Par Julie Boudreau
Le souci de l’agencement des couleurs amène le jardinier à un moment décisif de sa carrière. L’idée n’est plus de créer un jardin plaisant et de collectionner les vivaces. Le projet est maintenant que le jardin soit plaisant… et beau. Cette série de textes propose d’étudier en profondeur la théorie des couleurs, les techniques d’harmonisation des couleurs et enfin de répondre à la grande question: comment éviter que mon jardin ressemble à une pizza? Commençons par le B. A.-BA.
Beau. Pas beau. Comment savoir? En jardinage, la notion d’esthétisme tient beaucoup plus des goûts personnels du jardinier-créateur que de normes bien précises. D’ailleurs, même s’il existe une théorie des couleurs, que nous allons étudier ici, il arrive parfois que deux plantes aux couleurs divergentes s’agencent à merveille, même si la «loi» prétend le contraire. C’est pourquoi il faut toujours garder en tête que les règles de l’harmonie des couleurs ne sont que des suggestions de base. Elles ne sont pas coulées dans le béton. Et on peut certainement tricher!
La théorie des couleurs: un jeu d’enfant!
La théorie des couleurs tend plus vers les mathématiques que vers l’art. Elle implique un cercle chromatique et sa connaissance. Toutefois, étudier la théorie des couleurs permet d’avoir une vision plus concrète des couleurs. C’est un peu comme apprendre à dessiner avec le cerveau droit: quand on laisse tomber (temporairement) le côté plus artistique et intuitif du dessin pour se concentrer sur l’aspect raisonné et logique, on comprend mieux. Et au bout du compte, on devient un meilleur dessinateur. Ainsi, l’étude du cercle chromatique, des notions de tons et de teintes, aide à mieux comprendre pourquoi telle et telle couleur s’agencent bien, alors que deux autres couleurs dérangent le regard.
Pour bien visualiser la théorie des couleurs, imaginez un enfant qui joue avec de la peinture. Les trois couleurs primaires sont le jaune, le rouge (selon l’approche, pour certains, c’est le magenta) et le bleu (qui serait le cyan). Mais pour les besoins de notre jardin, tenons-nous-en au jaune, rouge et bleu. On les appelle les couleurs primaires, car il est impossible de mélanger deux couleurs pour les obtenir. Toutes les autres couleurs sont un mélange de ces trois couleurs primaires, dans des proportions variables.
Pour obtenir une couleur secondaire, on mélange, à quantité égale, deux couleurs primaires. On obtient du vert en mélangeant du jaune et du bleu. En mélangeant le rouge et le jaune, on obtient la couleur orange. Si on ajoute plus de jaune ou plus de bleu à notre vert, on obtient différents tons de vert. Un vert lime, s’il contient plus de jaune. Un turquoise, s’il contient plus de bleu. On perçoit ainsi toutes les tonalités de tous les verts qui existent.
Mais ce n’est pas tout! La couleur peut aussi être nuancée par l’ajout de blanc! On obtient ainsi les teintes. Le meilleur exemple est le rose (qui est un mélange de rouge et de blanc). Le rose est foncé, bonbon ou pâle, dépendant de la quantité de blanc qu’on y ajoute. La teinte caractérise toute la passation d’une couleur, entre le pâle, le moyen et le foncé.
Revenons à notre rose et compliquons un peu les choses! Si le rose contient un peu de bleu, il tendra vers le mauve ou le violet. À l’opposé, si le rose contient plus de jaune, il tendra vers le pêche ou le melon. Ainsi, ce rose peut varier autant en ton qu’en teinte!
Le noir quant à lui, dans notre jardin, est l’absence de couleur. Certains pensent que c’est en mélangeant les trois couleurs primaires que l’on obtient le noir, mais c’est faux (du moins dans notre vision du jardin)! On obtient du brun! Cela explique pourquoi il n’y a pas de fleurs ou de feuillage véritablement noir. Les fleurs et les feuillages foncés sont véritablement bourgogne, bruns ou kaki foncé.
Bon au final, tout cela est en lien avec les couleurs de l’arc-en-ciel, les spectres lumineux et avec la réflexion des couleurs par les feuilles et les fleurs! Et si le sujet vous intéresse, il a été abordé ici.
Va pour la théorie. Comment j’applique cela au jardin, maintenant?
Toutes ces règles permettent de constater que ce ne sont pas tous les rouges qui s’harmonisent bien ensemble. Tous les rouges ne sont pas rouges. Il y a des rouges qui tendent vers le violet, car ils contiennent un peu de bleu. On pourrait dire qu’ils sont magenta. Ce serait le cas de la monarde ‘Adam’ ou ‘Raspberry Wine’. D’autres rouges contiennent un peu de jaune et tendent vers l’écarlate. Ce serait le cas de la monarde ‘Jacob’s Cline’. Ces deux plantes, bien que rouges, ont de la difficulté à s’harmoniser. C’est alors qu’on découvre que les fleurs rouge magenta s’harmonisent mieux avec les fleurs mauves ou violettes. À l’opposé, une fleur rouge écarlate serait mieux accompagnée par des fleurs orangées.
Et c’est ici que j’arrête pour cette première partie! Dans la prochaine chronique, il sera question des quatre manières d’agencer les couleurs au jardin. Mais déjà, je vois votre cerveau bouillir! L’analyse de toutes les fleurs de votre jardin est en marche! Le rouge de telle plante s’harmonise-t-il bien avec le rose de l’autre? Ce jaune vif sait-il mettre en valeur ces petites fleurs de couleur lavande?
