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Ma mission monarque

En 2013, je suis allée au Mexique. Pas pour me faire bronzer le contour de bikini sur une plage touristique. Il y a 10 ans, j’ai traversé le Mexique central, en «pack sac», avec mes trois «Sunny Girlz» pour aller voir les sites d’hivernation des papillons monarques (Danaus plexippus), dans les montagnes du Michoacán. Et c’est une des expériences les plus extraordinaires que j’ai vécues de ma vie.

Le monarque est un grand voyageur et son parcours est semé d’embûches. Photo: Pixabay

Ce n’est donc pas étonnant que j’éprouve un attachement bien spécial à ces somptueux papillons. Leur périple tient du miracle. Et de plus en plus, ce périple est parsemé d’embûches. Embûches climatiques, fauchage des fossés en milieu agricole et destruction des habitats le long de leurs corridors migratoires. Ce sont quelques raisons qui compliquent le voyage des monarques. C’est ce qui fait que les populations de monarques ont chuté de près de 90% dans les vingt dernières années.

C’est dans ce contexte que se sont multipliées toutes les actions pour assurer la protection de l’espèce et la protection de ses habitats. Dans tout ce processus, le Canada joue un rôle primordial, car ce sont nos papillons (ceux des États-Unis aussi) qui font le long trajet de plus de 4000 km pour se rassembler dans les sites d’hivernation du Mexique. Le Canada étant un lieu de reproduction des monarques, il est avantageux de favoriser le plus possible ce cycle. Plus il y a de monarques à la ligne de départ, plus il y en aura à la ligne d’arrivée!

L’asclépiade: LA plante à avoir!

Bien sûr, l’importance de l’asclépiade dans le mode d’alimentation et de reproduction des monarques est bien documentée et de plus en plus connue du grand public. De nombreuses écoles ont maintenant un petit jardin à papillons dans lequel ils cultivent des asclépiades et d’autres plantes mellifères.

L’asclépiade joue un rôle essentiel dans la reproduction des monarques. Il s’agit de la seule plante sur laquelle les monarques pondent leurs œufs. L’asclépiade est aussi la seule source d’alimentation des chenilles du monarque. Voilà pourquoi on insiste autant sur l’asclépiade.

Au Québec, il y a deux espèces d’asclépiades indigènes. L’asclépiade commune (Asclepias syriaca), que l’on appelle communément «petits cochons», est présente dans les champs ouverts et les terrains vacants. Les bords de fossés et les bandes longeant les autoroutes sont aussi des sites où l’on retrouve souvent cette espèce. L’asclépiade incarnate (Asclepias incarnata), quant à elle, préfère les lieux marécageux et les rives des cours d’eau. Elle est surtout concentrée dans le sud-ouest du Québec.

L’asclépiade commune est essentielle la survie des monarques, car c’est sur cette plante que sont pondus les œufs. En Amérique, l’asclépiade est la seule nourriture des larves. Photo: Unsplash

Bonne nouvelle, les études scientifiques révèlent que les deux espèces préférées des monarques sont exactement celles mentionnées ci-haut! Quand on donne au monarque le choix entre une dizaine d’espèces d’asclépiades, c’est sur ces deux espèces que se pond le plus grand nombre d’œufs. Mais il ne faut pas négliger les autres espèces. Même les espèces horticoles comme l’asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa) sont intéressantes. En fait, toutes les asclépiades mises à l’essai ont accueilli des œufs et éventuellement de mignonnes chenilles gourmandes. À titre indicatif, il existe près de 205 espèces différentes d’asclépiades. La majorité sont indigènes en Amérique et quelques-unes sont originaires d’Afrique.

La chenille du monarque est aussi jolie que son papillon! Photo: Unsplash

Créer un îlot pour monarques

C’est relativement facile de consacrer une parcelle de son jardin aux monarques. Tout ce qu’il faut, ce sont quelques plants d’asclépiades et des fleurs nectarifères pour attirer les papillons adultes. Au Québec, les papillons arrivent de leur long voyage vers le début du mois de juin. Il faut donc les attirer avec de belles plantes nectarifères, comme certains asters à floraison hâtive (Aster alpinus) et de belles annuelles, comme l’héliotrope (Heliotropium arborescens), le cosmos (Cosmos bipinnatus) ou le lantanier (Lantana camara). Puis avant le grand départ migratoire, les monarques doivent faire le plein de nectar énergétique avec des plantes à floraison automnales, comme la verge d’or (Solidago spp.), les asters d’automne (Aster spp. et Symphyotrichum spp.) et des liatrides (Liatris spicata). Ce n’est pas le choix qui manque du côté des plantes à fleurs qui attirent les monarques.

Le plus simple est de choisir une zone de son jardin que l’on cesse tout simplement de tondre. Ensuite, on y implante quelques-unes de ces plantes recherchées par les monarques. Incluant quelques asclépiades, cela va de soi! L’objectif est de créer un effet de prairie sauvage invitante.

Participez au changement grâce à la science citoyenne

L’un des grands défis de l’exercice de protection des populations de papillons monarques et de leurs habitats est parfois le manque de données scientifiques. Ces informations jouent un rôle clé pour soutenir les arguments que l’on présente aux instances gouvernementales. Ces données aident à convaincre les décideurs de développer une législation visant à réellement protéger l’espèce et ses habitats. C’est ce que le programme Mission Monarque vise à accomplir et d’une belle manière! En effet, il s’agit ici de science participative et citoyenne. Cela veut dire que tout le monde peut contribuer à la saisie de données. En résumé, il faut trouver des plantes d’asclépiades, les inspecter et noter la présence d’œufs ou de larves. Tout simple… mais des informations précieuses et utiles pour soutenir la cause des monarques!

Habiter une «Ville amie des monarques»

Une autre belle façon de contribuer à l’augmentation des zones habitables pour les monarques est d’inviter sa municipalité à souscrire au programme «Ville amie des monarques». Ce programme est une initiative de la Fondation Suzuki et d’Espace pour la vie. Les municipalités participantes s’engagent à modifier leur réglementation afin de favoriser le développement d’espaces propices à la croissance de l’asclépiade et des plantes mellifères. Certaines villes vont libérer certains terre-pleins du joug de la tondeuse pour en faire des zones naturalisées. Puis, les municipalités peuvent agir par le biais de programmes de sensibilisation, invitant leurs citoyens à créer des habitats pour monarques dans leurs propres cours.

Bref, ce ne sont pas les idées qui manquent pour contribuer à la bonne cause et donner un petit coup de pouce à ces précieux insectes. Pour ma part, l’asclépiade galope librement dans ma pelouse rarement tondue en arrière-cour. Chaque fois que j’ai quelques minutes à perdre à proximité d’une colonie sauvage d’asclépiades communes, j’y jette un coup d’œil pour déceler les signes de la présence des larves. La quête n’est pas toujours fructueuse, mais qu’importe, elle revêt une certaine utilité, si ce n’est que de me plonger dans la contemplation du monde végétal et de ces visiteurs!

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