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Jardiner dans un sol sablonneux: comment enrichir son sol?

Par Julie Boudreau

Ce n’est pas donné à tout le monde de jardiner dans ce que j’appelle de la crème: ce beau sol meuble, sans roches, riche en matière organique où tout pousse par la simple force du regard. Eh non! Beaucoup de jardiniers sont aux prises avec des sols argileux, pierreux ou sablonneux. Et chacun de ces milieux de culture a ses petits défis qu’il faut savoir relever avec adresse. Pour les sols sablonneux, le mot-clé, c’est la rétention!

Montage: Mathilde Bourgeois sur Canva

Qu’est-ce qu’un sol sablonneux?

Tous les sols sont une savante composition de trois types de particules: du sable, du limon (que j’appelle aussi le loam) et de l’argile. Facile de deviner que le sable compose le groupe des grosses particules (entre 0,074 et 2 mm de diamètre) et qu’à l’autre bout du spectre, il y a l’argile, dont les particules sont très, très fines (moins de 0,05 mm). Il est vraiment rare qu’un sol soit constitué d’une seule de ces particules. Un sol peut contenir 25% d’argile, 60% de limon et 15% de sable. Si un sol contient plus de 50% de sable, il entre dans le grand groupe des sols sablonneux.

À la maison, on peut facilement évaluer la composition de sol en déposant une tasse de sol dans un pot Mason de 500 ml. On remplit d’eau, on ajoute un peu de savon à vaisselle (environ 5 ml) et on brasse comme si c’était une une boule à neige. Les particules les plus grossières vont se déposer en premier au fond. Après une minute seulement, le sable est déjà déposé. Après 30 minutes environ, on peut assez facilement distinguer les différentes strates de sable, de limon et d’argile.

Le truc du pot Mason est une façon rapide d’évaluer la composition du sol. Déjà après une minute, on peut voir le sable qui s’est déposé au fond du contenant. Après 24 heures, on discerne mieux les couches de limon et d’argile. Photo: Julie Boudreau

Les défis du sol sablonneux

La présence dominante des particules de sable aura deux effets principaux. Le premier est le drainage, qui dans ce cas sera trop efficace. Plus les particules du sol sont grossières, plus elles laissent passer l’eau. En d’autres termes, quand on arrose un sol sablonneux, l’eau ne reste pas dans le sol de surface, elle descend rapidement vers les profondeurs. Ainsi, même après une bonne pluie, les plantes sont vite assoiffées, car il n’y a pas de réserve d’eau dans le sol.

L’autre impact des sols sablonneux est électrique d’une certaine façon! Chaque élément nutritif du sol a une charge électrique! C’est une question d’ions. Par exemple, le calcium et le potassium sont chargés positivement. C’est ce qu’on appelle les cations. Les molécules d’azote et de soufre sont chargées négativement. Ce sont les anions. Contrairement aux grains d’argile qui sont de véritables aimants à cations, les grains de sable retiennent peu les éléments nutritifs. Ils ne sont pas attirants! C’est donc plus difficile pour un sol sablonneux de faire des réserves et d’emprisonner cette précieuse nourriture pour les plantes.

Enfin, il faut aussi ajouter que les sols sablonneux sont généralement naturellement acides. Le pH a lui aussi un impact sur l’absorption des éléments nutritifs. C’est donc un élément à surveiller.

Qu’arrive-t-il à toutes ces belles molécules nutritives qui arrivent dans un beau sol sablonneux? Elles sont carrément lessivées, avec l’eau de pluie ou les arrosages. C’est pourquoi les sols sablonneux, en général, sont naturellement pauvres. Et voilà le double défi: en sol sablonneux, il faut arroser beaucoup pour que les plantes ne manquent pas d’eau. Mais, plus on arrose, plus on lessive les éléments nutritifs.

Chaque arrosage est important dans un sol sablonneux, mais chaque arrosage lessive les éléments nutritifs. Que faire? Photo: Karolina Grabowska sur Pexels

Comment améliorer les sols sablonneux?

À la lecture de cette petite introduction sur la composition des sols, on pourrait croire que la solution se trouve dans l’ajout d’argile, qui lui, est capable de retenir l’eau et les minéraux. Il existe effectivement de l’argile bentonite, qui est une poudre que l’on peut incorporer à un sol sablonneux pour en améliorer la rétention. Le basalte est aussi un minerai qui agira sur la texture du sol.

Une autre partie de la solution se trouve dans la matière organique. Le fumier, le compost, les engrais verts, le biochar et même la paille ou le compost de feuilles mortes peuvent contribuer à améliorer la richesse d’un sol sablonneux. Puisque cette matière organique se décompose plus rapidement dans un sol sablonneux que dans un sol argileux, il faut en incorporer beaucoup et souvent. Et portez une attention particulière à l’azote, qui sera un élément souvent déficient dans ce type de sol. Toutes ces substances doivent être incorporées dans le sol.

Cela ne pose pas problème dans le potager ou dans les nouvelles plates-bandes. La meilleure manière d’améliorer la structure d’un sol sablonneux est de le faire avant la plantation.

Dans les plates-bandes déjà établies, on fera plutôt de petits apports de compost, appliqué entre les plants et intégré à la surface à l’aide du sarcloir (celui à trois dents). Et on répétera l’opération deux ou trois fois durant l’été. Bien sûr, l’utilisation de paillis organiques, qu’on laissera se décomposer sur place, est également une pratique intéressante dans les sols sablonneux. En plus d’enrichir le sol, ce type de paillis contribue aussi à limiter la croissance des mauvaises herbes. Et enfin, l’idée de laisser les feuilles mortes et les débris de jardinage au sol prend tout son sens ici, au grand bonheur des jardiniers paresseux que nous sommes!

L’apport de matière organique est la meilleure solution pour améliorer la qualité des sols sablonneux. Photo: Gretta Hoffman sur Pexels

Irrigation, arrosages fréquents… ou aucune de ces réponses?

Puisque les sols sablonneux ne retiennent pas l’eau, l’arrosage devient plus important et essentiel. Il suffit de quelques jours de chaleur et de gros soleil pour voir toutes les plantes commencer à se flétrir. L’installation d’un système d’irrigation d’appoint, que l’on peut ouvrir en période de canicule, devient intéressante. L’autre option est d’être très attentif aux aléas de la météo afin de fournir les arrosages supplémentaires.

Mais, selon moi, la meilleure solution demeure de choisir des plantes adaptées à la vie en sol sablonneux. Ainsi, on s’évite le fardeau d’ouvrir et de fermer le système d’irrigation chaque année et on passe plus de temps à lire qu’à arroser!

Oui, il y a de l’espoir! Photo: Pexels
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