Dès qu’on prend le jardinage un peu plus au sérieux, on commence lentement à s’équiper avec des outils de meilleure qualité. Le sécateur est souvent en tête de liste, car il s’agit d’un des outils de base du jardinage. C’est une petite fierté, que de posséder un «vrai» sécateur, comme les «vrais» jardiniers. Or, ce ne sont pas tous les sécateurs qui sont de bonne qualité et il existe quelques petits trucs de base pour reconnaître un bon sécateur.
Le meilleur sécateur n’est pas nécessairement le plus cher
D’abord, oui, c’est vrai, une grande majorité d’horticulteurs ne jurent que par leur Felco (je n’ai pas l’habitude de promouvoir des marques, mais que voulez-vous, ce sont pratiquement les seuls dans leur catégorie). Toutefois, le sécateur de qualité ne tient pas à une seule marque, mais bien à des caractéristiques.
Un jour, dans le fin fond du Lac-Saint-Jean, j’ai dû faire l’acquisition rapide d’un nouvel outil (vous saurez pourquoi dans quelques lignes). Je me suis donc dirigée vers la quincaillerie du village et j’ai fait l’acquisition d’un sécateur à poignées vertes au très bas prix de 9,99$! Et ce fut un glorieux sécateur! Je l’ai utilisé de nombreuses années et jamais il n’a cédé. Il était la preuve qu’un bon sécateur, c’est un assemblage de caractéristiques et des matériaux solides, pas une question de marque!
Il a quoi de spécial, le sécateur de qualité?
D’abord, il est doté de deux parties qui se croisent, comme des ciseaux. D’un côté, la lame, bien affûtée. De l’autre, une sorte de plateau recourbé que l’on appelle la contre-lame. Quand on taille une branche, on appuie celle-ci sur la contre-lame et c’est la lame qui fait tout le travail! Il faut donc éviter les lames qui s’appuient l’une sur l’autre. Ce type de modèle écrase et endommage les tissus de la plante.
L’autre caractéristique importante à mes yeux est l’organisation du système de ressort. Ce ressort est essentiel, car c’est lui qui fait ouvrir les lames. Il doit donc travailler avec aisance et rouvrir le sécateur après chaque coupe. Parfois, ce ressort est accompagné d’un petit système qui stoppe la fermeture des lames. Ces petites excroissances situées près du ressort m’ont causé bien des maux. Sur certains modèles mal conçus, la peau entre le pouce et l’index se coince dans ce système. Si on exerce un peu de force pour couper une branche, on se pince la petite peau! C’est très douloureux et on perd confiance en notre compagnon de tous les jours.
Autre bidule utile: un écrou! Les deux parties du sécateur sont souvent fixées avec un boulon et un écrou. Mais parfois, c’est un simple rivet aplati. L’écrou permet de démonter le sécateur et de le réassembler. Avec le temps, le système mécanique se dévisse et la lame peut devenir chevrotante. On veut que le sécateur soit facile à compresser et décompresser, mais l’ensemble doit aussi être solide. L’écrou permet donc de serrer le système et de l’ajuster pour atteindre l’équilibre parfait!
Pratique, mais pas essentiel
Puis, on arrive aux poignées. Je dirais que le confort de la prise du sécateur est très important si on prévoit tailler pendant des heures entières. Pour un jardinier d’occasions, cette qualité est moins essentielle. Dans un monde idéal, la prise doit être parfaite. Notre main, quand elle est presque pleinement ouverte, doit permettre à la lame du sécateur de pleinement s’ouvrir. Ce n’est pas anodin, surtout quand on a de petites mains, comme moi! J’ai appris à travailler avec des sécateurs de taille régulière, mais pour avoir le plein contrôle sur ma lame, je dois rapprocher ma main plus haut sur les poignées (et c’est pourquoi je me pince la peau, avec les méchants sécateurs!). Normalement, la main devrait se situer en plein centre de la poignée. L’avantage de tenir l’outil plus vers les extrémités est que l’on force moins! Simple principe de physique! On se pince moins, aussi. Sachez qu’il existe quand même quelques modèles de sécateurs pour petites mains. Je les ai essayés, mais trop tard pour moi, j’aime mieux mes «gros» sécateurs (ceux qui ne pincent pas).
La dernière qualité que je souhaite souligner est présente seulement sur les sécateurs Felco (à ma connaissance). Ce type de sécateur est entièrement démontable et on dispose de toutes les pièces de rechange! Wow! La lame se casse par accident? On remplace la lame! Le ressort est tellement rouillé qu’il ne «spring» plus? On remplace le ressort! De la belle durabilité à son meilleur! Et voilà pourquoi on dit souvent que ce type de sécateur est un achat pour la vie.
Pour la vie, oui, mais…
En fait le vrai défi avec la longévité de mes sécateurs, ce n’est pas qu’ils se brisent ou qu’ils deviennent trop usés. L’ennui, c’est que je perds mes sécateurs! Je taille des fleurs fanées dans une grosse plate-bande. Je dépose le sécateur au sol, pour ramasser les débris. La journée est finie et j’oublie mon sécateur. Quand je travaillais intensément «sur le terrain», j’ai dû perdre en moyenne un sécateur par année! (dont un, dans le fin fond du Lac-Saint-Jean!) Une seule fois, j’ai retrouvé mon sécateur dans une plate-bande au printemps, après la fonte des neiges, là où je m’y serais le moins attendu. Et celui-là, je l’ai encore!
Pour une horticultrice professionnelle, c’est assez gênant de se présenter dans un centre de jardin où tout le monde me connaît pour aller acheter un sécateur. Cela donne l’impression que je n’en avais pas avant: que c’est mon premier sécateur de qualité! Au second, les employés pensent que j’offre des sécateurs en cadeau à mes amis. Mais au troisième, ils me démasquent! Ils ont compris : je suis vraiment lunatique!
J’aimerais me vanter que j’ai le même sécateur depuis mon arrivée en horticulture à l’ITAQ de Saint-Hyacinthe en 1990, mais non! Toutefois, je sais que ce sécateur aurait pu être toujours de ce monde… si seulement son propriétaire n’avait pas été une certaine Julie!
