La lutte bio aux insectes: une question de «timing»
La plupart des gens qui me demandent conseil par rapport aux insectes indésirables le font en réaction à une infestation déjà bien active. Malheureusement, à ce moment-là, les insectes ont déjà gagné du terrain et les plantes, perdu de la vigueur. On cherche alors à maîtriser le feu et à limiter les dégâts, avant de reprendre le dessus.
Je ne les blâme pas, c’est un relent direct de la culture populaire des pesticides: attendre que le problème soit évident pour le traiter avec un produit qui tue. Pour qu’un traitement soit efficace, il doit toucher l’insecte, directement ou via les tissus de la plante qui aurait absorbé un insecticide systémique (c’est-à-dire qui se répand dans son système pour la rendre impropre à la consommation, autant pour les humains que pour les insectes, qu’ils soient nuisibles ou bénéfiques, ce qui est clairement à l’encontre d’un jardinage respectueux du vivant).

Nous, les jardiniers paresseux, préconisons une approche préventive, axée sur le cycle de vie et les habitudes des insectes. Une meilleure connaissance de nos cibles est nécessaire, mais les résultats sont probants; moins de dommages, moins de produits chimiques, moins de tracas!
Une approche proactive permet un contrôle en amont des problèmes, limitant grandement leurs impacts sur les végétaux, les récoltes et, disons-le, notre humeur. Laissez-moi vous présenter le concept de la synchronisation dans la lutte aux indésirables!
Le meilleur moment pour agir: hier!
Pour les plantes d’intérieur ou pour notre jardin, le meilleur moment pour penser aux infestations, c’est naturellement avant même qu’elles se produisent! Comment prévoir ce qui s’en vient? Selon l’expérience et la situation, voir dans le futur sera plus ou moins évident…
Plantes d’intérieur:
- Ceux qui ont déjà eu une infestation le savent: TOUJOURS se méfier des nouvelles arrivées. Introduire une nouvelle plante dans sa collection, c’est risquer d’y introduire aussi des petits insectes tannants. Quarantaine obligatoire!
- Le printemps est un moment propice à la recrudescence des populations d’insectes. S’il n’y en avait que quelques-uns en hiver, ceux-ci profitent des beaux jours pour accélérer leur reproduction et peuvent rapidement devenir nombreux. C’est un moment charnière pour le dépistage (et idéal pour sortir sa loupe).

Au jardin
- Le passé est garant du futur! La plupart des infestations au jardin reviennent année après année, puisque la majorité des insectes hibernent directement sur place. Installés dans un jardin appétissant et confortable, ils y restent et développent leur héritage familial.
- Lorsqu’un jardin est nouveau ou qu’on essaye une nouvelle culture, ça peut prendre un moment avant que les insectes ne le découvrent. Bien qu’ils aient des sens très affûtés, ils sont petits et ne voient pas tout. Des conversations avec les voisins ou la consultation de ressources (ex. le Réseau d’avertissements phytosanitaires [RAP]) permettent d’identifier les menaces qui planent. C’est un excellent moment pour introduire des plantes compagnes près des cultures sensibles qui sont encore saines, elles berneront les sens des ravageurs, qui tarderont à découvrir le pot aux roses.
L’évolution au fil de la saison
Si nos plantes d’intérieur ont le luxe de vivre à l’abri des saisons, il en est tout autrement pour nos cultures extérieures. Celles-ci sont soumises directement aux forces de la nature et se plient aux caprices de Mère Nature, insectes compris. Planifier son calendrier d’intervention en prévision des cycles de vie des insectes est très judicieux!
Le cas du doryphore (la bibitte à patate)
Les doryphores dévastent les cultures de patates tout l’été, puis s’enterrent profondément dans le sol pour éviter les gels mortels de l’hiver. Ces insectes résistent à plus de 50 produits chimiques. Ils ont contribué à leur manière à l’industrie du pesticide; chaque fois qu’une nouvelle molécule était découverte, ils trouvaient un moyen de l’éviter. Que ce soit en se détoxifiant ou en limitant la pénétration du produit grâce à une cuticule modifiée, les doryphores sont les spécialistes de la résistance aux insecticides, donnant des maux de tête aux mangeurs de frites…

Choisir le moment de la plantation en fonction de leur présence peut grandement limiter les dommages. Ils passent l’hiver dans le sol et sortent au printemps, quand le sol atteint les 14 °C. Ils se mettent directement à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent. Quel bonheur pour eux s’ils retrouvent rapidement leur buffet de l’année passée, le temps de recherche est écourté au profit de la dévastation qui commence.
La rotation des cultures est essentielle pour éviter de leur faciliter la tâche. Il peut également être pertinent d’attendre leur émergence avant de planter les patates (vers la mi-juin).
Imaginons 2 scénarios:
- Vous plantez vos patates très tôt, dans l’espoir d’en récolter plus rapidement. Les doryphores chez vous se réveillent, tombent dessus directement et les dévorent. Les doryphores du voisin se réveillent aussi, sentent vos patates neuves et vous rejoignent au jardin.
- Vous attendez qu’ils soient sortis pour planter vos patates. Les doryphores se réveillent, cherchent un peu et ne trouvent rien. Ils quittent et vous laissent tranquilles (ils s’en vont sûrement chez le voisin plus pressé).
Le meilleur exemple de cette situation que j’ai vu est celui de jardiniers qui habitaient à proximité d’une culture commerciale de pommes de terre. Leur première année, ils ont planté leurs patates avant que celles du commerce soient plantées dans les grands champs. Lorsque les doryphores se sont réveillés, ils se sont rués dans leur jardin, en grand nombre. Nul besoin de dire qu’ils ont attendu par la suite que le buffet soit ouvert dans les grands champs voisins avant de mettre leurs propres patates en terre…
Les vers blancs dans la pelouse
Le cas des vers blancs dans le gazon (hannetons, scarabées japonais) est également très intéressant côté timing. Effectivement, les fenêtres d’action pour ces ravageurs sont contre-intuitives, mais très logiques quand on comprend le cycle de notre cible.
Pour lutter contre ces ravageurs, il faut s’y prendre lorsqu’ils sont encore sous terre, invisibles. C’est là qu’ils sont vulnérables et facilement atteignables avec nos traitements naturels.

Fait surprenant: certaines espèces de hannetons passent jusqu’à 3 ans dans le sol sous forme de larves avant de devenir adultes. Ils prennent leur temps pour manger un maximum de racines souterraines. D’autres ont un cycle de vie d’un an comme le scarabée japonais et le hanneton européen.
Savoir quand les chasser
Pour les chasser, deux moments sont optimaux: au début et surtout à la fin de la saison. Notre arme: les nématodes entomopathogènes, des petits vers qui ciblent et tuent les larves dans le sol.
En appliquant les nématodes directement au sol sur les endroits atteints, ceux-ci se dispersent et partent à la recherche de larves à parasiter. Ils les trouveront, tant que le sol reste humide, ils continuent leurs recherches.
Les vers blancs passent l’hiver profondément dans le sol. Au printemps, ils remontent doucement, prêts à se nourrir. C’est lorsqu’ils sont à la surface du sol qu’on peut les atteindre.
On peut tenter de limiter les dégâts des larves qui ont survécu à l’hiver, mais attention: elles sont en fin de croissance. Plus grosses et dotées d’une peau plus épaisse, elles sont beaucoup plus difficiles à pénétrer pour nos nématodes que les larves d’automne. Si vous intervenez à ce moment, attendez que les températures nocturnes dépassent de manière constante les 10 °C, sinon nos petits alliés seront transis de froid et incapables de chasser.
Lorsque les adultes ont émergé, il est malheureusement déjà trop tard, mais n’ayez crainte, on peut se reprendre avant l’automne et c’est d’autant plus pertinent! Quand les températures rafraîchissent, les larves font le chemin inverse: elles passent de la surface à la profondeur du sol. Ces nouvelles larves de l’année sont d’autant plus vulnérables, puisqu’elles sont encore petites et frêles, plus faciles à infiltrer pour nos nématodes.
Pour un traitement optimal des vers blancs, l’idéal est de le faire avant que ces nouvelles larves soient trop profondes dans le sol, en fin de saison. Il faut donc les tolérer en été, pour mieux les attaquer à l’automne. Une petite larve au sol est beaucoup plus facile à chasser qu’un adulte volant!
Le «timing» au fil de la journée
Les saisons apportent leurs lots de variation au thermomètre, mais les journées ont également un grand impact sur les habitudes de vie des insectes. Certains vont préférer attendre la nuit, au calme, pour être actifs. D’autres préfèrent le plein soleil, pour se chauffer la couenne.

Tôt le matin est un bon moment pour le dépistage et le ramassage manuel de certains insectes, les doryphores et les chrysomèles par exemple. Encore engourdies par le sommeil, elles auront les réflexes au ralenti.
En résumé
En conclusion, il faut agir à temps et ce temps optimal n’est pas nécessairement celui auquel on pense d’emblée. Une compréhension du contexte de culture et des cycles de vie des insectes aide beaucoup à cibler les interventions. Voici une liste résumant les meilleurs moments pour s’attaquer à une multitude de pestes communes au jardin, en utilisant un mélange de nématodes spécialement conçu à cet effet.
Ils sont disponibles sur www.limoiland.com et très faciles à appliquer en utilisant un pulvérisateur: on branche au tuyau d’arrosage, on asperge, et on laisse la nature reprendre ses droits.
Quels insectes aimeriez-vous démystifier pour la prochaine chronique? J’attends vos commentaires!




Merci pour vos bons conseils. Une question : quelle plante éloigne les araignées? Pour les scarabées japonais, je plante de la verveine et des géraniums mais pour les araignées? Merci à l’avance
c’est quoi le timine ou comme tu dis, le timing??????????
Il y a pourtant des mots en Français pour écrire.