Plantez maintenant pour un tapis bleu au printemps

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20171003A Roger Bruce, Flickr

Pelouse remplie de scilles de Sibérie. Pourtant, à l’été, rien ne paraîtra! Photo: Roger Bruce, Flickr

Parfois, il est parfaitement convenable de vouloir épater les visiteurs avec des bulbes à grandes fleurs voyantes comme celles des tulipes, des narcisses et des jacinthes, mais il ne faut pas négliger non plus les « petits bulbes », ces mini-plantes plus discrètes, qui atteignent rarement plus de 10 à 20 cm de hauteur comme les crocus, les chionodoxas, les muscaris, etc.

C’est justement le cas de la scille de Sibérie (Scilla siberica), une très petite plante aux petites fleurs penchées. L’avantage de cette plante comparativement à d’autres petits bulbes est qu’elle se naturalise si bien dans les pelouses, plus que les autres. Une plantation de 10 petits bulbes donnera en seulement quelques années un tapis de 1 m². Éventuellement le tapis peut s’étendre pour couvrir toute la pelouse de jolies mais minuscules fleurs bleu violet.

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Scille de Sibérie (Scilla sibirica). Photo: ListItSweden, Wikimedia Commons

La scille de Sibérie se multiplie surtout par semences. Après la floraison, des capsules de graines se forment sur la tige florale, capsules qui mûrissent rapidement et lancent bientôt les graines au sol où elles germent au printemps suivant. Les petites plantes arrivent à la floraison déjà la troisième année, ce qui est très rapide pour un bulbe. Vous pouvez aussi récolter les capsules pour ensemencer les secteurs du gazon moins bien fleuris au printemps.

La scille de Sibérie, malgré son nom, ne vient pas de la Sibérie, mais plutôt du sud-ouest de la Russie, du Caucase et de la Turquie. Je présume qu’il a reçu son nom à cause d’une erreur d’identification (chose courante dans le domaine botanique), mais j’aime croire qu’il vient de sa grande résistance aux « froids sibériens », car effectivement, il est solidement rustique en zone 3 et vaut un essai en zone 2.

L’autre avantage de la scille de Sibérie est qu’elle pousse presque n’importe où, s’accommodant du plein soleil jusqu’à l’ombre assez dense, des sols riches et pauvres, des sols acides et alcalins et des emplacements secs et moyennement humides. En fait, la seule situation où elle ne réussit pas est dans un sol réellement détrempé, car, comme presque tous les bulbes, la scille de Sibérie aime sécher un peu pendant l’été. Elle ne sera pas heureuse, par exemple, dans les gazons et les plates-bandes où l’on utilise un système d’irrigation automatisé, car ils sont généralement arrosés à outrance.

Petite mais jolie

Chaque bulbe de scille de Sibérie ne porte que deux à quatre feuilles étroites et une ou deux tiges florales penchées d’environ 15 cm de hauteur, chacune parée de deux à cinq fleurs bleues étoilées pendantes. Le cultivar ‘Spring Beauty’ (le plus courant) est identique à l’espèce, mais a des fleurs d’un bleu plus soutenu alors que S. sibirica alba a des fleurs d’un blanc pur.

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Plantez la scille de Sibérie par petits groupes pour un meilleur effet. Photo: Algirdas, Wikimedia Commons

La plante étant réellement minuscule, il faut planter les bulbes par groupes d’au moins 10 bulbes pour obtenir un effet notable… et 25 bulbes, c’est encore mieux !

En plate-bande, creusez un trou de 10 à 15 cm de profondeur, y incorporant des mycorhizes ou un engrais pour bulbes. Placez les bulbes à environ 10 cm l’un de l’autre, puis recouvrez de terre et arrosez bien.

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Scilla sibirica alba, à fleurs blanches, fait aussi une excellente plante tapissante pour la pelouse. Photo: Aha, Wikimedia Commons

Il est également possible de planter les bulbes directement dans la pelouse, car leur feuillage ressemble à celui d’une graminée… et disparaît de toute façon très rapidement après la floraison. Il s’agit, pour ce faire, de découper une rondelle de gazon sur les trois quarts d’un cercle, de glisser la pelle sous la plaque comme pour l’enlever, mais, à la place, de la replier vers l’arrière. Cela vous donnera un trou dans lequel vous pouvez planter facilement 10 à 30 bulbes. Maintenant, repoussez la plaque, marchez sur elle pour bien la tasser et arrosez bien. Au printemps suivant, les bulbes passeront à travers le gazon comme s’il n’était pas là.

Pour plus de renseignements sur la naturalisation des bulbes dans le gazon, lisez Comment naturaliser des bulbes dans une pelouse.

La scille de Sibérie se naturalise bien aussi dans les sous-bois, car ses feuilles et tiges florales traversent facilement le tapis de feuilles qui jonche le sol. Elle ajoute une note de couleur printanière particulièrement bienvenue dans ce coin du jardin où la couleur est souvent absente à cette saison.

Des scilles par centaines

De façon générale, vous n’avez pas besoin de multiplier la scille de Sibérie : elle se propage toute seule. Cependant, si vous voulez la voir se multiplier plus rapidement, après quelques années de culture, déterrez les bulbes au cours de leur dormance (de juillet à septembre), séparez-les et replantez-les immédiatement dans un endroit propice.

Envahissante?

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Une pelouse de graminées n’est d’aucune utilité pour les insectes pollinisateurs : il leur faut une pelouse fleurie. Photo: Clayton800, pixabay

La scille peut-elle être envahissante ? Bien sûr ! La naturalisation veut dire établir une plante dans un emplacement de façon à ce qu’elle ait l’air d’y avoir toujours poussé et se fait surtout en laissant la plante s’étendre au-delà de son lieu de plantation originale.

Les maniaques de pelouses parfaites, d’ailleurs, considèrent que la scille de Sibérie est une mauvaise herbe. Non pas que sa présence nuit au gazon (elle pousse et fleurit sur un cycle complètement différent des graminées qui composent le gazon — la scille tôt au printemps, le gazon à l’été et à l’automne — et donc les deux se voisinent sans complication), mais ils préfèrent l’apparence parfaitement verte et n’apprécient pas un gazon fleuri. Si c’est votre cas, ne plantez pas de scilles, tout simplement.

Personnellement, j’aimerais que mon gazon soit toujours fleuri et donc estime énormément la scille de Sibérie, l’une des plantes fleuries les plus faciles à installer dans une pelouse.

Autre avantage d’une pelouse fleurie est bien sûr qu’elle nourrit les pollinisateurs indigènes, mal menés ces temps-ci par l’utilisation abondante de pesticides et la dominance de l’asphalte, du béton et du gazon dans nos villes et banlieues. Vous verrez rapidement le retour des abeilles et des syrphes dans votre pelouse quand vous y plantez des bulbes !


La scille de Sibérie : il est rare de voir une fleur toute simple créer un si joli effet. Procurez-vous-en sans tarder : les jardineries ne semblent jamais en commander suffisamment pour satisfaire la demande pour cette plante qui est en passe de devenir l’une des plus grandes vedettes du jardin printanier!20171003A Roger Bruce, Flickr

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Comment naturaliser des bulbes dans une pelouse

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Pelouse bleueQuand je suis arrive à Québec il y a plus de 40 ans maintenant, j’ai été étonné par les superbes pelouses aux fleurs bleues qu’on voyait dans certains quartiers plus anciens. Les fleurs bleues, c’était des scilles de Sibérie (Scilla siberica) et elles poussaient par milliers dans ces pelouses de graminées. C’était d’autant plus étonnant que les pelouses des autres résidences du secteur étaient encore dans leur stade brun et terne du tout début du printemps, avant que les graminées ne se réveillent. Puis, après la floraison, les feuilles sont disparues, justement au moment où le gazon commence à verdir et alors le gazon redevenait un simple gazon, comme tout autre, pour le reste de la saison!

naturalized mixJe me suis bien promis que, si jamais j’avais une pelouse un jour, j’allais la bourrer de petites fleurs printanières… ce qui fut d’ailleurs fait. Chaque printemps alors, ma petite pelouse se convertir en pré fleuri. Dès la fonte des neiges, les premières fleurs éclosent: pas seulement bleues, mais jaunes, roses et blanches aussi. Même, comme les bulbes hâtifs ne fleurissent pas tous en même temps, il y a des vagues de couleur : le même emplacement peut passer de jaune à blanc à bleu, pendant les 6 semaines environ que cette floraison dure. C’est féérique… et d’ailleurs, la seule raison pour laquelle je continue d’avoir une pelouse.

Voyez-vous, je juge qu’une pelouse demande beaucoup d’entretien pour le jardinier paresseux que je suis. Je l’ai éliminé partout ailleurs sur mon terrain, la remplaçant par des plantations plus autonomes comme des arbustes et des platebandes de vivaces au comportement tenace. Mais la petite pelouse plantée en bulbes reste. Il demande quand même de l’entretien, mais pas autant que les pelouses de mes voisins: j’ai semé une pelouse à entretien minimal, donc qui ne demande que quelques tontes par année et je fais de l’herbicyclage, laissant l’herbe tondue sur place, donc je n’ai pas besoin de fertiliser. D’ailleurs, les 10 minutes de tonte aux 3 ou 4 semaines est le seul entretien que j’offre à ma petite pelouse fleurie.

Comment naturaliser les bulbes dans une pelouse

Naturaliser des bulbes dans une pelouse est étonnamment facile. On le fait à l’automne, quand les bulbes à floraison printanière arrivent sur le march. plantation bulbes pelouseIl suffit de découper une rondelle de gazon sur les trois quarts d’un cercle, glisser la pelle sous la plaque comme pour l’enlever, mais, à la place, de la replier vers l’arrière. Cela vous donnera un trou dans lequel vous pouvez planter plein de bulbes, avec un peu de mycorrhizes pour bien les acclimater. Maintenant repoussez la plaque, marchez sur elle pour bien la tasser et arrosez bien. Au printemps suivant les bulbes passeront à travers le gazon comme s’il n’était pas là.

Entretien des bulbes naturalisés

Il n’y en a pas. Le terme «naturaliser» veut dire «remettre dans un état naturel». Vous plantez les bulbes et vous les laisser faire leur cycle naturel, voilà tout. Ils sortiront au printemps, fleuriront, feront du feuillage, puis disparaîtront dès que le gazon commence à verdir, voilà tout. La majorité des bulbes se multiplieront dans le gazon avec le temps, par semences ou par division: vous n’avez pas à vous en occuper. D’ailleurs, les vastes pelouses de scilles que je vois encore dans les vieux quartiers de Québec ont toutes probablement commencé avec seulement quelques dizaines de bulbes qui se sont ressemés depuis.

Crocus tomassianusUn autre exemple: Ma première expérience de naturalisation de bulbes dans la pelouse fut à Toronto, chez mes parents, quand j’avais 10 ans. Ayant lu un texte sur la naturalisation des bulbes dans un des catalogues horticoles de mon père, avec sa permission j’ai planté un sac de 10 bulbes de Crocus tommasinianus dans un seul trou dans la vaste pelouse. C’était il y a plus de 50 ans. Mon frère, maintenant propriétaire de la maison, m’assure qu’il y a maintenant des milliers de fleurs et que presque un tiers de la pelouse vire maintenant au pourpre au printemps!

Quels bulbes naturaliser dans une pelouse?

Muscari

Les muscaris fleurissent un peu tardivement, au moment où il faut penser tondre la pelouse.

On peut théoriquement naturaliser tout bulbe rustique à floraison printanière ou automnale dans une pelouse, mais il est embêtant quand vous y plantez des bulbes à floraison trop tardive, comme les muscaris (Muscari spp.) ou la plupart des narcisses (Narcissus spp.), car ils sont en pleine floraison au moment où le gazon a besoin d’une première tonte. D’accord, des muscaris et des narcisses dans une pelouse sont magnifiques et vous pouvez tout simplement tondre autour, mais cela demande plus d’efforts. Je préfère naturaliser les bulbes plus hauts et plus tardifs dans un sous-bois ou une platebande, là où la tondeuse ne passe jamais, et donc où leur feuillage peut poursuivre sa maturation normale. Donc, de mon point de vue, les muscaris ne sont pas de bons bulbes pour la naturalisation, du moins dans une pelouse, et les narcisses mi-saison et tardifs non plus. Par contre, les narcisses les plus hâtifs, comme ‘February Gold’ peuvent très bien s’y naturaliser.

Voici les meilleurs bulbes à naturaliser dans un gazon fleuri qui sera tondu dès le mois de mai:

Anémone grecque (Anemone blanda) zone 4

Crocus* (Crocus spp.) zone 3

Éranthe (Eranthis hyemalis) zone 4

Gloire des neiges (Chionodoxa spp.) zones 3

Narcisses très hâtifs (Narcissus spp.) zone 3

Nivéole perce-neige (Leucojum vernum) zone 4

Perce-neige (Galanthus nivalis) zone 3

Puschkinia (Puschkinia scilloides) zone 3

Scille (Scilla spp.) zones 2 à 7

*Dans un sol trop lourd (glaiseux), les crocus sont souvent peu persistants. Il faut en rajouter d’autres à l’occasion si on veut continuer l’effet. Dans un bon sol, cependant, les crocus sont aussi persistants que tout autre bulbe.