La haie de saule arctique doit être taillée. Mais juste avant de plonger la cisaille dans ladite haie, on découvre un magnifique insecte argenté au dos marqué par d’étranges hiéroglyphes: le calligraphe! Fasciné, que dire, aveuglé par tant de beauté, on oublie complètement les feuilles qu’il est en train de mâchouiller.
Reconnaître un calligraphe par son écriture
Le calligraphe du saule (Calligrapha multipunctata) est un beau coléoptère de forme arrondie, un peu plus gros qu’une coccinelle. Il porte très bien son nom, car son abdomen (son dos) porte des motifs que l’on dirait tracés à l’encre. Au Québec, nous pouvons croiser une dizaine d’espèces de calligraphes, chacune avec son dessin particulier. Traits plus ou moins épais, taches en forme de fer à cheval, points épars… On reconnaît plus spécifiquement le calligraphe du saule par la présence d’une bande blanchâtre sur son thorax (la partie juste derrière la tête).
C’est au cœur de l’été que cet insecte est le plus actif. Étant un proche cousin des chrysomèles, le calligraphe se nourrit des feuilles des plantes. Par chance, il n’est pas aussi vorace que les chrysomèles et il est très rare qu’il parvienne à défolier complètement leur victime.
Ce qui effraie généralement avec les calligraphes, c’est qu’il y en a beaucoup! On croirait une invasion. C’est un peu comme les morilles: la première est difficile à apercevoir, mais dès qu’on la voit… on en voit des tonnes! Sur un plant de saule arbustif, il est possible de dénombrer des centaines d’adultes!
Une année dans la vie d’un calligraphe
Le calligraphe donne naissance à une seule génération d’adultes par année. Les œufs sont pondus tôt au printemps, sur les plantes hôtes. À peine cinq jours après la ponte, les œufs éclosent et les petites larves blanches commencent à grignoter le dessous des feuilles. À ce stade-ci, les dommages sont si discrets qu’on les remarque rarement. Après une vingtaine de jours, les larves se laissent tomber au sol pour la grande métamorphose. Puis, encore vingt jours plus tard, vers la mi-juillet, les adultes émergent. C’est alors que commence le grignotage des feuilles. Enfin, à l’automne, nos amis bien repus se laissent tomber au sol et se cachent dans les détritus pour laisser l’hiver passer.
Le saule, sa principale victime
Les calligraphes sont assez spécifiques côté alimentation. Ils s’en tiennent généralement à une seule espèce. Ainsi, le calligraphe du saule se nourrit presque essentiellement de saule. Il existe un calligraphe de l’orme, qui s’intéresse aux ormes et un calligraphe des aulnes dont la préférence se tourne, eh oui, vers les aulnes. Il existe également un calligraphe tatoué du cornouiller (C. rowena). Devinez son hôte! Ce dernier est parfois confondu avec le calligraphe du saule.
On s’en débarrasse?
Étant donné l’appétit peu vorace des calligraphes, ils présentent rarement un enjeu parasitaire. Les dommages passent presque pour inaperçus. On peut donc conclure que c’est un insecte que l’on peut tolérer. Or, si l’infestation venait à prendre des proportions hors du commun, il est possible de contrôler les populations avec un ramassage des adultes. Pour ma part, le bol d’eau savonneuse demeure mon intervention de choix. Je me demande si le petit aspirateur à main pourrait convenir aux calligraphes, car il fait des merveilles avec les doryphores de la pomme de terre!
Enfin, sachant qu’il passe l’hiver au sol, près de son garde-manger, un bon nettoyage à l’automne et un petit brassage du paillis (s’il y a du paillis au pied des arbustes) peuvent compliquer l’hivernation des adultes.
Au bout du compte, le calligraphe présente bien peu de danger et il mérite d’être la cible de notre contemplation, car c’est à peu près tout ce qu’il y a à faire avec cet insecte du jardin. Je pense même qu’en reliant les points de son marquage calligraphique, on peut lire «wow!» sur son dos!
