la tête des tiges, on retire également des feuilles encore bien fonctionnelles. Or, même celles situées au sommet du plant continuent de produire des sucres grâce à la photosynthèse, sucres qui servent ensuite au mûrissement des fruits. À moins d’un plant devenu beaucoup trop volumineux, conserver un maximum de feuillage sain est généralement plus avantageux.

Une approche plus simple consiste à pincer les nouveaux boutons floraux et les bouquets de fleurs à partir de la mi-août. Comme une fleur met habituellement de 45 à 60 jours pour produire une tomate mûre, les nouvelles fleurs apparues à cette période ont très peu de chances de donner des fruits avant les premiers gels. On peut également retirer les tout petits fruits, de la taille d’un pois, qui n’auront pas le temps de grossir.

Le plant concentre ainsi davantage ses ressources sur les tomates déjà bien développées, tout en conservant l’ensemble de son feuillage pour alimenter leur maturation.

Le mythe de l’effeuillage massif

S’il y a une pratique à éviter en fin de saison, c’est bien l’effeuillage massif. Un mythe tenace veut qu’il faille retirer la plupart des feuilles pour exposer les tomates au soleil et les faire rougir plus rapidement. Or, la coloration des tomates est principalement contrôlée par l’éthylène et la température, et non par l’exposition directe des fruits aux rayons du soleil.

Privées de leur ombrelle naturelle, les tomates deviennent beaucoup plus vulnérables aux coups de soleil. Les fruits peuvent alors développer de larges plaques blanchâtres ou jaunâtres qui brunissent ensuite et deviennent coriaces.

Fruit brûlé par une exposition subite au soleil.

Les feuilles sont les véritables panneaux solaires du plant. C’est grâce à elles que la plante produit les sucres et les autres composés nécessaires au développement et à la qualité des fruits. En retirer une trop grande quantité réduit la photosynthèse, diminue les réserves d’énergie du plant et lui impose un stress supplémentaire, particulièrement pendant les périodes chaudes et sèches.

Contentez-vous plutôt d’enlever les feuilles jaunies, flétries ou malades, ainsi que celles qui touchent le sol afin de limiter la propagation des maladies. Le reste du feuillage constitue le meilleur allié de vos tomates jusqu’à la fin de la saison.

Le miracle de la maturation

La tomate est un fruit climactérique, au même titre que la pomme, la banane, la poire ou l’avocat. Contrairement aux fruits non climactériques, comme la fraise ou le raisin, elle peut continuer à mûrir après la récolte, à condition d’avoir atteint un stade de développement minimal appelé maturité physiologique, ou stade vert mature.

Lorsque le fruit atteint sa taille définitive, il commence à produire de l’éthylène, une hormone végétale gazeuse. Cette faible quantité d’éthylène déclenche rapidement une production beaucoup plus importante par le fruit lui-même et même par les tomates voisines. C’est un véritable effet domino biochimique.

Photo: Ünal Aslan

À partir de ce moment, la tomate entreprend une métamorphose. La chlorophylle se dégrade peu à peu et le pigment vert disparaît. Le lycopène, responsable de la couleur rouge, s’accumule progressivement dans les tissus. Les réserves d’amidon sont converties en sucres, principalement en fructose et en glucose, ce qui rend le fruit plus sucré. L’acidité diminue légèrement, ce qui adoucit la saveur. Enfin, des enzymes dégradent les pectines des parois cellulaires, donnant à la chair sa texture tendre et juteuse, tandis que des dizaines de composés aromatiques se développent pour créer le parfum caractéristique de la tomate.

Le lycopène et la chaleur

Le lycopène, le pigment responsable de la couleur rouge de la tomate, est particulièrement sensible à la température. C’est entre 20 et 25 °C que sa synthèse est la plus efficace. Lorsque les températures dépassent environ 30 °C, sa production ralentit fortement, voire s’interrompt temporairement. Les fruits peuvent alors demeurer jaunes, orangés ou rouge pâle, même s’ils poursuivent leur maturation.

À l’inverse, des températures inférieures à 10 °C ralentissent considérablement la production d’éthylène et le processus de maturation. Si cette exposition au froid se prolonge, le développement des arômes est compromis et les tomates risquent de ne jamais atteindre leur plein potentiel gustatif.

Quelles tomates vertes peuvent mûrir?

Toutes les tomates vertes cueillies en fin de saison ne se valent pas. Pour savoir lesquelles méritent d’être récoltées, il faut distinguer les fruits immatures des fruits verts matures.

Une tomate immature est encore de petite taille, d’un vert foncé, ferme et n’a pas terminé son développement. Son système de maturation n’est pas encore en place. Même récoltée, elle a peu de chances de mûrir correctement. Elle risque plutôt de demeurer dure, de se flétrir progressivement ou de développer une couleur pâle sans jamais acquérir la saveur d’une tomate mûre.

Photo: SONIC

À l’inverse, une tomate verte mature a atteint sa taille définitive. Sa couleur est généralement plus pâle, parfois légèrement blanchâtre, translucide ou même teintée de jaune à la base du fruit. Bien qu’elle soit encore verte, elle possède déjà toute le nécessaire physiologique pour produire de l’éthylène et poursuivre sa maturation après la récolte. Ce sont ces tomates qu’il vaut la peine de cueillir avant les premiers gels.

Comment faire mûrir les tomates à l’intérieur?

Si vous devez récolter des tomates encore vertes à l’approche des premiers gels, il est possible de recréer chez vous les conditions favorables à leur maturation.

Placez les tomates vertes matures dans un sac de papier ou une boîte de carton. Ces contenants retiennent une partie de l’éthylène produit par les fruits tout en permettant une bonne circulation de l’air, ce qui limite les risques de condensation et de moisissure.

Pour accélérer le processus, ajoutez une pomme ou une banane bien mûre. Ces fruits dégagent naturellement beaucoup d’éthylène, ce qui stimule la maturation des tomates.

Conservez ensuite le tout à une température d’environ 20 à 25 °C, dans un endroit sec et à l’abri du soleil direct. Vérifiez les fruits tous les quelques jours afin de retirer ceux qui ont mûri et d’éliminer rapidement ceux qui montreraient des signes de pourriture.

Inutile de placer les tomates sur le rebord d’une fenêtre en plein soleil. Ce n’est pas la lumière qui les fait mûrir, mais bien l’éthylène et une température favorable. Une exposition directe au soleil peut même faire surchauffer les fruits et ralentir leur coloration.

Sus au réfrigérateur!

Évitez de placer des tomates en cours de maturation – ou même des tomates fraîchement mûres – au réfrigérateur. En dessous d’environ 10 °C (un réfrigérateur est généralement réglé autour de 4 °C), le froid perturbe les mécanismes responsables de la production des arômes. Même si les tomates sont ensuite remises à température ambiante, elles retrouvent rarement toute leur richesse gustative.

Le froid altère également la structure des cellules, ce qui peut rendre la chair farineuse. Quant au processus de maturation, il est fortement ralenti, voire interrompu tant que les fruits demeurent au froid.

Photo: Daka

À moins que les tomates ne soient parfaitement mûres et que vous souhaitiez simplement les conserver un jour ou deux de plus, mieux vaut les garder à température ambiante.

Si vous disposez d’un endroit frais maintenu autour de 13 à 15 °C, comme un sous-sol ou un cellier, c’est encore mieux. Les tomates mûres s’y conserveront généralement plus longtemps qu’à température ambiante tout en préservant beaucoup mieux leur saveur qu’au réfrigérateur. Les tomates encore vertes, en revanche, mûriront plus lentement à cette température.

Astuces pour prolonger la saison au potager

Avant de ranger vos tuteurs pour l’hiver, sachez qu’il est souvent possible de gagner quelques semaines de récolte grâce à quelques gestes simples.

  • Si vous cultivez vos tomates en contenants, rentrez-les dans un garage, une remise ou tout autre endroit à l’abri lorsque des nuits particulièrement froides sont annoncées.
  • En pleine terre, protégez les plants avec une couverture flottante, un voile d’hivernage ou même une vieille couverture durant les nuits fraîches. Ces protections permettent de gagner quelques précieux degrés et de retarder les premiers dommages causés par le froid.
  • Lorsque les fruits sont déjà bien développés, vous pouvez réduire légèrement les arrosages, sans toutefois laisser les plants flétrir. Ce léger stress peut favoriser la maturation des tomates plutôt que la production de nouvelles pousses.
  • Récoltez les tomates dès qu’elles commencent à rosir ou à prendre une teinte orangée. Elles termineront leur maturation à l’intérieur tout en étant à l’abri des intempéries, ce qui permet également au plant de concentrer ses ressources sur les fruits encore verts.

Avec un peu de chance – et une météo clémente – ces quelques gestes vous permettront de savourer des tomates fraîches plusieurs semaines de plus.

Que faire des tomates vertes qui ne mûriront jamais?

Tout n’est pas perdu pour les tomates immatures! À l’approche du premier gel, il est temps de procéder à la récolte finale. Cueillez tous les fruits encore présents sur les plants et mettez de côté les tomates malades, fendillées ou fortement abîmées afin de les jeter ou de les composter loin du potager. Les fruits malades peuvent héberger des champignons, des bactéries ou d’autres agents pathogènes qui risquent de survivre dans les résidus et de contaminer les cultures de l’année suivante. Les tomates très abîmées, quant à elles, pourrissent souvent avant d’avoir le temps de mûrir.

Triez ensuite les tomates vertes en distinguant les vertes matures, qui pourront terminer leur maturation à l’intérieur, des vertes immatures, qui ont peu de chances de rougir un jour.

Photo: Niko D

Pour ces petites tomates immatures, ne les jetez surtout pas! Leur acidité et leur texture ferme en font d’excellents ingrédients en cuisine. Elles sont parfaites pour préparer un ketchup vert, une relish de tomates vertes, des marinades ou encore un chutney de tomates vertes.

Une belle aventure qui se termine… jusqu’au printemps prochain

Quelle aventure! Qu’elles aient poussé en contenant sur un balcon ou directement au potager, nos tomates ont été semées à l’intérieur en plein hiver, dorlotées pendant des semaines, transplantées, puis accompagnées tout au long de l’été.

 Elles ont survécu aux canicules, aux pluies diluviennes, aux maladies, aux insectes et à toutes les surprises que la météo leur réservait. Aujourd’hui, elles finissent dans nos salades, nos sandwichs, nos sauces ou directement dans nos bouches.

Photo: Asya Vlasova

Tous ces efforts en valaient-ils la peine? À voir l’enthousiasme des jardiniers qui recommencent chaque printemps, la réponse semble évidente.

Au fond, cultiver des tomates n’a rien de compliqué lorsqu’on comprend leur fonctionnement. En sachant comment elles poussent, mûrissent et réagissent aux conditions météorologiques, il devient plus facile d’intervenir au bon moment et surtout de laisser la nature faire le reste.


  1. Votre article est très à point. Je me demandais vraiment si mes tomates allaient mûrir avant l’automne. Je vais appliquer vos conseils. Merci!

  2. Merci Mathieu. Que de bons conseils! Et qui vont nous permettre de mettre à jour notre « expertise » ès tomates, à ma conjointe et moi-même – sans colorer les éternels débats sur frigo ou pas…;-)

  3. Prochaine étape: des conseils pour conserver des graines pour les semis de l’an prochain 😉

  4. Pour moi, avant le premier gel, j’entre les pieds des tomates entiers et je les suspends la tête en bas dans un espace noir et les cueilles au fur et à mesures qu’elles murissent.
    Pour l’automne 2025, j’ai eu des fruits jusqu’à Noel. Les dernières étaient un peu fatiguées

Le Jardinier paresseux a besoin de vous

Aidez-nous à continuer.