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Livre : Animaux envahissants ou surabondants… Le défi de la cohabitation de Claude Lavoie

Avec l’arrivée des premiers colons européens en Amérique du Nord, les écosystèmes du continent ont été profondément bouleversés. Depuis, des espèces venues d’ailleurs se sont établies, transformant peu à peu les paysages et les équilibres écologiques. Dans 50 plantes envahissantes: protéger la nature et l’agriculture et 40 autres plantes envahissantes: protéger la nature aujourd’hui et demain (Publications du Québec, 2019 et 2022), Claude Lavoie avait déjà dressé un portrait éclairant de plusieurs plantes exotiques qui ont élu domicile chez nous, introduites volontairement ou par inadvertance, et qui redessinent, qu’on le veuille ou non, les paysages québécois.

Animaux envahissants ou surabondants…: Le défi de la cohabitation

On comprend rapidement que l’invasion végétale et animale sont les deux faces d’une même médaille écologique. Après Herbe à poux: 100 ans de guerre contre le rhume des foins et Pissenlit contre pelouse: une histoire d’amour, de haine et de tondeuse (Éditions MultiMondes, 2024 et 2025), deux récits scientifico-historiques consacrés à des plantes controversées, il revient aujourd’hui avec Animaux envahissants ou surabondants…: Le défi de la cohabitation (Publications du Québec 2026).

Dans cet ouvrage, Claude Lavoie propose une synthèse ambitieuse et remarquablement documentée de 26 espèces qui posent problème au Québec et dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Plus qu’un simple catalogue d’espèces nuisibles, le livre invite à réfléchir avec rigueur aux conditions d’une cohabitation parfois difficile, mais désormais inévitable. Lavoie réussit ainsi à transformer un sujet chargé d’émotions et de jugements rapides en un véritable espace de réflexion, nuancé et solidement appuyé sur les connaissances scientifiques, sur notre rapport aux animaux avec lesquels la cohabitation est devenue plus complexe.

Bien nommer les choses: espèces envahissantes et surabondantes

Le livre est composé en grande partie de fiches consacrées à 26 espèces animales, dont plusieurs sont exotiques envahissantes, mais aussi certaines indigènes devenues surabondantes. Déjà, ce choix peut sembler frôler la controverse: Lavoie regroupe en effet deux catégories d’animaux que l’on distingue habituellement. Pourtant, qu’ils soient exotiques ou indigènes, ces animaux ont en commun de connaître une augmentation anormale de leur population, souvent favorisée par les activités humaines, et dont les effets peuvent se répercuter sur les écosystèmes, la biodiversité, l’agriculture, l’horticulture ou encore certaines activités humaines.

D’où l’importance de bien nommer les choses. Pour éviter toute confusion, Claude Lavoie commence l’ouvrage par quelques définitions clés. Il distingue les espèces indigènes, présentes naturellement dans un écosystème (comme le cerf de Virginie), des espèces exotiques, introduites volontairement ou accidentellement par les humains (tel le scarabée japonais). Une espèce exotique peut devenir naturalisée si elle se maintient sans aide humaine (les vers de terre de nos jardins), ou au contraire rester éphémère si elle disparaît rapidement, souvent incapable de survivre à nos hivers.

Exotique, envahissante, surabondate, indigène

Une espèce exotique est dite envahissante lorsqu’elle se répand rapidement et atteint des populations très abondantes (l’agrile du frêne en est un exemple frappant). À l’inverse, une espèce surabondante est une espèce indigène dont la population dépasse largement ce que l’on observerait normalement, souvent à la suite d’activités humaines (pensons à la bernache du Canada). Enfin, une espèce est jugée nuisible lorsqu’elle cause des dommages mesurables à la biodiversité, à la santé, à l’agriculture ou à l’horticulture, à l’image de la tique à pattes noires.

Chaque fiche présente la nomenclature scientifique de l’espèce, sa répartition géographique, son histoire en Amérique du Nord, les impacts qui lui sont attribués ainsi que les différentes stratégies de lutte et de cohabitation envisagées. Appuyé sur une recherche documentaire solide, l’ensemble se conclut par une section intitulée « Une autre perspective », où l’auteur propose un regard historique ou scientifique parfois inattendu sur l’espèce étudiée.

Une approche rigoureuse et nuancée

Parler d’animaux envahissants ou surabondants, c’est entrer dans un terrain sensible où se croisent science, perceptions populaires, intérêts économiques et préoccupations éthiques. De ce fait, il est essentiel d’aborder le sujet avec rigueur et sans parti pris.

Claude Lavoie. Photo: Université Laval

Lavoie s’appuie sur une documentation scientifique abondante et prend soin de distinguer les effets réellement démontrés de ceux qui reposent davantage sur des hypothèses ou des perceptions répandues. Cette prudence analytique permet d’aborder des questions souvent chargées d’émotions avec la distance critique nécessaire, tout en offrant au lecteur un portrait nuancé de ces espèces et des enjeux qu’elles soulèvent.

Rigueur et expertise

Si vous connaissez ses autres ouvrages, vous reconnaîtrez ici la même rigueur. Claude Lavoie est professeur titulaire à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional (ÉSAD) de l’Université Laval et spécialiste de la gestion des plantes envahissantes. Il reconnaît toutefois d’emblée ne pas être un spécialiste de la faune. C’est pourquoi il s’est entouré d’une solide équipe éditoriale composée de chercheurs possédant une expertise dans différents groupes d’animaux: Jacques Brodeur (Université de Montréal), Steeve Côté (Université Laval), Yves de Lafontaine, Olivier Morissette (Université du Québec à Chicoutimi) et Marc-André Villard (Société des établissements de plein air du Québec).

À la fin de chaque section, de nombreuses sources sont également indiquées et les experts ayant révisé la rubrique sont clairement mentionnés, ce qui contribue à la transparence et à la crédibilité de l’ensemble.

Malgré la complexité du sujet, Claude Lavoie parvient à en offrir une vulgarisation particulièrement réussie. L’écriture est claire, le langage accessible sans jamais sacrifier la précision scientifique, et la lecture est souvent animé par des anecdotes et une pointe d’humour qui rendent le propos vivant. Les encadrés « Une autre perspective » constituent d’ailleurs un véritable atout de l’ouvrage: ils permettent de prendre un pas de recul et d’aborder certains aspects historiques ou scientifiques sous un angle inattendu, voire ludique, ce qui enrichit la réflexion tout en rendant la lecture particulièrement agréable.

Espèces d’intérêt pour les jardiniers

Les espèces abordées dans l’ouvrage sont regroupées en cinq grandes catégories: les invertébrés aquatiques, les invertébrés terrestres, les poissons, les oiseaux et les mammifères. Pour les besoins de cette recension, publiée sur un blogue de jardinage, j’ai volontairement concentré mon attention sur les espèces que l’on peut rencontrer dans nos jardins ou dans les paysages horticoles. Cela dit, les jardiniers, par leur proximité avec la nature, manifestent souvent un intérêt particulièrement vif pour les questions écologiques.

Invertébrés terrestres

Parmi les invertébrés terrestres, plusieurs espèces abordées dans le livre sont bien connues des jardiniers, notamment l’agrile du frêne, qui décime les frênes en milieu urbain, le scarabée japonais, redouté pour les dommages qu’il cause aux plantes ornementales et aux pelouses, ainsi que la coccinelle asiatique. L’ouvrage s’intéresse également aux vers de terre exotiques, qui modifient en profondeur les sols forestiers, et à la tique à pattes noires, dont l’expansion est associée à la propagation de la maladie de Lyme.

Oiseaux

Chez les oiseaux, Lavoie aborde notamment l’étourneau sansonnet, espèce introduite devenue omniprésente dans les milieux urbanisés, le dindon sauvage, dont le retour spectaculaire en Amérique du Nord illustre bien les enjeux liés aux espèces indigènes redevenues abondantes, ainsi que la bernache du Canada, souvent perçue comme dérangeante dans certains espaces urbains et récréatifs, mais surtout en agriculture.

Dindons sauvages et cerfs de Virginie. Photo: Pexels

Cerf de Virginie et coyote

Enfin, deux mammifères particulièrement familiers des paysages périurbains et ruraux sont aussi discutés: le cerf de Virginie, dont la surabondance peut transformer la végétation des sous-bois et affecter les plantations ornementales, et le coyote, prédateur désormais bien implanté dans de nombreux environnements habités.

Certains lecteurs regretteront peut-être le peu de méthodes de lutte efficaces pour chacune des espèces, en particulier les jardiniers directement aux prises avec certains de ces animaux. Mais ce serait sans doute simplifier à l’excès une réalité beaucoup plus complexe. Comme le montre bien l’ouvrage, la lutte — tout comme la cohabitation — ne se résume pas à l’application d’un produit ou à l’adoption d’une technique. Elle s’inscrit plutôt dans un réseau d’interactions entre les activités humaines, les populations animales, les écosystèmes et les nombreuses autres espèces, végétales comme animales, qui y participent. 

Un ouvrage unique au Québec

Au final, Animaux envahissants ou surabondants… Le défi de la cohabitation est un ouvrage à la fois rigoureux, accessible et stimulant. En éclairant avec nuance un sujet souvent polarisé — et encore peu traité dans le monde francophone québécois — Claude Lavoie offre aux lecteurs, autant amateur que professionnels, des outils précieux pour mieux comprendre les relations parfois complexes qui nous unissent au monde vivant avec lequel nous partageons nos paysages.


  1. On se désole souvent du nombre d’espèces grandissant en voie d’extinction, situation causée par les nombreux abus de l’humain sur l’environnement. Ce réchauffement climatique qui en résulte aujourd’hui est un des facteurs qui nous amène certaines espèces en trop grand nombre. Et nous voulons encore tout contrôler ! Quand deviendrons- nous plus sages et réellement en harmonie avec la nature ?? Peut-être le jour où l’humain cessera de se croire supérieur aux autres espèces animales…mais c’est pas pour demain malheureusement.

  2. On va probablement me lancer des roches, mais le livre, aborde-t-il le sujet du chat domestique? C’est un prédateur (très) carnivore qui, laissé dans la nature, est considéré comme l’une des 100 espèces exotiques envahissantes les plus dommageables pour la biodiversité ? (Gouvernement du Québec).

    https://www.quebec.ca › faune › fiches-especes-fauniques
    .

    • Chère Katherine, pour que vous receviez moins de roches, je vais en prendre quelques unes en ajoutant aussi les chiens aux espèces en surabondance, en ville du moins. Pensons juste à la quantité de déchets, litières, excréments et sacs qui s’ajoutent aux matières résiduelles que les municipalités doivent gérer…

    • C’est probablement la question (chats) qui m’a été la plus souvent posée durant la préparation de ce livre. Elle est pertinente, mais j’ai décidé d’exclure les espèces domestiques, car outre la lourdeur des dossiers et leur sensibilité, elles auraient diverti l’attention des lecteurs et des médias, alors que le livre porte essentiellement sur les espèces sauvages, perçues, à tort ou a raison, comme nuisibles.

  3. J’ avais la visite des chats dans mes jardins …. La solution des cages Maintenant j’ ai la paix

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