Dans une rubrique récente sur ce blogue, j’explique que la lutte contre la renouée du Japon est une expérience difficile et qu’il faut en conséquence choisir ses combats. Si vous êtes décidé à l’entreprendre, certaines méthodes donnent de meilleurs résultats que d’autres, pourvu que l’on soit patient (très) et déterminé. Aussi, une lutte musclée n’a de sens que si l’on s’attaque à l’ensemble d’un clone, pas seulement à la partie qui occupe votre terrain.
Il n’y aura pas de miracles
Comme spécialiste des plantes envahissantes, je suis couramment questionné sur les méthodes miracles en matière de lutte. Ces méthodes ont souvent ceci en commun: 1) elles sont technologiques (ça fait plus sérieux), 2) elles coûtent cher (ça doit donc forcément fonctionner) et 3) elles permettent de régler rapidement le problème sans effort (et voilà le miracle).
Pour paraphraser une vieille publicité, si ces méthodes existaient, on le saurait. Dans le cas de la renouée du Japon, les «miracles» proviendraient de machines qui ébouillantent ou qui électrocutent les racines, de microbes qui éliminent l’oxygène du sol, de fauches répétées des tiges toutes les semaines qui épuisent les réserves des rhizomes, de solutions salines qui, une fois pulvérisées sur le feuillage, agissent comme des herbicides ou de chèvres gourmandes qui ne font qu’une bouchée de la plante.
Ces solutions ont parfois un effet immédiat en surface, mais elles ne s’attaquent pas de manière efficace au cœur du problème, c’est-à-dire aux rhizomes souterrains qui représentent la majeure partie de la biomasse estivale. La fauche ou le broutement peuvent empêcher un clone de s’agrandir et diminuer sa vigueur, mais ni l’une ni l’autre ne parviennent à l’éradiquer. Si c’est là votre objectif, il faut passer à autre chose.
Excavation: efficace, mais cher
La seule manière sûre et rapide de se débarrasser d’un clone de renouée du Japon est d’excaver le sol où se trouvent les rhizomes. Une étude suisse très récente (pas encore publiée) montre que dans un loam sableux, donc dans un sol plus ou moins poreux, ces rhizomes sont presque tous concentrés dans les 60 premiers centimètres du sol, et jamais à plus de 80 cm. C’est probablement encore moins profond dans un sol argileux compact. Nicolas Trottier, de Quadra Environnement, me signale toutefois que les rhizomes d’un clone situé près d’une fondation ont tendance à s’infiltrer un peu plus profondément. Quoiqu’il en soit, dans la majorité des cas, il s’agit de retirer environ 1 m d’épaisseur de sol sous le clone, avec une bande de sécurité de 2-3 m au-delà du clone pour aller chercher les rhizomes baladeurs.
Avec une pelle mécanique, c’est un jeu d’enfant, même s’il faut prendre bien soin de nettoyer ensuite la machinerie. Mais attention: vous devrez disposer du sol (beaucoup!) qui, puisqu’il contient les rhizomes d’une plante envahissante, est légalement considéré au Québec comme un matériel contaminé. Comme il serait irresponsable et illégal de le déposer en nature (ou chez votre voisin!), vous devrez trouver un site d’enfouissement autorisé à le recevoir et payer une note salée pour vous en débarrasser, sans compter le coût du transport. À cela s’ajoutent les frais pour reboucher le trou et refaire l’aménagement paysager.
Dans les faits
Très peu de gens ont recours à cette solution extrême, mais elle est relativement fréquente dans les gros chantiers (routiers, par exemple) où l’on se contente la plupart du temps d’enfouir sur place et en profondeur le matériel excavé.
Herbicides: le coup de massue, jamais le coup de grâce
Pour qu’un herbicide soit vraiment efficace contre la renouée du Japon, il doit être systémique. Il doit donc pénétrer dans les vaisseaux et être véhiculé par la sève jusqu’aux rhizomes. Le plus connu et légalement autorisé au Canada contre la renouée est le glyphosate. Pulvérisé au bon moment (été, automne) et à quelques reprises, avec le dosage adéquat et par du personnel qualifié et certifié, le glyphosate peut éliminer plus de 90 % de la biomasse. L’injection de l’herbicide dans les tiges avec un pistolet ne donne pas de meilleurs résultats. C’est fastidieux et requiert plus de produit qu’une simple pulvérisation; ce n’est donc pas recommandé.
N’est-ce pas là le miracle attendu?
Oui et non. Malgré ce résultat impressionnant, on parvient rarement à éradiquer un clone d’importance avec pour seul outil le glyphosate. Il faut ensuite poursuivre la lutte, notamment par arrachage, autrement, tout sera à recommencer quelques années plus tard. Comme tous les herbicides, même biologiques, le glyphosate est un produit toxique. Or, si le clone est vaste, il faut en utiliser des quantités appréciables, pendant plusieurs années (surtout la première), pour que son effet se fasse sentir durablement. Les herbicides de synthèse sont interdits d’usage dans plusieurs municipalités, ce qui rend cette solution caduque. Enfin, comme il faut recourir aux services d’une entreprise spécialisée qui utilise les solutions commerciales de glyphosate (les produits domestiques ne sont pas assez puissants), les pulvérisations coûtent cher et ne sont pas toujours effectuées dans les règles de l’art.
Dans les faits
Les personnes ne sont pas toujours satisfaites, après usage, de la solution herbicide. Plusieurs se questionnent sur le coût environnemental, sans compter celui sur la santé. Elle n’a de sens que dans une lutte combinant plusieurs méthodes. Et de grâce, laissez de côté les herbicides maison, comme l’eau de Javel, le gros sel ou les hydrocarbures: c’est illégal et pire pour l’environnement qu’un herbicide de synthèse.
Bâchage: pour les gens très patients
J’ai déjà donné dans ce blogue mon opinion sur le bâchage avec géomembrane (plastique imperméable), une solution que je considère, dans le cas de la renouée du Japon, ni efficace, ni écoresponsable. Un bâchage avec géotextile perméable est un peu plus intéressant. Après une préparation du terrain (fauches répétées à l’an 1), on étend sur le clone un géotextile épais (an 2), puis on plante au travers des plançons de saules arbustifs à croissance rapide (an 3). Une fois que les saules ont atteint leur pleine grandeur (an 5 ou 6?), on retire le géotextile et on laisse la compétition végétale faire son œuvre pour étouffer les inévitables repousses de renouée qui, vous vous en doutez bien, ne se laissera pas éliminer sans riposter.
Dans les faits
Cette méthode, exigeante, est encore peu éprouvée, même si en France il existe des exemples probants. Elle nécessite beaucoup de soins et un suivi régulier pour éliminer les tiges qui s’infiltrent dans le géotextile ou qui poussent au pourtour. Un géotextile haute qualité est un produit industriel coûteux qui terminera son existence au dépotoir. Les saules arbustifs à croissance rapide sont peu nombreux sur le marché québécois et les plançons ne survivent pas toujours à la plantation, surtout en conditions sèches; il faut donc fréquemment les remplacer. Si cette solution vous intéresse, il est préférable de recourir aux services des quelques rares entreprises qui en maîtrisent la complexité.
Arrachage: pour les gens très, très patients
Arracher les tiges qui émergent au printemps est peu efficace si l’on se contente d’éliminer la partie aérienne. En revanche, retirer avec une pelle par la même occasion les rhizomes qui se trouvent près de la surface améliore singulièrement l’efficacité. Si l’on poursuit l’opération de manière assidue durant la saison chaude pendant de nombreuses années, on parvient à l’éradication. Je sais que c’est difficile à croire, mais je connais plusieurs exemples de propriétés où des citoyens tenaces ont obtenu ce résultat.
Dans les faits
Si ça fonctionne, il faut être réaliste. À moins de convoquer tous vos voisins à une corvée, la superficie du clone à éliminer ne peut pas dépasser quelques dizaines de mètres carrés, autrement, l’effort devient herculéen. Le travail est particulièrement ardu les deux premières années, mais ensuite, l’effort diminue de manière exponentielle. Un clone âgé requiert une bonne dizaine d’années de travail avant que l’on puisse conclure l’exercice, et l’on ne peut jamais baisser la garde. C’est donc un pensez-y-bien.
Confinement: une solution à tester
Comme on vient de le voir, l’éradication d’un clone de renouée du Japon est une expérience qui risque d’en décourager plusieurs. Votre clone est-il si dérangeant? Si vous voulez simplement l’empêcher de prendre de l’expansion, vous pouvez le confiner à son emplacement de deux manières, soit en plantant sur son pourtour une ceinture très dense d’arbustes (cornouillers, saules), soit en insérant dans le sol, à la verticale et sur un mètre de profondeur, une membrane rigide épaisse qui bloquera l’expansion latérale des rhizomes, ou préférablement les deux.
Dans les faits
Si je suggère régulièrement cette stratégie, je ne connais pas beaucoup de cas où on l’a mise en œuvre. La membrane rigide est un produit industriel coûteux. Pour l’insérer dans le sol, il faut creuser une tranchée étroite avec une petite pelle mécanique, ce qui n’est pas si facile à faire. Comme la solution est expérimentale, on ne sait pas si elle fonctionne véritablement, même si les quelques essais effectués au Québec sont encourageants.
Alors, toujours intéressé à vous débarrasser de votre renouée du Japon? Faites part de vos expériences dans ce blogue afin de bonifier cette rubrique.
Merci à André Evette (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et Nicolas Trottier (Quadra Environnement) pour leurs commentaires sur cette rubrique.
Pour en savoir plus:
