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Le dur labeur d’un jardinier paresseux

Jardin
Des géraniums ‘Jester’s Jacket’ ont envahit de devant du jardin. Photo: Mathieu Hodgson.

J’ai, en quelque sorte, hérité du jardin de mon père qui est maintenant celui de ma belle-mère. Je suis devenu le jardinier de la femme du jardinier paresseux. Quand je me promène dans son jardin, j’observe tout ce qui s’y passe plus attentivement qu’avant. Je songe aussi à ce que je voudrais modifier. Il y a un endroit où un géranium a tout envahi en se ressemant un peu partout; il s’agit d’un ‘Jester’s Jacket’ (ce n’est pas une blague, une veste de bouffon, qui nous a joué un vilain tour). À un autre endroit, la luminosité a changé après qu’une épinette malade a été abattue. C’est beaucoup de choses à penser, à planifier, à réaliser.

Statue du poète Walt Whitman. Photo: Mark Skrobola, flickr.com

Être un jardinier paresseux, ce n’est pas toujours facile! Parfois même, c’est beaucoup de travail! Comme le disait si bien le poète américain Walt Whitman :

« Est-ce que je me contredis ?
Très bien, alors je me contredis,
(Je suis vaste, je contiens des multitudes.) »

En concevant un jardin, on doit penser à tous ses usagés. Photo: jans canon, flickr.com.

Un jardin pour qui?

Dans mon travail comme concepteur de jardin, j’ai appris que créer un jardin qui demande peu d’entretien demande habituellement beaucoup d’ouvrage.

Quand je me lance dans la création d’un jardin, je commence toujours en faisant une analyse du site. Il y a, bien sûr, la prise de mesure pour créer un plan de ce qui existe déjà. Mais c’est beaucoup plus que ça. Il faut aussi observer le jardin : Qu’est-ce qu’on aime, qu’est-ce qu’on n’aime pas? Est-ce qu’il y a des problèmes à résoudre?  Y a-t-il des matériaux, des plantes qu’on pourrait réutiliser? Déterminer le degré de luminosité dans chaque partie de jardin est essentiel également! Idéalement, on ferait aussi une analyse de sol. À tout le moins, on met une pelle à la terre pour observer le sol, le toucher. Ensuite, je retourne à la maison et je transcris le tout.

Par la suite, je discute avec les clients de leurs projets, mais aussi de leur vie. C’est important de savoir qui vivra dans ce jardin.  Un couple, une personne seule, une famille? Il ne faut pas oublier les animaux de compagnie. Quelles sont les activités qui leur plaisent? Qu’est-ce qu’ils font ou espèrent faire dans leur jardin? Ceux qui aiment recevoir privilégieront un endroit pour cuisiner et manger. Les lecteurs apprécieront peut-être un banc dans un petit recoin à l’ombre.

Un travail d’équipe

On prend note de ces renseignements et on commence à dessiner tout ce qui nous passe par la tête. Je dis « on » car, à ce stade, c’est un travail d’équipe. Les plus beaux jardins que j’ai réalisés l’ont été parce j’étais à l’écoute de mes clients, de leurs idées et de leurs besoins. C’est souvent eux qui avaient les idées les plus originales. Ils n’avaient besoin de quelqu’un que pour les guider. C’est beaucoup plus facile. Alors on laisse libre cours à notre imagination.

Extrait d’un plan de plantation. Photo: Mathieu Hodgson.

Puis, on coupe! On garde les bonnes idées, on fait des choix, parfois déchirants. On détermine ce qui est dans notre budget ou ce qui peut entrer dans notre espace. Les dessins deviennent plus techniques : mesures, pentes, niveaux, choix des matériaux.

Enfin des plantes!

Ensuite on commence à penser aux plantes! C’est toujours un choix personnel, mais il faut adapter nos choix aux conditions dans notre jardin. Il est rarement possible ou réalisable de changer le type de sol ou d’éclairage. C’est beaucoup plus facile de nous adapter à notre jardin que de le changer.

Ce tableau aide à choisir des plantes pour chaque emplacement et assurer une floraison pour toute la saison. Photo: Mathieu Hodgson.

 Ainsi, il faut choisir des végétaux qui s’accommodent de leur environnement. La bonne plante à la bonne place, comme le disait mon père. On doit penser à la rusticité des plantes, non seulement en général dans notre région, mais aussi dans le petit coin de jardin où poussera une plante spécifique. Les conditions ne sont pas les mêmes dans un coin à l’abri ou sur le bord d’une longue rue droite exposée au vent. Avant de choisir une plante, on regarde aussi si elle est sujette à des maladies ou à d’autres problèmes. On se fait des tableaux pour s’assurer qu’il y aura toujours quelque chose en fleur dans chaque coin du jardin. On n’oublie pas de choisir des plantes pour son type de sol et la quantité d’eau!

Si je passe beaucoup de temps sur des dessins de plantations, c’est qu’il est important de faire de bons choix de végétaux pour qu’ils aient du succès. Des plantes en pleine santé ont besoin de moins d’entretien. Celles qui ne sont pas à leur place sont chétives, ne fleurissent pas, sont sujettes aux maladies. Même si je souhaite que les propriétaires de ces jardins soient paresseux, moi je ne peux pas me permettre de l’être lors de la conception.

Plan d’aménagement fait à la main. Photo: flickr.com.

Concevoir son propre jardin

Ça peut sembler comme une tache énorme quand on fait soi-même son propre jardin. Mais n’oubliez pas qu’on n’est pas obligé de tout faire en même temps. On peut procéder une section à la fois. On fait la cour arrière, ensuite la cour avant. Ou même une plate-bande à la fois.

La vérité, c’est que même avec tous ces plans et tableaux, on commet parfois des erreurs. Ou on change d’idée, emporté pas par l’inspiration du moment. Le jardin que j’ai dessiné est rarement celui qui est installé, et c’est bien comme ça. Si je le pouvais, chaque plan prendrait des années à concevoir, pour donner à mes idées et à celles de mes clients le temps de mûrir.

Dans le jardin de ma belle-mère. Photo: Annie Marcoux.

Très bien, alors je me contredis!

Est-ce que j’écoute mes propres conseils? Pas tout le temps! Oui, je me contredis. Habituellement je me lance dans un projet sans nécessairement avoir pensé à tout. Ensuite, je réalise que j’ai commis une erreur et je la corrige. Une plante mal choisie me nargue à chaque fois que je la croise du coin de l’œil. Et je me dis, un jour je t’aurai! Mais pas aujourd’hui…

 À force de répéter ce cycle, on arrive à quelque chose de beau. Jardiner, c’est un processus en évolution. Un jardin, ça n’apparaît pas du jour au lendemain. Quelquefois c’est le travail d’une vie. Ou de plusieurs vies.

J’étais le jardinier de mon père et je suis maintenant celui de ma belle-mère. Je l’adore ce jardin, mais il doit changer, s’adapter. Tout comme je vais changer moi aussi. Un jardin, c’est le résultat de tout ce qui l’a précédé, et ce qu’il est maintenant contribuera à tout ce qu’il deviendra.

Un jardin est toujours vaste, même quand il est petit. Il contient des multitudes!

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