Réponses à vos questions: répulsifs pour scarabées japonais
L’arrivée de l’été au Québec annonce aussi celle des scarabées japonais (Popillia japonica), l’un des pires fléaux des jardiniers. Introduit accidentellement en Amérique du Nord au début du XXe siècle, en provenance du Japon, ce coléoptère polyphage se nourrit de plus de 300 espèces de végétaux, dont de nombreuses plantes indigènes et ornementales populaires. Sa progression graduelle vers le nord fait en sorte que de plus en plus de Québécois doivent composer avec ce ravageur, qui dévore les feuilles et les fleurs, les réduisant parfois à l’état de dentelle. Les dégâts affectent non seulement l’apparence des plantes, mais peuvent les affaiblir lorsque les attaques se répètent année après année.

Après la publication de Liste des plantes hôtes préférées du scarabée japonais, j’ai reçu plusieurs questions au sujet des plantes réputées pour repousser les scarabées japonais et les éloigner du jardin. Voyons ce qu’il en est vraiment.
Les plantes répulsives
Parmi les plantes les plus souvent recommandées pour éloigner les scarabées japonais figurent les alliums, notamment l’ail, la ciboulette, l’oignon et les poireaux. Leur forte odeur a donné naissance à la croyance qu’ils masqueraient celle des plantes voisines et rendraient celles-ci plus difficiles à repérer par les scarabées japonais.
Plusieurs herbes aromatiques sont également citées pour leurs propriétés réputées répulsives, notamment la menthe poivrée, la cataire, les armoises, la rue officinale, la tanaisie, le basilic et le thym. Plusieurs de ces plantes sont boudées des scarabées japonais, ce qui a probablement contribué à leur réputation de plantes répulsives.

Pourquoi ces plantes? Les scarabées japonais repèrent leurs plantes hôtes, comme les rosiers, les vignes ou les tilleuls, grâce aux composés organiques volatils (COV) qu’elles émettent. Ces molécules odorantes jouent un rôle important dans la recherche de nourriture. L’idée derrière les plantes dites «répulsives» est donc simple: en dégageant elles aussi des composés très odorants, comme le menthol de la menthe ou les composés soufrés de l’ail, elles pourraient masquer l’odeur de la plante à protéger ou brouiller les signaux utilisés par l’insecte.
Efficacité limitée
Cette hypothèse est plausible, mais les preuves de son efficacité au jardin demeurent limitées. En effet, dès qu’un premier scarabée s’attaque à une plante, celle-ci émet des composés volatils en réponse aux dommages subis. Paradoxalement, ces substances peuvent attirer d’autres scarabées, qui convergent rapidement vers la même plante. Dans ces conditions, il est peu probable que les odeurs des plantes voisines suffisent à masquer durablement le signal de cette véritable buffet.
Par ailleurs, si certaines études ont démontré un effet répulsif de composés extraits de plantes aromatiques ou de leurs huiles essentielles, à ce jour, aucune étude n’a démontré de façon convaincante que la simple présence de ces mêmes plantes au jardin protège efficacement les végétaux voisins contre les scarabées japonais. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une huile essentielle s’est révélée efficace en laboratoire que la plante vivante produit le même effet en conditions réelles.

Le basilic illustre bien cette nuance: malgré sa forte teneur en huiles essentielles et sa réputation de plante répulsive, il peut lui aussi être consommé par les scarabées japonais.
Pas inutiles
Cela ne signifie pas que ces plantes sont inutiles au jardin, bien au contraire. Les alliums, les armoises, le thym, la tanaisie et plusieurs autres plantes aromatiques ont toute leur place dans un aménagement diversifié. Leur forte odeur pourrait contribuer, dans certains cas, à compliquer la recherche de plantes hôtes par des insectes, même si cet effet demeure difficile à démontrer en conditions réelles. Plusieurs de ces plantes sont également peu appréciées par certains mammifères herbivores, comme les cerfs et les lapins.
Les plantes pièges
Les géraniums sont souvent cités parmi les plantes capables de repousser les scarabées japonais. Il faut toutefois distinguer les vrais géraniums (Geranium spp.), des pélargoniums (Pelargonium spp.), souvent appelés à tort «géraniums» ou «géraniums zonaux».
Les géraniums vivaces de nos jardins sont généralement peu appréciés des scarabées japonais, mais rien ne permet de conclure qu’ils repoussent les insectes ou qu’ils protègent les plantes voisines.

Les pélargoniums, quant à eux, présentent un cas fascinant. Contrairement à une croyance répandue, ils ne semblent pas repousser les scarabées japonais. Au contraire, leurs fleurs peuvent être consommées par ces derniers. Les pétales renferment une molécule appelée acide quisqualique, un acide aminé qui agit sur le système nerveux de l’insecte.
Après avoir consommé les pétales, plusieurs scarabées perdent progressivement le contrôle de leurs membres, tombent de la plante et deviennent temporairement paralysés. En laboratoire, cette paralysie est généralement réversible et les insectes récupèrent après plusieurs heures.
Au jardin, le résultat est souvent différent. Immobilisés au sol, les scarabées deviennent beaucoup plus vulnérables à la prédation par les fourmis, les carabes, les oiseaux et d’autres prédateurs. Ils peuvent également mourir d’exposition s’ils demeurent longtemps au soleil. Toutefois, malgré ce mécanisme prometteur, aucune étude n’a démontré que la présence de pélargoniums réduit de façon significative les populations de scarabées japonais ou les dommages qu’ils causent au jardin.
Comment utiliser les pélargoniums?
Les pélargoniums pourraient agir comme des plantes pièges plutôt que comme des plantes répulsives. Toutefois, leur efficacité dépend probablement de la façon dont ils sont utilisés. Les installer au milieu de plantes très appréciées des scarabées japonais, comme les rosiers, risque simplement d’attirer davantage de scarabées dans cette partie du jardin. Il n’est pas démontré qu’ils préféreront les pélargoniums à leurs plantes hôtes favorites.
Si l’on souhaite malgré tout les utiliser comme plante pièges, il semble plus logique de les cultiver à une certaine distance des végétaux les plus sensibles, dans un endroit où les scarabées paralysés pourront être facilement repérés, ramassés à la main ou consommés par leurs prédateurs. Cette stratégie repose toutefois davantage sur une hypothèse que sur des preuves scientifiques. À ce jour, aucune étude n’a déterminé la distance optimale entre les pélargoniums et les plantes à protéger ni démontré dans quelle mesure cette approche réduisait réellement les dommages causés par les scarabées japonais au jardin.
Enfin, l’idée selon laquelle les pélargoniums à fleurs blanches seraient plus efficaces que ceux d’autres couleurs ne repose pas non plus sur des données scientifiques convaincantes.
Existe-t-il d’autres plantes pièges?
On voit parfois circuler des listes mentionnant la belle-de-nuit (Mirabilis jalapa), les delphiniums (Delphinium spp.) ou encore le ricin (Ricinus communis) comme plantes pièges capables de tuer les scarabées japonais. Bien que ces plantes renferment effectivement des composés toxiques, on ne sait même pas si les scarabées japonais les consomment en quantité suffisante pour que ces substances aient un effet. Les données scientifiques démontrant leur efficacité contre le scarabée japonais sont d’ailleurs très limitées ou inexistantes. Pour l’instant, elles ne peuvent donc pas être recommandées comme méthode de lutte fondée sur des preuves.
Les huiles essentielles
Les huiles essentielles sont souvent présentées comme une solution naturelle pour éloigner les scarabées japonais. Contrairement à plusieurs remèdes populaires, elles ont fait l’objet de véritables recherches scientifiques. Des chercheurs ont évalué 41 huiles essentielles afin de déterminer si elles pouvaient perturber la capacité des scarabées japonais à localiser une source de nourriture.

Les résultats sont encourageants. Parmi toutes les huiles testées, celles de gaulthérie (Gaultheria procumbens) et de menthe poivrée (Mentha × piperita) se sont révélées les plus efficaces pour réduire l’attractivité des pièges utilisés lors des essais. Les chercheurs ont également observé qu’un mélange à parts égales de gaulthérie et de gingembre (Zingiber officinale) procurait un effet encore plus marqué que chacune de ces huiles utilisée seule.
À éviter
À l’inverse, toutes les huiles essentielles ne sont pas répulsives. Certaines peuvent même produire l’effet contraire. L’huile essentielle de citronnelle (Cymbopogon nardus), souvent recommandée contre les insectes, a plutôt augmenté l’attractivité des pièges pour les scarabées japonais. Les chercheurs ont obtenu des résultats semblables avec l’huile de café (Coffea arabica). Ces observations rappellent qu’il est risqué de présumer qu’une huile essentielle est efficace simplement parce qu’elle repousse d’autres insectes, comme les moustiques.
Comment fonctionnent les huiles essentielles?
Les huiles essentielles sont composées de molécules volatiles produites par les plantes. Comme les scarabées japonais repèrent leurs plantes hôtes en grande partie grâce aux odeurs qu’elles émettent, certains chercheurs pensent que ces molécules peuvent perturber leur recherche de nourriture. En d’autres mots, elles pourraient masquer les composés organiques volatils (COV) émis par une plante hôte ou brouiller les signaux olfactifs utilisés par l’insecte pour la localiser.
Cette hypothèse est appuyée par plusieurs essais en laboratoire, mais les mécanismes précis demeurent encore mal compris. De plus, les études ont été réalisées avec des huiles essentielles concentrées, dans des conditions expérimentales bien contrôlées. Ces résultats ne permettent donc pas de conclure que la pulvérisation d’huiles essentielles sur les plantes, ni même la présence au jardin des plantes qui les produisent, procurent une protection comparable en conditions réelles.
Utilité limitée
L’ail (Allium sativum) mérite également une mention. Ses composés soufrés présentent des propriétés répulsives contre plusieurs insectes et entrent dans la composition de certains produits commerciaux. Leur principal défaut est toutefois leur faible persistance. Très volatils, ils se dégradent rapidement sous l’effet du soleil, de la chaleur et de la pluie. Les traitements à base d’ail doivent donc être renouvelés fréquemment, ce qui limite leur efficacité pour protéger durablement les plantes contre les scarabées japonais.
Données encourageantes, mais insuffisantes
Les résultats obtenus avec certaines huiles essentielles sont suffisamment intéressants pour justifier la poursuite des recherches. Toutefois, si elles constituaient une solution simple, durable et très efficace contre les scarabées japonais, elles seraient probablement déjà largement utilisées et recommandées en horticulture. Pour l’instant, les données disponibles demeurent encourageantes, mais insuffisantes pour en faire une méthode de lutte de premier choix.
Il en va de même pour les plantes réputées répulsives et les plantes pièges. Ces approches reposent sur des principes biologiques plausibles et peuvent avoir un certain intérêt, mais leur efficacité en conditions réelles demeure encore peu documentée. Même si elles contribuent parfois à réduire les dommages, il ne faut pas s’attendre à une solution miracle.
Il faut également réfléchir à leur durabilité. Ajouter régulièrement des plantes répulsives, entretenir des plantes pièges, appliquer des traitements à répétition ou ramasser les scarabées à la main peut être envisageable pendant une saison ou deux. En faire une routine, année après année, devient toutefois beaucoup plus exigeant. Une méthode de lutte n’est réellement intéressante que si elle demeure efficace tout en demandant un niveau d’entretien compatible avec le jardin que l’on souhaite avoir.
Une solution durable
Si vous cherchez une solution miracle, ou si quelqu’un prétend en avoir une, méfiez-vous: il n’y en a pas! Une combinaison de différentes approches peut certainement contribuer à réduire les dommages, sans toutefois éliminer le problème. Et si une méthode semble fonctionner chez vous, gardez à l’esprit que les conditions météorologiques, le niveau d’infestation ou la présence de prédateurs naturels, comme les oiseaux, ont peut-être aussi contribué à ce succès.
À long terme, la meilleure stratégie consiste à adapter progressivement le jardin à la présence des scarabées japonais. Remplacer les végétaux les plus sévèrement touchés par des espèces qu’ils apprécient moins est souvent plus durable que de tenter de protéger indéfiniment leurs plantes préférées.
Il est également judicieux de repenser la place du gazon. Les femelles y pondent leurs œufs et les larves se nourrissent principalement des racines des graminées. Réduire les surfaces gazonnées et diversifier la pelouse en y intégrant du trèfle et d’autres plantes diminue leurs ressources alimentaires tout en favorisant un écosystème plus résilient. Éviter d’irriguer la pelouse uniquement pour qu’elle demeure verte en été peut aussi réduire la survie des œufs et des jeunes larves, particulièrement sensibles au dessèchement. À moins qu’un réensemencement soit prévu, il est donc préférable de laisser la pelouse entrer en dormance pendant les périodes de sécheresse.
Ces changements demandent un certain investissement au départ, mais très peu d’entretien par la suite. L’été est fait pour profiter du jardin, pas pour courir après les scarabées!



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Désolée pour vous, Catherine. Vous savez, si on accepte la présence de ces publicités, et qu’on entraîne notre cerveau à les filtrer pour ne nous soucier que du contenu réel du blogue, la vie devient bien plus simple. Dans un autre registre, Mathieu, je viens de découvrir le vieux truc de l’eau savonneuse pour les scarabées japonais. Depuis 3-4 jours, j’en ai « récolté » plus d’une vingtaine. Résultat : mes tournesols ont recommencé à fleurir et mes cannas revivent. Faut être persistante (je vais à la chasse plusieurs fois par jour), mais les platebandes nous en remercient. Bon été!
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