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Une expérience avec le Tero

Recycleur de déchets alimentaires Tero sur un comptoir

Par Larry Hodgson 

Cet été, j’ai eu l’occasion d’expérimenter le recycleur de déchets alimentaires Tero produit par Tero et je vais vous livrer mon rapport sur ce produit innovateur dans les lignes qui suivent.

Mes lecteurs québécois en ont sans doute déjà entendu parler, car l’appareil innovateur a fait grand bruit dans notre province, notamment lors du lancement de la campagne de sociofinancement Kickstarter en octobre 2019 qui permettait aux gens de précommander leur appareil et qui a amassé plus de 1?750?000 $. Nous avons vu le produit présenté dans les journaux et les magazines et à la télévision et en avons entendu parler à la radio, et ce, partout au Québec. 

Les conceptrices du Tero: Valérie Laliberté et Elizabeth Coulombe.

D’ailleurs, l’histoire est inspirante. Un projet d’étude de 2017 de deux diplômées du baccalauréat en design de produits de l’Université Laval, Valérie Laliberté et Elizabeth Coulombe, qui devient un électroménager domestique bénéfique à l’environnement et offert au grand public grâce une campagne de sociofinancement, ce n’est pas un événement de tous les jours. 

La livraison des appareils Tero aux investisseurs a commencé et les gens intéréssés peuvent s’en acheter un dès maintenant.

Le fonctionnement du Tero

Même si plusieurs médias présentent le Tero comme un genre de composteur, l’appelant même un «composteur de comptoir», par exemple, en fait, il ne produit pas du compost. 

Plutôt que de procéder par décomposition, ce qui implique de laisser agir des champignons, des bactéries et toutes sortes d’autres détritivores, la plupart microscopiques, l’appareil Tero prend des déchets alimentaires, les chauffe et les broie, réduisant le volume de 90% et donnant un engrais sec prêt à utiliser. 

Le recycleur Tero produit un fertilisant utilisable et écologique en seulement quelques heures.

Et, contrairement au compostage, nul besoin d’attendre des mois pour les résultats. Quand vous démarrez l’appareil, l’engrais est prêt à utiliser en seulement quelques heures!

Mon expérience

J’ai reçu un appareil Tero à l’essai au mois de juillet 2021. Pas exactement le recycleur Tero qui sera commercialisé, mais plutôt un démonstrateur.

Je savais d’avance que le recycleur Tero avait environ les dimensions d’une machine à pain, mais j’ai été quand même un peu surpris par sa taille. Finalement, bien que conçu pour aller sur un comptoir de cuisine, à 28 cm de hauteur, il ne pouvait pas aller sur le nôtre, car nos armoires sont plus basses que la moyenne. En le plaçant sous les armoires, il aurait été impossible de lever le couvercle. Peu importe, cependant : nous avions un petit meuble de rangement juste à côté qui l’a logé très facilement. Par contre, le lecteur moyen n’aura pas ce problème, si ses armoires sont standards (45 cm ou plus au-dessus du comptoir), le Tero s’y installe sans difficulté. 

L’assemblage était facile : il suffisait de sortir le Tero de sa boîte et de suivre les illustrations dans le Guide d’utilisation imprimé qui l’accompagne (surtout, il fallait remplir le filtre de charbon activé, inclus). En 3 ou 4 minutes, l’appareil était branché et prêt à être utilisé. 

Le Tero offre une apparence sophistiquée qui cadre avec la cuisine moderne.

Son apparence est simple et soignée, très sophistiquée : une boîte rectangulaire aux coins arrondis avec un grillage au-dessus et un bouton d’allumage et des indicateurs sur le devant. Il y a même un choix de couleur : blanc ou noir. À l’intérieur, une cuve antiadhésive qui s’enlève facilement pour récolter votre engrais et pour fins de nettoyage et aussi deux paires de lames broyeuses, également simples à enlever et à nettoyer. 

Deux guides format papier accompagnent le Tero : le Guide d’utilisation et le Guide du fertilisant. C’est surtout le premier que nous avons plus consulté au début, car vous voulions savoir ce que nous pouvions mettre dans la cuve. Évidemment, des déchets alimentaires, mais lesquels? 

On peut mettre presque tout ce qu’on mettrait dans un composteur, mais aussi certains produits défendus dans le compostage domestique, comme les viandes et certains os. 

Voici en résumé les possibilités :

Aliments qui peuvent toujours être transformés :

La plupart des déchets alimentaires trouveront leur place dans le recycleur Tero.

Aliments qui peuvent être transformés à petite dose:

Ces produits sont souvent trop liquides ou deviennent collants et peuvent adhérer aux parois de la cuve et rendre le nettoyage difficile. Ou encore, contiennent assez de sel pour potentiellement nuire à la croissance des végétaux lorsque le fertilisant sera appliqué. 

Aliments qui ne peuvent jamais être transformés :

Et bien sûr, évitez tout déchet qui n’est pas alimentaire (métal, étoffes, plastique, etc.), y compris les bioplastiques compostables.

De plus, on recommande de varier les intrants pour assurer une meilleure qualité d’engrais (tout comme dans un composteur en plein air) et de couper certains aliments fibreux en petits morceaux.

Une fois la lecture terminée, nous avons commencé à déposer nos déchets dans la cuve. J’étais surpris de voir que, finalement, nous n’en avions pas autant que cela. Bien que Tero recommande de démarrer un cycle après cinq jours pour éviter tout risque d’odeurs, la cuve était seulement à moitié pleine à cette date. Finalement, en général, c’était environ une fois par semaine que nous le faisions. Nous n’avons jamais remarqué d’odeur désagréable près de l’appareil, même pas avec le couvercle ouvert et le nez presque dans la cuve. 

Ce sont vos habitudes alimentaires qui détermineront ce qui va dans le Tero.

Évidemment, ce qui finit dans la cuve reflète les habitudes de la famille. Nous ne pelons généralement pas nos pommes de terre, carottes, etc., et donc ce type de reste était absent. Par contre, nous consommons beaucoup de fruits, donc les cœurs de pomme, les tiges de raisin et les pelures d’agrume abondaient. Il y avait peu de risque que nous mettions les «fruits très sucrés» dans la cuve, car nous les mangeons. Même quand un fruit est abîmé, nous découpons la partie meurtrie, la seule partie qui ira donc dans le recycleur, et mangeons le reste. 

Mon fils a passé une semaine chez nous et il est un gros buveur de café, alors que ma femme et moi en consommons peu. Cette semaine-là, la cuvette s’est rapidement remplie de marc de café!

Processus peu dérangeant

Nous avons décidé d’essayer de démarrer un cycle de transformation au coucher, afin de ne pas être dérangés par tout bruit, car, selon le type d’aliments transformés, il peut prendre de 2,5 à 8 heures pour s’effectuer (90 minutes de chauffage, plusieurs sessions de broyage selon les entrants [l’appareil fait le calcul] et 30 à 60 minutes de refroidissement). 

Du moins, c’était notre but. Mais finalement, nous avons laissé tomber notre propre restriction, car le bruit n’est pas très dérangeant. Beaucoup moins que celui de notre machine à pain et énormément moins que celui de notre scelleuse sous vide. Le son est perceptible, mais à peine, dans le salon voisin avec la télévision ouverte. Il est plus audible quand nous sommes assis dans la salle à manger littéralement à côté (je peux presque le toucher de ma chaise!), mais pas assez pour déranger la conversion ni nous obliger à parler plus fort. Le bruit, qui me fait penser à de multiplies petits pieds qui marchent sur du gravier, est devenu rapidement «normal» et fait désormais partie de notre routine.

Les résultats

Les déchets alimentaires deviennent rapidement un engrais à la granulométrie variable.

Je dois admettre que j’ai été un peu surpris quand j’ai vu le produit fertilisant pour la première fois. Je m’attendais à un produit uniforme composé de granules de petite taille, mais il y avait dans le fertilisant des morceaux de tailles très variables, certains presque comme de la poussière, mais certains de 2 ou 3 cm de diamètre. 

Après le premier cycle, par exemple, il y avait d’assez gros morceaux de pelures d’orange, un peu enroulés et complètement secs, mais quand même facilement reconnaissables par leur couleur orange, et aussi des peaux d’oignon réduites en morceaux plus petits, mais quand même facilement identifiables. En relisant le mode d’emploi, j’ai compris que je n’avais pas suivi la consigne de découper ces deux produits (et aussi certains légumes fibreux, comme le céleri et les asperges) en petits morceaux avant de les mettre dans la cuvette. Mea culpa! Maintenant, je découpe les pelures d’orange et d’oignon avant de les déposer et on ne les remarque plus. 

Le Tero donne un engrais de texture variable… ce qui est parfaitement acceptable.

Malgré cela, chaque cycle contient un mélange de déchets très réduits et d’autres moins. Il faut tout simplement comprendre que cela est tout à faire normal et acceptable. Les plus gros morceaux offrent les mêmes propriétés bénéfiques que les plus petits et vont se décomposer et disparaître au contact avec la terre humide. Ainsi, on peut les utiliser au jardin sans problème. 

Même l’extrémité élargie des petits os de poulet, seule partie qui ne disparaît pas, est parfaitement stérilisée et prête à continuer sa décomposition au jardin. Mais je dois admettre que voir ces résidus d’os me dérange un peu et que j’hésite encore à ajouter les os de poulet au recycleur.

Quelques surprises

Le résultat avec un déchet m’a bien surpris : les coquilles d’œufs. Quand on fait du compostage classique, soit dans le composteur domestique, elles ne semblent jamais se décomposer, même quand on les réduit en petites miettes. Et on peut encore les détecter une décennie plus tard, de petits points blancs dans la terre du potager. Après 50 ans de compostage, je suis tellement habitué à ce phénomène qu’il me paraît bien normal. Mais dans l’appareil Tero, une coquille d’œuf disparaît complètement. Je fais exprès pour laisser la coquille la plus intacte possible quand je la dépose dans l’appareil afin de constater sa disparition totale par la suite. C’est comme de la magie!

Aussi, il y avait la question de la viande. Nous jetons rarement de la viande (habituellement, nous le mangeons!), et donc nous avons peu testé cet ajout, sinon un peu de cartilage. Mais une fois, il y avait un morceau de viande cuite à y placer. Nous étions un peu hésitants. Sûrement qu’il y aurait des odeurs? Mais même s’il est resté 4 jours dans la cuvette, nécessairement à la température de la pièce, avant que nous démarrions le prochain cycle, il n’y avait aucune odeur désagréable pendant la période d’accumulation — mais vraiment pas du tout! — et à la fin du cycle, il avait complètement disparu. Une bonne surprise!

Utilisation du fertilisant issu de l’appareil Tero

L’engrais produit par le Tero est un fertilisant tout usage qui peut servir sur toute plante.

On peut utiliser le fertilisant produit comme tout autre engrais. Vous l’appliquez aux endroits où un supplément de minéraux sera utile : potager, plate-bande, même la pelouse! Comme le compost, il sera riche en azote, phosphore et potassium ainsi qu’en plusieurs éléments mineurs. Les proportions exactes des nutriments varieront selon ce que vous avez mis dans le recycleur Tero. 

On peut aussi utiliser l’engrais dans les bacs de patio, les jardins sur balcon et les plantes d’intérieur, les mélangeant à leur terreau. Enterrez-les complètement, sinon des champignons décomposeurs pourraient être visibles. On sait que ces champignons sont bénéfiques… mais malgré cela, bien des gens ne tiennent pas à les voir!

Dans le jardin, vous pouvez mélanger ce fertilisant au sol ou tout simplement l’appliquer en surface et laisser la pluie le faire pénétrer. Le Guide du fertilisant qui vient avec l’appareil Tero donne quelques bonnes idées sur son emploi ainsi que des recommandations de bons dosages à appliquer.

Notez que le fertilisant produit peut se conserver longtemps dans un contenant scellé. Ainsi pendant les mois d’hiver, période où vos plantes ont peu besoin de minéraux, mais où vous, en tant qu’humain, continuez de manger et de produire des déchets alimentaires, vous pouvez en ramasser en préparation de l’été à venir. D’ailleurs, pourquoi ne pas préparer des sacs ou pots de cet «engrais maison» et les offrir en cadeau à vos amis jardiniers?

Compostage ou recyclage de déchets?

Pour les gens qui ont des jardins au sol, je vois le recycleur de déchets alimentaires Tero comme un complément au compostage. Continuez de composter vos déchets de jardinage tout l’été, comme d’habitude, mais l’hiver, quand le compostage n’est plus très logiquement possible, vous pourriez continuer de recycler les déchets alimentaires de votre demeure grâce au recycleur Tero.

L’appareil Tero est spécialement intéressant pour les jardiniers qui n’ont pas accès à un composteur. Peut-être qu’ils vivent en appartement ou en copropriété, mais regrettent de ne pas pouvoir faire leur part dans le recyclage les déchets alimentaires. Avec le Tero, vous pouvez désormais le faire, d’ailleurs facilement, et ainsi nourrir votre jardin sur balcon!

Pour obtenir un recycleur de déchets alimentaires Tero

Grâce au recycleur de déchets alimentaires Tero, il vous est maintenant possible de produire votre propre fertilisant naturel riche en nutriments. Offrir une deuxième vie à vos matières organiques n’aura jamais été aussi facile: remplissez la cuve de l’appareil, démarrez-le, puis fertilisez vos différents espaces verts.

La production des premiers appareils Tero est officiellement débutée et les premières unités ont été livrées. La livraison se poursuivra au courant des prochains mois au Canada et aux États-Unis. Pour en savoir plus ou pour vous procurer le vôtre, rendez-vous sur teroinnovation.ca.

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