Ces derniers temps, on entend beaucoup parler du sol vivant et de son importance. Mais, que veut-on dire exactement par cette expression?
Par Julie Boudreau
Le sol vivant, c’est comme la grosse nouveauté, le nouveau mot à la mode. Cependant, il n’y a rien de nouveau dans ce concept. On sait depuis belle lurette que le sol contient de la vie et qu’elle est essentielle. En fait, le sol est considéré comme un des habitats microbiens les plus complexes qui soient.
Vivant? Comme quoi?
On estime que près du quart des espèces vivantes décrites à ce jour se trouvent dans le sol! Si ce n’est pas de la vie, ça! Eh oui! Cette poignée de terre que tu tiens dans tes mains, ce n’est pas seulement des grains de sable, des grains de limon ou des mottes d’argile et des petits morceaux de feuilles mortes. C’est aussi de minuscules champignons, des bactéries, des algues, des nématodes, des insectes, des acariens, des collemboles. Bref, un paquet d’organismes pratiquement invisibles à l’œil nu. Puis, on ajoute à ce cocktail les vers de terre et les autres plus grosses bestioles qui vivent dans le sol. Et tout ça, ça se trouve dans les 15 premiers cm d’épaisseur du sol.
Les corps de métier du sol vivant
La complexité du sol tient au fait que ce sont les activités et les interactions entre les différents organismes vivants qui en assurent le bon fonctionnement et qui augmentent la fertilité des sols. Dans le sol, il y a des décomposeurs, qui fragmentent la matière organique. Puis, il y a des ingénieurs qui fabriquent des regroupements logiques de particules. Les chimistes, eux, raboutent des petits morceaux d’azote avec des petits bouts d’hydrogène, soudent le phosphore ou le potassium avec de l’oxygène. On obtient ainsi les formules gagnantes pour être absorbées par les racines des plantes. Enfin, il y a des inspecteurs, des contrôleurs, des gardes du corps, des tunneliers, des démolisseurs, etc. Le sol, c’est carrément une microsociété!
Pourquoi se soucier de la vie dans le sol?
Très souvent, le manque de vie dans le sol peut expliquer pourquoi vos plantes sont si peu vigoureuses ou quatre fois moins fournies que celles de votre ami.e à qui vous avez donné des divisions de vos propres plantes. Je dis bien PEUT, car il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer pourquoi une plante ne donne pas le meilleur d’elle-même. Un manque d’eau, un pH trop acide, un mauvais ensoleillement, etc. Parfois, c’est même de l’ordre de l’alignement des étoiles et des forces mystiques (je blague, mais pas tout à fait: parfois, les piètres performances d’une plante sont inexplicables)!
Bref, si le sol est heureux, vos plantes seront heureuses.
Comment rendre son sol vivant?
Bien sûr, la vie dans le sol, ça se cultive. Tous les apports de compost ou de fumier décomposé fournissent des matériaux de construction aux microorganismes du sol. Ça les tient occupés et ça leur permet de proliférer.
Bien sûr, tous les «cides» (insecticide, fongicide, herbicide, algicide) auront un impact négatif sur les petits habitants du sol. Il est préférable de s’abstenir d’appliquer ces produits.
C’est aussi le temps de mettre vos rotoculteurs sur les petites annonces, car le travail intense du sol bouleverse le microhabitat et tout est à reconstruire… De nombreuses études démontrent la chute de la biomasse dans les sols travaillés en profondeur. Au lieu de retourner complètement le sol, on optera pour un léger travail du sol en surface (dans les 7 premiers cm de sol).
En général, les jardiniers qui partent d’un sol sur le respirateur artificiel affirment qu’il faut entre 5 et 7 ans de travail léger, d’amendements, d’incorporation d’engrais verts et de bons soins pour ramener un sol à un état de bonne fertilité pour les plantes. Autrement dit, la vie du sol, il faut la maintenir et en prendre soin chaque année. Il faut redonner au sol toute la nourriture qui a été puisée par les plantes.
Bien sûr, le sol étant complexe dans sa composition, chaque action aura un impact différent pour l’une ou l’autre des catégories de microorganismes du sol. Je ne peux que vous encourager à approfondir le sujet, car le sol, on ne le dira jamais assez, c’est la base du jardinage. Les bonnes lectures sont nombreuses. Pour ma part, les livres de Soltner demeurent ma référence favorite.
J’espère ne pas vous avoir trop endormi avec mon petit éloge du sol vivant. Je sais que la chimie n’est pas la matière favorite de la plupart de nos lecteurs. Et prêcher pour ce que l’on ne voit pas à l’œil nu n’est pas toujours facile. Mais, la science le confirme. Prenez soin de votre sol et votre sol prendra soin de vos plantes!

