Comment prévenir la pollinisation croisée chez la tomate

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Question: J’ai lu que les tomates s’autopollinisent. Est-ce que cela signifie que je peux récolter les semences de deux tomates patrimoniales qui poussent côte à côte sans risquer qu’elles s’entrecroisent?

Pansy Horowitz

Réponse: En effet, la tomate domestique (Solanum lycopersicum) s’autopollinise presque toujours.

Définition de l’autopollinisation: pollinisation du pistil d’une fleur par le pollen de la même fleur ou d’une autre fleur de la même plante. Aussi appelée autofécondation.

Chez la fleur de la tomate cultivée, le pistil se trouve entouré par le tube pollinique: aucune pollinisation croisée n’est normalement possible. Source: tomatosphere.letstalkscience.ca, montage: jardinierparesseux.com

Cela se produit parce que la fleur de tomate est essentiellement fermée: le pistil (partie femelle) est plus court que les étamines (parties mâles) qui forment un cône ou un tube protecteur autour de celle-ci: le tube staminique. Ainsi, les abeilles et autres insectes n’ont pas accès au stigmate à la pointe du pistil. Les abeilles (en particulier les bourdons) vibrent en pollinisant: elles secouent la fleur, ce qui libère du pollen qui tombe alors sur le stigmate, permettant ainsi à un fruit de se former. Le vent peut également provoquer la libération de pollen et la formation d’un fruit. (En l’absence d’abeilles et de vent, les tomates cultivées en serre doivent souvent être pollinisées en les secouant manuellement.) Mais dans tous ces cas, le pollen provient de la même plante, en fait de la même fleur (on parle alors d’autogamie), donc la fleur est autopollinisée. Les graines seront alors fidèles au type.

Chez la tomate sauvage, à gauche, le stigmate, indiqué par la flèche, dépasse du tube staminique et ainsi une pollinisation croisée est très possible. Chez la tomate cultivée, à droite, le stigmate est caché à l’intérieur du tube staminique, empêchant la pollinisation croisée. Source: blog.seedsavers.org

Cela dit, certaines variétés de tomates rarement cultivées ainsi que les tomates sauvages ont un stigmate qui s’étend au-delà du tube staminique. Leurs fleurs sont donc facilement pollinisées par du pollen apporté par les insectes, ce qui donnera une pollinisation croisée (hybridation). Et il est également toujours possible que, même sur une tomate domestique classique, une fleur puisse être mal formée, avec un tube staminique incomplètement fermé ou un pistil juste un peu plus long que la normale, ce qui pourrait entraîner une pollinisation croisée, mais cela arrive très, très rarement. 

Pour le jardinier amateur moyen, donc, le risque de pollinisation croisée est tellement mince que, oui, vous pouvez certainement planter deux tomates patrimoniales ou d’autres tomates de lignées fixées (qui ne sont pas des hybrides F1) et en récolter les semences pour votre usage personnel. Les chances sont excellentes que chaque variété demeure strictement fidèle au type année après année, même 40 ans plus tard. Et si jamais il y avait une pollinisation croisée importune, vous le sauriez, car les fruits ne seraient pas identiques à ceux de la génération précédente. Vous pouvez toujours manger de telles tomates, mais vous ne voudriez pas garder leurs graines pour l’année suivante.

Cela dit, les gens qui récoltent des semences de tomate pour un programme de semences du patrimoine, où la pureté exacte de la ligne est essentielle, devraient suivre les directives de leur organisation. Certaines recommandent une distance d’isolement de 3 à 15 mètres pour les tomates.

Pour plus d’informations sur les distances d’isolement d’autres légumes, consultez l’article Pour prévenir l’hybridation spontanée chez les légumes.

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Pour prévenir l’hybridation spontanée chez les légumes

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20170603A.jpgL’article récent sur les croisements possibles entre les piments forts et les poivrons a provoqué beaucoup de questions, notamment en ce qui concerne la distance à respecter entre différentes cultures pour prévenir les croisements indésirables. Si vous voulez récolter les semences de légumes patrimoniales, par exemple, il ne faudrait pas que le pollen d’une plante apparentée vienne mêler les cartes, sinon quand les graines germent, vous aurez un légume hybride, portant un mélange des traits de 2 parents, plutôt que la lignée pure désirée.

On se rappelle que ce facteur n’est d’aucune importance si votre seul but est de produire des légumes pour la table et que vous ne conserverez pas les semences. La pollinisation croisée au cours de la saison actuelle ne change rien au goût aux autres aspects du légume… à quelques exceptions près.

C’est quand vous voulez récolter les graines en vue d’une production future que la pureté de la lignée est importante. Votre objectif alors est bien simple: vous voudriez empêcher que le pollen d’une variété n’aille féconder les fleurs d’une autre variété.

Les exceptions

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Concombre anglais difformé par croisement avec un concombre normal.

Si cultiver deux variétés du même légume à proximité n’altère nullement le goût et la forme de la plante la première année dans la vaste majorité des cas, il y a des exceptions:

Le maïs (blé d’Inde) subit une double fécondation: le pollen apporté par le vent féconde à la fois le germe qui donnera un nouveau plant, mais aussi l’endosperme, le grain qu’on mange. Donc oui, le goût et même la couleur et la texture du grain peuvent être modifiés négativement par la présence d’une autre lignée de maïs à proximité. Lisez Cultivez votre maïs en isolé pour comprendre cette situation unique.

L’autre exception courante est le concombre anglais (concombre de serre). Il est parthénocarpique, c’est-à-dire qu’il produit des fruits sans être fécondé (c’est pourquoi les pépins ne se développent jamais). Mais s’il est pollinisé par un concombre normal à proximité, il produira des fruits bosselés et irréguliers, avec pépins. C’est pourquoi on le cultive habituellement en serre pour éviter tout croisement. Lisez Les concombres anglais n’aiment pas la compagnie pour plus de renseignements.

Prévention

Il y a plusieurs façons pour éviter la pollinisation croisée chez un légume.

Aaron Baugher, Flickr

Quand la plante est à l’abri du vent et des insectes, aucune pollinisation croisée fortuite n’est possible. Photo: Aaron Baugher, Flickr.

On peut le cultiver sous abri, par exemple, même juste sous une couverture flottante, et cela suffira pour empêcher les insectes ou le vent de transférer le pollen. (Mais alors, il vous faudrait alors le polliniser manuellement.)

Si deux variétés apparentées ne fleurissent pas en même temps, cela aussi assurera qu’il n’y aura pas de croisement.

Cependant, la méthode la plus utilisée est l’isolation par la distance: on plante le légume en question suffisamment loin de tout congénère pour qu’il y ait peu de risque de transfert de pollen.

Isolation par la distance

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L’absence d’autres variétés à proximité préviendra facilement les croisements indésirables. Illus.: Clipart Library

La distance recommandée varie énormément selon le légume en question. Il faut assurer une plus grande distance pour les légumes pollinisés par le vent, par exemple, car leur pollen est souvent léger et peut être porté loin. C’est le cas de la betterave, par exemple.

L’utilisation de plantations entre les deux souches peut aussi aider à créer une certaine barrière, attrapant le pollen porté par le vent ou attirant les pollinisateurs qui n’auront pas alors besoin de parcourir de longues distances pour se nourrir. Ainsi, cultiver variété X à une extrémité du potager et variété Y à l’autre, avec une bonne masse de plantes différentes entre les deux, peut aider à réduire les risques de pollinisation croisée.

Pour beaucoup de légumes, le facteur le plus déterminant demeure toutefois la distance normalement parcourue par le pollinisateur habituel (vent, abeille, papillon, syrphe, etc.).

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Les fleurs de tomates sont fermées: le pollen n’est pas à l’air libre et donc le risque de croisement accidentel est minimal. Elles s’autopollinisent… mais réussissent mieux quand un bourdon fait vibrer la fleur. Photo: bigmyrtle.blogspot.ca

Aussi, certains légumes ont des fleurs fermées, pas accessibles au vent ni aux insectes, et alors s’autopollinisent presque toujours — les tomates, les pois et les haricots, par exemple — donc la distance à respecter peut être 0 mètre. Cela assurera une pureté d’environ 95%! (À de très rares occasions, un insecte portant le pollen d’une variété différente réussira à pénétrer une fleur fermée, d’où le petit pourcentage de contamination.) Autrement dit, seulement environ une plante sur 20 sera non conforme.

Également, il faut penser au but de votre récolte de semences. Si vous récoltez des semences pour une banque de semences ou dans le but de les commercialiser, la pureté de la semence est vitale et la distance à respecter sera plus grande que pour le jardinier amateur qui consommera ses propres légumes et qui sera sans doute plus intrigué que déçu par la présence occasionnelle d’un légume non conforme.

Distances d’isolation à respecter

Voici quelques légumes ainsi que la distance d’isolation généralement recommandée pour arriver à une pureté de la lignée d’environ 95% (19 plants sur 20 seront conformes), un pourcentage normalement jugé acceptable pour un potager familial. Pour ceux qui veulent contribuer à une banque de semences, par contre, il faudrait une pureté de 99,9% et pour cela, je vous suggère de contacter la banque en question pour connaître leurs recommandations.

Notez que cette liste est un amalgame de distances venant de plusieurs sources, donc il est fort possible que l’information ne corresponde pas exactement à ce que vous avez vue ailleurs. Que voulez-vous? Dans ce domaine, les opinions varient énormément!

  1. Amarante: 300 m
  2. Aneth: 1,5 km
  3. Aubergine: 400 m
  4. Basilic: 50 m
  5. Bette à carde: 8 km
  6. Betterave: 8 km
  7. Brocoli: 1,5 km
  8. Carotte : 800 m
  9. Céléri: 1,5 m
  10. Cerise de terre: 100 m
  11. Chou: 1,5 km
  12. Chou chinois: 1,5 km
  13. Chou de Bruxelles: 1,5 km
  14. Chou kale: 1,5 km
  15. Chou-fleur: 1,5 km
  16. Ciboulette: 400 m
  17. Concombre : 35 m
  18. Coriandre, cilantro: 800 m
  19. Courge, courgette, citrouille: 40 m
  20. Dolique: 15 m
  21. Épinard: 8 km
  22. Fenouil: 800 m
  23. Fraisier: 800 m
  24. Gourde : 400 m
  25. Haricot: 0 m
  26. Haricot d’Espagne: 800 m
  27. Haricot de Lima: 1,5 km
  28. Laitue: 8 m
  29. Maïs, blé d’Inde: 30 m
  30. Melon, cantaloup: 400 m
  31. Morelle noire: 0 m
  32. Moutarde: 1,5 km
  33. Navet: 800 m
  34. Oignon: 400 m
  35. Okra, gombo: 250 m
  36. Pastèque, melon d’eau: 400 m
  37. Persil: 1,5 km
  38. Piment/poivron: 10 m
  39. Poireau: 1,5 km
  40. Pois: 0 m
  41. Pomme de terre: 10 m
  42. Radis: 200 m
  43. Roquette : 200 m
  44. Soja: 8 m
  45. Tomate: 0 m
  46. Tomatille: 0 m
  47. Tournesol: 800 m20170603A