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Une de vos plantes d’intérieur préférées se révèle infestée de cochenilles farineuses ou à carapace? Quel désastre!
Malgré les nombreuses chroniques sur Internet écrit par des personnes prétendant avoir éliminé l’un ou l’autre de ces deux ravageurs en y touchant avec un coton-tige trempé dans de l’alcool isopropylique (alcool à friction), je ne pense pas que quiconque, de toute l’histoire de l’humanité, s’en soit jamais débarrassé de cette façon. Vous en manquez toujours au moins une cochenille, puis des mois plus tard, juste au moment où vous vous réjouissez enfin du succès de votre traitement… voici les cochenilles de retour, plus nombreuses et plus voraces que jamais!
Les cochenilles des deux catégories sont quasiment impossibles à éliminer, alors mieux vaut les prévenir. Inspectez bien les plantes à l’achat, puis assurez-vous d’isoler les plantes nouvellement procurées (presque toutes les infestations de cochenilles commencent par une plante infectée introduite à la maison) pendant au moins 40 jours. Et soyez prêt à jeter ces plantes s’il s’avère qu’elles soient infectées.
Et c’est là la leçon la plus importante, mais la plus difficile à apprendre, une leçon qui m’a pris des décennies à accepter: que la meilleure chose à faire quand vous découvrez qu’une de vos plantes a des cochenilles est tout simplement de la jeter, et ce, sans le moindre sentiment de culpabilité! Ou plutôt si peu.
Ainsi, la présence de cochenilles sur une plante signifie pour moi que… la plante doit nécessairement mourir. Il n’y a aucune pitié possible… la vie de toutes mes autres plantes en dépend!
Et je vous suggère de faire comme moi. Si vous voyez même une seule cochenille sur une plante, vite, mettez-la aussitôt à la poubelle. Croyez-moi, j’ai dû apprendre à le faire à la dure. (Lisez Histoire d’horreur: 30 ans de cochenilles!)
En dernier recours
Mais il existe une méthode de dernier recours que vous voudrez peut-être essayer afin de sauver une plante, un procédé «ça passe ou ça casse». Soit que vous sauviez la plante ou vous la tuiez. Êtes-vous assez courageux pour la mettre en pratique?
Cela a fonctionné pour moi, même plusieurs fois. Et aussi, elle a parfois lamentablement échoué. La voici:
Premièrement, il doit s’agir d’une plante qui a pour vous une très grande valeur, quelque chose de presque irremplaçable. Peut-être la fougère de Boston de votre arrière-grand-mère ou une mutation unique au monde que vous avez découverte. Parce que ce que vous allez faire à la pauvre plante infestée de cochenilles est assez radical et difficile. Il ne vaut pas la peine de la faire pour une plante que vous pouvez facilement remplacer dans n’importe quelle jardinerie.
La plante à sauver est probablement de grande taille et d’un âge vénérable: une plante auguste, digne d’admiration… mais désormais menacée de mort. Car des cochenilles farineuses habitent désormais ses moindres recoins ou des cochenilles à carapace longent ses branches et, comme les petits vampires qu’elles sont, sucent sa sève, volant son essence vitale. Que faire alors?
La réponse est: rabattez-la sévèrement, presque à l’ossature. Chaque branche feuillue doit disparaître jusqu’à un moignon. Il ne doit plus en rester une seule feuille. Les cochenilles farineuses ont tendance à s’installer surtout sur les nouvelles pousses et feuilles: les tissus encore mous que leur bouche peut facilement percer. Elles seront très peu nombreuses ailleurs.
Les cochenilles à carapace préfèrent les parties ligneuses (le «bois»), mais relativement jeunes, avec une écorce encore mince. Pas tant les feuilles que les branches immatures.
Dans les 2 cas, donc, coupez, coupez, coupez: laissez sortir toutes vos frustrations! À la fin, il y aura sûrement plus de pièces de la plante dans la poubelle que sur les restes de sa charpente. Elle ressemblera alors moins à un végétal qu’à un poulet déplumé: sans doute seulement un tronc et quelques branches fortement raccourcies.
Stérilisez le sécateur ou la scie utilisés pour la taille avec de l’alcool isopropylique entre chaque coupe. Vous vous êtes toujours promis que vous suivriez cette règle, mais ne l’avez pas mise en pratique. Eh bien, pour une fois, faites-le vraiment! Il est trop facile de transporter un bébé cochenille d’une partie infestée de la plante à un nouvel emplacement sur un sécateur contaminé, mais l’alcool la tuera presque instamment.
Astuce: Cette technique ne fonctionnera que sur des plantes capables de se régénérer à partir de bourgeons dormants situés sur leurs branches, leur tronc ou leur base… un groupe qui comprend la majorité des plantes d’intérieur, heureusement (plantes ligneuses, herbacées, succulentes, etc.). Les exceptions incluent les palmiers et les conifères, dont peu ont des bourgeons dormants capables de se remettre en action après une taille sévère.
Idéalement, vous feriez cette taille lourde en plein air l’été et enverrez les branches coupées directement dans un sac de poubelle… ou dans un foyer extérieur enflammé. Certainement pas au composteur!
Ensuite, retirez ce qui reste de la plante de son pot. N’utilisez plus ce pot tant qu’il n’a pas été stérilisé. Et vous n’avez pas le temps pour cela aujourd’hui!
Faites tomber la majeure partie du terreau des racines. Et jetez-le! Oui, à la poubelle! Rincez la plante, de la tête aux pieds.
Maintenant, procurez-vous un seau d’eau savonneuse et une éponge ou un vieux chiffon, et savonnez tout, tout, tout: tige, tronc, racines exposées, etc. Le savon est mortel pour la plupart des insectes ravageurs et certainement pour les cochenilles. Que l’eau revole partout et pénètre dans tous les interstices. C’est comme laver un chien dans le bain: savonnez avec énergie, produisant amplement de mousse, sans vous gêner. Vous nettoierez les dégâts par la suite.
Ensuite, rincez la plante à nouveau avec un jet assez fort. Vous risquez ainsi de faire tomber cette dernière petite cochenille, accrochée à peine à la vie, mais potentiellement la mère de milliers, afin de l’expédier dans l’au-delà!
Si la plante doit retourner par la suite à son habitat intérieur habituel, nettoyez cet emplacement également, seau d’eau savonneuse dans une main et vieux chiffon ou éponge dans l’autre. Nettoyez la tablette, le plancher, le mur, la fenêtre. Encore, envoyez de l’eau partout, sans vous limiter, en vous assurant que la moindre fissure reçoit sa part.
À ce point, vous-même pourriez aussi être contaminé, une cochenille restant collé à vos cheveux ou votre pantalon, alors allez maintenant prendre une douche. Et changez vos vêtements.
La suite
Maintenant, ce qui reste de la plante est propre (espérons-le) et vous êtes propre (assurément), il est temps de la rempoter dans un terreau frais et un pot propre ou neuf. Arrosez bien. Mettez la plante sous le meilleur éclairage possible, selon ses besoins, mais isolée de toute autre plante. Et attendez.
Et attendez.
Et attendez encore.
Parfois, rien ne se passe. Les mois s’écoulent sans signe de nouvelle croissance. Essayez alors de gratter l’écorce externe d’une tige avec un ongle. S’il n’y a rien de vert en dessous, la plante est morte. Je vous avais averti que c’était un cas de «ça passe ou ça casse»! Dans ce cas, vous avez eu la cassure, tristement.
Cela m’est arrivé une fois avec un énorme dragonnier des Canaries (Dracaena draco) que j’avais cultivé à partir de graines rapportées justement d’un voyage aux îles Canaries. Sept ans après le semis, c’était déjà un grand arbre d’intérieur, mais composé simplement qu’un tronc unique coiffé d’une seule couronne de longues feuilles charnues. Mais les feuilles sont devenues infestées de cochenilles farineuses et je ne voulais pas laisser aller une plante si exotique! J’ai donc pris la décision d’essayer de le sauver et je lui ai coupé la couronne, laissant le tronc de 1,50 m (de 10 cm de diamètre quand même!) debout, complètement nu, puis je l’ai lavé et rempoté en me croisant les doigts. Sans doute que cette taille sévère provoquera une ramification, pensais-je. Mais le tronc est resté sans bouger pendant 6 mois, 9 mois, 12 mois… jamais aucun signe de vie! Finalement, j’ai abandonné la bataille et je l’ai jeté. Apparemment, il n’y avait pas de bourgeons dormants sur la partie inférieure du tronc de mon arbre. Rien à partir de quoi repousser. Qui savait?
Neuf fois sur dix, cependant, la plante se régénère. Abondamment. Étonnamment. De nouvelles feuilles fraîches sortent à profusion, parfois d’endroits les plus inattendus. Bientôt, de nouvelles tiges suivent les feuilles. Et souvent, tout cela s’opère en quelques semaines seulement
Et environ la moitié du temps, cependant, après environ 6 mois, les cochenilles seront de retour. (Pourquoi attendent-elles toujours 6 mois avant de refaire surface, je ne sais pas. Peut-être pour mieux nous narguer?) Peut-être qu’une seule cochenille a survécu, mais comme la femelle peut produire des œufs sans fécondation, il n’en faut qu’une pour relancer une infestation.
Je n’ai jamais pu sauver une solandre (Solandra grandiflora), par exemple, ni un laurier (Laurus nobilis) ou un laurier rose (Nerium oleander), et j’ai essayé 5 fois de sauver un jacaranda (Jacaranda mimosifolia), souvenir chéri d’un premier voyage à Los Angeles il y a plus de 30 ans et que je tenais à conserver coûte que coûte.
Eh bien, j’ai payé cher cet entêtement. J’aurais dû abandonner cette plante maudite la première fois que les cochenilles à carapace l’ont envahie, il y a plus de 20 ans. Ce jacaranda est devenu un peu la Mary Typhoïde des cochenilles à carapace chez moi, infestant plante après plante pendant des années. Quel idiot ai-je été de m’y accrocher! RIP avec vos cochenilles, jacaranda!
Mais il y a quand même eu beaucoup de succès après un seul traitement pour certaines plantes. Agrumes, ficus, dracenas: mon jardin intérieur ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans ces plantes qui ont, pour la plupart, plus de 20 ans, et je suis heureux d’avoir fait un effort supplémentaire pour les sauver.
Amour à la dure
Chez moi, les plantes nouvellement achetées ne reçoivent pas ce genre de soins supplémentaires. Si je l’ai acheté depuis peu et que des cochenilles y apparaissent, le vendeur en entend parler assez rapidement (et je reçois toujours un remboursement: les marchands savent très bien que leurs plantes abritent parfois des indésirables et ne rechignent pas). Puis je calcule que si j’ai réussi à déniché cette plante il y a peu de temps, elle est sûrement encore sur le marché à quelque part… alors je me mets à la recherche d’une remplaçante… mais chez un autre marchand. Puis, j’essaie à nouveau.
Mes batailles avec les cochenilles sont légion, voire légendaires. Pourtant, elles appartiennent maintenant au passé, du moins, je le pense. Ma maison est désormais, de toute évidence, libre de cochenilles et, ce, dans tous ses coins et ses recoins. Et je suis tellement plus attentif qu’autrefois avec l’inspection des plantes à l’achat et l’isolement des spécimens par la suite que peu d’insectes réussissent à me prendre au dépourvu. Il n’y a eu aucune nouvelle infestation depuis des années. Mais il y a encore des plantes d’intérieur que j’ai depuis des lustres et pour lesquelles je me battrais bec et ongles à sauver si jamais elles devenaient infestées!
Alors attention, cochenilles! Sachez que si jamais vous osez même penser faire un tour chez moi pour vous attaquer à mes plantes chéries, je vous attends de pied ferme!

