
Je pensais voir cette nouvelle paraître partout dans les médias. Après tout, quand un magazine québécois ferme, surtout quand elle appartient au puissant Québecor/Groupe TVA, habituellement les médias en font tout un tas, mais non. Je n’ai rien vu du tout. C’est comme si personne ne s’en souciait. Triste fin pour une revue qui a déjà été l’une des fleurons des revues spécialisées du Québec.
À ses débuts
J’ai été impliqué dans le magazine Fleurs, Plantes, Jardins depuis son lancement. D’abord, en tant que rédacteur en chef, puis collaborateur. J’ai vu ses hauts et ses bas.
La revue a connu ses plus grands succès lorsqu’elle était gérée par Éditions versicolores, mais alors, cette petite compagnie était spécialisée en horticulture: elle connaissaient le domaine et savaient aller chercher les lecteurs et les annonceurs qu’il fallait pour faire vivre la revue.
De mon point de vue, le début de la fin était quand Transcontinental inc. a acheté la revue en 2003. La revue était désormais gérée par des spécialistes en publication, pas en horticulture. Je ne pense pas que les nouveaux responsables appréciaient vraiment leur clientèle et ce qu’elle voulait. La revue est devenue peu à peu plus «lifestyle», moins jardinage. Les jardiniers sérieux, ne trouvant plus les articles approfondis et les informations à pointe, ont commencé à déserter la revue. Les annonceurs, voyant que leurs clients ne suivaient plus la revue, aussi. Elle est devenue de plus en plus mince…
Au début, au moins Bertrand Dumont, un horticulteur et chroniqueur horticole, était encore à la barre du magazine, donc on remarquait peu le changement. Puis il y avait une rédactrice en chef issue du monde de l’horticulture, Danielle Mineau, et qui pouvait alors assurer un contenu horticole légitime, mais on l’a éventuellement remplacée par des spécialistes en revues lifestyle avec aucune connaissance horticole. Les textes en ont souffert. Je lisais la revue en grinçant des dents, ne comptant plus les erreurs.
Puis en décembre 2014, Québecor/Groupe TVA a acheté la revue en même temps que 14 autres revues. Je pense personnellement que c’était avec l’intention de fermer la plupart de ces revues, dont Fleurs, Plantes, Jardins, pour diriger les lecteurs vers ses propres titres. D’ailleurs, le couperet n’a pas pris longtemps à tomber. Décormag, Le Lundi et la moitié des magazines récemment achetés n’ont pas fait un an. Fleurs, Plantes, Jardins n’est que le dernier à fermer. Et le carnage n’est peut-être pas terminé.
Mais alors, Fleurs, Plantes, Jardins n’était plus qu’une pâle imitation de la revue d’origine, avec la moitiés moins de pages de l’original et beaucoup d’articles qui, franchement, n’avaient pas leur place dans une revue destinée aux jardiniers. Faut-il vraiment pleurer la mort d’un magazine qui n’était plus que l’ombre de lui-même?
Reste-il une place pour une revue horticole?
Dans un monde où c’est l’Internet qui règne et où les publications imprimées ont moins la côte, peut-être qu’il n’y plus d’espace pour un magazine horticole. D’ailleurs, Fleurs, Plantes, Jardins est loin d’être le seul magazine horticole à disparaître. Déjà au Canada anglais, Canadian Gardening et Gardens West ont récemment mis la clé dans la porte. Aux États-Unis, une bonne dizaine de magazines horticoles ont fermé.
Reste-il une place pour les journalistes horticoles ?
Ce qui est triste pour les journalistes horticoles comme moi est que les revues payaient pour nos services, l’Internet pas… ou du moins, très rarement. Mes revenues ont fondu de plus de moitié depuis quelques années. Ce blogue, vous comprenez, est écrit bénévolement ou presque (j’ai gagné environ 300$ depuis les 2 ans qu’il existe: pas par semaine ou par mois, total!). Ce n’est donc pas avec ce blogue que je vais vivre!
Heureusement je prends encore quelques contrats payants, que les conférences que je donne et les voyages que j’accompagne m’assure un certain revenu, que le journal Le Soleil m’a réengagé (même si ce n’est que 6 mois par année plutôt que 12, comme auparavant) et que l’émission télévisée Dans mon jardin avec Larry Hodgson me paie (un peu). Il n’en reste pas moins que la disparition de Fleurs, Plantes, Jardins grugera encore dans mes revenus.
Mais je n’abandonne pas pour autant. J’ai réussi à gagner ma vie dans le domaine horticole depuis maintenant 30 ans. J’ai connu des hauts et des bas dans le domaine. Je ne jetterai pas l’éponge pour une question de revenu baissé. Je suis un passionné de l’horticulture et il faut que je partage ma passion.
Donc, en avant, toute! Mais si vous entendez parler de petits contrats de rédaction horticole ou d’autres revenus potentiels, n’hésitez pas à me le faire savoir!
