Vous avez certainement déjà croisé ces petites mouches ennuyeuses dans votre cuisine. Vous savez: elles sont minuscules et l’on ne les voit pas avant d’avoir bougé le plat à fruits, alors un nuage s’envole. En avez-vous déjà respiré une? Moi, oui… Je ne vous le conseille pas!
Plutôt que de vous raconter comment elles sont ennuyantes dans les maisons, je veux vous expliquer pourquoi les drosophiles sont en fait utiles — et même des superhéroïnes — pour les humains.
Utilité en laboratoire
Également connues sous le nom de mouches à fruits, ou mouches du vinaigre, les drosophiles ont un rôle très important dans la science, particulièrement pour l’étude de la génétique. Elles sont utilisées comme modèle dans les laboratoires depuis les années 1900. C’est l’un des rares animaux dont on connaît entièrement le génome: chacun des quelque 13 000 gènes de cette mouche est connu des scientifiques et on sait ce qu’il fait.
Sachant que plus de 75% des gènes impliqués dans des maladies chez l’humain sont également présents chez cette espèce, c’est un très bon départ pour comprendre comment ils fonctionnent et, éventuellement, tenter de guérir les maladies qu’ils provoquent. Plusieurs connaissances sur le système immunitaire, le développement de l’embryon et la résistance aux produits chimiques ont été acquises grâce à cette drosophile.
Pour en arriver à ces résultats, des individus dignes de films d’horreur ont été «créés» en activant ou en désactivant certains gènes. Aussi étrange que cela puisse paraître, ces expériences en laboratoire ont permis la compréhension de plusieurs concepts génétiques utiles dans la médecine actuelle. Alors, les drosophiles, ennuyeuses dans la cuisine, mais quand même des héroïnes à leur façon, non?
Le lien entre Frankenstein et les tomates
La drosophile est petite, vit une trentaine de jours, et ne coûte pratiquement rien à entretenir, ce qui en fait un bon sujet de laboratoire. En plus, elle pond environ 500 œufs dans sa vie, soit jusqu’à 35 par jour: de quoi ne jamais manquer de cobaye! Il est aussi facile d’avoir plusieurs générations puisque le cycle de reproduction n’est que de 10 jours. Ainsi, si on fait des tests de génétique, on peut arriver à avoir trois générations différentes… en seulement un seul mois! Et jusqu’à 25 en un an! Quand même pratique si on veut voir les répercussions génétiques chez les descendants.
Vous comprendrez que les raisons qu’ont les scientifiques de les aimer… sont en fait les raisons pour lesquelles on ne les aime pas. Il suffit d’oublier une banane sur le comptoir et quelques jours plus tard: pouf! Un nuage de mouches!
C’est tout à fait normal (et exaspérant, je sais), mais c’est leur travail dans la nature: se reproduire et se nourrir de fruits et légumes très mûrs. Elles participent ainsi à la décomposition de la matière organique et au recyclage des nutriments dans le sol. Elles ne sont pas les seules à le faire, mais elles font partie des petits ouvriers qui transforment vos restes de table en compost riche pour le jardin. Assurez-vous seulement que l’usine se trouve hors de chez vous… et non dans votre cuisine!
J’ai offert des tomates de mon jardin à ma mère. Quelques jours après, elle m’appelle en me demandant pourquoi mes tomates sont pleines de mouches à fruits, alors que ses tomates de l’épicerie, qui se trouvent juste à côté sur son comptoir, n’en ont aucune…
Vous pouvez deviner pourquoi? Les pesticides! Les drosophiles ont été naturellement attirées par mes tomates puisqu’elles n’ont pas été aspergées de produits répulsifs. Le stade de maturation peut aussi avoir joué un rôle puisque ces petites mouches préfèrent leurs fruits très mûrs.
Éviter l’usine à mouches : mieux vaut prévenir que guérir
En plus d’être petites et très nombreuses, les drosophiles sont des acrobates hors pair, elles peuvent voler par en arrière et même effectuer des loopings. N’essayez pas de les attraper une à une comme les grosses mouches, vous deviendrez fous avant de voir un résultat. Utilisez plutôt ces principes simples d’écologie pour vous en débarrasser:
Les drosophiles ont un sens de l’odorat incroyablement développé, elles peuvent détecter les fruits et légumes en décomposition à des distances de plusieurs mètres. Sachant ceci, voici ma solution maison: placez vos fruits et légumes au frigo, dans des contenants hermétiques, ou encore dans des filets très fins. Ne laissez pas de pelure de fruit, de compost ou de vaisselle sale traîner. Une assiette pleine de sauce tomate, pour cette fichue mouche, peut servir de nourriture et d’endroit de ponte, en dépit de trouver mieux.
Une fois toutes les bonnes odeurs retirées, installez des pièges: des bouteilles avec un goulot étroit (genre bouteille d’eau) avec un peu de vinaigre ou d’alcool. Personnellement, ma meilleure récolte de mouches était dans un fond de bouteille de cidre de pommes. J’avais laissé un centimètre de cidre, et ajouté quelques gouttes de savon à vaisselle pour éliminer la tension de surface de l’eau, ainsi que quelques pelures de pomme.
Il faut garder en tête que les pièges, c’est bien, mais que dans une cuisine pleine d’odeurs de fruits et d’assiettes sales, les drosophiles ont le choix et n’iront pas nécessairement dans le piège. Ceux-ci utilisés sans avoir «sécurisé» la cuisine ne sont donc pas d’une très grande utilité.
Pour l’image, j’habite dans un petit village avec un seul restaurant. Je pourrais faire 20 minutes d’auto un mercredi soir pour aller manger de bonnes pâtes en ville, mais franchement, le plus simple reste encore de se faire livrer une pizza du resto le plus proche, même si ce n’est pas la meilleure!
Mais ouvrez un resto de poké bol dans mon village et la pizza moyenne va pogner son Waterloo! (Pour les jeunes générations: prendre le bord. Pour les Français: aller se faire voir.)
Conclusion: je suis une drosophile.
Rappelez-vous qu’elles ne vivent pas plus d’un mois. Si vous avez bien éliminé les endroits où elles peuvent se reproduire, vous devriez pouvoir remettre vos fruits sur le comptoir après ce délai… jusqu’à la prochaine invasion!
Paix intérieure
Vous pouvez aussi accepter qu’il y ait quelques mouches chez vous. Habitant en campagne, il y en a partout dehors et elles rentrent par mes moustiquaires en été. Heureusement, je n’ai jamais eu de grosse infestation. Je tolère la présence de quelques-unes, et je range mes surplus de produits frais (courges, oignons, ail, etc.) dans une pièce du sous-sol où elles ne se rendent pas.
Elles ne font pas de dommages, ne sont pas nuisibles à la santé, aux plantes ou autres. Honnêtement, j’ai beaucoup plus à perdre en m’énervant contre elles qu’en les tolérant…
Quelle est votre recette miracle à mettre dans le piège pour attraper ces fameuses mouches à fruits: du vinaigre? Eau sucrée? Vin? Tarte aux pommes!
