Mon été montréalais
Je suis encore sous le choc. L’impossible est arrivé. Oui, mes amis, l’été dernier, il a fait chaud à Québec. Très chaud même! Mon patelin a connu une véritable canicule avec des températures de 30, 31, voire 32 °C, un humidex frôlant les 45 °C, et même, incroyable, mais vrai, une sécheresse!
J’habite à Québec depuis presque 30 ans et je n’avais jamais rien vu de tel.

Habituellement, dans l’est du Québec, on ferme le chauffage le 30 juin et on le repart le 3 juillet ou, pour les moins frileux, le 5. Mais nous avons eu en 2002, pas seulement une canicule (OK, on a déjà vu ça), mais trois! Sans blague! Et canicule rime généralement avec sécheresse. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que nos gazons sont devenus jaunes… mais, croyez-le ou non, pas le mien, car il est joliment parsemé de trèfle qui ne jaunit jamais. Par contre, les gazons allégrement empoisonnés de pesticides de mes voisins, où il ne pousse que le pâturin des prés, étaient brûlés. Au point où ça faisait «scrounch, scrounch» quand on marchait dessus. C’était ahurissant: on se serait cru en Californie, en Provence, en Australie, voire à Longueuil!
Le crépitement du gazon
Devant cette situation totalement nouvelle, paniqué par le crépitement du gazon de mes voisins et par mes cœurs-saignants qui sont entrés en dormance estivale (note pour les gens du sud-ouest du Québec: dans l’est, normalement, les cœurs-saignants ne disparaissent pas en été comme chez vous), j’ai fait comme tout bon jardinier paresseux: rien! J’ai laissé mon gazon agoniser et mes plates-bandes sécher. D’accord, ça n’a pas toujours été beau à voir, mais je n’ai jamais passé un été où il était si facile de paresser. Imaginez: même le gazon n’a presque pas poussé!

Je n’ai eu à tondre que trois fois en sept semaines! (En fait, je n’ai pas eu à tondre du tout, car j’ai encore un «enfant» à la maison et ça sert à quoi, des enfants, sinon à tondre le gazon?) D’accord, j’ai dû placer plusieurs plantes en contenant plus à l’ombre, sinon il aurait fallu les arroser (horreur!), mais plusieurs sont dans de gros bacs, du style il-faut-être-deux-pour-les-soulever, et ont alors une telle masse de terre qu’une semaine ou deux de canicule ne leur nuit pas.
L’arrosage désespéré
Comme c’est amusant… de regarder ses voisins courir à gauche et à droite avec des tuyaux, essayant vainement de garder verte une pelouse qui veut sombrer dans la dormance estivale. Certains ont arrosé tous les jours et leur gazon était toujours plus jaune que le mien. Évidemment, arroser tous les jours est défendu par la loi dans ma ville… mais même les autorités municipales ne semblaient plus savoir quoi faire devant une telle catastrophe.
Non pas qu’on n’ait jamais manqué véritablement d’eau à Québec, où il pleut habituellement tous les trois ou quatre jours environ et où, cette année, les pluies abondantes du printemps avaient plus que renfloué les réservoirs. Mais, comme toutes les municipalités qui avaient adopté des lois sur l’arrosage il y a belle lurette pour se donner bonne conscience et faire plus «grande ville», Québec a été dépassée par les événements, incapable qu’elle était de faire respecter la loi.
Le grand test du jardinier paresseux
Ceci a fait que j’ai enfin pu vérifier véritablement l’efficacité des paillis contre la sécheresse. Je suis seul dans mon voisinage à avoir du paillis (forestier) sur toutes mes plates-bandes et tout au plus certaines plantes se sont fanées un peu ou ont vu leur floraison un peu écourtée. Même les végétaux nouvellement plantés au printemps n’ont pas souffert de la sécheresse sous l’épais paillis que je leur avais procuré. Donc, neuf sur dix pour les paillis.
Chez mes voisins, qui de toute évidence adorent l’apparence de la terre nue dans le potager et la plate-bande, quel désastre! Bien qu’ils aient arrosé tous les jours, plusieurs végétaux avaient vraiment la mine basse et de nombreuses annuelles sont mortes. Je ne donne pas plus de quatre sur dix pour la terre nue, même avec des arrosages abondants.
Gazon jaune et acceptation?
Toutefois, tout le monde n’a pas fait comme mes voisins. En fait, j’ai remarqué que la vaste majorité des propriétaires ont tout simplement laissé leur gazon jaunir. Se peut-il que le message véhiculé au Québec depuis plus de 20 ans, voulant qu’un gazon établi soumis à la chaleur et à la sécheresse entre tout simplement en repos estival sans en souffrir, ait enfin été accepté par la majorité des citoyens? Ou est-ce que les gens sont tout simplement aussi paresseux que moi? Peu importe, le résultat est le même: le gazon jauni de l’été reverdit à l’automne et alors…
&? $#%+)&, il faut recommencer à le tondre.
Bon, cet été de canicule et de sécheresse fut une expérience intéressante… mais j’espère que tout rentrera dans l’ordre l’été prochain. Car si je tenais à subir, tous les étés, des semaines et des semaines de canicule sans la moindre goutte de pluie, j’irais vivre au Koweït ou à Montréal!

En fait, pour moi, l’été parfait est frais et pluvieux. J’adore l’apparence habituellement verdoyante de l’est du Québec et ne tiens pas non plus à devoir passer l’été à courir de ma maison climatisée à mon auto climatisée à mon bureau climatisé, sans jamais réellement sortir dehors, comme c’est le cas pour mes amis de la métropole. Amenez-en de la pluie incessante entrecoupée de gros orages avec quelques percées nuageuses d’un été québécois normal… mais, pour l’amour, inventez-moi vite un gazon qui se tond tout seul ou des graminées naines.
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Fleurs, plantes, jardins en décembre 2002.


Merci pour votre humour en illustrant quoi faire pendant les canicules.