Fausse-fumeterre blanche: la plante vivace qui n’arrête pas de fleurir. Photo: Michel Descamps, Sysbio
Plus je vieillis, plus j’apprécie les plantes qui fleurissent pendant toute la belle saison. Oui, j’ai cultivé et je cultive encore beaucoup de plantes ayant une période de floraison de 2 ou 3 semaines et j’aime essayer de les assortir avec d’autres plantes ayant des périodes de floraison différentes afin que mon jardin soit toujours en pleine floraison tout au long de la saison de croissance. Cependant, vous ne pouvez tout simplement pas battre une plante qui fleurit pendant 3 mois et plus pour donner à votre jardin une base solide de couleur continue. Mais il n’y a pas beaucoup de plantes qui fleurissent vraiment du printemps à l’automne.
Quelques plantes à floraison prolongée
Bien sûr, il existe beaucoup d’annuelles dont la période de floraison est incroyablement longue, mais leur floraison va de l’été à l’automne. Elles ne fleurissent pas au printemps. Pire encore, il faut les remplacer chaque année. Je cultive encore de nombreux types d’annuelles, mais je préfère les plantes plus permanentes.
Il n’y a pas de bulbes ni d’arbres à floraison perpétuelle (du moins pas pour les climats tempérés) et peu d’arbustes à floraison durable, bien que le daphné transatlantique (Daphne × transatlantica) ait une très, très longue période de floraison. (Lisez L’arbuste qui n’arrête pas de fleurir! pour en savoir davantage.) Presque autant que la plante qui est le sujet de cet article. Je le déclasse seulement, dans le fond, pour des raisons personnelles : il n’est pas solidement rustique dans mon jardin dans la zone de rusticité 4 et est souvent ravagé par un hiver trop froid.
Parmi les plantes à floraison prolongée, donc, il y a surtout des vivaces herbacées.
Maintenant, si vous interrogez la plupart des jardiniers au sujet des plantes vivaces à floraison durable, ils mentionneront les gaillardes, les coréopsis, quelques géraniums (Geranium ‘Gerwat’ Rozanne™ notamment), quelques hémérocalles et peut-être des mauves et des népétas. Ce sont toutes de superbes plantes à floraison estivale qui se prolonge jusqu’à l’automne, mais… où est leur floraison printanière? Il n’y en a pas.
L’hellébore (Helleborus spp.) est l’une des rares plantes vivaces à floraison printanière prolongée, mais bien qu’elle commence à fleurir très tôt dans la saison, même les meilleurs cultivars arrêtent de fleurir au début de l’été. En fait, je n’ai trouvé qu’une seule famille de plantes qui comprenne des plantes vivaces qui fleurissent du printemps à l’automne, soit la famille des Fumariacées, la famille des cœurs saignants.
Les meilleurs clones du cœur saignant du Pacifique (Dicentra formosa) et du cœur saignant à feuilles de fougère (D. eximia), plus les hybrides entre les deux espèces comme D. ‘Luxuriant’, D. ‘Adrian Bloom’ et D. ‘Aurora’, ont une floraison remarquablement longue. Ils fleurissent massivement à la fin de mai ou au début de juin, puis sporadiquement tout au long de l’été et jusqu’au milieu de l’automne, du moins dans les régions aux étés frais. Par contre, leur floraison estivale n’est pas fiable.
Mieux encore, il y a la fausse-fumeterre jaune, Pseudofumaria lutea, anciennement Corydalis lutea. Elle commence à fleurir quelques semaines plus tôt que ses parents, les cœurs saignants, et continue tout aussi longtemps, jusqu’en octobre. Mais elle n’arrive tout de même pas à faire concurrence à une parente à la floraison encore plus prolongée : la fausse-fumeterre blanche.
La floraison la plus durable
La fausse-fumeterre blanche (Pseudofumaria alba, anciennement Corydalis ochroleuca et Fumaria alba) a la plus longue floraison de tous les végétaux dans mon jardin. Elle commence en même temps que les narcisses et les tulipes de mi-saison, fleurit sans arrêt tout l’été et continue jusqu’en octobre sans la moindre pause.
Novembre peut être un mois incertain où je vis, avec des nuits glaciales et les premières neiges, mais elle continue à fleurir malgré ces contretemps: les fleurs ne semblent même pas endommagées par les nuits sous zéro, même après un jour ou deux sous 10 cm de neige! Ce qui arrête la floraison, finalement, est lorsque le sol gèle ou qu’une neige durable, celle qui durera jusqu’au printemps, s’installe. Cette neige durable arrive généralement entre la mi à la fin novembre chez moi, mettant définitivement fin à sa floraison pour l’année, mais il y a des années où elle arrive tard et alors la plante demeure encore en fleurs en décembre. Oui, décembre!
On m’a dit que cette plante fleurit 12 mois par an dans des climats où les hivers ne comprennent jamais plus que des gelées modérées. 7 et même 8 mois de floraison en climat froid, 12 mois en climat plus doux? Ça, c’est une plante à floraison prolongée!
Nouveau genre
La fasse-fumeterre blanche est encore très souvent vendue sous le nom corydale crème ou corydale jaunâtre (Corydalis ochroleuca), mais elle et sa cousine, la fausse-fumeterre jaune (Pseudofumaria lutea), anciennement appelée corydale jaune (Corydalis lutea), ont récemment étaient placées dans leur propre genre : Pseudofumaria, pour des raisons génétiques. Oui, elles ressemblent aux corydales (Corydalis spp.), mais sont davantage apparentées aux fumeterres (Fumaria spp.), mais les spécialistes prétendent qu’elles diffèrent d’elles aussi. D’où le nouveau genre Pseudofumaria (fausse-fumeterre).
Il faut de la fraîcheur
Cela dit, la fausse-fumeterre blanche n’est pas un bon choix pour les climats où les étés sont torrides et secs. Originaire des forêts montagneuses du sud-est de l’Europe, elle aime une certaine fraîcheur en tout moment. Sa résistance au froid est excellente (zones de rusticité 3 à 8), mais sa résistance à la chaleur, pas autant. En zone 8, notamment, un été chaud et sec peut même la forcer à entrer en dormance estivale. Elle repoussera et refleurira alors avec le retour de la fraîcheur à l’automne, mais alors seulement modestement.
Les feuilles de cette plante sont semi-persistantes. Dans mon climat très froid, elles restent vertes jusqu’à l’arrivée de la neige, mais quand cette dernière fond au printemps, on peut voir que les feuilles se sont fanées et, d’ailleurs, presque complètement décomposées. Dans les climats plus doux, cependant, les feuilles sont présentes toute l’année.
Un effet apaisant
La floraison est longue, certes, mais attrayante aussi. Non pas que la floraison de la fausse-fumeterre blanche soit à couper le souffle (les fleurs sont trop petites et leurs grappes trop éparpillées pour cela), mais elles sont jolies en tout temps, offrant des touffes de blanc crème ici et là qui aident à intégrer les différentes parties de l’aménagement.
Les fleurs sont portées densément sur de courts épis élevés juste au-dessus du feuillage et paraissent blanc crème de loin. De près, vous pouvez voir leur forme inhabituelle: tubulaire, mais s’ouvrant à la pointe pour révéler un peu de jaune à l’extrémité, tandis qu’il y a une tache verte à l’extérieur de la fleur et un éperon blanc arrondi à l’arrière. Lorsqu’un épi se fatigue, d’autres prennent la relève et ce manège se poursuit jusqu’à ce que le sol gèle ou que la neige s’installe.
Le feuillage est également attrayant: finement coupé, en forme de fougère et gris-vert un peu givré, mettant parfaitement en valeur les fleurs. Tel que mentionné, il est présent presque toute l’année.
La plante est de taille petite à moyenne, d’environ 15 à 45 cm de hauteur et à peu près de la même largeur.
Aucun entretien
Un autre avantage de cette plante est qu’elle s’adapte à presque toutes les conditions et n’exige aucun entretien.
Elle pousse mieux à la mi-ombre, voire à l’ombre dans les emplacements où elle reçoit un peu de soleil printanier, mais tolère très bien le soleil aussi. Seulement dans les régions aux étés chauds et secs doit-on penser à la planter dans un endroit protégé des rayons trop forts.
N’importe quel sol fera son affaire tant qu’il est bien drainé, même un sol alcalin. Elle prospère à l’ombre sèche: ce sol plein de racines d’arbres où si peu de plantes se portent bien.
Elle ne nécessite ni taille, ni tuteurage, ni aucune autre attention spéciale, et ne semble pas avoir de problèmes d’insectes ou de maladies. Même les cerfs, les lapins et les mammifères qui s’attaquent parfois aux autres plantes de jardin la laissent tranquille. Il suffit de la planter et de la laisser vivre sa vie, tout simplement. Et cela inclut de lui permettre de se naturaliser.
Il faut savoir que cette plante se ressème spontanément et relativement abondamment. Non pas que ce soit une de ces plantes envahissantes qui écrase ses voisines, toutefois. C’est plutôt une plante qui surgit ici et là, remplissant plutôt les espaces vides de l’aménagement. Si vous aimez les plantations formelles où chaque plante reste à un emplacement désigné, ne plantez pas la fausse-fumeterre blanche: elle est trop insoumise. C’est cependant une plante que vous adorerez si vous aimez les parterres mixtes à l’anglaise ou les sous-bois et rocailles où les plantes se naturalisent.
Vous découvrirez que cette plante a une prédilection pour les rochers et les rocailles. Chez moi, par exemple, elle s’est installée toute seule dans un mur de soutènement. Et tant mieux! Planter dans des parois rocheuses est tellement difficile que j’adore les plantes qui s’y ressèment d’elles-mêmes.
Et il est important que la fausse-fumeterre blanche se ressème, car elle ne vit pas très longtemps. Il paraît qu’une plante individuelle vit rarement plus de 2 ou 3 ans … mais cela ne paraît pas, car il y a toujours des remplaçantes qui poussent environ aux mêmes endroits.
Notez que cette plante ne peut être multipliée que par semences : elle ne se divise pas à la base. Les graines fraîches germent mieux… mais, dans le fond, vous n’avez pas besoin de penser à cela, car la plante se ressèmera sans votre aide. La meilleure façon de partager des plantes avec un ami est donc de lui déterrer et offrir quelques bébés que vous aurez en trop.
Où la trouver
Maintenant le vrai inconvénient: la fausse-fumeterre blanche est difficile à trouver dans le commerce. Cela me surprend toujours, car souvent la pépinière a cette plante bien en vue dans son jardin de démonstration, mais ne semble jamais prendre la peine de la mettre en pot.
À défaut de pouvoir trouver des plantes, on peut obtenir des semences de compagnies se spécialisant dans les semences de vivaces, comme Jelitto (Jelitto Europe, Jelitto Amérique).
Alors voilà: une vivace qui est presque toujours en fleurs, mais qui est peu connue des jardiniers. Essayez-la et vous verrez comme elle est facile à cultiver!

