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Juin moche, été poche?

Conifère sous la pluie

Un mois de juin frais et mouillé se transforme souvent en un été frais et mouillé. Photo: Adrian Pelletier, Pixnio

Une croyance populaire suggère que le mois de juin détermine
le temps qu’il fera pour le reste de l’été. Mais est-ce que c’est vrai?

Par Larry Hodgson

Question: Mon père, un agriculteur, disait toujours: «?Juin moche, été poche.?» Il me semble qu’il a raison. Que des mois de juin plus froids et plus mouillés conduisent d’habitude à des étés froids et mouillés. Et le mois de juin cette année est l’un des plus froids et des plus détrempés que j’aie jamais vus. Faut-il effectivement craindre un été pourri en 2022?

David, Montréal

Réponse: Votre père n’est pas la seule personne qui le dit. Le dicton semble d’ailleurs courant au Québec. En Europe francophone, je ne sais pas. (Je ne sais même pas si le mot «poche» y a le même sens qu’au Québec: nul, moche, inintéressant, etc.) 

Mais aussi, il n’est pas facile d’extrapoler sur quoi que ce soit dans le domaine de la météo. D’autant plus que je ne suis pas météorologue, mais jardinier. 

Et rappelez-vous que votre remarque que ce mois de juin (celui de 2022) est exceptionnellement froid et humide ne s’applique pas nécessairement partout. Peut-être au Québec en général. Mais ce blogue est lu à travers le monde. Je ne sais pas si les «cousins» d’outremer vivent la même situation en 2022. Ni les francophones de l’Ouest canadien.

Limitons-nous au Québec alors. Si oui… 

Papa avait raison. Un mois de juin froid, mouillé et gris conduit souvent à un été plus frais. 

Décalage de température

Les températures maximales, représentées par une bande rose sur cette illustration, ont tendance à suivre les heures maximales d’ensoleillement, bande bleue, mais avec environ un mois de retard. Ill.: nvent2HelpAll, Wikimedia Commons

Cela est dû à un phénomène qu’on appelle retard saisonnier ou décalage saisonnier. Il faut du temps pour que l’énergie solaire prenne le dessus sur les conditions froides. C’est pourquoi l’équinoxe d’automne (vers le 22 septembre) est considérablement plus chaud que l’équinoxe vernal (vers le 20 mars) dans la plupart des régions. Ceci malgré le fait que les deux jours ont des quantités presque égales de lumière du jour et d’obscurité.

Le solstice d’été (20 ou 21 juin) est le jour où le plus d’énergie solaire atteint le sol dans l’hémisphère Nord. Donc, on pourrait penser qu’il correspondrait également aux températures les plus chaudes de l’année. Mais à cause du décalage, la crue des températures se produit généralement environ 3 ou 4 semaines plus tard. C’est pour cette raison que, dans la plupart des climats tempérés, le mois d’août, malgré ses jours plus courts, est un mois beaucoup plus chaud que le mois de juin.

Ainsi, quand le mois de juin est exceptionnellement frais, il faut encore plus de temps pour réchauffer l’atmosphère et pour qu’une chaleur vraiment estivale (journées de 23 à 25°C) s’installe. Le décalage normal est d’environ 4 semaines, mais si juin est froid, il pourrait être de 6 ou 7 semaines. Ou plus. En conséquence, souvent tout l’été finit par être plus frais que la moyenne.

Attendez-vous à des exceptions!

Bien sûr, nous parlons de météo ici et elle est tellement changeante. Donc, clairement, vous pouvez avoir un mois de juin froid, mais ensuite voir la chaleur estivale arriver rapidement et prendre le dessus. Peut-être sous l’influence d’un courant d’air chaud particulièrement fort et persistant. Mais les risques que ce ne soit pas le cas sont grands. 

Et aussi, même si un été est considéré comme froid dans son ensemble, cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas quelques journées chaudes. Il y en a toujours, même au cours des étés les plus «pourris». 

Disons donc que les chances qu’un été frais suive un mois de juin frais sont «grandes», mais pas du tout certaines. Quelque chose comme deux chances sur trois que l’été soit froid.

Quant à la pluie…

Dans de nombreux climats tempérés, un mois de juin frais est aussi un mois de juin gris, avec beaucoup de couverture de nuage et beaucoup de pluie. Je ne sais pas quelle serait la théorie qui expliquerait pourquoi le temps gris et pluvieux persisterait tout l’été après un mois de juin mouillé, mais cela semble vrai. . . la plupart du temps. Mais là aussi, il y aura toujours des exceptions!

Tableau comparant les étés mouillés et les étés secs pour la ville de Montréal. Ill.: Météo Média

Dans un rapport météorologique récent pour la ville de Montréal par Météo Média, par exemple, un tableau a été publié (voir ci dessus) qui montre que, depuis 1991, un mois de juin mouillé conduit à un été mouillé 69% du temps, tandis qu’un mois de juin sec conduit à un été sec 61% du temps. Donc, l’eau semble attirer l’eau alors que la sécheresse mène à plus de sécheresse!

Jardinons quand même

Le jardinier amateur ne peut pas faire grand-chose à propos de la météo, n’est-ce pas? Sortez simplement un appât anti-limaces supplémentaire (les limaces adorent les étés frais et humides), mettez votre chapeau de pluie et vos bottes en caoutchouc et prévoyez des récoltes abondantes de laitue romaine (que les limaces n’aiment pas), de pak choi et de bette à carde et pas tant de tomates précoces!

Vous trouverez un rapport plus complet à ce sujet ici: Quand juin donne le ton à l’été au Québec.

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