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Combattre le feu par le feu : ABC de la lutte bio

Quand on est aux prises avec une infestation, notre premier réflexe n’est certainement pas d’ajouter des insectes dans nos plantes.

Pourtant, qui est mieux placé qu’un insecte prédateur pour chasser les nuisibles là où ils se trouvent?

Les prédateurs naturels, insectes, acariens ou nématodes, sont sélectionnés spécifiquement pour lutter contre certaines infestations. Qu’ils attaquent directement leur proie ou la parasitent, le résultat est le même: les ravageurs sont contrôlés efficacement, sans produits chimiques.

Un peu d’histoire

Au Canada, les premières utilisations de l’Encarsia formosa, une guêpe parasitoïde contre les aleurodes dans les serres, remontent aux années 1940. Elles étaient produites en Ontario et déjà, à l’époque, on les envoyait en train jusqu’à Terre-Neuve. L’avènement des pesticides de synthèse a malheureusement freiné l’essor de cette industrie prometteuse. 

On a échangé nos prédateurs pour du DDT, qui semblait être un produit miracle à l’époque. Moins difficile à transporter, plus rapide à agir et surtout, beaucoup plus mortel que les Encarsia

Quand on a commencé à remarquer les effets de ce pesticide sur la faune, on a remis en question son utilité. Les œufs des oiseaux exposés avaient des coquilles si minces qu’ils se brisaient sous le poids des parents pendant l’incubation. Comme l’a si bien dit Rachel Carson dans son livre sur le scandale des pesticides, le printemps était devenu silencieux (Printemps silencieux, Plon, 1964 pour la 1re édition en française, réédité à de nombreuses reprises).

Autour des années 1970, les insectes ravageurs fréquemment exposés aux mêmes pesticides y sont devenus résistants. Ils ont évolué pour ne plus être atteints par ces molécules chimiques. Ce phénomène est fréquent chez les espèces qui se reproduisent très rapidement. Il suffit de quelques individus qui résistent aux traitements pour que leur descendance y soit également résistante. 

On observa par la suite un regain d’engouement pour la lutte bio, qui, elle, n’entraîne que très rarement des phénomènes de résistance.

Le cas des coccinelles asiatiques

C’est à partir du début du XX? siècle, mais surtout dans les années 1980, qu’on a commencé à introduire des coccinelles asiatiques pour lutter contre les pucerons dans les champs en Amérique du Nord. Blindée, puante et avec très peu de prédateurs efficaces, elle a depuis fait son chemin pour envahir graduellement le Québec… et nos maisons à l’automne. 

Encore une fois, ce qui semblait être une bonne idée s’est transformé en problème environnemental. 

Je ne recommande pas l’utilisation de pesticides dans la maison pour régler le problème de coccinelles. Elles sont récentes et se reproduisent bien, je crains qu’elles développent facilement une résistance. L’intérieur de nos maisons n’est pas l’endroit pour faire des tests et expériences sur les pesticides, de toute manière.

Mieux vaut colmater les craques par lesquelles entrent les coccinelles et leur tendre des pièges dans la maison. Mon truc personnel c’est de laisser une bûche au sol près d’où j’en trouve beaucoup et de les laisser aller s’y cacher par elles-mêmes. Je n’ai plus qu’à soulever la bûche pour en capturer plusieurs à la fois. Profitons du fait qu’elles se rassemblent quand elles sont confortables!

La lutte bio à la maison 

Aujourd’hui, les plantes d’intérieur sont une véritable passion et les infestations sont rendues monnaie courante. Si les pesticides étaient jadis la solution disponible pour lutter contre les ravageurs (qui adorent s’installer dans les jungles intérieures), avec les restrictions importantes sur les pesticides domestiques au Québec et la connaissance empirique qui s’accumule, les amoureux des plantes doivent trouver de nouvelles solutions pour lutter contre les indésirables. 

Les principaux prédateurs dans les plantes d’intérieur. Source: Limoiland

Bonne nouvelle: la lutte biologique fonctionne très bien à l’intérieur.

Le problème?

Pendant longtemps, les formats étaient adaptés aux grandes serres et l’information était peu accessible au grand public.

C’est pour cette raison que j’ai créé Limoiland, après avoir moi-même vécu une infestation de thrips. Depuis, des centaines de personnes ont pu expérimenter l’utilisation de prédateurs naturels pour régler leurs problèmes de ravageurs.

Comment ça marche? 

Pour ceux qui débutent, la lutte bio peut effrayer un peu. Toutes sortes d’insectes, aux noms latins les plus compliqués les uns que les autres, qu’on doit mettre dans sa maison! Il y a de quoi s’inquiéter effectivement! N’ayez crainte, ils ont tous été soigneusement choisis et sont très faciles à introduire. 

Quand on achète des prédateurs, ils sont généralement en vrac ou en sachets. Ceux qui sont en vrac doivent être répandus, ceux en sachets, accrochés. Selon le nombre de plantes, une introduction mensuelle prend environ 5-10 minutes. Quand on sait quoi faire, c’est assez facile!

On choisit l’espèce de prédateur selon la situation: la cible, le degré d’infestation, le lieu et les conditions. Dans une serre, on peut opter pour des prédateurs plus voraces, plus mobiles. Dans un salon, on choisit plutôt ceux qui sont discrets et invisibles. Il y a autant de combinaisons qu’il y a de situations… 

Je valorise une approche basée sur la connaissance. Bien connaître son ennemi permet de lutter directement contre lui, là où il se trouve. 

La meilleure manière de faire de la lutte bio à l’intérieur 

Comme je ne le répéterai jamais assez: mieux vaut prévenir que guérir! 

Pas besoin d’avoir un problème pour utiliser des prédateurs naturels.

Dans les feuilles, on accroche des sachets qui durent 4 à 6 semaines. Ces petits sachets contiennent un écosystème fermé: du son, des mites du son et des acariens prédateurs, qui se reproduisent et sortent graduellement. 

Si les bons insectes sont déjà présents sur nos plantes, les ravageurs ont beaucoup moins de chances de s’y installer.

Les prédateurs peuvent sauver vos plantes d’intérieur. Photo: cottonbro studio

Pour protéger la terre, une petite cuillère de Stratiolaelaps, un acarien terricole naturellement présent dans les sols, et le tour est joué. Cet allié très apprécié monte la garde en mangeant des algues et des débris, en attendant les pupes de thrips, les œufs et les larves des mouches sciarides. 

Un dépistage efficace permet de s’éviter bien des tracas. Installer des trappes collantes jaunes et utiliser une loupe est très utile pour capturer et identifier les insectes volants qui s’y collent. 

En résumé 

En serre comme à la maison, les prédateurs naturels permettent de lutter efficacement, naturellement et intelligemment contre les insectes nuisibles.

Ils demandent un peu d’organisation: ce sont des êtres vivants. Il faut être prêt à les recevoir et à les introduire rapidement.

Mais ils sont discrets, fascinants et redoutablement efficaces.

Si vous devez combattre des ravageurs, ils seront vos meilleurs alliés.

Et si le monde des insectes vous intrigue, restez à l’affût de mes prochains articles: je vous ferai découvrir les ravageurs les plus communs de nos jardins québécois, leur cycle de vie et les solutions adaptées. Quand on comprend, tout devient plus simple.


  1. Merci pour la promotion de ce type de lutte. Cela fonctionne vraiment bien. je suis devenue une adepte.
    Néanmoins certains parasites n’ont pas encore de prédateurs, comme l’aculops du fuchsia. je vais de voir sacrifier mes plantes…

    • Séréna (la lutteuse biologique)

      Merci de votre commentaire ! les acariens cucumeris pourraient vous aider. je suis dans le comité de surveillance en phytoprotection de Québec Vert, on commence bientôt nos réunions, je vais m’informer davantage à ce propos

  2. Wow,super article très intéressant,j’ai déjà hâte d’en apprendre davantage.

  3. Moi aussi, ce genre de sujets m’intéresse énormément! Bienvenue dans la grande famille du Jardinier Paresseux, Séléna. Hâte aussi de lire tes prochains articles!

  4. Désolée… Séréna et non Séléna. 😉

  5. Super intéressant mais où se procurer ces petites merveilles?

  6. Beau sujet! Hâte d’en apprendre plus!

  7. Je possède une serre de 30 m² et dès la première année mes petits pois, mes tomates et mes haricots étaient infestés de pucerons. J’ai testé le savon noir, le purin d’orties, ainsi que d’autres trucs écolos censés pouvoir m’éradiquer ces bestioles comme par exemple les coccinelles. Que nenni, les résultats se sont avérés pitoyables et chronophages. Alors, je me suis inspiré des techniques de traitement de l’eau et de l’air par des lampes UV-C , j’ai donc installé une lampe UV-C . La lumière UV-C tue les germes comme les virus et les bactéries en endommageant des molécules telles que les acides nucléiques et les protéines. (Philips T8 UV – C 36W – Ultra-violet | 120cm) Elle se met en service à 1 h00 du matin pendant 1/2 heure sur programmateur. Les résultats obtenus sont bluffants, les pucerons crament et plus aucune maladies. Mais ce n’est pas tout j’ai remarqué une croissance de mes salades plus rapides que celles qui sont à l’ombre de la lumière et surtout, j’ai remarqué que mes salades une fois ramassées ont une durée d’oxydation 2 à 3 fois plus lentes qu’une salade non exposée. Alors j’ai parlé de ma découverte à 2 maraichers en leurs montrant ma serre, ils ont constatés mais ils n’ont pas changés leurs protocole de traitement. (PS : la lampe de 30W coute 28,68 € TTC et à une durée de vie moyenne de 9000 h soit 18 000 jours soit 49 ans). Petite précision : ça ne tue pas les araignées ni les mouches ni les abeilles ni les papillons et malheureusement ni les moustiques, quand aux limaces je les éradiques par noyade à la bière. Pourquoi faire compliqué.